‹ Mérimée et ses amisChapitre 110 sur 160 · COLLABORATION AVEC L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

COLLABORATION AVEC L'EMPEREUR

(les Romains, soit l'iinalyse du travail de 11 urtado sur la bataille de Muiida, soit tout aulre écrit de ce genre, et, si quelque chose excuse son erreur, c'est le soin, la conscience, le fini que Mérimée apportait en ces modestes besognes coname autrefois dans ses ra()ports administratifs, et qui en faisaient de véritables traités sur la matière.

Dans ses lettres, il raconte, avec un plaisir visible, certaine excursion archéologique, faite aux fouilles d'Alise-Sainte-Reine avec son impérial confrère, et où il put déployer sa sagacité et son expérience tout à loisir. En somme, cette collaboration ne lui laissa que des souvenirs agréables. Je suis probablement le dernier écrivain qui ait eu l'honneur de travailler pour l'empereur, et je puis lui rendre ce témoignage que rien n'égalait la bonne grâce et la bonne foi avec laquelle il accueillait soit des suggestions de détail, soit des vues nouvelles, même quand elles ne coïncidaient pas entièrement avec les siennes. J'ai eu l'infinie tristesse de l'assister dans la rédaction d'un plaidoyer personnel oii il s'arrêta devant l'impossibilité de se justifier

sans accuser autrui. Je garde une page qui racontait la bataille de Sedan, page émouvante à voir, hachée de ratures de sa main, dont chacune représente un effort pour couvrir un serviteur malheureux. Il y en eut tant, de ces généreuses ratures, qu'à la fin le récit a presque disparu. Mérimée, du moins, a eu ce bonheur, dans ses communes études avec l'empereur, de ne rencontrer d'autres noms de bataille que ceux de Thapsus et de Munda.

Au début de ce travail, l'empereur, qui savait le prix du temps pour un tel écrivain, lui donna à entendre qu'il serait largement indemnisé. Mérimée sourit : « J'ai, dit-il, chez moi tous les livres nécessaires. Je calcule qu'avec deux mains de papier, une douzaine de plumes d'oie et une bouteille d'encre de la Petite Yertu, je suffirai à tout. Que Votre Majesté me permette de lui faire ce cadeau. » Ce fut au tour de l'empereur de sourire, et Mérimée interpréta ce sourire dans un sens peu favorable à l'humanité. Napoléon III n'avait pas encore été servi pour rien; il pensa peut-être que ce désintéressement ménageait, pour l'avenir, quelque ruineux appel à sa recon-

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