ANT
Fig. 320. — Tête de Vipère aspic, vue en dessus.
le jaunâtre, le brun-clair, chez la seconde le gris brun, le brun rouge ou le vert olive, le brun noirâtre.
Quelle que soit la couleur, la ligne en zig zag du dos se trouve un peu voilée cependant chez
les femelles à coloration très sombre. Cette bande, signe de réprobation et de malédiction, ainsi que l’appelle Linke, se poursuit généralement sans interruption jusqu’à la queue; elle estaccompagnée, de chaque côté, par une série longitudinale de taches sombres. Non seulement la largeur de cette bande, mais encore la disposition des taches qui l’accompagnent, varie énormément. D'après Strauch, la couleur de la bande est en relation avec la couleur fondamentale de l'animal de la manière suivante : chez les Vipères péliades de couleur brun-jaunâtre clair ou couleur de sable, les bandes et les taches sont d’un brun-châtain clair; chez celles qui sont plus sombres, elles ressortent en brun; cette bande et ces taches sont entièrement noires chez les animaux de couleur sombre.
Fig. 321. — Tête de Vipère ammodyte, vue en dessus.
La tête est assez régulièrement tachetée d’une manière constante. Deux lignes longitudinales, entourées de taches et de raies, ornent le dessus de la tête ; elles commencent sur la plaque oculaire, se prolongent sur le milieu du pariétal, sont souvent reliées entre elles par une tache de même couleur et s’écartent l’une de l’autre en arrière en formant un triangle bien marqué dont l'angle est dirigé en avant.
La face inférieure du corpsest le plus souvent d'un gris sombre, parfois même noirâtre. Sur chaque plaque se voient habituellement des taches jaunes, de forme extrêmement irrégulière, isolées ou confluentes: Les Péliades de couleur très claire sur le dos ont le ventre souvent d’un jaune-brunâtre, avec de petites taches isolées de couleur noirâtre.
Link, ayant un? fois capturé 10 Péliades, les examina et put voir à quel point varie la colo-
LA PÉLIADE OU VIPÈRE BERUS.
ration chez des animaux provenant de la même localité. Chez un mâle, la couleur fondamentale était bleu d'argent, la ligne du dos noir de charbon; un autre mâle avait le corps blanc verdâtre et les taches de couleur bistre; un troisième mâle, d’un blanc doré, avait la ligne en zig zag d'un beau noir brillant; chez un quatrième la couleur du corps était brun-blan-
châtre et le dessin rouge-noirâtre. Une fe- |
melle montrait sur le fond de couleur gris-
brunâtre une bande d'un noir-gris; une autre |
femelle avait le corps brun-clair mêlé de verdâtre et les dessins d’un gris sale; une troisième femelle, sur un fond gris-brunâtre, largement mêlé de gris olivâtre, avait la bande du dos noir grisâtre; cette bande se détachait en brun sombre sur un animal dont la couleur était brun sale; la cinquième, d'un vert sale sombre, présentait une bande en zig zag d’un noir terne; chez un sixième individu, enfin, le corps était de couleur si sombre que la bande se distinguait à peine du fond.
L'œil est grand, arrondi, protégé par une plaque sourcilière qui surplombe. La pupille est fendue verticalement, ce qui contribue à donner à l’animal, comme à toutes les Vipères, du reste, une expression de méchanceté et de
férocité toute particulière et tout à fait carac- |
téristique. En plein jour, la pupille se resserre au point d’être à peine visible, ce qui indique bien les habitudes essentiellement nocturnes de l'animal; cette pupille s’élargit considérablement dans l'obscurité. La couleur de l'iris est habituellement un rouge peu ardent ; chez certaines femelles de couleur sombre elle est d'un brun rouge clair.
Distribution géographique, -— Le cercle de distribution de la Péliade berus est extrèmement considérable. D’après Strauch, cette espèce se trouve, en effet, en Europe, depuis le Portugal à l’ouest, jusqu’à l'Oural, vers lorient; elle franchit le cercle polaire et se trouve d’un autre côté jusque vers la frontière nord de la Perse.
En Allemagne, la Péliade ne paraît manquer nulle part, bien que rare dans le Nassau, les pays du Rhin et le Palatinat bavaroïs ; elle est commune dans la Forèt-Noire, dans tout le pays de Bade, le Wurtenberg, où on la trouve principalement dans les Alpes souabes; elle existe en Bavière ;. dans tout le nord de l’Allemagne, elle est excessivement commune dans quelques contrées où les landes sont abondantes; on la trouve trop fréquemment dans
la Thuringe, la Saxe, la Silésie, la Poméranie, le Posen, la Prusse orientale et la Prusse occidentale. À
La Berus se rencontre en Autriche, surtout dans les deux archiduchés, au-dessus et audessous de l’Ems, dans toute la Bohême, la Moravie, l'Autriche-Silésie, la Carinthie, la Carniole, le Tyrol, la Hongrie, la Gallicie, la Bukowine, la Transylvanie et les confins militaires; elle se trouve aussi dans la Croatie et l'Istrie; en Dalmatie elle est mélangée à une espèce que nous ferons connaître plus loin sous le nom de Vipère ammodyte.
On trouve la Péliade dans l'Italie jusqu'aux Abruzzes. L’espèce remonte assez haut vers le nord de l’Europe. En France, elle est plus part:culièrement abondante dans la région de l'Ouest ; elle est, en effet, commune en Normandie et dans unegrandepartie de la Vendée.
De même qu'on trouve la Vipère berus sur le continent européen, de même on la rencontre dans les îles qui géographiquement en dépendent, à l'exception toutefois des îles du nord, telles que l'Irlande, la Grande-Bretagne et las îles danoïises. Vers le nord, l'espèce s’étend dans la péninsule scandinave jusqu’au 67° degré ; elle habite, en outre, toute la Russie, depuis la Pologne jusqu’à l'Oural, depuis la mer Blanche jusqu’à la mer Noire, l'espèce franchit l'Oural et le Caucase et se trouve dans les steppes de la Sibérie méridionale et centrale et dansle nord du Turkestan. D’après certaines observations, la Péliade est peut-être aussi commune en Mongolie que le Trigonocéphale halys qui habite avec elle; il est probable qu’elle ne manque nulle part entre l'Amour et l’Obi. Il ressort de cela que la zone de distribution de la Vipère berus s'étend depuis le 9° jusqu’au 160° degré de longitude pris au méridien passant par l’île de Fer et du 38° jusqu'au 67° degré de latitude nord.
Habitat. — Au milieu de cette zone immense, la Vipère berus manque çà et là en quelques endroits généralement circonscrits. L’es-
| pèce habite cependant des localités très diver-
ses et se trouve dans les landes et les forêts
| aussi bien que dans les vignobles, les prairies,
les champs, les marais et même les steppes.
| Dans les Alpes, d’après les données de Schinz
et de Tschudi, elle monte jusqu’à l'altitude de 2,000 mètres au-dessus de la mer; on la ren-
contre même au-dessus de la zone des arbres,
dans des endroits où elle n’est guère en activilé plus de trois mois de l’année; elle hiverne
452 LA PÉLIADE OÙ
également pendant très longtemps au-dessus du cercle polaire et dans certaines steppes de la Sibérie.
Les pentes pierreuses, les parois de rochers recouverts de broussailles, les landes, les bois dans lesquels se trouvent des endroits accessibles aux rayons du soleil, mais surtout les contrées marécageuses offrent à la Vipère berus des conditions toutes particulières pour son développement. Dans certaines localités on la trouve en nombre vraiment incroyable. Dans la forêt de Brenner, par exemple, et dans celle de Lunebourg on tua, il y a quelques années, une trentaine de Vipères sur quelques hectares seulement. Certaines parties des landes de l’Allemagne du Nord sont absolument infestées de Péliades berus; aux environs de Berlin existent des endroits où ces Serpents sont si communs que les femmes qui fauchent l'herbe ne peuvent le faire que chaussées de hautes et fortes bottes. Dans certaines steppes de la Sibérie orientale et du Turkestan, les Berus sont en nombre vraiment incroyable et vivent de concert avec le seul Crotalidé que nous ayons dans l’ancien continent, nous parlons du Trigonocéphale halys.
On ne rencontre guère la Vipère berus dans les hautes futaies, et si l’on vient à défricher quelque coin de forêt, on peut être à peu près certain de la voir émigrer. Dans la forêt de Thuringe, cette Vipère était en grande abondance, car elle y trouvait les conditions les plus favorables à son accroissement. Là où les arbres avaient été abattus ou étaient tombés on massait la terre en grosses mottes et dans ces endroits privilégiés on vit apparaître les lézards, les souris des champs et bientôt les Péliades. Plus tard l’administration des forêts décida de planter dans les endroits défrichés de jeunes arbres venant des pépinières, et bientôt les Vipères, ne trouvant plus d’abris suffisants, diminuèrent d’une manière extrèmement sensible. -
La Vipère berus préfère par dessus tout des cavités se trouvant sous des arbres déracinés, des amas de pierres, des trous de taupes ou de souris abandonnés, un terrier de lapin, des fentes de rochers, des endroits aux environs desquels existe une petite clairière bien exposée aux rayons de soleil auxquels se chauffe fort volontiers l'animal. On trouve cette Vipère pendant le jour, constamment aux environs de son repaire; elle y retourne et s’y cache au
moindre danger. Lenz a observé que, par les ,
VIPÈRE BERUS.
temps orageux, notre Serpent s’écarte un peu plus de sa demeure.
