‹ Merveilles de la nature (volume 2)Chapitre 232 sur 276 · LE CRAPAUD VULGAIRE · texte numérisé non relu

LE CRAPAUD VULGAIRE

exemplaire qui mesure plus de 0",30 depuis le bout du museau jusqu’à l'extrémité des membres postérieurs.

Il est à remarquer que le Crapaud commun, le plus grand des Anoures d'Europe, est l'espèce de nos pays dont le têlard est le plus petit. Ce têtard est d’un noir foncé, brunâtre en dessus, grisâtre en dessous.

Distribution géographique. — À l’exception de l’extrème Nord, on trouve le Crapaud commun dans toute l’Europe; il vit également au Japon et dans une grande partie de la Chine, ce qui fait supposer qu'il existe dans toute l'Asie centrale.

Mœurs, habitudes, régime. — L’habitat du Crapaud commun est extrêmement varié; cet animal se trouve dans les forêts, les buissons, les haies, dans les champs, les prairies et les jardins, dans les caves, dans de vieux murs, sous des décombres et des troncs d’arbre, au milieu des feuilles mortes, partout en un mot où il peul trouver un abri. Là où manque un refuge, il se creuse un trou dans le sol, pour s’y enfouir. Partout où cela lui est possible, il choisit des endroits ombragés et marécageux ; il se place très souvent sous des plantes dont les larges feuilles forment de l'ombre et recherche particulièrement les plantes à odeur forte et pénétrante, telles que la sauge et la ciguë.

D'après F. Lataste cet animal « ne sort guère que la nuit, si ce n’est par la pluie, et quand la température est douce. Il se creuse quelquefois un trou, prolongé horizontalement sous le sol, à une petite profondeur; mais, paresseux, il préfère le plus souvent s’emparer de la galerie d’un mulot ou d’un rat; il se relire même au besoin sous une pierre, sous une souche, sous un tas de décombres, Il vit en philosophe dans sa retraite, passant de longues heures dans le recueillement. Quand la faim le presse ou que le temps lui paraît favorable, il en sort pour aller à la chasse, marchant plutôt qu'il ne saute. La femelle, d'après Falio, s’écarterait de son domicile bien plus souvent et plus loin que le mâle; on rencontre, en effet, beaucoup plus de ces dernières dans les champs, quoiqu'elles paraissent moins nombreuses que les mâles, au printemps. Le Crapaud s'établit dans les jardins, dans les champs, dans les bois, partout où il trouve de l’ombre et de l'humidité, »

En véritable animal nocturne qu'il est, le Crapaud se cache pendant le jour, à moins

qu'il ne tombe une chaude pluie d'orage ou que le temps ne soit complètement couvert, car alors il se livre à la chasse. Il ne recherche généralement sa nourriture qu'après le cou” cherdu soleil. Maladroït dans ses mouvements, lent et lourd, il ne s'éloigne jamais beaucoup de son terrier, aussi explore-t-il avec d'autant plus de soin le petit domaine qu'il habite. Sa maladresse le fait souvent tomber dans des caves, des puits abandonnés, des grottes, et comme il est trop lourd pour pouvoir remonter, il est obligé de rester dans cette retraite forcée et d'attendre patiemment que quelque insecte vienne se mettre à sa portée; il peut, du reste, se passer de nourriture pendant longtemps, sans trop avoir à en souffrir. ; Le Crapaud commun se nourrit de vers, de petits mollusques, d’araignées el de toutes sortes d'insectes; il ne s'empare cependant pas volontiers des papillons, probablement parce que la poussière des ailes de ces animaux s’altache à sa langue si gluante et empêche la déglutition. Malgré sa voracité, il dédaigne absolument toute proie morte. Un observateur voulant s'assurer si la faim ne pousserait pas le Batracien à accepter des insectes morts, enferma un gros Crapaud dans un pot à fleurs dans lequel on avait placé un certain nombre d’abeilles récemment tuées; sept jours après toutes les abeilles y étaient encore; l'animal saisit avec voracité des abeilles vivantes que l’on vint à introduire dans le pot à fleurs.

