‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 81 sur 109 · MUSIQUE · texte numérisé non relu

MUSIQUE

, Le mois dernier/à. la salle Pleyeï, l'admirable quatuor Ysaye a donné, quatre séances de musique de chambre, plies étaient consacrées à des œuvres de compositeurs français modernes. Dans la première, .nous entendîmes le quatuor à cordes de Castillon, oeuvre imparfaite, où pourtant se retrouve, en maints endroits, le haut artiste qu'était Castillon, et où ûy a un morceau d'une forme bien curieuse: c'est celui ou s enchevêtrent Vandante et le scherzo. De Castillon éjpdeinettt l'on nous donna le quatuor avec piano: là,pomt d'imperfection, l'œuvre est puissante et belle. A la même séance fut joué le Concerf pour piano,violon et quatuor à cordes,dc M. Ernest Chausson, qui, peu auparavant, avait été exécuté pour la première fois à là Société Nationale. C'est une œuvre très heureusement venue, très délicate et très charmante, et dont la Sicilienne, est d'une incomparable séduction.

Là seconde séance fut pour de? œuvres de M, Vincent d'Ihdy; on y joua son quatuor avec piano, dont la Ballade est si émouvante, et son quatuor à cordes,:œuvre superbe, et dun

grand maître* . .

M; Gabriel Fâurc eut pour lui la troisième séance, que

a 8a * * MERCVRE DE FRANCE

remplirent ses deux quatuors, si élégants,*! légers,si tendres.

Enfin, pour clore cette belle série, le quatuor Ysaye nous fit entendre deux chefs-d'œuvre dû plus admirable des maîtres français, le quatuor et le quintette de César Eranck.

En somme, ces quatre séances furent une joie; et, alors que les critiques, en leur outrecuidance, proclament M. Reyerchef de l 1 Ecole musicale française et que la foule applaudit sa la-r mcntable Salammbô, nous avons pu, une fois de plus, y constater qu'il y a chez nous de vrais musiciens et de purs ar-

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ENQUÊTES ET CURIOSITÉS

^ Questions

Stendhal. — Pourquoi M. Stryenski, éditeur d'un roman posthume de Stendhal, Ta- t-il publié sous le titre de lantiel, alors que Stendhal lui-même l'avait annoncé sous, celui de Amielf On lit, en effet,. au verso du faux-titre de La Charr treuse de Parme , par l'auteur de Rouge et Nàir % a édition, Paris, Ambroisc T)upônt, 18^9, à la suite de la liste, des «œuvres parues dé l'auteur : Sous presse , Amiel, a vol. in.-8o,

Barbey d'Aurevilly n'a -t-il pas collaboré, vers 1836, à une

petite revue qui paraissait à Cacn, le Momus Normand ? On . ;

désirerait quelques détails à ce sujet. .

Lucien D.

Réponses

Marée. — Voici quelques notes complémentaires à mes ■ premiers renseignements. En 1819, 'il se vendit à Paris pour plus de trois millions de marée : les poissons les plus communs étaient le hareng, la raie, la plie, la morue, le maquereau, la vive, le merlan, etc., et d'autres, maintenant inconnus, tels que le govrnal^ — et des oiseaux de. mer, non moins inconnus à cette heure, tels que les alètes\ chère réputée maigre. Un des plus anciens et importants documents touchant la vente du poisson frais â Paris semble être une ordonnance du roi Jean, rendue en 135a, o;ui. instituait une commission de quatre conseillers au Parlement et d'un j.uge au Châtelet pour surveiller et protéger le commerce, du poisson de mer. Une autre ordonnance de Charles V constate encore, en 1 569, l'existence d'une corporation de marayeurs (gens qui amenaient en grand'hâte et nuitamment le poisson de la côte à Paris), à laquelle il accorde certains privilèges et garanties, car m ils estaient tellement grevez et endommagez, qu'il* délaissaient quasi comme du tout à envitailler la ville dé Paris ». Les ennuis des marayeurs venaient du péage qu'on exigeait d'eux, en vertu de droits féodaux ou royaux,' sur différents points

