Corresp. Montijo, 3 juin
2. On trouvera peut-être Mérimée un peu dédaigneux. On fera bien de relire les abominables injures dont le grand poète l'avait couvert, non dans des lettres intimes, mais dans des livres que l'Europe avait dévorés. Alors, si l'on revient à Mérimée, il paraîtra, à coté de son adversaire, l'indulgence même et la courtoisie en personne.
spectacles mondains. — Le I)ul de la duchesse d'Albe. — Changcnient de la politique impériale. — Mérimée et l'Empire libéral. — La croix de grand officier. — Mérimée cesse de comprendre Napoléon IlL
Mérimée jugeail la société avec la même sévérité que la littérature, mais cette disposition défavorable n'apparaît d'abord que par accès, dans sa correspondance, pendant les premières années de l'Empire. C'est d'abord de son ancien ton, moitié amusé, moitié moqueur, qu'il raconte à son amie de Garabanchel ces folies mondaines dont il prenait encore sa part. Parmi beaucoup de récits de ce genre, je détache celui d'une soirée qui est restée célèbre, du bal costumé qui fut donné à l'hôtel d'Albe au mois d'avril 1860 :
« Je vais vous parler de la fête donnée chez
VOUS et où vous manquiez beaucoup. En avant de votre maison et du côté de l'avenue, on avait fait une galerie en bois; derrière la maison, dans le jardin, une immense salle à manger où l'on descendait par des escaliers; tout autour une galerie, qui pourtournait la table. Quand, à deux heures, on a ouvert les portes, le coup d'oeil était magique, surtout quand les salles, les escaliers et les sraleries ont été couvertes de femmes en costumes brillants, et tout cela inondé de lumière électrique. Vous savez qu'il y avait une entrée de seize femmes représentant les quatre éléments. Elles étaient presque toutes très jolies, très décolletées, avec des jupes fort courtes. Mme de Labédoyère et Mlle Errazu étaient à croquer. Seulement, les naïades étaient poudrées avec des paillettes d'argent qui, tombant de leurs épaules, ressemblaient à des gouttes d'eau. Les mauvaises vues, comme la mienne, les croyaient trempées de sueur et on avait envie de les bouchonner comme des chevaux de course. La comtesse Walewska avait beaucoup de perles et de diamants très beaux; Mme de Bour-