Mœurs, habitudes, régime. — Lenz, qui a si bien observé les Serpents d'Allemagne, considérait la Vipère berus comme un animal essentiellement diurne, « car, dit-il, aucun Ophidien ne prend autant de plaisir que lui à s’exposer aux rayons du soleil. » Le même naturaliste ajoute que « il ne doute pas que la Vipère, pendant une nuït tiède ou orageuse, ne se cache sous la mousse. J'ai observé, dit-il, des Péliades que je tenais'en captivité et trouvé qu’elles se tiennent tout à fait tranquilles pendant la nuit. Une fois, et pendant un beau clair de lune, j'ai visité seul, et sans faire aucun bruit, des localités que je savais être habitées par des Vipères berus ; je n’enai cependant observé aucune. Il est certain: que dans nos pays on trouve rarement les Serpents après le coucher du soleil dans des endroits découverts ; ils se cachent de préférence sous la mousse et dans les bruyères. »
Si Lenz avait chassé ses Vipères à l’aide de la lumière ou s’il avait allumé du feu dans les clairières où il ne trouvait pas ces animaux, il est probable qu'il aurait modifié sa manière de voir. De ce fait que la Péliade aime beaucoup à se chauffer aux rayons du soleil, on ne peut en induire que ce Serpent soit diurne, car tous les Ophidiens recherchent par-dessus tout la chaleur. Le fait que l’œil est protégé parl’espèce d’auvent que forme la plaque sourcilière, la paresse remarquable que montre la Vipère berus lorsqu'elle se chauffe au soleil, l'indifférence extrême qu'elle témoigne pour tout ce qui ne l’intéresse pas directement, montrent bien que l’animal est pendant le jour dans un état de demi-sommeil. Tous les Ophidiens nocturnes, sans exception, aiment la chaleur du soleil, bien qu'ils redoutent et évitent la lumière ; les chats et les hibous qui se chauffent au soleil sont une preuve convaincante de ce que nous venons d’ayancer. Pour une Vipère, animal à sang froid ou plutôt, ainsi que nous l’avons déjà expliqué, à température variable, c’est un besoin absolument impérieux de se réchauffer de temps en temps aux tièdes rayons du soleil. Cet animal n’en est pas, pour cela, un reptile diurne. Ce n’est pas en vain que sa pupille peut se dilater et se rétrécir considérablement, que l'œil est protégé par une production cutanée qui peut être comparée aux poils tactiles des Mammifères carnassiers nocturnes,
LA PÉLIADE OU
VIPÈRE BERUS. 153
Fig. 322. — La Vipère berus ou Péliade, mâle (1/3 grand. nat.).
Ce n’est réellement qu'avec le crépuscule que commence toute l’activité de la Péliade berus ; c’est alors seulement qu’elle chasse. Quiconque possède de ces animaux en caplivité et dispose leur cage de manière à pouvoir bien les observer, quiconque a fait la chasse de ces Serpents pendant la nuit et à l’aide de Ja lumière, s’est assuré de la réalité du fait que nous avançons. Le feu attire les Vipères ; c’est là une observation qui a été faite par tous les voyageurs en Afrique et dans les steppes du Turkestan. Les chasseurs de Vipère savent bien également qu'ils trouvent souvent pendant la nuit de ces animaux, et cela en allumant des feux, dans des endroits où, pendant le jour, ils n’avaient aperçu aucun de ces Serpents.
Lorsqu'on n’a observé la Vipère berus que pendant le jour, on se fait une idée absolument fausse des mœurs et des habitudes de cet animal. Pendant le jour, en effet, il est lourd, paresseux, nonchalant. Il est certain que la Péliade ne peut rivaliser en activité et en souplesse avec la rapide Coronelle, avec la svelte Couleuvre, mais pendant la nuit ce n’en est pas moins un animal alerte ; il avance assez rapidement sur un sol même uni; il ne peut, il est vrai, grimper aux arbres, mais
s’enroule volontiers sur les troncs placés obliquement ; bien que n’allant pas à l’eau volontairement, il sait très bien nager et regagner la rive.
De même que les autres Serpents venimeux, la Vipère péliade a le caractère excessivement ombrageux et ne cesse jamais de fondre sur l'ennemi. «Pendant une heure entière, dit Lenz, j'ai agacé une de ces Vipères; elle ne cessait de se jeter sur moi et de mordre la baguette que je lui présentais. Dans sa rage aveugle ce Serpent mord à vide lorsqu'on éloigne l’objet avec lequel on l’exaltait ; lorsqu'il fait du soleil, on le voit dans sa fureur mordre après sa propre image; la Vipère tient alors le corps enroulé et le cou retiré dans le milieu du sorte de cône ainsi formé, pour de là pouvoir se détendre subitement ; elle se précipite d'une distance qui peut atteindre 0,15 et même 0,30. Lorsqu'une Vipère retire son cou en arrière, c’est un signe certain qu'elle est sur la défensive et toute prête à mordre ; l'animal ne mord jamais sans y être préparé, et, après avoir mordu une première fois, se remet de suite en position. Mème lorsqu'on présente un objet de la grosseur d’une souris, il lui arrive souvent de mal viser et de manquer le but. Lorsque cette Vipère est en fureur, elle
retire la tête en arrière, puis, si elle en a le temps et si l'ennemi n’est pas trop près d'elle, elle projette la langue souvent et rapidement, à peu près de la longueur de la tête; au même moment ses yeux brillent, rarement l'animal se sert de sa langue pour toucher la proie avant de la mordre, manœuvre qu’emploient souvent les Couleuvres. Si la Péliade
est surprise par l'ennemi et qu'elle se jette |
subitement sur lui, elle ne siffle pas avant de mordre. Plus il se passe de temps entre le moment où la Vipère se met sur l'offensive et l'instant où elle fond sur sa proie ou sur son ennemi, plus la colère de l’animal est grande. Le sifflement a généralement lieu la bouche étant close ; l'animal le produit en inspirant et en expirant plus bruyamment que d'habitude ; ce sifflement consiste en deux bruits qui se ressemblent, qui alternent à peu près dans le même espace de temps qu’un homme met à inspirer et à expirer. Lors de l'expiration, le bruit ou sifflement est fort et profond, il est plus faible et plus élevé dans l'inspiration. Je tins devant le museau d’une Vipère, qui sifflait constamment avec violence, une plume attachée à l'extrémité d’une baguette ; je trouvai ainsi que le mouvement de l’air est réellement très faible. En général, la Vipère péliade se gonfle fortement aussitôt qu’elle est irritée ; de telle sorte que même lorsqu'elle est amaigrie elle paraît être grasse et replète, ce que l'on voit surtout nettement lorsqu'on jette l'animal dans l’eau. L'animal gonfle alors ses poumons de manière à se rendre plus léger et à pouvoir surnager. La Berus est toujours sur ses gardes et également prête pour la défense et pour l'attaque; aussi ne la trouve-t-on jamais, même lorsqu'elle n’est pas agacée, sans qu’elle ne dresse obliquement sa pelite têle. Bien que voyant peu pendant le plein jour, elle distingue cependant très bien les animaux {qui s’approchent d'elle et mord de préférence les animaux à sang chaud et surtout les petits rongeurs des champs. Lorsqu'on place l’animal dans une cloche transparente, on voit nettement qu'il se dirige beaucoup plus
volontiers sur la main nue qu’on approche du |
vase que lorsqu'on lui présente une baguette, par exemple.
« En captivité, lorsqu'elle est dans une cage spacieuse, la Berus n’atltaque guère les animaux qui vivent avec elle, à part les pe-
tits rongeurs. J'ai souvent vu des lézards, des | grenouilles et même des oiseaux faire très bon |
LA PÉLIADE OU VIPÈRE BERUS.
ménage avec le Serpentet venir se percher sur son dos pour mieux se chauffer aux rayons du soleil; j'ai vu également des lézards tranquillement portés sur le dos des Vipères en liberté. J'ai une fois été témoin d’une scène fort intéressante. Dans la cage dans laquelle j'avais enfermé une Péliade, le soleil ne donnait que sur un tout petit espace, et la Vipère s’en était emparée pour se réchauffer. Un lézard qui lui aussi convoitait ce coin privilégié, n'ayant pu se placer, s’approcha de ma Berus etla mordit doucement comme pour l'engager à partager avec lui la place ensoleillée, ce dont la Vipère ne se soucia nullement, de telle sorte que le lézard fut réduit à aller se placer à l'ombre. Des Orvets prirent place à côté de la Vipère, dessus et dessous elle, sans manifesier aucune crainte. Lorsque, ce qui arrive assez souvent, de gros insectes courent sur le dos de nos Péliades elles n’y font pas atten'ion, mais si ces insectes se posent sur leur tête, elles se secouent pour les faire partir, sans cependant se fâcher davantage.
«On dit assez généralement que la Vipère berus peut sauter et poursuivre l’homme qui l’attaque ou qui passe à sa portée. Ni moi, ni d’autres observateurs consciencieux n'avons jamais rien vu de semblable. J'ai souvent tenté de faire sauter les Vipères en liberté, sans pouvoir jamais y réussir. Il arrive parfois cependant que lorsque l’animal est brusquement surpris et qu'il n’a pas le temps de se lover, il rétracte la tête et le cou en arrière, les lance par un rapide mouvement et précipite alors le reste de son corps à une courte distance par ce mouvement de projection.
« Lorsque la Vipère péliade est cachée dans la mousse et dans le gazon et qu'on vient à passer tout près d’elle, elle fait entendre un sifflement aigu et mord de suite, de telle sorte que souvent on ne soupçonne sa présence que par la morsure reçue. Parfois le reptile fuit après une première attaque et se dérobe au juste châtiment qu’il a bien mérité. »
La nourriture, avons-nous déjà dit, se compose exclusivement d'animaux à sang chaud, surtout de petits rongeurs ; la Péliade préfère à tout les musaraignes et les campagnols; ceux-ci cependant, toujours actifs et rusés, sont moins souvent capturés que les lentes et douces souris des champs ; les taupes sont égalersent en butte aux attaques de notre Vipère. Celle-ci s'attaque non seulement aux animaux qui courent sur le sol, mais encore
LA PÉLIADE OU
VIPÈRE BERUS. 453
à ceux qui sont encore dans le nid ou qui se cachent dans la terre ; on trouve, en effet, assez fréquemment dans le tube digeslif des Péliades de jeunes souris tout à fait nues ou de très jeunes musaraignes qui ne peuvent avoir été prises que dans les nids placés au-dessous du sol. De jeunes oiseaux, appartenant principalement aux espèces qui nichent sur terre ou à une faible distance du sol, sont très fréquemment les victimes de la Bérus ; les oiseaux âgés craignent beaucoup ce Serpent et pous-
sent des cris aigus, battent vivement des ailes |
sitôt qu'ils l’aperçoivent. Ce n’est que poussée par la faim, que la Vipère berus s'empare des grenouilles ; elle ne dévore qu’assez rarement les lézards, et surtout lorsqu'elle est jeune.