JUILLET 1893 a8>

de la route Se la mer à Pari». L'ordonnance le» relevait de ces impôts et organisait une compagnie de e^*« '?*"*" chargéï de défendre leurs intérêt». Ces gardes rédigèrent une sorte de code de la marie qui resti en vigueiur jusqu en 1678, où fut créée iau Parlement une Chambre de la marie pour connaître seule de toutes contestations des marayeur» avec le» agents .du fisc Outre les màrayéurs, il y avait les £e»«*W«»rs du roi, toujours, en chemin entre les ports de la »ancn* et Paris/chargés de recruter les meilleurs morceaux; néanmoins les marayeur» avaient le privilège d'acheter même avant le» pourvoyeurs royaux. Autre privilège : il était défendu desais.r pour dettes. leurs voitures ou leurs chevaux Leur senle obligation était de ne pas s'arrêter en route et de ne vendra leur poisson qu'à Paris ; il fallut une permission du roi pour que, «n 1753, le Parlement. étant exilé à Pontoisc, lesvortures de maréeyfissent escale a certain* iqu.rfc. . # . .

Un pourrait aller bien plus haut que le roi Jean si Ion voulait donner sur ce sujet mieux que des «««^"jfj. 1 serait facile, par exemple, de parler du droit de **«*"» établi à Paris sur lo puisson frais et suppnmé enjw par Charles le Bel : cet impôt datait du Xlll" siècle. Mais ce» notions suffisent à prouver qu'avant les chemins de fer et très anciennement, Paris était pourvu de marée 1 : elle 1 y était même abondante, d'après le chiffre donné au débnt ^e «f « note. Quant au poisson salé ou fumé, il a toujours <•*»«* Paris et dans toute la Prahce : les Normands péchaient le hareng défi le XI e siècle, comme nous -. apprend la charte de fondation de l'abbaye de Sainte-Catherine-ler-Rouen^ qui date dé ioîo. Le poisson de rivière était commun au point que les valets de meuniers retenaient, en Normandie.de nètre nourris dé saumon que. trois foi», par semaine. La législation sur la pêche fluviale, telle quelle est encore en vigueur, re- ..; monté en ^grande partie à Philippe le Bel.

» Curio»itéi

Shakespeare. — On nous écrit :

> Paris, I e * juin 189a.

Monsieur et cher confrère, ' m ' . ,

Te lis dans le n° de mars du Mer+ure une fort intéressante voté* sur Shakespeare, de laquelle U «mble résulter que le plus ancien document français sur 1>U^ C dranuturge «t dû au chevalier Temple, Utrecht, 1693. Labeur de la note termine en disant. « Cette mention est bien antérieure a celle « que Ton doit à Clément, rédacteur dan* les pre™*ff* a *? ec * * du XVIII* siècle du catalogue maùuscrit de la Bibliothèque

« nationale. »> \. '".■.«• '% ^u f Mfr

Or iLèst bon de rappeler ici que Nicolas Clément est

Vautour de deux catalogues méthodiques.Le premier, commencé eh 167* et achève en 1684, comprend entre autres un exemplaire au Shakespeare in-fol. de i6ja; Ce »^ £*t «j préparé à faide de fiches manuscrites que la Bibliothèque

*84 HHRCVRB DB-FRAKGE.

possède encore. Sur la feuille relative à Shakespeare, âpre» avoir inscrit ce qu'il considère comme lés œuvres du maître, Clément ajoute son opinion personnelle sur 1 auteur :

« WilLShakspeare porta angHcns

« Ce poète anglois a imagination âssés belle, il pense naturellement, il surprime âyee finesse ; mais ces belles qualité» sont obscurcies parles ordures qu il mêle dan* ses:

comédies. » , , .'"■' „;-*. A «.

Ce qui permet à -M; J.-J. Jussernnd,à qui nous empruntons

les éléments de notre dire, de conclure ainsi :

u Quoi qu'il en soit, et en attendant quelque nouvelle découverte qui vienne le déposséder de cette qualité, le bibliothécaire Toyal, Nicolas Clément, doit être considéré maintenant comme le premier de nos compatriotes cjui ait formulé son opinion sur Shakespeare... » Revue Critique, 1887, a« sem.,

P ^n effet, le passage cité plus haut a manifestement comme date extrême 1684, c'est-à-dire Wii' est au moins de neuf ans antérieur aux lignes du chevalier Temple. Il est vrai que, quoique conservé dans un document officiel, il nest pas imprimé. Et sur ce point M. R. G. garde gain de cause. Votre éminent collaborateur nous fournit d'ailleurs trop rarement l'occasion de le rectifier pour qu'il ne nous pardonne pas ce petit complément d'information. ,. . .

