GARDES, SACRIFICATEURS
Qu'on amène à mes yeux cette horrible victime. Inventons des tourments qui soient égaux au crime; Ils ne pourront jamais égaler ma douleur.
ÉGISTHE
On m'a vendu bien cher un instant de faveur ; Secourez-moi, grands dieux à l'innocent propices J
EURYCLÈS.
Avant que d'expirer, qu'il nomme ses complices.
MÉROPE, avançant.
Oui, sans doute, il le faut. Monstre, qui t'a porté A ce comble du crime, à tant de cruauté ? Que t'ai-je fait ?
ÉGISTHE
Les dieux, qui vengent le parjure.
Sont témoins si ma bouche a connu l'imposture, j'avais dit à vos pieds la simple vérité ; J'avais déjà fléchi votre cœur irrité ; Vous étendiez sur moi votre main protectrice: Qui peut avoir sitôt lassé votre justice ? Et quel est donc ce sajng qu'a versé mon erreur ? Quel nouvel intérêt vous parle en sa faveur ?
Quel intéiêt ? barbare !
ÉGISTHE
Hélas ! sur ?on visage j'entrevois de la mort la douloureuse- image :
Que j'en suis attendri ! j'aurais voulu cent fois Racheter de mon sang l'état où je la voib.*
Le cruel ! à quel point on l'instruisit à feindre! 11 m'arrache la vie, et semble encor me plaindre !
{Elle se jette dans les bras d'fsmé/iie.)
EURYCLÈS.
Madame, vengez- vous, et vengez à la fois Les lois, et la nature, et le sang de nos rois.
ÉGISTHE
A la cour de ces rois telle est donc la justice !
On m'accueille, on me flatte ; on résout mon supplice!
Quel destin m'arrachait à mes tristes forêts ?
Vieillard infortuné, quels seront vos regrets ?
Mère trop malheureuse, et dont la voix si chère
M'avait prédit...
Barbare ! il te reste une mère ' f Je serais mère encor sans toi, sans ta fureur. Tu m'as ravi mon fils !
ÉGISTHE
Si tel est mon malheur, S'il était votre fils, je suis trop condamnable. Mon cœur est innocent, mais ma main est coupable. Que je suis malheureux ! Le ciel sait qu'aujourd'hui J'aurais donné ma vie et pour vous et pour lui.
* Racheter V état est une expression qui manque d'élégance, et que le complément où je la vois est loin a'ennoblir.
f " Nous devons avouer que ce mot sublime est dans l'ouvrage italien : Egisto. O cara madré! se in questo punta mi vedesti! Mérope. Bai madré? Egisto. Che grande dolor fia il tuo ! Mérope. Barbaro ! vmdre fui ben anche io, e sol per tua caçione or nol son più. Egisthe. O ma mère, si tu me voyais dans l'état où je suis ! Mérope. Tu as une mère? Egisthe. Quelle serait ta douleur ! Mérope. Barbare ! j'étais mère aussi ; je ne le suis plus, et toi seul en es cause." — (La Harpe.)