Ainsi que la plupart des Serpents, la Péliade peut jeùner pendant longtemps; lorsqu'elle en trouve l’occasion, elle fait, par contre, de plantureux repas, et l’on trouve parfois trois et même quatre souris l’une derrière l’autre dans l’æsophage.
Dans le centre de l'Europe la Vipère berus
années favorables on la voie parfois quitter ses quartiers d'hiver dès le milieu de mars; certains animaux se montrent même en plein hiver. « Le 19 janvier 1875, rapporte Grimm, j'étais assis, vers trois heures de l'après-midi, sur la lisière sud-ouest d’un vieux bois de chênes, dont beaucoupavaient leur racine toute vermoulue. Le temps était doux pour la saison, et bien que la campagne fût toute couverte de
neige, je remarquai cependant un coin du |
bois, incliné en pente douce, sur lequel le soleil avait donné et qui était déjà tout sec. Près du pied d’un gros chêne, je vis une Péliade qui paraissait inanimée. Lorsque cependant je la touchai avec ma canne, elle chercha à gagner en rampant les racines de l’arbre près duquel elle se trouvait. Tandis que je m’efforçais de la maintenir avec mon bâton, un pätre qui survint sur ces entrefaites tua la Vipère. »
Dans ses quartiers d'hiver la Péliade berus s'associe, en général, à d’autres animaux de
de mort apparente, car ils étaient absolument insensibles. »
Wagner rapporte les mêmes faits. D'après ce naturaliste, pendant l'hiver de 1829 à 1830, on trouva dans le cercle de Schweïdnitzer, près de la ville de Schlicher, neuf Vipères qui s'étaient refugiées sur un tronc d'arbre flottant à la surface de l’eau ; elles étaient étroitement enlacées et ne manifestaient pour ainsi dire aucun signe de vie.
Alexandre de Homeyer s'exprime dans le même sens. « La Péliade, dit-il, hiverne en société. On trouve parfois jusqu’à quinze et même vingt-cinq individus rassemblés entre les racines de genévriers ou des bouleaux à demi vermoulus; ces animaux hivernent jusqu'au commencement du printemps. Le plus habituellement les bûcherons tombent sur ces repaires lorsqu'ils abattent les vieux arbres et ils ne manquent pas heureusement alors de détruire toute la nichée. Le Putois paraît être l'ennemi déclaré des Vipères, aussi en hiver se met-il à leur recherche pour s’en repaître.
. Mon frère a trouvé dans le terrier d'un Putois n'apparaît guère qu’en avril, bien que dans les |
son espèce. « En 1816, écrivait à Lenz le pas- |
teur Treise, plusieurs bûcherons travaillaient par un temps doux à la réparation d’un chemin, le long duquel se trouvait un mur tout fissuré. Dans une des crevasses on mit à découvert dix Péliades ; les animaux étaient enroulés les uns dans les autres et dans un état
plusieurs Grenouilles et trois Vipères; l'animal avait eu la précaution de leur donner le coup de grâce en leur brisant la colonne vertébrale immédiatement derrière la tête. Le sommeil hivernal de la Vipère n’est pas très profond; pour peu que l’animal soit troublé dans son repos, il redresse la tête, rampe lentement, darde sa langue et cherche à mordre. »
Le plus habituellement la Péliade pond en août et en septembre. Il arrive très fréquemment que plusieurs couples se pelotonnent et forment alors un tas; c’est ce fait qui a probablement donné naissance à la fable de la tête de la Gorgone.
«En avril 14837, rapporte Effeldt, je me rendais au village de Johannisthal, à dix kilomètres environ de Berlin, dans l'intention de faire la chasse aux Vipères. Un bois formé d’aulnes entremêlées de ronces s’étendait jusqu’à quelques pas du village, et ce bois était, à cette époque, tellement infesté de Vipères qu'il ne se passait pour ainsi dire pas une année sans que quelqu'un fût mordu. Vers la tombée de la nuit je faisais route avec le garde forestier lorsqu'un bûcheron me dit que si je voulais prendre des Vipères je venais bien à propos, car on en avait vu d'enroulées en tas. A la demande que je fis de m'indiquer l'endroit précis, mon homme s’écria que pour tout l'or du monde il ne s’approcherait d'un amas de
LA PÉLIADE OU VIPÈRE BERUS.
Vipères, qu'il ne s’aviserait même pas de les attaquer, car ces maudites bêtes ont l’habitude de vous poursuivre pendant fort longtemps. Après une longue recherche, je découyris les animaux en question. A côté d’un tronc d'aulne reverdi par de jeunes pousses, tout près du sentier, je vis six à huit Vipères entrelacées l’une dans l’autre de la manière la plus curieuse. Lorsque je m'approchai, toutes les têtes se dressèrent à la fois et menaçantes, dardant la langue et sifflant ; tous les animaux restèrent à la même place, sans chercher ni à
s'enfuir, ni à avancer contre moi; bien plus, |
elles ne se dérangèrent même pas lorsque je
les touchai avec une baguette et que je les |
excitai. Le jour baïssait, de telle sorte que je
même endroit,
tas vu la veille s'était encore augmenté de quelques autres Vipères. Mes animaux étaient en plein soleil et absolument indifférents à tout, aussi pus-je m'en emparer au moyen d'un engin approprié. Je me mis en route vers Berlin, tout soucieux de ce qui allait arriver, car j'avais pris tout le tas ensemble. À mon arrivée, les bêtes s'étaient déroulées. »
Lenz, qui a si bien observé les Serpents de l’Europe centrale, a trouvé que le nombre de petits que met au monde une Vipère berus dépend de l'âge de la mère; les individus jeu-
nes encore ont de cinq à six petits, les adultes |
de douze à quatorze.
Nous devons au même naturaliste des détails sur la parturition. « Lorsque, dit-il, la Vipère fait ses petits, elle s'étend tout de son long et relève obliquement la queue, souvent en forme d'arc. Aussitôt le premier œuf pondu, on voit nettement le second s’avancer à la suite ; chaque fois le corps de la femelle se rétracte pour faire avancer cet œufet l’expulser. Il s’écoule entre l'apparition des œufs un temps qui peut varier entre dix minutes et une heure entière; pendant ce temps la Vipère paraît être absolument inoffensive et ne cherche pas à mordre. À peine l’œuf est-il pondu, que le
petit déchire la coquille et sort en rampant. A |
ce moment le sac vitellin est encore attaché à son Corps, mais il tombe bientôt, car l'animal déchire les vaisseaux ombilicaux dans ses mouvements de reptation ; la bête vit alors de
sa propre vie et n’a plus rien à attendre de ses parents.
«Je dois faire remarquer que la Vipère péliade naît méchante, car à peine au sortir de l’œuf elle siffle et cherche à mordre tout autour d'elle; elle redresse la tête, enfle le cou, montre ses crochets et se fait aussi terrible que possible.
«Les Vipères péliades sont, à la naïssance, généralement longues de 23 centimètres, et le corps a 1 centimètre d'épaisseur maximum. La tête, les écailles, les dents venimeuses sont absolument semblables à celles que l’on voit chez
les adultes; la peau est toutefois comme voilée
par une très fine membrane transparente au
| travers de laquelle apparaïssent les couleurs. dus remettre ma chasse au lendemain. Le jour | suivant, et de grand matin, je me rendis au | moins dans l'espérance de | trouver mes Vipères, que pour rencontrer | quelques autres Reptiles. Quel ne fut pas mon | profond étonnement lorsque je trouvai que le |
Peu de temps après la naissance a lieu la première mue. J'ai toujours remarqué qu'il naît beaucoup plus de femelles que de mâles, etcependant à l’état adulte les deux sexes se trouvent à peu près dans la même proportion.
« Aussitôt venue au monde, la jeune Vipère a une vie absolument indépendante et ne se
| soucie pas plus de sa mère que celle-cinese
soucie d’elle.
« Voulant savoir à quel moment apparaît
| le venin, je fis plusieurs expériences. Ayant | tué une Vipère cinq jours environ avant la
parturition, je pris un Vipéreau et luitraversai plusieurs fois la tête avec une aiguille dans l'endroit précis où devaient se trouver les glandes à venin; je piquai alors un Bec-Croisé sans obtenir aucun résultat sensible. Une autre fois, je plaçai une jeune souris dans une caisse contenant seize Péliades âgées d’envi-
| ron six jours et nées chez moi. La souris pa-
raissait absolument sans crainte, maïs ayant
| voulu flairer les Reptiles qui se trouvaient en
sa compagnie, ceux-ci se mirent à siffler, se disposèrent pour l'offensive, de telle sorte que la bête infortunée reçut coup sur coup une dizaine de blessures, dont beaucoup portèrent dans le museau et dans une des pattes de derrière; une des Vipères la mordit si fort, qu'elle fut traînée pendant assez longtemps. J'enlevai la souris; elle boitaït, se frottait fréquemment la patte et le museau ; elle mourut une heure environ après. » Kirsch s’est également assuré que des Vipères retirées du corps de la mère quelques instants avant l’éclosion peuventtuer les animaux qu'ils blessent.
Captivité. — Même en captivité, la Vipère berus, de même que tous les Serpents venimeux du reste, ne perd jamais son naturel
LA PÉLIADE. 457
Fig. 522. — Un charmeur de Vipères, d’après Matthiolc (1558).
méchant et ne peut s’apprivoiser; aussi l’animal ne peut-il être manié qu'avec la plus extrême prudence. Il est difficile de garder ce Reptile en cage, à moins de soins tout particuliers, surtout pendant l'hiver, car il refuse souvent la nourriture qui lui est présentée et semble avoir une préférence toute marquée pour certains animaux que l’on se procure généralement avec assez de difficultés.
Action du venin. — La Vipère péliade aurait, d’après certains observateurs, environ 10 centigrammes de venin dans ses deux glandes, tandis que la Vipère aspic, plus redoutable, sécréterait près de 15 centigrammes de venin; c’est celte faible quantité qui, versée dans le sang, peut suffire pour tuer un enfant, un homme même, pour occasionner, en tous cas, de graves accidents.