Puisque nous en sommes sur la littérature anglaise, je. prendrai la liberté de révéler à M. Vielé-Grïf fin, dont vous .analysez dans votre n*> de mai une étude sur Walt Whitman publiée dans les Entretiens, que Jules Laforgue n est pas proprement le premier traducteur français, du poète américain, bien auparavant, à savoir dès 1861, M. Louis tienne, au cours d'un travail important, quoique peu admxratifj sur Walt Whitman, poète, philosophe et « rôvydy », donnait dan» la Revue Européenne (x«<* novembre) la traduction - de plusieurs* morceaux caractéristiques des Leaves of grass. Permettez-moi de remarquer à ce propos que les jeunes lettrés négligent peut-être un peu trop dans leurs enquêtes toutes ces anciennes revues des deux premiers tiers du siècle. J'imagine qu en j , fouillant intclligemmeat ils y .découvriraient plus d un précurseur. „

Veuillez, etc.

. Paul Masson.

Un inédit de Baudelaire. — VL: H. Hignard, Doyen honoraire de là Faculté des Lettres de Lyon, qui fut,, en 1835, interne au Lycée de cette ville avec Baudelaife, dont U demeura toujours Tarai, a fait dernièrement, à: Cannes, une . conférence sur son ancien condisciple, au* cours de laquelle il a dit une poésie datant de la jeunesse du poète et qui, du moins il croit pouvoir l'affirmer, n'avait jamais ete ^imprimée nulle part. — Pourtant, ajoute-t-il, je trouve dans la bibho-

JUILLET iM " ' | »»» ;

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graphie trè« détaillée qu'on doit à rMItotjr' *^ W *^£**; Sication suivante: uRacvniUJmMT.XsvHe ^^^^.W i«6i ; Le Boulevard,* janvier *86» ». Ce titre "b^"*»** la piiee cUmoUi reproduite; mail, comme il * "H"™* également à un poème de» Fleurs du Mal, on ne «tarait rieft

certifier, -rr t. de S.-J. .

Jï/fcs / W n'a gémi *«r *»ifr«t f sur soi-mfm* ? Et qui n*a dit à Dieu; * Pardonne^mot, Setgnsnr, Si personne ne m f aime et si nul n'a moncmnrl lis m'ont tous corrompu ; personne ne vous a%me I »

Alors , lassé du monde et de ses vains discours,

Il faut lever les yeux aux voûtes sans nuages . ■ *

Et ne plus s'adresser qu'aux muettes tmages f

De ceux qui n aiment rien consolantes antours.

Alors, alors il faut s'entourer de mf stère, "

! Se fermer aux regards, et, sans morgue et sans fiel, Sans dire à vos voisins : « Je n'aime que lectel», Dire à Dieu i kConsotèf mon âme delà terre ! n TeL fermé par son prêtre, un pieux monument.

Quand sur nos sombres toits la nuit est descendue, ; Quand la foule a laissé le pavé de ta rue, Se remplit de silence tt de recueillement*

ÉCHOS DIVERS ET COMMUNICATIONS

Le Latin Mystique.

"":'/■ Liste des souscriptions (suite ;/v. ne* deux prudente»

Uy E^PtllHI5 SUR Ï*FHUL TOUWWI^CAJtnillAIJCB (à )) ft.) t Li-

Vbraïrie Flammàripâ. ".".,,,!' * \ . ÏM\t t^«u

Exemplaires sur papier fort, TON» (a ia fr.) : MM. 1-ouis DumuivRemi Pamârt, Gaston Lesaulx, Maurice Le Blond, AuS Vermeylen, l'abbé Le Foulon, P ; -M. Arnuin* ■ (V.: annonces, en tête du présent numéro.)

Conférence de M Çharle» Korice. ~ ^»'j" 2£pices du Théâtre d'Art, le mercredi 15 juin, M. Chartes M«rice a fait, pour un auditoire de poète, et. d'artiste., un» «£

