‹ Merlin, l'enchanteurChapitre 87 sur 177 · LIVRE XYllI. 19j · texte numérisé non relu

LIVRE XYllI. 19j

bauinées des roses et des jasmins, sous mon tocadqv? Sans vous, ô Merlin, le palais sera comme le rêve sans rinlerprète. Hélas! il me semble que ces murailles d'albâtre ne sont plus qu'un édifice de songes, et tout va s'écrouler, sans doute, quand vous aurez franchi le seuil. Vous m'aviez fait entrer dans la vie, moi, fille des esprits des ruines. Je crains, si vous me quittes?, de m' exhaler moi-même aux rayons du soleil, comme la vapeur de ces jets d'eau qu'emporte la folle brise trempée des larmes du réséda. Déjà je vois la triste bruyère s'asseoir, dans la Véga, à votre place. »

Ces dir.cours pleins de séduction, de sagesse, ces offres, ces regrets, ces larmes royales, tout fut inutile. Merlin s'obstina à partir.

Quand le jour du départ fut fixé, toutes les femmes d'Espagne se revêtirent tristement de longues mantilles noires. Merlin leur demandait :

« Pourquoi êtes-vous vêtues de deuil? »

Elles répondaient :

« A cause du départ de Merlin. »

11 reprenait :

« Votre beauté n'y perdra rien. Vos fronts de marbre, vos yeux de flamme étincelleront davantage sous ce long manteau noir.

— Sans vous, Merlin, nous ne saurions sourire. »

Et il est de fait que, depuis le départ de Merlin, les Espagnes sont restées attristées, au point qu'il gérait difficile de les reconnaître. Partout des bniyères, la solitude, le silence»

196 BIERLIN L'ENCHANTEUR.

A Burgos, il reçut l'hospitalité du grand Cid de Bivar et de Chimène. Tous deux Fattendaient au seuil, près du petit arc triomphal, sur des chevaux piaffants, caparaçonnés de soie et d'or. Fêté dans leur château, qui dominait la plate-forme, il paya leur hospitalité en composant plusieurs romances à leur éloge, et il mit le diadème de pierre sur le front chenu de la tour de Burgosla- vieille.

<}uand Merlin eut atteint la frontière de France Tho-

►rée, il pressa encore le pas. Les âniers et les muleiers, qui lui faisaient cortège en grand nombre, ne pouvaient se décider à se séparer de lui.

« Que deviendrons-nous? disaient-ils. Déjà Tcnnui nous gagne. Car nous commençons à nous apercevoir que nous sommes très-misérables, et nous Tavions oublié en vous voyant.

— Je reviendrai, seigneurs âniers.

— Cela est-il sûr?

— N'en doutez point.

— Si vous ne pouvez rester avec nous, laissez-nous au moins votre serviteur que voici. »

Et ils montraient Jacques Bonhomme. Jacques refusa de se séparer, un seul moment, de son maître. Tout ce qu'il put faire, fut d'offrir à ces bonnes gens de leur laisser son chien noir.

« Il sait aussi beaucoup de magie, » dit-il.

Le chien, voyant Jacques s'éloigner, poussa de si lamentables cris que les Pyrénées en retentirent, et il alla rejoindre son maître.

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