HISTOIRE DE « HANS PFAALL
IL y a, je pense, à peu près douze ans que le New-York Sun, journal quotidien à un penny, fut fondé par, -M. M* Y. Beach, qui choisit M. R. A. Locke (2) comme. rédacteur en chef. Un prospectus fort adroit annonçait que le faut de ce journal était de fournir au public les nouvelles quotidiennes à un bon marche véritablement à la portée de tous, — entreprise dont l'influence sur le
(ij Ce fragment est extrait du recueil d'articles .et d'essais ' ■ d'Edgar Poe ^ intitulé : The Literàii^some ho nés t opinions aboni atttoriaïs me rit s and d enter iis y witk occasionaî words of personality, — recueil dont rien n J a jamais élê traduit. Il contient cependant d'intéressants chapitres,, parmi beaucoup d'autres dont seul peut se soucier un lecteur américain : biographies de poètes médiocres, bibliographies d'ouvrages non moins médiocres, — les uns et les autres oubliés ou inconnus, sans injustice. Un choix était à faire qui donnât d'Edgar Poe les toutes <c dernières pages >\ celles où il exprime des idées personnelles sur Part, sur les facultés intellectuelles, sur la poésie, sur le théâtre». — . celles où il se laisse aller à un peu d'autobiographie littéraire, << occasionaî words of peesosa.lttY- » Avant que ces Dernières pages ne paraissent en volume, nous en ferons connaître quelques autres séries aux lecteurs du Mercure dé France. — Pour Hans Pfaall, se reporter au premier tome de la traduction de Baudelaire.
. (3) DescendantMirect du célèbre philosopher
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MERCVRE Dfi FRANCE
SSï?? 6 ' "£ n - m ° inS que sur l'«»«mbte du monde des affaires, est probablement inçafcu-
nr S? 01 *" il ??*?'«> « Sohtl se mouvait dans une orbite assez étroite, quand, un beau matkv apparu î ? » colonnes un article liminaire annonçant les très remarquables découvertes astronomiques faites au cap de Bonne-Espérance p„rir Jobi V Hersch|l . L'information, disait le f „„, Pro venait de VEémburg Jùurnàl of ScïLce, qUi avait reçu les communications de sir John lïimeme et dont un exemplaire lui avait et & envoyé avant la mise en vente. Cette annonce prépara-
TLl n J} T - S biCn ( ° n n ' avait encore JM £• fancé de canards en ce temps-là), et elle. fut suivie de détails complets sur ces fameuses découvertes qui se trouvèrent avoir trait principalement à In lune et avoir été faites au moyen d'un télescope
celui du comte de Rosse n'était quim simple
S UJ nt U ' A ^ me n Ure qUe ,es découverte! en buestfon turent graduellement exposées au public, létonnement dudit public dépassa toutes les bornes-
— 1 authenticité de la communication à XEdin-
ZL JO T al - ° f - Scie " ce > furent en récité T très rares; et ceci je suis obligé de le coWidé.er
comme une chose beaucoup plus mei'veil1en<;o que tous les hommes-volants (ifdu m™n£
environ six mois auparavant, la maison! Harper avait publié une édition américaine dii frlîïé d artrcnom.càc sir John Herschell, et j'ïvais été res.nteressé par ce q„e j'y avais lu concernant la pos S ,b.l,te de futures investigations lunaires Le thème excita ma fanta.sie et je fus pris de l'envie de lu. la.sser la bride sur le cou, de ! raconter mes rêves ™sujet des paysages de la ldne, bref
(i) M. Locke prêseutait les habitants de *la~îm» " c ™m t des « hommes-volants », — men-bats. . ^ comme
d'écrire une histoire où intercaler cm r*™»* rpremière difficulté était naïuSllemeSde jSs^ les accointances du narrateur avec le satelS£?î c premier moyen qui me vint à l'esprit po^nr S% w e t ii ffiCUlté fut ^-eHenfe"* Ja%p£ temps que le principal intérêt d un tel récit Vé pendrait de la pénibilité pour le lecWde t considérer, en une certaine mesure ^S™5
^f^ el,bérati0nS ' Je .P arlai du Projet à qSeSïes:
a^euTfu^; ? ! Yr1f ul : a i de mes ^tSE.