Sur l’action de ce venin nous possédons deux observations très détaillées, d'autant plus précieuses qu'elles sont dues à deux médecins qui en ont éprouvé les effets sur eux-mêmes.
La première observation est due à Constant Duméril, professeur au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Se promenant dans la forêt de Sénart, ce savant herpétologiste fut mordu parune Péliade qu'il saisitavec la main, croyant avoir affaire à une Couleuvre vipérine. Peu de temps après la piqûre, il fut pris de vomissements de bile, d'étourdissements, de faiblesse et tomba en syncope. Les accidents, très légers du reste, cessèrent complètement le surlendemain de l'accident : « La pelite quantité de
venin qui m'avait été inoculée, dit Duméril, a déterminé chez moi, vieillard actif et vigoureux, âgé de près de soixante-dix-huit ans, des accidents assez graves et surtout une sorle d'insensibilité momentanée assez grave pour donner à penser qu'une personne plus faible, plus jeune, et surtout un enfant, aurait pu succomber à ces accidents. »
Une autre observation moins connue est due à Heïnzel, aussi la rapporterons-nous avec quelques détails. Le 28 juin, à une heure de l'après-midi, ce médecin fut mordu au pouce de la main droite par une Péliade qu'il maniait imprudemment. L'animal était vigoureux, de forte taille, et n'avait pas mangé depuis au moins trois jours; la morsure fut profonde; l’effusion de sang fut relativement assez considérable. Le blessé éprouva aussitôt une sensation tout à fait comparable à une secousse électrique et il se mit à trembler; la douleur irradia du point blessé jusque dans le coude et remonta jusqu’à l'épaule. «Je liai, dit-il, le membre au-dessous de la piqûre, mais ne fis ni succion ni cautérisation, parce que je crus toutes ces précautions complètement inutiles. Peu de temps après la blessure je me trouvai comme étourdi; cinq ou six minutes plus tard j'eus des éblouissements et un commencement de défaillance que je combattis en m'asseyant. Vers 2 heures je fus encore pris de défaillances. Les piqûres s'étaient colorées en gris bleuté; le pouce était gonflé et douloureux. A 3 heures la main tout entière enfla, puis
peu à peu le bras jusqu’à l’aisselle, de telle sorte que je ne pouvais plus soulever le membre. Je perdis presque entièrement la voix, de telle sorte qu'on ne pouvait que difficilement me comprendre; en même temps l'estomac commença à être gonflé douloureusement par des gaz ; j'eus à ce moment des vomissements et des évacuations, puis survinrent des contractions assez pénibles dans les muscles de la paroi antérieure du ventre et des douleurs de la vessie. J'étais extrêmement abattu, à ce point que je fus plusieurs fois obligé de m'étendre sur le plancher, pour ne pas tomber; je voyais et j’entendais mal, je ressentais une soif ardente et j'éprouvais constamment un froid engourdissant dans tout le corps. Des ecchymoses se produisirent sur le membre blessé. Du reste les fonctions respiratoires et circulatoires n'étaient nullement troublées et je n’éprouvai aucun mal de tête. Les personnes de mon entourage me dirent que l’altération de mes traits était telle que j'étais absolument méconnaissable. J'ai dû souvent délirer, mais lorsque j'étais sous l'influence de l’état syncopal j'avais mon entière connaissance.
« Vers 6 heures du soir, cinq heures par conséquent après la blessure, les faiblesses, les crampes, les vomissements cessèrent ainsi que les douleurs d'estomac. Je pris un peu de teinture d'opium et je passai la nuit, sans sommeil il est vrai, mais tranquille et je n’éprouvai plus d’autre souffrance que celle que m'occasionnaient les piqüres; le gonflement du membre blessé persistait et élait fort pénible. Lorsque, vers 7 heures du soir, j'examinai mon bras, il était gonflé; les points mordus étaient noirs et de là partaient des traînées rougeâtres qui s’étendaient par la surface interne du poignet et la face latérale du coude, jusque sous l’aisseile. Le creux axillaire était également tuméfié, mais il n’y avait pas d'engorgement des ganglions lymphatiques. »
Dans le courant de la nuit qui suivit l’accident, le bras gonfla encore davantage et devint rouge, marbré de bleuâtre. Cette enflure diminua par un traitement approprié, mais le blessé resta faible et chaque fois qu'il voulait se soulever de sa couche, il éprouvait des verliges, avec tendances à la syncope, cet état vertigineux continua, du reste, jusqu’au 30 juin. Une sueur assez abondante s'établit plusieurs fois et chaque fois le malade éprouvait un mieux irès sensible.
Le 30 juin l’enflure et les ecchymoses s'é-
LA PÉLIADE.
tendirent jusqu'aux hanches. Après une sudation prolongée, le maladese trouva beaucoup mieux et put se lever pendant plusieurs heures. Certains accidents persistèrent cependant pendant longtemps. « Aujourd'hui, 10 août, écrit notre blessé, six semaines après la morsure, il se produit encore un léger gonflement sur la main droite, principalement le soir. La peau de toute la main est encore un peu violacée et fort sensible à la pression. Le bras droit est resté faible et souvent douloureux aux moindres changements de temps. J'ai beaucoup maigri, je suis souvent sans force et l’altération des traits a persisté. Je suis absolument convaincu qu’une morsure qui se produit dans une grosse veine doit presque fatalement entraîner la mort et que tout traitement reste sans effet. »
D'après les observations de Rollinger, la mort par la morsure de la Vipère péliade arrive dans un espace de temps qui varie entre une heure et trois semaines ; sur six cent dix personnes mordues, Rollinger constata cinquante-neuf morts, soit environ 10 pour 100.
Lenz rapporte une observation qui prouve bien que la faible quantité de venin que la Vipère herus peut déposer dans le sang suffit parfois à empoisonner une existence tout entière. Martha-Elisabeth Jäger, de Waltershausen, âgée de dix-neuf ans, traversait la bruyère pieds nus, lorsqu'elle fut mordue par une Péliade. Tout d’abord elle n’y fit aucune attention, mais cependant le pied commença à enfler, l’enflure et la douleur se propagèrent rapidement jusqu’au tronc, si bien que la jeune fille ne put continuer sa route. Aussitôt qu’elle fut transportée chez elle, on appela le médecin qui prescrivit plusieurs remèdes. La malade se rétablit peu à peu, mais jusqu’à l’âge de quarante ans, le membre s’enflait de temps en temps et se couvrait de taches tantôt jaunes, tantôt bleuâtres, taches qui étaient douloureuses. Les voisins et les amis prescrivaient plusieurs remèdes plus ou moins empiriquement. La jambe dégonfla soudain et le mal se porta alors sur les yeux, de telle sorte que la malheureuse fut atteinte de cécité complète et resta deux ans aveugle.
La cécité disparut à son tour progressivement et fit place à de la surdité; des douleurs parfois assez vives se manifestaient fréquemment dans divers points du corps, surtout dans les membres. A l’époque à laquelle Lenz connut Marthe Waltershausen elle avat
LA PÉLIADE.
soixante ans et depuis plus de quarante ans continuait à souffrir de la blessure reçue si longtemps auparavant.
Le venin de la Vipère, comme celui des autres Serpents venineux, conserve longtemps ses propriétés toxiques, bien que desséché; cette activité du venin à l'état sec a permis de l'employer comme un moyen de rendre les armes plus dangereuses. D’après Celse, nos pères les Gaulois connaissaient l’art d'empoisonner leurs flèches avec des venins ; suivant Pline, les Scythes avaient une semblable recette, et voici ce que dit ce naturaliste: « Scythæ sagittas tingunt viperina sanie et humano sanguine ; irremediabile äl scelus ; mortem illico levi tractu affert (4).» La légende des armes d’'Hercule itrempées dans le sang de l’hydre de Lerne montre combien est vieille cette méthode d'utiliser pour la chasse et pour la guerre le terrible venin des Ophidiens. L'on sait que Philoctète, l'héritier de l'arc et des flèches du grand Achille, se blessa au pied avec l’une d’elles pendant qu'il montrait aux Grecs l’endroit où il les avait cachées. Redi a fait remarquer avec raison que les symptômes éprouvés par Philoctète, tels que les décrit Homère, sont ceux d’une blessure occasionnée par la morsure de la Vipère.
Mraitement des accidents. — La première chose à faire en cas de morsure, aussi bien par la Péliade que par la Vipère aspic, est d'élargir de suite la plaie, de la sucer, d'appliquer une étroite ligature au-dessus du point mordu et de cautériser la plaie avec le fer rouge, la pierre infernale, avec une mixture à parties égales d'alcool et d'acide phénique; ces premiers soins donnés, il est toujours prudent d'appeler un médecin aussitôt que possible.
Le meilleur médicament à prendre à l’intérieur est l'alcool, sous forme d’arak, de rhum, de cognac, d’eau-de-vie donnés à forte dose; c’est jusqu'à présent le plus efficace de tous les remèdes connus ; il est également précieux en ce qu'il se trouve partout, à la portée de tous, Les montagnards de la haute Bavière, souvent exposés à être mordus par la Péliade, n’emploient jamais d'autre médication et s’en trouvent très bien, On constate, ce que nous avons déjà dit, qu'après une morsure par les
(1) « Les Scythes trempent leurs flèches dans le venin de Vipère et du sang humain ; l’action de ce poison est terrible; la mort arrive de suite par la plus légère blessure, »
Vipères, l'ivresse n'arrive pas, même après l'emploi d’une forte dose d'alcool.
Nous ne pouvons ne pas parler ici des charmeurs qui, même en France, passent pour jeter des sorts ou les détourner, savent la composition des philtres et possèdent le don du mauvais œil ; presque tous ont des formules magiques grâce auxquelles ils rejettent le maléfice sur la Vipère ou prétendent guérir rapidement sa morsure. Matthiole (1) nous apprend que de son temps, au seizième siècle, la formule suivante était en grand honneur :
« Caro caruge, sanum reduce, reputa sanum, Emmanuel Paracletus ; » grâce à cette formule magique, l'initié pouvait manier sans danger les Serpents venimeux, et une curieuse gravure de la première édition publiée à Venise en 4558 montre un charmeur attirant les Vipères (fig. 323).
