‹ Mercure de France, tome 2Chapitre 72 sur 127 · III · texte numérisé non relu

III

Qu'elle effaça pieusement, de ses doigts roses. , .

— Avec des mouvements gracieux, semblant des envolées d'ailes Manches, elle caressa les pan* pières meurtries, qui bientôt demeurèrent baissées, se laissant clore par la douce berceuse. Ses traits se détendirent, en un sourire heureux ; il joignit les mains, écoutant, extasié .

— « Je t'aime, disait-elle -r et sa voix passait, dans l'air embaumé, plus douce que les brises murmurantes et plaintives frissonnant, aux soirs d'été, par les saules tremblants — je faijne, entends-le bien, cruel enfant qui doutes, je t'aime, oh! plus que je ne puis te dire...

: — « Je voudrais Remporter loin d'ici, de partout, dans un pays de rêve, aux horizons vermeils, où nous serions heureux. Seuls» Et les soleils mourants, comme lès jeunes soleils, nous verraient toujours beaux, toujours purs, nous aimant. Loin de nous la Vieillesse, la Mort s'en iraient, détournant la tête, nous laissant aux Baisers. Les nuits s'empliraient de parfums; les harmonies de souffles invisibles, bruissant dans les ramures, flotteraient dans leur ombre. Puis des flambées d'étoiles s'allumeraient aux cieux, comme des torches nuptiales, versant sur nous, par les espaces radieux, des ondes de lumière... £

— Droite, elle parlait, transfigurée d'amour, la courtisane pâle, aux lèvres rouges, prêtresse d'idéal, dont un rai de soleil, glissant à travers les tentures mal jointes, auréolait d'un nimbe d'or le profil, aux lignes impeccables de marbre grec.

; Près d'elle, un grand lys sej penchait, j achevant de vivre:

a 3 a MERCVRE DE FRANCE

Delà fleur pure, un frêle arôme monta, s exhalant, comme le dernier soupir

d'une vierge.

— Plus triste alors, avec un sourire navré, elle reprit : « Ce que je t'ai dit là... folles chimères! Vois-tu, enfant, il ne faut pas m'aimer. Tu as peut-être au tréfonds de ton cœur de saintes illusions. Tu ne sais pas encore le Mal : tu espères, tu crois. Je ne veux pas qu'un jour de souvenirs mauvais, tu penses : Celle-ci a pris mon âme. Je la lui avais donnée, naïve et confiante. Elle, la très perverse, la très cruelle, 'la Femme menteuse m a laissé, après m'avoir douloureusement meurtri virant aux souffles froids des doutes, désespéré errant sans but dans la vie, en maudissant la néfaste initiatrice... »

Brusquement, il se leva; des reproches en le-,

yeux, il lui ferma la bouche d'un baiser Dans

son rapide mouvement, il avait brisé la tige du

grand lys, qui tomba, s'abattant avec un bruit mat.

nuances sur

plane la frêle remembrance d'un parfum étrange évanoui, de senteurs hiératiques

Gaston Dan ville.

S AVWL 1891 : *■

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