SÛR LA RELIGION
11 tte faudrait point douter de Dieu pour Savoir jamais eu affaire à la Providence.; mais il en faudrait douter pour avoir eu maille à partir avec elle*
Dieu ne serait-il pas le prénom familier de tout ce que nous ignorons?
Ou dit : Aimer Dieu! Mais comme Dieu ce ri est ni le prochain, qui serait plutôt le diablé t ni, l'humanité, qui est presque en.tière vouée à l'enfer, ni les femmes, qui sont un objet de perdition, ni la matière,. d'où vient tout le mal, ni la nature, qui est imparfaite par définition, il en résulte qu'aimer Dieu c'est aimer soi-même dans la partie orgueilleuse de aon être*
Dieu, définition, est la cause suprême. Il faudrait d'abord s'entendre sur ce que c'est qu'une cause, et expliquer comment une cause peut être suprême.
. . 5 ■ Si de ce qui existe vous enlevez tout ce qui
n'est pas Dieu, que reste-t-ïl? Rien, Donc : où
Dieu n'existe pas, bu Dieu n'est autre chose que
ce qui existe, et par conséquent n'existe pas*
Mais, ô subtilité! Dieu serait-il ce qui existe
considéré à un certain point de vue, comme vous
parlez d'amour à propos des femmes que vous
aimez ou de beauté à propos des : spectacles que
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vous âdmiïfefc? Dans ce cas j Dieu est une abstraction et n'existe pas en dehors du cerveau hu~ main qui la crée. Et alors, étrange chose, c est l'homme qui devient Dieu et Dteu qui est là créa-
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■ .-." ;■■■'■■■■■ '. '.:%\ ., '■ '*'■ ■ -' ' •■■"• :' • -"' Que supposer : ou que Dieu est, au qu'il 'n'est' pas? Si, Dieu est, est-il eu dehors de moi, ou • suis-je eu lui? S'il est en dehors de moi, il n'est pas infini, puisque j'en suis excepté ; et si je suis en lui, il n'est pas parfait, puisque je suis immonde! Je suppose donc que Dieu n'est pas : car
supposer Dieu limité ou imparfait, ce n'est pas supposer Dieu.
- A-t-on songé que Dieu, étant par essence un, doit.être la totalité? Or, faisant partie du tout, je * suis partie de Dieu. Dieu ne pouvant distraire aucune partie de lui-même, sous peine de ne. plus . être la totalité, c'est-à-d-irê Dieu, il appert, que je puis me conduire comme je veux, sans cesser d'être diyin,
Trouver Dieu ne veut pas dire l'avoir cherché ; chercher Dieu né veut pas dire le devoir trouver* Il n'y a d'authèntiqUement déistes que ceux qui ont trouvé Dieu après l'avoir cherchéXe sont lès parvenus du déisme, tandis que les premiers en sont les fils de famille; et les Seconds le& modestes travailleurs. Comme dans la Vie, ces trois classes se méprisent Tune l'autre.'
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Bien dés gens se disent déistes, qui sont athées: croire en un Dieu qui h'eit pas séparé de la nature; c'est être athée.
J'ignore ce que je suis, d'où je viens, où je vais ; j'ignore même si je suis, j'ignore tout, sauf mon ignorance même. J'appellerai donc: iJieu tout ce qui n'est pas mon ignorance. Mais, comme ^ jelignofç, je n'en sttis pas plus gftvaftt Je n'ai
M 8 HBRCVRE DE FRANCE
quun mot de plus que j'ai fait résonner dans le vide.
Toute religion est ïncurablement viciée danthropomorphisme, l'homme ne pouvant imaginer Dieu dans des modes autres que ceux qu il trouve en. lui-même.
La seule manière logique dé concevoir Dieu, c'est de ne pas le concevoir: car sitôt que nous le concevons, nous lé concevons suivant les modes dé notre esprit et, par conséquent, antnropomorphïqUement.
— Qui prête au pauvre prête à Dieu. .
— Mauvais placement : le débiteur pourrait bien être insolvable.
La pratique d'une religion est une paralysie de la foi.
Les prophètes sont les plus ardents des croya nts: ils croient en eux.
Le sage croit à toutes les religions ou ne croit à
aucune.
On croit par habitude; on ne croit pas par indifférence -, on ne croit plus par fatigue:
Les certitudes de la foi sont autrement puissantes que celles de la science, peut-être parce qu elles ne reposent sur rien.
On croit plus facilement aux principes des autres qu'aux siens propres, parce qu'on distingue moins bien sur quelles bases chancelantes ils sont fondés.
On s'imagine toujours que la foi des autres est
OCTOBRE tlp M-
fondée sur de» misons d'autant plus sérieuse* qu'elles nous sont plus inconnues. ; ^^
<Jt foi ne vaut * ue P ar les «crifice» qu'elle
exige»
La. foi la plus respectable serait celle qui ne flatterait aucune espérance. :
L incertitude où nous sommes des choses de la métaphysique est précisément ce qui nous vaut notre qualité d'êtres pensants. Je Joute, donc je suis me semble être à. la base du Co/rifo t ergo
L'incrédulité ne consiste pas à ne pas croire; mais à croire^aue ce que fes autres croient est taux. Le véritable libre-penseur doit être incrédule sur les points où la preuve peut être faite et agnostique sur ceux où elle est impossible.
Sous prétexte qu'il rejette les croyances d'une certaine religion, le libre penseur n'aura-t-il pas le droit de se créer une foi, à son usage personnel et pour, ne pas demeurer 1 esprit vide, d'après ce qu il juge être le plus vraisemblable ? ; *
Il n'est guère possible aux hommes de rester absolument sans croyances. Les uns , dépourvus de raisonnement et d'imagination métaphysique, se content des croyances transmises par leurs pères; d autres, pourvus de raisonnement, toais sans imagination métaphysique , comparent les rehpons et les systèmes philosophiques et adopt^r^ 1 P J ? ltà . leur esprit; d'autres enfin, favorisés d imagination méthaphysique, conçoivent les croyances^qùi Correspondent le mieux à leurs besoins et a leurs désirs; Les premiers acceptent leur foi ; les seconds la choisissent ; les derniers îa créent* -j -
ïso MERCVRE DB FRANCE
Lés grands chrétiens croient moins e 11 Dieu qu'au juste; les petits. chrétiens croient moins au juste quen Dieu. Le Dieu des uns n'est pas le Dieu des autres. Chez ceux-là, Dieu est en avaïit; chez ceux-ci, il est en arrière* Les -premiers- mettent en Dieu toutes les générosités de leur âme; les seconds toutes les sévérités dé la leur. Là, ce sont les œuvres malgré, la foi; ici, c'est la foi malgré les oeuvres. Les premiers peuvent n'avoir jamais mis le pied dans une église; les autres n'y
ont jamais mis le cœur,
On sort de la foi par la raison; on y rentré par raison.