En Vendée, on croit encore à l'efficacité de certaines formules magiques, et le docteur Viaud-Grand-Marais raconte la curieuse anecdote suivante qui montre bien à quel point la superslition est encore enracinée dans certaines campagnes. « Auguste, domestique, se rendait un soir, à la fin de juillet 1854, au bourg avec son maître; chemin faisant, il aperçut une Vipère étendue sur la route.
Auguste s'était vanté quelques jours auparavant de conjurer tellement bien les Reptiles, qu’il pouvait les prendre sans aucun danger... Auguste fit trois signes de croix sur le Reptile, en prononçant à chacun de ces signes l’une des trois paroles : ozi, oza, ozoa. La Vipère se laissa prendre ; Auguste la garda quelque temps dans ses mains, la faisant glisser de l’une dans l’autre, puis la lança avec violence contre la terre. La Vipère prit sans colère le chemin du buisson voisin. Auguste étendit de nouveau la main vers la Vipère, en renouvelant ses manœuvres Cabalistiques et l’arrêta. sur-lechamp, puis il la plaça dans sa main gauche comme la première fois. Maïs ici la scène changea; l'animal s’élança sur la main qui le tenait, et la mordit à la naissance des doigts... Malgré tout ce qu'on put lui dire, Auguste préféra les soins des empiriques à ceux d'un homme de l'art, et leur attribua ss guérison, qui survint quelques jours après. »
(1) Matthiole, Commentaires sur Dioscuride,
LA VIPÈRE ASPIC
LA VIPÈRE ASPIC. — VIPERA ASPIS.
Viper.
Caractères. — La Vipère aspic se distingue de la Bérus en ce que le dessus de la tête est couvert de petites écailles (fig. 324). La tête est plate, fortement élargie en arrière, en forme de cœur de carte à jouer; le cou est dès lors nettement arrêté. La forme de la tête peut, dureste, un peu varier suivant l’état de relâchement ou de contraction des muscles faisant mouvoir les os si mobiles qui composent la face ; elle peut être alors plus ou moins elliptique, plus ou moins pyriforme. Le museau, carrément tronqué, avance sur la mâchoire inférieure et se retrousse, sans néanmoins se prolonger en pointe. L’œil est petit, enfoncé, à pupille verticale; la narine est latéralement placée et percée dans une écaille creusée en entonnoir (fig. 317). D'après les recherches de Strauch, le caractère le plus constant pour séparer l’Aspic de la Péliade consiste dans le nombre d’écailles qui séparent l’œil des plaques labiales supérieures placées en dessous; chez la Vipère berus ces plaques ne sont disposées que suivant une seule série, tandis qu'on compte deux séries chez la Vipère aspic. Disons, en outre, que la plaque supra-oculaire est distincte.
Les formes du corps sont lourdes et ramassées, la queue est courte, conique, décroissant rapidement. Les écailles sont à six pans, oblongues, entuilées et carénées ; l'extrémité de la queue est emboîtée par une écaille comme dans une sorte de cornet,
La Vipère aspic atteint, en général, une taille un peu supérieure à celle de la Péliade bérus et arrive assez souvent à 07,70.
Indiquer toutes les variétés de coloration ne serait pas possible, deux individus n'étant guère semblables à eux sous ce rapport ; aussi les espèces nominales décrites par plusieurs auteurs sont-elles nombreuses (Coluber aspis, Coluber chersea, Vipera Redi, Charasi, Huguü, ocellata, atra, communis, Mathioli, etc.). L'on peut dire, d’une manière générale, que le corps est lavé de brun, de roux, d’olivâtre, la teinte rousse prédominant ; parfois aussi la coloration varie du verdâtre, du noirâtre ou du gris cendré au jaunâtre, au fauve, au rouge brique, teintes sur lesquelles des taches tranchent par leurs tons plus foncés. Sur la têle se voit une ligne transversale brune, un peu concave antérieurement, quelquefois interrompue au
milieu, qui, joint les bords antérieurs des deux yeux; sur le vertex se trouvent des points généralement au nombre de quatre ou de cinq, puis, plus en arrière, et au sommet de la tête, deux traits bruns obliquement placés, convergeant et faisant un À renversé. Tout à fait, sur la nuque existe une grosse tache noire commençant la série des taches du dos, qui forment, le plus souvent, une ligne sinueuse. Sur les flancs se trouvent des taches quicorrespondent à chacun des anglesrentrants de la ligne brisée du dos. Le bord des lèvres est blanc, grisâtre ou rosé; les teintes du ventre varient presque autant que celles des parties supérieures, les plus communes étant le gris d'acier et le noir. Nous dirons également que les chasseurs et les paysans de certaines parties de la France distinguent, en général, trois variétés de Vipères, la grise, la rouge etla noire, ces deux dernières passant, à tort ou à raison, pour les plus dangereuses.
D’après Lenz, les individus vivant en Allemagne ont, pendant la vie, « le dos revêtu de quatre bandes noires longitudinales ou de taches d’un brun noirâtre; les deux séries médianes forment des taches de forme sensiblement quadrangulaire, mais ne se disposent jamais en zigzag, bien qu’elles se réunissent souvent entre elles et soient rattachées par une ligne étroite qui court sur toute la longueur du dos. Les taches latérales sont plus petites ; le ventre est noirâtre, tacheté de blanc ou de rouge et rosé. » C’est une variété présentant cette coloration qui est représentée à la figure 324.
En Italie, d’après les recherches de Charles Bonaparte, on trouve des variétés de coloration bien distinctes, qui ont été désignées sous des noms particuliers. Telleest la Vipéreocellée, de Latreille et de Daudin, qui est d'un gris roussâtre, avec des bandes arrondies, isolées, bordées de noir; le ventre est noir, largement marbré de jaunâtre. La Vipère de Redi à le tronc marqué de lignes brunâtres, formant quatre séries longitudinales, dont les deux du milieu se réunissent de manière à former une : raie dorsale. La couleur est d’un rouge brun foncé chez la Vipère aspic, relevé de taches noires; on ne voit pas de ligne sinueuse sur le dos. Sur la tête de la Vipère chersea se voient deux lignes divergentes qui se réunissent de manière à figurer un y; les lèvres sont blanchätres ; le fond de la couleur du corps est rouge de rouille ou gris roussâtre.
LA VIPÈRE ASPIC
Fig. 324. — La Vipère aspic (grandeur naturelle).
Assez souvent les mâles sont d’une autre teinte que les femelles. Les premiers sont roux ou rougeâtres, avec une ligne dorsale étroite à laquelle viennent se rendre alternativement, et à des intervalles à peu près égaux, des lignes transversales plus grandes. Les femelles, au contraire, sont grises ou noirâtres, ayec la ligne flexueuse du dos bien marquée; elles
sont également plus grosses, plus longues que les mâles ; leur queue est plus brusquement rétrécie à la base et un peu moins triangulaire.
Distribution géographique. — « Pendant que la Vipère péliade, fait remarquer Strauch, habite les parties centrale et septentrionale du continent européo-asialique et appartient
LA VIPÈRE ASPIC
par une faible partie de sa distribution à la région méditerranéenne, on trouve la Vipère aspic exclusivement dans cette dernière région. Sa zone d'habitation s'étend à peu près du 9° au 24° degré de longitude est de l’île de Fer et atteint, vers le nord, à peu près le 49° degré; vers le sud elle s'avance jusque vers le 37° degré de latitude nord.
L’Aspic existe en Espagne et en Portugal, où elle est représentée par une race particulière, se trouve dans la plus grande partie de la France, bien que rare vers le Nord et le Nord-Ouest, abonde dans certaines parties de la Lorraine et se rencontre dans toutes les régions montagneuses de la Suisse, surlout dans le Jura et dans quelques points du canton de Vaud et du Valais. En Italie, l'Aspic est commune dans toute la péninsule; elle manque, ainsi que la Péliade, en Sardaigne et dans quelques petites îles du Sud. L'espèce est rare
en Grèce el en Dalmatie, et vit dans les par- |
ties septentrionales de l'Algérie. En Allemagne, l'Aspic ne se trouve guère que dans
le Palatinat et la Bavière méridionale; dans |
les autres parties, elle est remplacée par
la Vipère bérus. D'après Credler, l’Aspic est
commune dans le massif central des Alpes, particulièrement dans le Tyrol ; on la trouve
encore dans la Carniole et dans l'Istrie. Sui- ;
vant Sching, cette espèce ne s’élèverait pas très haut en altitude ; Gredler a cependant recueilli une Vipère aspic dans les montagnes de Tiersen à l’altitude absolue de 2,000 mètres. Mœurs, habitudes, régime, — L'Aspic ha-
bite, d’après Schrinz, principalement les co- |
teaux secs et rocailleux, inclinés vers le midi et couverts de ronces et de taillis; c’est là surtout que se rencontre la demeure de la Vipère, bien que, pendantles chaudes journées, ce Reptile puisse venir jusque dans les champs à la recherche des cailles et des autres oiseaux qui déposent leur nichée sur le sol. A l’approche de la mauvaise saison, beaucoup d'individus quittent la montagne pour se rapprocher davantage des endroits habités. On les trouve assez généralement dans les localités arides, exposées au soleil, moins dans les grands bois que le iong des haies et au voisinage des Las de pierres et des roches; c'est ainsi qu'aux environs de Paris, dans la forêt de Fontainebleau, on a surtout chance de voir des Vipères dans les gorges d’Apremont, aux grands rochers si pittoresques et si bizarrement découpés, au milieu des gené-
dans les endroits où le sol est recouvert de fragments de grès et d'aiguilles de pin.