"erie charmante à; propos du mot g&%ri? f Jf SS conférence, car bien -que seul M.. Charte. Monce «tjP™» formellement la parole, il te fit arec un tel soin débiter tonte bedairoaiè qu'une aorte de colloque mental a établit Œ ïuTetTs interlocuteur. mneto,o\n. la «Ue, cenx^i ne rompant le silence que pour approuver la plupart de idée, qu'il exposait avec infiniment d'ingéntoeité et de d«iLtes.e. Il à établi tout d'abord l'antinomie cruelle qui fait'k grandeur de la poésie ( •■ elle est l'expression humaine,

individuelle, de l'absolu » ) et montre tout ce que le désac- . cord fatal entre l'expressibh déterminée et la pensée infime conférait de tragique à cette, lutte avec 1 Ange. «Le mot rroDrc oue nous cherchons anxieusement, qui n existe pas peut-être,. serait Dieu : et c'est, par un jeu de prest.ge quasi iurnaturel, par l'alliance d'autres mots, que, nous . donnons quelqucfois F rillusion dé celui-là. » En passant, puisqu Û faut

encore le redire, le causeur a nettement écarte : toute relation entre la poésie et. la morale ou l'économie politique, la méprise venant, de ce que pour f une et les autres, « 1 instrument, l'instrument, matériel, la. plume est > même, «-Etn'cst-il pas humiliant de penser qu'un Jules Simon a le droit de s'appeler « écrivain » tout comme Hugo ou. Baudelaire ? Puis des considérations, très spécieuses du moins, d après Edtrar Poe, sur l'impossibilité de créer « un long poeme» qui. . .?'■='. :.&....«. Tki« n«« i». noème déoasse îoo vers

d'unité 'Peut-être cependant pourrait-on donner lUmpressioi d'un « présent éternel >> et non d'une succession en de long! poèmes' en ramenant, à ; temps, des motifs pnncipa «. .Une rapide histoire de la poésie, étudiée en ses âge* extrêmes, l'énoàue des épopées indo-européennes et le xix e siècle» per- . met de montrer Tinvasion do l'esprit critique dans le domaine même de la poésie- de là lés deux seuls mythes crées depuis, l'antiquité : Faust et Don Juan. De là aussi pour le poète conscient de sa responsabilité, une angoisse ternble et les cris d* douleur que nous avoni entendus depuis cent ans. Et cependant le poète conserve le don d'enfance, être hybride, monstre pitoyable et sublime en sa double nature, et par des symboles' (distingués très sagacement de l'emblème et de 1 allé- ■ . eoriel il communique à autrûfson frisson intérieur, devant le Ipectacle du. monde, autant du moins qu'on, peut commune duer ou6i que ce -soit à une autre pensée, les monades hélas ! n'ayant point de fenêtres. Les hommes aussi reprochent, à tort au poète d'être, différent de son œuvre; il n est lni que. quand il chante, Mais il ne faut pas moins que la mort

pour le révéler- . Tel qu'en lui-même enfin l'éternité Ije change

selon l'admirable vers de Stéphane Mallarmé, à qui M.Charles Morice.et ses auditeurs rendirent. un juste et unanime- nom-

jf? crains que ces notes «parses/— la mémoire d'une cau- ■ série sinueuse n'est fidèle qu'à d.«mi - rendent mal le très réel plaisir, que nous goûtâmes ee soir-!.à, et qui fut àpeine interrompu par quelques objections tacites (p. ex., à un i moment donné*M. Charles Morice a paru admettre que lidee . du progrès, fort contestable en elle-même, pût s appliquer à la poésie), et deux bu troïs fois par le regret d ouïr des, métaphores oui n'étaient pas inédites. Qu'on considère eepen- Emme la faute. est légère et combien U est regrettable de ne pouvoir, pas répéter des images, excellentes, parce que.

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d'autres, grâce aux hasard de la naissance, purent les inventer avant nous, qui les aurions bien trouvées tout seuls.

Liberté de la Presse. Pour un article , publié dans 1\B«- Dehors<i les compagnons; d'Axa et Matha ont été condamnés dernièrement à. dix-huit mois de prison et 3000 fr. d'amende chacun,. M.. Jules Méry, poursuivi en mima temps pour un autre article du même idurnal, en a été quitte pour trois mot» de prison et. 50 fr. d amende. Il est vrai que son avocat Pavait tout simplement représenté, assis qtfil était entre ses deux Go-accusés, k comme le Christ entre, les deux larrons» » Cette attitude légendaire, encore qu'elle lui ait été. attribuée probablement sans son aveu, lui a acquis .d'une façon inespérée la bienveillance du jury.

M. Ibsen écrit en ce. moment un drame intitulé : La

M* Edouard Dujardin a fait représenter, le 17 juin, dans la salle du Théâtre Moderne, Le Chevalier. du Passe*, tragédie moderne en .3 actes et en vers libres (a* partie de la légende d'Antonia*. Nous rendrons ' compte de cette représentation dans notre prochaine livraison, . ;-*■

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