‹ Mérimée et ses amisChapitre 80 sur 160 · PRECIS DE LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

PRECIS DE LA REVOLUTION

garde était fort mal disposée. Tout au dernier moment, c'ost-à-dire lundi 21 février, au soir, le ministre sut que le banquet avait été contremandé. Il décommanda alors le grand déploiement de troupes qu'il avait résolu de faire ce jour-là. Le mardi 22, on ne voyait de soldats presque nulle part. Ils étaient consignés dans les casernes. Il n'y avait que quelques compagnies de garde municipale, aux abords de la Madeleine, qui dispersaient la foule des curieux autour de la maison d'Odilon Barrot dans les Champs-Elysées, et sur la place de la Concorde. Vers le soir, les gamins commencèrent à jeter des pierres, à culbuter les voitures pour faire des barricades, à ôter quelques pavés. Rien n'indiquait que cela fut sérieux : l'émeute n'avait pas d'armes. Los soldats y allaient assez mollement, et pendant toute la nuit il n'y eut pas d'engagement sérieux.

« Le lendemain mercredi, les troupes parurent eu plus grand nombre; la foule des curieux et les insurgés augmentèrent. La garde nationale, rassemblée très lentement, criait : « Vive la réforme! » aux oreilles des soldais, les faisait

boire et les engageait à ne pas tirer. Du moment que la garde nationale avait le même cri que les révoltés, il ne fallait plus compter sur les soldats. Vous savez ce qui se passa alors dans la Chambre. Le roi renvova son ministère et chargea M. Mole d'en composer un. Ainsi, au beau milieu de l'émeute il n'y avait plus de ministres. M. Mole ne pouvait se charger d'une tâche si difficile ; M. Guizot n'osait plus donner d'ordres. Partout, les troupes laissaient faire les barricades et ne faisaient nulle démonstration d'attaque.

« Cependant le bruit de la retraite du ministère s'était répandu partout. On croyait que le lendemain tout se calmerait avec quelques concessions. Jusqu'alors les sociétés secrètes ne s'étaient pas mêlées aux rares combattants; mais elles étaient réunies et délibéraient. Les rues étaient pleines de monde, et bien des gens pensaient que l'affaire était finie. Vers neuf heures du soir, une foule assez considérable se porta devant l'hôtel des affaires étrangères que M . Guizot avait quitté . Son secrétaire s'était amusé à faire boire les officiers et les

Page 1