.L’Aspic craint la pluie et le froid et ne chasse guère par le mauvais temps, si ce n’est parfois avant l'orage, alors qu’elle est particulièrement irascible. Dès que le soleilreparaît, on la voit sortir de son repaire et ramper avec rapidité. On l’aperçoit souvent mollement étendue sous les branches d’un buisson, ou enroulée immobile en plein soleil; peu matineuse, elle ne se montre au printemps et à l'automne qu'après la disparition de la rosée. Bien que la forme de la pupille puisse faire croire à des habitudes essentiellement nocturnes, la Vipère ne sort guère cependant la nuit que pendant l'été ; lorsque la chaleur devient excessive, elle se cache dans les fourrés et descendrait même, d’après plusieurs observateurs, dans les prés humides et sur le bord de l’eau ; les formes lourdes et trapues de la Vipère aspic en font cependant un bien mauvais nageur.
Au printemps, il est commun de trouver les Aspics par couples, mâle et femelle.
L’Aspic s’engourdit vers le commencement de la mauvaise saison. Dès la fin d'octobre ou dans les premiers jours du mois de novembre,
: Vipères et Vipéreaux se retirent dans quelque
galerie souterraine, sous la mousse, dans un creux d’arbre ou dans un vieux mur, pour y attendre, souvent roulés en paquets et entrelacés entre eux, que les beaux jours viennent les rendre à la vie ; l’hivernation cesse en géné-
ral au milieu de mars, et c’est alors que ces
animaux se recherchent.
Vers le commencement d’ayril, les Vipères mettent au monde des petits vivants qui entraînent avec eux les débris des œufs dans lesquels ils étaient renfermés ; la portée est généralement de six à quinze Vipéreaux mesurant chacun de 15 à 18 centimètres de long. D'après Viaud-Grand-Marais, « les anciens attribuaient aux Serpents venimeux des mœurs de famille dignes des Atrides ; entre autres griefs, ils reprochaient aux Vipères de dévorerleurs petits. Des Vipéreaux ont, en effet, été trouvés dansle
! tube digestif de leur mère; mais il y a erreur
dans l'observation de ce fait singulier. Les femelles d'Aspic et de Péliade veillent sur leurs petits jusqu'à ce que leurs crochets soient soudés aux os qui les supportent; elles les défendent avec courage en exposant leur propre vie pourles sauver ; à la moindre alerte elles
| les reçoivent dans leur gueule et fuient avec
vriers rabougris et des fougères odorantes, : eux; ainsi fait un Serpent, proche parent des
LA VIPÈRE ASPIC
Vipères, le Fer de lance de la Martinique. »
D'après Duméril et Bibron, la « vie des Vipères persiste longtemps. On cite l’histoire d’une de ces Vipères qui fut étranglée et suspendue par le coupendant vingt-quatre heures et qui, paraissant tout à fait morte, avait été le lendemain posée etarrangée sur du plâtre liquide, après qu'on l’eut huilée convenablement, dans l'intention d'en obtenir un moule. On la recouvrit d’une autre couche de plätre et elle y fut laissée jusqu’à parfaite consolidation. Le lendemain, par conséquent quarantehuit heures après la mort apparente, lorsqu'on enleva la calotte de plâtre à creux perdu, le Serpent sortit plein de vie et chercha à échapper par la fuite. On a vu des Vipères survivre à la submersion pendant plusieurs heures dans l’eau, dans l'huile et même dans l’eau-de-vie et résister aux blessures les plus graves. Des têtes cherchaient à mordre après les avoir séparées du tronc dans le but de préparer des bouillons auxquels on attribuait de grandes vertus en médecine.»
D'après Schwintz, les mouvements de la Vipère sont lents et embarrassés ; l'animal cherche à fuir lorsqu'on s'approche de lui et c'est seulement lorsqu'il ne peut le faire, lorsqu'on cherche à s’en emparer, ou qu’on marche sur lui, qu’il se défend et mord.
Les Vipères ne se nourrissent que de proies xivantes et font surtout la chasse aux Mulots, aux Campagnols, aux Musareignes; elles mangent aussi, d’après quelques observateurs, des Orvets, des Lézards, des Batraciens, tandis que, d’après d’autres naturalistes, elles dédaigneraient absolument ces proies ; jeune, elle vit surtout de Vers et d’Insectes ; friande dejeunes couvées nouvellement écloses, la Vipère s’attaque aux oiseaux dont le nid est près du sol.
En liberté, la Vipère esttoujours sur ses gardes; rien n’égale son extrême prudence ; elle supplée par la ruse à son défaut d’agilité.
« Un animal vient-il troubler l'affût, dit Viaud- Grand-Marais, la Vipèremontre del'inquiétude ; cependant elle ne quitte son poste que lorsqu'elle est sur le point d'être attaquée. Ses sens lui ont-ils signalé l'approche d’un être faible, pas un mouvement ne trahit sa joie ; elle attend avec patience que sa viclime soit à portée, puis fond sur elle comme un trait, Si la proie est un animal à sang froid, le Serpent se met immédiatement à la dévorer, mais s’il s'agit d’un oiseau ou d'un pelit mammifère, elle leblesse d’un premier jet, puis se replie sur
elle-même pour ne revenir qu'au moment où, sous l'influence du venin, les dernières convulsions ont cessé; elle engouffre alors l’animal tout d’une pièce, l’inonde de bave et le dévore lentement »
Pour la Vipère, plus encore que pour les Couleuvres, on prétend que le Reptile exerce par son regard un pouvoir magnétique sur les petits animaux, qu'illes charme, qu'il les fascine. Nous avons dit plus haut ce qu'il faut penser de ce prétendu pouvoir de fascination attribué aux Serpents, et nous n'y reviendrons pas ici. Ce qui est certain, c’est que le Serpent se jette sur sa proie avec la rapidité d’une flèche, avec la force d’un ressort qui se détend, de telle sorte que la victime semble cou- rir au-devant de l'ennemi et se précipiter dans sa gueule. Ilpeutparfois arriver, nousl’avouons, que des animaux effrayés tombent d’euxmêmes dansle péril en voulant l’éviter ; tel un enfant effrayé perd la tête et se jette sous les roues d'une voiture. Bien loin d’être fascinés, les animaux qui ne peuvent fuir attaquent souvent résolumentleurennemi. Viaud-Grand- Marais rapporte à ce propos qu'une Souris fut placée dans une cloche en verre où se trouvait déjà un Aspic; la courageuse petite bête se jeta intrépidement dix à douze fois sur le Reptile et le mordit de toutes ses forces ; la Vipère déconcertée ne cherchait qu’à fuir. Nous nous rappelons d’avoir mis un soir un Campagnol dans une cage contenant une Vipère; en ouvrant le lendemain, nous vimes, non sans étonnement, que la Vipère avait la tête à moitié dévorée.
Captivité. — En captivité, l’Aspic se comporte comme le Berus, elle ne s’apprivoise jamais, reste toujours farouche et ne se décide que difficilement à manger. De même que la Péliade, l'Aspic qui vient de faire un repas vomit presque aussitôt qu'elle est capturée.
L’Aspic vit généralement en bonneintelligence avec les animaux qui partagent sa caplivité, si ce n’est cependant avec les Souris et surtout avec les Mulots et les Campagnols, à qui elle fait une guerre acharnée.
«Un hiver, raconte Wyder, j'avais cinq Vipères de moyenne taille dans une cage en verre. Un beau jour j'introduisis un rat, persuadé qu'il serait bientôt mordu et tué. Il n'en fut rien ettoules les bêtes vécurent en meilleure intelligence pendant plusieurs semaines. »
Ennemis de la Wipère.— Plusieurs animaux sont les alliés naturels de l'homme, en étant
les ennemis de la Vipère. Les rapaces à serre puissan{e font souvent la guerre aux Serpents; tels sont l’Aigle botté, le Jean-le-blanc, les Buses, les Busards, le Milan, d’autres oiseaux, la Cigogne et les Corbeaux, nous rendraient encore service. Le Hérisson passe pour être l'ennemi naturel dela Vipère, et des expériences du professeur Lenz il semblerait résulter que le Hérisson ne craindrait nullement la morsure .de son redoutable adversaire ; bien que l’utilité du Hérisson soit problématique pour la destruction du Reptile, il est cependant rationnel de chercher à l’introduire là où les Vipères abondent; le Hérisson est d'ailleurs beaucoup plus utile que nuisible, et la chasse active qu'il fait aux insectes et aux limaces devrait le faire protéger.
Le plus grand destructeur de la Vipère doit être l’homme ; il faut qu'il mette partout à prix la tête du dangereux Replile, trop commun encore dans certaines parties de la France.
C’est ainsi que le docteur Viaud-Grand-Marais rapporte qu’une chasseresse de Vipères de la Vendéetuait,en moyenne, 2062 de ces animaux, ce qui lui faisait une petite rente de 515 francs, bon an mal an. La Côte-d'Or et le Poitou sont également infestés de Vipères ; en 1865, le conseil général de Dijon a alloué un crédit de 1848 fr. 30 pour la destruction de 26,161 Vipères à raison de 0 fr. 30 pour chaque animal. DanslesDeux-Sèvres,unesomme de 13,965 fr. 50 aurait été allouée en prime de O0 fr. 25 pendant les années 1864 à 1868, ce qui représenterait le chiffre énorme de 55,462 Vipères détruites en cinq ans dans ce seul département!
Action du venin. — La Vipère est le Serpent venimeux sur lequel ont été instituées des expériences à bon droit restées célèbres.
A la cour du grand-duc de Toscane FerdinandIl, au dix-septième siècle, vivait un médecin érudit, Redi, qui chercha à voir ce qu'il y avait de vrai dans les assertions des anciens relativement au poison de la Vipère. Quelques expérimentateurs prétendaient que le venin de ce Reptile a son siège dans les dents ; d’autres soutenaient que les dents ne sont pas venimeuses par, elles-mêmes, mais que le poison venait de la vésicule du fiel, parce que le fiel de la Vipère agit commeun poison redoutable ; d’autres encore pensaient que la salive était empoisonnée, tandis que le plus grand nombre, se rattachant aux idées des anciens, plaçaient dans la queue le siège du venin, et c’est de cette opinion qu'est venu le dicton « le ve-
LA VIPÈRE ASPIC
nin est dans la queue, in caudä venenum ».
