‹ Mercure de France, tome 3Chapitre 52 sur 111 · LA TRÊVE · texte numérisé non relu

LA TRÊVE

On assiste à ce combat nouveau : des Jeunes Hommes s estafiladant à coups de plume

8 S M a , git if Poètes > — est-il besoin de le dire ?

Voilà qu ils ne peuvent se rencontrer sans tricoter de regards méchants Uespace qui les sépare Echangent-ils un mot, c'est une balle que ce mot

De chaque forteresse de papier — ô les fraternelles revues d'antan ! — s'épivardent sur les camps rivaux des obus de crachats.

La pôignée-de.mains, cette double fleur, ne s'épanouit plus au Jardin delà Beauté.

Une telle misère ne peut durer, vraiment ' Je demande la Trêve. ' - " ■

Le philosophe de la Morale Egoïste et le père de la Lutte-pour-la-vie, Hobbes, déclare que 1 homme est un loup pour. l'homme : homo lutus ■ nomtnt. r

Ce désolant apophthegme, nos Jeunes Poètes

semblent en revendiquer le monopole. Alors que

tout tend, à la caresse, par ces jours de Frégates

Sympathiques, seuls jls sont en querelle \ votes.

voit lupus. Je ne sache pas -un bagne où l'on

se haïsse . davantage que parmi la jeune Littérature.

Lisez ses organes, entrez dans ses chapelles dégringolez dans ses sous-sols ; vous serez édifiés' On s'y blasphème avec délices.

Allez! nul n'est épargné dans la distribution.

Chacun reçoit sa part de pain bénit. La mienne rae pâment ponctuellement ; je la savoure avec miséricorde et, Dieu merci, j'ai la digestion facile. Kien ne prédisposant au pardon comme un repas copieux, je ne me lève de table que pour absoudre evangehquement.

Ces temps derniers, ma Déclaration parue, ie fus gâte par trop. Proclamer l'Art de la recherche de l absolu est, selon quelques hauts esprits un crime de lèse-banalité méritant les vives framboises du bûcher. Ma gourmandise me défend d'en appeler.

Mais voyez la manière dont les camarades traitent, ça et là, Charles Morice, René Ghil Dura urRemy de Gourmont, Gustave Kahn, Henri de Régnier. ïean Moréas Pani \a~^

iés par le

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La Critique de la mère A ngot est devenuela nôtre fch bien, cela devrait cesser, une bonne fois !

Je le sais nous péchonslèsunsét les autres, plus ou moins. Et c'est heureux? Un poëte infaillible serait un parfait notaire. Je sais encore que la Critique a sa raison d'être. Disons davantage : la Critique est tutelaire; nourricière, — pour peu que vous y teniez. Joignez à cela qu'il est, à notre âge, un certain charme à ramasser une botte! de . paille en 1 œil du voisin. Puis les défauts des autres

sont un peu nos vertus, est-il pas vrai?

Tout ça, je le conçois.

Même j'admets volontiers que la Critique, cette vieille manie implantée dans nos mœurs juvéniles soit incurable, là î '

Fourrageons donc, s'il en est ainsi, allons approvisionner nos râteliers à travers l'œil «auche du voisin jusqu'à ce que le voisin ait pu se mettre dans ses meubles avec les poutres retirées de notre œil droit, critiquons, c'est entendu, critiquons a tire-larigot ; du moins enjolivons de rubans nos férules, et, pour Dieu, ne nous lançons

pas des pavés à la tête, maïs des cailloux polis, c est- à-dire des arguments.

Loin de moi la faiblesse d'implorer que Ton sécarbomlle le nez à coups d'encensoir réciproque, ni que l'on s'accorde un génie mutuel comme au boa vieux temps où Bé ranger filait

Point!

Echangeons une Critique judicieusement amicale, voilà tout !

Aimons-nous, certes, les Poètes !

Aimons-nous simplement, en dehors de tous privilèges d'écoles ! Aimons-nous en adversaires loyaux et généreux ! Aimofts-nous parce que nous sommes la Jeunesse et qu'il sera trop tard demain ! Aimons-nous parce que, si Ton veut, la Haine coûte cher et que plus économique est l'Amitié. • généralement?

Enfin réinstaurons la courtoisie dans nos articles, mettons une ganse à notre discours et des jabots à nos gestes, lorsqu'ils s'adressent au Poëte — car le Poëte abrite une Grande Dame ; son Ame !