Lorsque le Crapaud voit une proie à sa portée, il fait rapidement quelques pas en avant, ouvre largement la bouche et avec une rapidité vraiment merveilleuse lance sa langue sur sa viclime qui est ainsi engloutie. On peut épier un Crapaud et lui voir facilement prendre sa nourriture; qu’on jette un ver de farine, une petite chenille ou tout autre insecte, immédiatement le Crapaud sort de son état de somnolence et se dirige sur sa proie, avec une vivacilé qu'on ne lui supposerait pas; lorsqu'il s’est approché à distance convenable, il s’arrête, fixe sa proie comme un chien devant le gibier, renverse sa langue et engloutit sa victime; lorsque le morceau est trop long, ce qui arrive lorsqu'il s’agit, par exemple, d’un ver de terre, il fait entrer l'animal dans sa gueule d'un rapide coup de patte, ainsi que Sterke l'a observé. Aussitôt la proie avalée, le Crapaud reste immobile comme auparavant et se met de nouveau aux aguets. Lorsque, ce qui arrive parfois, il manque sa proie ou qu'il n’a fait

LE GALAMITE.

que l'étourdir, il cesse habituellement toute poursuite, mais se livre de nouveau à la chasse dès que l'animal commence à remuer.

* Bien que fort vorace, le Crapaud ne s'attaque pas à son semblable, ainsi que le prouve le récit suivant. Pour observer la manière de chasser de cetanimal, un observateur enduisit de miel une feuille qu'il plaça devant le repaire du Grapaud.Ce mielattirabientôtune foule de guêpes et de mouches qui furent happées par le Batracien. Un beau jour, un autre Crapaud, attiré par l'aspect du butin, vint s’établir à côté du légitime propriétaire et l’on jeta alors entre les deux animaux une assez grande quantité d'insectes, de manière à les surexcCiter. Il arrivait que les deux Crapauds couraient après une même proie; celui qui n'attrapait rien ne manifestait cependant aucune colère contre l’autre.

Le Crapaud commun est un des derniers Anoures qui disparaisse à l’approche de la mauvaise saison. Le mâle hiverne plus volontiers dans la vase, au fond des eaux ; la femelle, à terre, cachée dans les trous des vieilles murailles ou sous des décombres. C’est généralement versle commencement du mois d'octobre que cet animal se terre; le plus souvent il hiverne en société et s’abrite contre le froid au moyen d'un petit mur en terre qu’il élève au devant dela cavité qu'il a choisie; il s’engourdit alors jusqu’en mars ou avril.

A celle époque a lieu la ponte. Les œufs sont pondus en deux cordons parallèles; ces cordons, qui ont souvent jusqu’à 3 mètres de long, sont enroulés en écheveaux autour des planies aquatiques; les pontes de plusieurs femelles sont fréquemment mêlées ensemble.

Deux ou trois jours après la ponte, les œufs ont remarquablement grossi; vers le dix septième ou dix-huitième jour les larves brisent l'enveloppe dans laquelle elles étaient renfermées. C’est vers la fin du mois de juin que les quatre membres sont développés; les jeunes Crapauds quittent alors l’eau, bien que leur queue ne soit pas complètement atrophiée, et mènent la vie de leurs parents. L’accroissement est lent et l’animal n'est adulte que vers la cinquième année.

Ræsel pense que le Crapaud peut vivre jusqu’à l’âge de quinze ans, mais il est certain que la durée de la vie est pluslongue chez cet animal; c’est ainsi que Pennant rapporte qu'un Crapaud vécut irente-six ans en captivité, et

Au moment de la ponte le Crapaud fait entendre nuit et jour, mais surtout vers le soir, son coassement plaintif, eau, crrraa, quera, quera, qui, suivant À. de l'Isle, rappelle un peu l’'aboiement du chien. F. Lataste rapporte que lorsqu'on tourmente fortement cet animal il pousse un grand cri, analogue au bruit que produit le frottement d’un parchemin tendre et humide.

Captivité. — Ainsi que nous venons de le dire, lorsqu'il est convenablement soigné, le Crapaud commun peut vivre en captivité.

Bell avait si bien apprivoisé un de ces Batraciens qu'il restait tranquillement sur la main et qu'il prenait tout doucement les insectes qu'on lui présentait.

Fothergill croit que le Crapaud distingue parfaitement la personne qui le soigne et s’attache à elle. Comme il soulevait par hasardun pot à fleurs renversé, il trouva dessous un gros Crapaud et résolut d'observer attentivement cet animal. Pour cela il lui donna des insectes; la bête s’habitua si bien qu'elle venait, sans aucune crainte, chercher la nourriture qu’on lui présentait. Tous ceux qui ont élevé des Crapauds ont pu s'assurer de ce fait. Vers le soir, le Crapaud observé par Fothergill quittait sa relraite pour se livrer à la chasse, et tous les matins il réintégrait son domicile. Le Batracien vécut ainsi pendant plusieurs semaines jusqu’à ce qu’un beau jour il arriva nombreuse société chez Fothergill; à la vue des personnes étrangères, le Crapaud parut inquiet, refusa de mangerel le soir même il avait quitté sa retraite habituelle. Ce n’est quel’année suivante qu'il reparut.

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