Galien, Pline, Avicenne, Haly Abbas, Albucasis, Guillaume de Plaisance, saint Arduin, le cardinal de Saint-Pancrace, Bertruccius Bononiensis, Cæsalpinus, Baldus, Angelus Abbatius, Cardanus, Jules Cæsar Claudin et beaucoup d’autres auteurs, prétendaient que la bile était le véritable venin de la Vipère. « Tous ces auteurs, dit Lenz, d'après Redi, soutenaient cette opinion, et les savants de la cour du duc de Toscane étaient du même avis. Jacob Sozzi, un chasseur de Vipère, assistait dans un coin à la docte conférence et souriait; il s’avança alors en riant, prit du fiel de Vipère, le mélangea à de l’eau et l’avala, s’offrant de recommencer l'expérience si on le désirait. Les savants furent unanimes à penser que le téméraire avait eu soin de prendre auparavant un contre-poison, de telle sorte qu’ils ne furent nullement convaincus. Ils administrèrent du fiel de Vipère aux animaux les plus divers; ceux-ci aussi ne ressentirent aucun fàcheux effet; un Chat même, après avoir avalé le terrible poison, se pourléchait le museau avec délice, car il trouvait la chose excellente. On blessa nombre de bêtes et on leur inocula du fiel de Vipère, mais en vain. Les partisans de la vénénosité de la bile furent vaincus.
« Sozzi alla plus loin. Il prit une grosse Vipère, lui lava la gueule avec de l’eau qu'il avala intrépidement ; il renouvela l'expérience avec trois autres Aspics. Un bouc et un canard à qui on fit avaler le même breuvage n’en ressentirent aucun effet fâcheux; il n’en fut pas de même lorsqu'on versa dans une plaie qu'on leur avait faite la salive du Serpent, car ils moururent promptement, de telle sorte qu'il fut bien avéré que le venin résidait dans la gueule du Reptile. »
Redi entreprit alors les expériences les plus diverses. 11 fit l'essai des plantes nombreuses qui passaient pour un antidote assuré contre le venin et s’assura qu’elles n’avaient aucune action; il en fut de même pour la chair et les os pilés de l’Aspic. Aristote, Nicandre, Galien, Pline, Paul d'Egine, Sérapion, Avicenne, Lucrèce et plus tard beaucoup d'écrivains célèbres, avaient soutenu que la salive humaine est un poison mortel pour les Serpents venimeux. Redi, pendant quinze jours de suite, fit boire de cette salive à des Vipères sans qu’elles en fussent nullement incommodées.
Pline rapporte que l'odeur du frêne fait fuir les Serpents, la Vipère en particulier. Redi
LA VIPÈRE ASPIC
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Fig. 225. — La Vipère ammodyte (2/3 grand. nat.).
mit cette plante dans la cage où il tenait des Vipères et vit que celles-ci, bien loin de se sauver, se cachaient sous les feuilles,
A la fin du siècle dernier, Fontana reprit et compléta les recherches de Rédi. D’après DumériletBibron, qui ont analysé le consciencieux mémoire de Redi, ce savant expérimentateur « a d'abord admis que le venin n’a aucune action sur le corps de cerlains animaux comme sur sa propre espèce, sur les orvets, les limacons, les sangsues. Il a vu qu'elle n’est ni acide ni alcaline, quoique sa saveur difficile à déterminer ait pu donner l'idée d’une substance astringente et légèrement narcotique, d’une consistance comme gommeuse, qui, en se desséchant, jaunit un peu et se concréfie; que sous cet état, on la retrouve dans la cavité de la dent, longtemps après la mort de l'animal.
« Un milligramme, ouun centième de grain de ce venin introduit dansun muscle chez une fauvette ou un serin, suffit pour tuer ces petits oiseaux presque instantanément, tandis qu'il en faut au moins six fois davantage pour faire périr un pigeon; et l'habile expérimentateur
Breuu, — Y,
a vu tout celui qu'il avait pu exprimer d’une Vipère fort active, ne produire en quelque sorte aucun effet sur un corbeau, quoique la totalité de cette humeur s’élevät à la quantité de 10 centigrammes ou 2 grains. D’après ce calcul, Fontana conclut qu’il en faudrait au moins 15 centigrammes pour produire la mort chez un homme et 60 centigrammes pour faire périr un bœuf,
« Au reste, il est probable que, selon l'organe blessé, il peut y avoir de grandes différences dans la nature, la promptitude et la gravité des symptômes. Les piqûres faites au cou, par exemple, sont, dit-on, plus périlleuses que celles des membres, en raison du voisinage du lirynx, du pharynx et des nerfs pneumo-gastiques et surtout de la multitude des veineset des ganglions lymphatiques absorbants qui se rencontrent dans cette région, et de leurs rapports avec les organes digestifs et respiratoires, »
De ces expériences, Fontana a conclu que la puissance du venin s'accroît avec l’activité de l'animal et son état de colère, que plus longtemps la Vipère maintient ses crochets dans la
R£EprILES. — 59
L'AMMODYTE.
plaie, plus sûrement eile empoisonne. D'après lui, le sang des animaux mordus se coagule, le sérum se séparedes globules et serépand dans le tissu cellulaire, ce qui anéantit la circulation et amène la mort. Des grenouilles peuvent résister longtemps à l’action du venin, parce que chez elles les actes de la circulation et de la respiration peuvent être suspendus pendant un certain temps sans que les animaux succombent.
Médicaments tirés de la Wipère. — Une singulière interprétation du dicton populaire qui prétend que la nature a toujours placé le remède à côté du mal a fait employer contre le venin de la Vipère certaines parties de la Vipère elle-même, telles que le sang, la chair, le foie, les cendres ; la poudre, préparée avec le foie et le cœur de cet animal, passait pour très active; le fiel était employé comme sudorifique à la dose de deux gouttes; dans le célèbre emplâtre de Vigo extrait de la graisse de Vipère mêlée à des grenouilles et à des vers de terre cuits vivants, condition fort essentielle. La thériaque, chaos informe danslequel toutes les drogues de l’ancienne pharmacopée venaient se confondre, devait sa réputation aux Vipères quientraient dans sa composition, et il s’en exportait une quantité réellement considérable jusqu’à Venise, un des lieux principaux de fabrication du célèbre électuaire.
Il est inutile, sans doute, de faire remarquer que la Vipère a disparu de l'officine, allant rejoindre dans un juste oubli ces étranges médicaments, aussi dénués d'efficacité que dégoûtants, tels que la mousse recueillie sur le crâne d'un pendu, remède contre l’épilepsie.
Si la thériaque a une action, bien faible en réalité, elle le doit à l'opium, dontelle contient un peu plus du centième de son poids.
La chair de Vipère était mangée fraîche, rôtie sur le gril, employée en infusion dans le vin, en sirop, en gelée, en bouillon, en poudre obtenue après la dessiccation.
On a employé le venin de la Vipère contre certaines maladies, la fièvre jaune, le choléra, les maladies de cœur, la rage, la lèpre; un médecin a même été jusqu’à proposer la morsure de la Vipère contre l’hydropisie. Le venin des Serpents n'a été jusqu'à présent d'aucune utilité dans l’art de guérir, et comme le dit si justement A. Viaud-Grand-Marais « nul profit thérapeutique n’a encore été tiré du venin des Serpents, et l’homme n’a utilisé
instruments de destruction et de mort. »
Chasse. — D'après M. Lataste, « quand on désirera se procurer des Vipères, il faudra s'informer auprès des gens de la campagne des localités qui passent pour en être infectées, et s’y rendre, la jambe et le pied protégés par une bonne paire de bottes ou de guêtres qui empêcheront lescrochets à venin d'atteindre la chair, ou du moins arrêteront le venin au passage. On s’armera d’une canne, d’un flacon d’alcali et d’une lancette en cas d'accident, et l’on emportera un sac en cuir ou tout autre ustensile destiné à recevoir le produit de la chasse. Quand on apercevra une Vipère, on mettra le pied dessus et on la saisira par l’extrémité de la queue; ou bien, appuyant la canne sur son corps, on la fera rouler jusque sur la nuque, et l’on pourra prendre sans danger le Reptile par le cou, près de la tête. Cette dernière méthode est préférable, car, quoique la Vipère suspendue par la queue ne puisse remonter jusqu'à la main qui la supporte, un faux mouvement pourrait la remonter du corps. On pourra aussi saisir l’animal avec degrandes pinces plutôtqu'avecles doigts. Il sera plus facile avec celles-ci de le faire entrer dans le sac ou dans le vase qui devra le contenir (1). »
L'AMMODYTE. — VIPERA AMMODYTES.
Sandotter.
Caractères. — Les formes de l’'Ammodyte sont celles de la Vipère aspic; le museau est relevé en une pointe molle, couverte de petites écailles (fig. 318); le dessus de la tête, qui est aplati, est protégé par des écailles (fig. 321). Les écailles du tronc sont disposées suivant vingt et une ou vingt-trois séries.
De même que pour les deux autres espèces précédemment décrites, la coloration est variable. Le corps est le plus souvent d’un jaune brunâtre, parfois relevé derouge ou de brunâtre; certainsindividus sont d’un rouge rosé vraiment éclatant. Le dos, ainsi qu'’onle voit surla Vipère, est orné d’une bande disposée en zig zag qui commence à la nuque et se continue jusque sur la queue; cette bande est formée de losanges allongés qui se disposent en série, chaque angle rejoignant l’angle du losange
(1) Essai d'une faune erpétologique de la Gironde,
jusqu'ici ces agents puissants que comme | p. 179, 1874.
L'AMMODYTE.
suivant (fig. 325). Des lignes sombres entourent les losanges et les font d'autant plus vivement ressortir. Le ventre est jaunâlre, tacheté et ponctué de brun ou de noir.
Distribution géographique.— L’Ammodyte est surtout une espèce du sud-est de l'Europe; on la trouve en Carinthie, dans le Tyrol, la Hongrie, l'istrie, la Dalmatie, l'Herzégovine, la Grèce, le sud de l'Italie, la Turquie, le nord de l'Afrique et probablement aussi dans une partie de l’Asie Mineure ; elle est également signalée de la péninsule ibérique.