Un écrivain de ma génération, qui depuis longtemps a fui le leurre de nos sympathies et l'hypocrisie dé notre atmosphère, me disait :

~« Les Jeunes Poètes, vois-tu, sont les Lépreux du Verbe. J'évite leur cité d'Aosteetj œuvre bellement dans ma pure solitude. De nos jours fa présence est humaine et l'absence divine » '

I entons donc notre métamorphose, sovods sociables et meilleurs, sinon chacun de nous aussi devra conclure en Homme^aux-rubans verts : fuir !

II est aisé, ce Jne semble, dé s'épargner lé dé^ nouement d'Alceste. Plus d'acide dansnos encriers désormais et tendons-nous une main probe ainsi qu une aile d'hirondelle : recette simple, s'il en fût.

Etre chien de faïence n'est pas vivre.

Mais peut-être examiné-je la situation avec un verre noir grossissant, et sans doute ai-îe tort de croire tant à la Guerre des Dieux.

Je-préfère supposer une courte prise d'armes

engagée sur un malentendu né d'étrangères causes;

Ce m'est odieux en effet de penser que dés Poètes puissent ainsi, de propos délibéré, démériter des Cygnes et des Lys. Réflexions faites, je me persuade que, s'ils partirent en guerre, c'est sur le conseil de Voix Malignes.

Autour de la Littérature rôde une phalange de Macaques sans rimes ni raison, dont le désœuvrement consiste à promener leur poche-à-fiel de TOrient à l'Occident à seule fin de brouiller, moyennant des procédés fouinards, le Soleil-quise-couche avec le Soleil-qui-se-lève.

Chez nos innocents Poètes, il en est sûr" qui porte cette hideuse diplomatie.

Le mal vient de ces sycophantes que leur seul office de Judas met au nombre des Apôtres. :■

A l'avenir; jouons du pied dans leur second vw sage.

Cela nous portera bonheur.

Pour conclure :

Oublions nos égratignures passées et désarmons. L'hostilité des Vieilles Barbes est suffisante ; opposons-lui notre paix intestine.

Gants amabile vatùrn.

En conséquence, je prie MM. Camille de Sainte- Croix, Bernard Lazare et Vielé-Griffin, Henri Mazel, François de Nion et George Bonnamour, Iwan Gilkin, Zo d'Axa et PaulRoinard, Léon Deschamps, Maus, Werhaeren et Picard, Marius André, Paul Rédonnel, Charles Bourget, G. de Dubor, Albert Mockel et Pierre-M, Olin, Robert Bernier, Camille Mauçlair, René Ghil, Alfred Vallettè... directeurs ou rédacteurs en chef, de prêcher la conciliation à leurs Collaborateurs, — que Ton soit Symboliste* Evolutif, Roman, Romanesque, voire Magnifique.

zo septembre*

Saint-Pol-Roux»

R UINES

Pour Séverine.

Fanant de son halo des parterres d'étoiles

D «„"' m ° n ^- * a . ciel > dont ^"«-■e vermeille-

Au large de la mer, lorsque le vent sommeille.

An n fo n ^ n %"*>"*■ ™P™ *">*. fl*»rant la mûre, An fond d m parc disert, quatre fois séculaire Ov. mainte cascatelle en ruines murmure, ' Voie, que faiblement l'ombre morne s'éclaire.

Aux baisers d'un rayon frissonnent des statues. 0 m se rappellent les duchesses- bergerettes ' Parmi les madrigaux s'en allant, court vêtue. Avec, sous l'éventail, des mines Ti disSe?!

■?■!.*&' "\ leur , a "° nr pour les fêtes galantes, Les Nymphes les Bacchus, la Vénus et les Faunes Sur leurs socles croulants ont des pose» doïeale? ' Et grimacent de lamentables rires Jaunes.

FUe né brandit plus l'w d'un geste superbe, Diane et, de leur faux brutale, les AnnéeT' Ont fait rouler son chef parmi les touffes d'herbe - - Telles ont vit les duenesse. guillotinées.

F^t™^ UnCe ^ 1 de «"«"«e» *«* Pitiés infinies, Entoure avec lenteur tous les débris funèbres Qui, cette nuit, aux opalines harmonies, Evoquent le Passé dans les demi-ténébrés.

Edouard Dimua.

i«>9 MERCVRE DE FRANCE

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