con&trucUnn aV, ?•!? * d,fficil,tés optiques dans la construction d un télescope comme je le concevait
S? îUrli?* 01 ?? à S? Ct Si &"**«*** congés; ^tli lt i ni,uledessa y er dedonnir de la vrai
leiescope. lionc, à contre cœur et à demi cnn
12™±7X ï pub î ic ' en fait ' «« *& *£
îîfPJf ^ ue ns ,e usaient mes amis), j'abandonnai Udéed imposer une- stricte vraisemblance à ce que je voulais écrire, — c'est-à-dire asse* <rtr,W
SX»' SïnïïV^ ^ ^KSSS Si» ^1 T ° ,t,é série °x. moitié plaisant, je résolus de donner tout l'intérêt possible à unvovace
d fl e i a s t î rreà |a lun f- P uià de décri « ftJ?ÏÏTS£!
e2minés n nar e le ï S T VU | ? P'rsonnéllem^t SîS - P J- narrateur. Selon ces données ie
je la publiai environ six mois plus tard dans L
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iwSJlL^ 5 * semai " es - a Près la publication du nZJ f K g Z con ] tena û t #*« /»/-*// que la première mvstifîcatmn lunaire fit son' apparition *££ le Sun, et je n eus pas plus tôt jeté un coup d'œil sur le journal que je compris la plaisanterie qui ?e n en pouvais douter un instant, avait été suSeérée
P m f\? r ° V l e ■« ' eu d ' es P ri t ». Plusleurs g W naux de New-York (Z, Trïnscript, entre «Ses)
côte à nt que
prirent la chose de même et publièrent côte Moon Story et Hùi.s Pfaall, pensa 1 auteur de l'une de ces histoires avait été piïlé par l'auteur de l'autre. Quoique les détail? soient, sauf quelques exceptions, très dissemblables, je maintiens encore que les traits généraux dis deux compositions sont presque identiques. ToWes les deux sont des mystifications (l'une, il é'»r vrai écrite sur un ton presque purement plaçant, et 1 autre sur un ton absolument sérieux); kfs deux mystifications portent sur le même sujet, l'astronomie; toutes deuxsur la même partie de ce sujet la lune; toutes les deux ont pour point defdépart un pays étranger, et toutes les deux ont cherché la même vraisemblance dans la minutie dii détail scientifique. Ajoutez a cela que jamais rie J de pareil n avait été tenté avant ces deux mystifications dont 1 une suivit l'autre immédiatement, les pieds sur ses talons. r
Après avoir exposé ainsi l'affaire, je dois cependant rendre cette justice à M. Locke qu'il a toujours nié d'avoir lu mon article avant d'écrire le sien, — et je dois ajouter que je le crois.
Pas une personne sur dix n'avait refus 5 d'admettre les révélations du Sun, et (fait bizarre entre tous!) les récalcitrants étaient surtout ceix qui doutaient sans être capables de dire pourquoi, — les ignorants, ceux qui n'avaient aucune connaissance astronomique, les gens qui ne voulaient pas acquiescer, parce que la chose était si étraWe, si « en dehors de l'ordinaire ». Un grave professeur de mathématiques dans un collège de Virgitïie me dit sérieusement qu'il n'avait aucun doute touchant la vérité du récit de M. Locke! L'effet produit sur 1 esprit du public tenait d'abord à la nouveauté de lidée; secondement, au caractère fantaisiste et irrationnel des découvertes alléguées ; troisièmement , au tact consommé avec lequel la troJnperie était conduite; quatrièmement, àla vraisemblance aiguë delà narration. Cette mystification eut un
immense succès; elle fut traduite en plusieurs langues; elle donna même lieu à des discussions (un peu badines) dans les sociétés astronomiques. Mais comme elle anticipait sur les principaux points de ma propre histoire, je me résignai à laisser Mans Pfaall inachevé. Mon principal but en amenant mon héros dans la lune était de lui donner l'occasion de décrire le paysage lunaire, mais je m'aperçus encore qu'il n^urait pu ajouter que bien peu de chose à la minutieuse et authentique relation de sir John Herschell. La première partie de Bans Pfaall, tenant environ dix-huit pages du Messenger, ne renfermait qu'un journal du passage entre les deux planètes et quelques mots d'observation générale sur l'apparence première du satellite ; la seconde partie ne paraîtra sans doute jamais. Je n'ai même pas cru utile de ramener mon voyageur à sa terre natale. Il reste ou je l'ai laissé et il est toujours, à ce que je crois, « 1 homme dans la lune ». .
Edgar Poe.