En Carinthie, d’après Gallenstein, c'est le plus commun des Serpents venimeux; il en est de même en Istrie et dans la Carniole. D’après Gredler, elle est, dans le Tyrol, fort limitée et ne se trouve que dans une zone très restreinte, principalement aux environs de Bozen. L'espèce se trouve abondamment dans l’Istrie, la Dalmatie et la Hongrie. Elle a été recueillie par Erhard dans les Cyclades et par Bory Saint- Vincent dans le sud de la Grèce. L’'Ammodyte est beaucoup plus répandue en Ilalie qu’on ne le croit généralement, et se trouve mélangée à la Vipère aspic. D'après certains collectionneurs, l'espèce aurait, en France, été trouvée dans le Dauphiné, mais ce dire mérite confirmation. En Espagne et en Portugal, on la renconlire partout, au voisinage des villes et des villages; elle pénètre même dans le quarlier juif de Séville, dans les jardins de Madrid et dans les cloîtres de l’Escurial. Plusieurs naturalistes ont recueilli l'Ammodyte daus le sud et l’est dela Turquie, dans le nord de l'Algérie, en Syrie, dans les contrées transcaucasiennes, de telle sorte que l'aire de distribution de cette espèce s’étend du 9° au 65° degré de longitude orientale de l'ile de Fer et du 34° au 48° degré de latitude nord.
Mœurs, habitudes, régime. — L’Ammodyte aime les lieux montueux, arides et pierreux, bien exposés au soleil. Il paraît qu'en été, lorsque la chaleur devient trop forte, ce Reptile descend dans les pâturages, cherchant la fraicheur dans les herbes les plus hautes etles plus touffues. Elfeld à trouvé celle espèce sous les pierres, dans des trous creusés par d'autres animaux et abandonnés, dans les broussailles; elle affectionnerait surtout les coteaux plantés en vignes.
D'après Gredler, l'Ammodyte se montrerait, dans le Tyrol, dès le mois de mars, etse trouverail encore tard en automne. Dans les Cyclades et dans le sud de l'Espagne c’est à peine
si, çà et là, elle hiverne. Effeld ne l’a jamais trouvée en plein midi, mais seulement de bon matin et tard vers le soir; cet observateur n’a souvent rencontré l’'Ammodyte qu’à la nuil tombante, et cela dans des endroits où il l’avait vainement cherchée pendant la journée; un paysan hongrois lui ayant raconté que l’on ne trouve jamais de Vipères pendant le jour, mais que pendant la nuit, il suffit d’allumer du feu pour voir ces animaux venir en foule, Effeld suivit ce conseil et put ainsi recueillir jusqu’à vingt et un Ammodytes dans une seule nuit. ;
La nourriture de l’Ammodyte se compose de petits quadrupèdes, de lézards et d'oiseaux; il recherche les nids pour s'emparer de leur progéniture. Ce Serpent est, d’après Erber, très adroit pour s'emparer des oiseaux ; il les mord et attend ensuite patiemment ; l’animal s'élève en poussant des piaillements plaintifs, bat de l’aile plusieurs fois,.puis relombe inanimé sur le sol; il est alors la proie du Replile.
Les petits naissent en août et en septembre.
En septembre, une femelle tenue en caplivilé par Erher mit au monde deux petits qui malheureusement étaient morts ; ils n’élaient probablement pas à terme.
Ennemis. — Daudin rapporle que l’'Ammodyte est souvent la proie de plusieurs oiseaux carnivores, tels que les Vautlours et les grandes Chouettes, qui s’en emparent avec beaucoup d'adresse, de manière à éviter les morsures.
Captivité. — Les premières Ammodytes qui parvinrent à Erber lui furent envoyées avec celte mention que jamais ces animaux ne mangent en captivité. L'observation donna un démenti formel à cetle anecdote, car des Ammodytes tenues en cage par Erber, non seulement mangeaient avec avidilé les souris qu’on leur donnait, mais encore enlevaient la nourrilure à des Vipères d’autres espèces renfermées dans la même cage; elles arrachaient de la gueule de Vipères aspics plus faibles des souris saisies par ces dernières, et cela avec des sifflements de colère. Les Ammodytes étaient, du reste, si voraces qu’elles prenaient indifféremment des souris mortes ou des souris vivantes,
Erber rapporte que ces Ammodytes étaient si paresseuses, que très souvent elles négligeaient de se servir de leurs armes ; il raconte à ce propos le fait suivant dont il a été témoin. Cet observateur jeta un jour une souris étour-
L'AMMODYTE.
die par un coup dans la cage occupée par des Ammodytes. La souris fut immédiatement saisie par un des Serpents; le petit rongeur sortit alors de son étourdissement et chercha à s’enfuir, en s'appuyant de toutes ses forces sur ses pattes de devant, car il avait été en partie avalé par le train postérieur. Au bout d’un certain temps le Serpent laissa échapper sa victime, toute couverte de bave, mais vivant encore. La souris mourut quelques instants après ; il en fut de même du Reptile.
D'après Effeld, l'Ammodyte vit en bonne intelligence avec les Serpents qui partagent sa captivité, qu'ils soient venimeux ou non; elle est moins irrascible que la Péliade bérus et s’apprivoise jusqu'à un certain point: elle n’en reste pas moins toujours dangereuse et, comme toutes ses apparentées, ne doit être maniée qu'avec les plus grandes précautions.
« En septembre 1857, raconte Erber, je reçus de Dalmatie deux Ammodytes et, au commencement de décembre, on m'adressa un troisième exemplaire; je possédais déjà, du reste, deux jeunes animaux de la même espèce. Mes Reptiles n’hivernèrent pas, bien que je les eusse placés dans un endroit frais ; ils mangeaient régulièrement chacun une souris par semaine. Lorsque les souris étaient mordues à la tête, elles poussaient un eri plaintif et étaient tuées presque instantanément; elles vivaient jusqu'à cinq minutes si la morsure avait porté sur un autre endroit du corps. Il arrivait qu'une Vipère tenait sa proie, puis la laissait là, pour ne la manger que le lendemain, souvent lorsque l’animal était devenu tout raide. Mes animaux ne mangeaient que pendant la nuit; l'Ammodyte est, du reste, à ce moment toujours plus active que pendant le jour. Mes Serpents boivent assez souvent.
La présence de l'homme ne les excite pas, tandis qu’elles se mettent de suite en colère à l'aspect seul du chien, sifflent et se redressent. L’Ammodyte est, du reste, un animal prudent qui se met rapidement sur la défensive.
« En décembre 1857, raconte le même observateur, on m'apporta un ratadulte qui s'était fait prendre par une des pattes de derrière dans une trappe; le rongeur était très vifet cherchait à se débarrasser par tous les moyens possibles. J'enlevai alors un mâle de Vipère ammodyte de sa cage, je le plaçai sur le plancher de la chambre et je mis le rat devant lui. Aussitôt la Vipère se mit sur la défensive et mordit le rat. Je remis alors l'Ammodyte dans sa cage et
laissai libre le rat. Celui-ci chercha tout d’abord à se cacher et se réfugia sous un meuble; bientôt après il sortit de sa cachette, examina curieusement tout autour de lui, puis but un peu d’eau que je lui versai. Quelques instants après, le rat devint inquiet, ses poils se hérissèrent, il mordit tout autour de lui, s'étendit et mourut en poussant des cris plaintifs avant qu'un quart d'heure ne se fût écoulé depuis le moment dela blessure. » .
Action du venin. — Le même observateur a fait de nombreuses expériences sur l’action du venin de l’'Ammodyte, et voici le résumé des principaux résultats constatés par Erber..«Je n'ai obtenu, dit-il, aucun effet en faisant mordre la Couleuvre à collier, la Couleuvre à anneau et la Couleuvre d'Esculape ; chez les Lézards, bien au contraire, la piqüre amenait presque instantanément de la paralysie, puis la mort. Des Crapauds furent malades quelques jours, puis finirent par se rétablir. Des Tritons, replacés dans l’eau après avoir été mordus ne manifesièrent d'autre symptôme que de venir respirer à la surface de l’eau toutes les deux ou trois minutes, tandis qu'à l'état normal ils ne le font que toutes les huit ou dix minutes. La Salamandre terrestre, aussilôt après la morsure, se couvre d’une bave blanche abondante et meurt. Les Batraciens empoisonnés deviennent raides peu de temps après leur mort.
« Pour ce qui concerne l’action du venin sur l'homme, je ne puis rapporter qu’un seul fait qui malheureusement s'applique à ma femme à qui je laisse raconter l'accident.
« Pendant l'absence de mon mari, j'avais la charge de prendre soin des Reptiles, de leur donner à manger et de nettoyer leurs cages.
Pour donner de l’eau fraîche aux Vipères ammodytes, je plaçai trois récipients sur'une table, puis j’ouvris la cage et je mis le réservoir au moyen d’une longue pince. Pendant ce temps on sonna à la porte et, dans ma précipitation, j'oubliai de refermer la porte de la cage. Lorsque j'entrai de nouveau dans la chambre, je vis, à ma grande frayeur, une Vipère sortir la moitié de son corps de la cage. Effrayée, je ne savais que faire; je n'avais pas assez de sang-froid pour penser à ramener le dangereux Reptile au moyen de la pince, mais je le pris imprudemment avec la main et le lançai dans la cage. Tout cela fut l'affaire d’un instant, mais lorsque je voulus refermer la cage, la Vipère fortement irritée se jeta sur
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Fig.
moi du fond de la cage et me mordit au bras gauche. Je fus tellement effrayée de l'attaque soudaine du Serpent, que je ne pensai pastout d’abord à ma blessure. Celle-ci avait l’apparence d’une toute petite égratignure qui ne me faisait aucun mal; cela ne dura cependant qu'un instant. J'éprouvai tout à coup des vertiges si violents que je dus m'asseoir; en même temps le point piqué devint verdâtre et j'y ressentis des douleurs lancinantes. Je n'hésitai pas alors à prendre une plaque d’acier qui, par bonheur, se trouvait dans le feu, et à l’appliquer contre la piqûre. Il se produisit une grande vésicule de couleur sombre, et dans le voisinage de la blessure apparurent plusieurs petites vésicules rouges. La tension de la peau devint bientôt insupportable et je sectionnai la vésicule; il s'en écoula un liquide sale coloré