LA SALAMANDRE NOIRE. — SALAMANDRA ATRA
Mohrensalamander.
Caractères. — Ainsi que l'indique son nom.
la Salamandre noire a le corps de couleur uniformément noire, sans aucune tache. Le corps est un peu moins trapu, les formes un peu moins lourdes, la taille plus petite; les parotides sont plus saillantes; la série des dents palatines est moins courbée que chez l'espèce
| précédemment décrite.
dans la bouche de laquelle ont été placées quel- |
Distribution géographique. — La Salamandre noire n’a encore été trouvée que dans les Alpes et dans leurs principales ramificalions. On la connaît de Suisse, de la Savoie, du Tyrol, de la Styrie, de la Carinthie, de la Haute-Autriche et de quelques parties montagneuses du sud de l'Allemagne, des hautes montagnes de Bukowine et de la Souabe.
Mœurs, habitudes, régime. — La Salamandre noire se trouve dans les hautes régions, depuis 2,500 jusqu’à 10,000 pieds d'altitude ; elle ne vit que dans le voisinage des neiges. Dans le Tyrol, d’après Gredler, elle habite les forêts humides et les ravines arrosées par de petits cours d’eau; on la trouve presque toujours en société, aussi n'est-il pas rare de rencontrer jusqu'à douze de ces animaux sous des pierres au milieu des broussailles, parmi la mousse; elle se retire également dans des cavités souterraines et paraît ne rechercher sa nourriture que pendant la nuit.
La Salamandre dont nous parlons ne met au monde jamais plus de deux petits à la fois.
Bien que les ovaires de la femelle soient tout aussi développés que ceux de la Salamandre terrestre et que les œufs arrivent dans l’oviducte en aussi grande quantité que chez cette dernière espèce, il ne se forme cependant qu’un seul petit dans chaque oviducte et le germe se développe aux dépens des autres œufs; ceux-ci, en effet, se confondent en une masse vitelline commune qui renferme le germe jusqu’à ce qu'il puisse briser son enveloppe et se mouvoir librement dans cette masse ; il reste ainsi dans l’oviducte vingt œufs stériles et plus qui constituent pour le germe une masse nutritive; à l’époque de la naissance des petits, cette réserve alimentaire est épuisée; chaque germe a alors atteint son complet développement; il est arrivé à la taille de 45 à 50 millimètres ; son corps est arqué, le petit se meut avec vivacité; les branchies,
LES TRITONS
Fig. 462. — Le Triton crêté, mâle, femelle et larve (grand. nat.).
qui sont fort développées, disparaissent au moment de la naissance, de telle sorte qu’elles ne sont plus représentées alors que par deux petits moignons. Lorsque l’on tue la mère, les petits n’en continuent pas moins à vivre, souvent pendant plusieurs jours. La Salamandre noire n'a pas besoin d’eau pour sa ponte, et, lorsqu'en captivité on lui fournit de l’eau en abondance, elle a soin cependant de déposer ses petits dans un endroit absolument sec ; les pelits restent, en effet, dans le corps de leur mère jusqu'à ce qu'ils aient achevé leur complet développement.
Habituellement les deux petits naissent presque en même temps; parfois cependant ils se développent inégalement et l’un naît plusieurs semaines après l’autre.
LES TRITONS — TRITON Wassersalamander.
Caractères. — Le nom Tritons de a élé donné BRrEuM. — V,
par Laurenti à des Batraciens chez lesquels la langue est charnue, papilleuse, arrondie ou ovale, libre seulement sur ses bords; les dents palatines forment deux séries longitudinales rapprochées et presque parallèles. Le corps est allongé ; la queue est toujours comprimée lorsque l'animal se trouve à l’eau; le nombre des doigts est de cinq aux membres postérieurs.
Distribution géographique. — Les Tritons appartiennent en propre à la région européoasiatique ou paléarctique et à la région nord américaine ; on les trouve en Europe, dans l’Asie-Mineure, dans les parties tempérées de la Chine et du Japon, dans l’ouest des Élats- Unis ; on peut dire de ce genre qu'il est principalement européen.
Moœurs, habitudes, régime.— Sousle rapport des mœurs et des habitudes, tous les Tritons se ressemblent. La plupart d’entre eux restent habituellement dans l’eau; quelques espèces, après avoir pondu, se retirent sur la terre
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LES TRITONS
ferme el perdent alors leur brillante livrée | morts en apparence; ils revenaient à la vie au
pour devenir de couleur sombre et uniforme ; certaines parties de leur corps se modifient également; c’est ainsi que disparaît la crête que l'on voit sur le dos des mâles, que les palmatures qui existaient entre les orteils s'atrophient, que la forme de la queue se modifie.
Au moment de la ponte, les Tritons recherchent avant tout les eaux claires, pas trop profondes et tranquilles, dont le fond est, en partie, couvert d'herbes qui leur assurent des retraites et des abris; ils évitent les ruisseaux et les rivières dont le courant serait trop rapide. Lourds, lents et maladroits sur terre, ces animaux sont, au contraire, très agiles dans l'eau; ils se meuvent très rapidement à l’aide des mouvements de leur queue disposée en forme de rame et dont la surface est souvent augmentée par une crête; on les voit fréquemment monter verticalement à la surface de l’eau pour faire une provision nouvelle d'air, puis redescendre vivement tout en laissant échapper quelques bulles d’air. En été ces animaux abandonnent fréquemment les eaux pour chercher un abri, toujours dans leur voisinage immédiat, sous des pierres, entre des racines, dans des excavations quelconques. Les animaux qui se trouvent dans des mares ou dans des étangs dans lesquels se déversent de nombreuses sources y restent souvent pendant la saison froide; les autres se retirent à terre et on les trouve alors sous les pierres, les écorces des arbres, la mousse, ou dans des lieux souterrains peu profonds, d'où ils sortent sans doute pendant la nuit pour chercher leur nourriture.
D'après les observations de Leydig, les Tritons paraissent pouvoir vivre pendant longtemps hors de l’eau. « J'ai observé plus d’une fois, dit ce naturaliste, que des mares qui servaient d’abri à de nombreux Tritons se desséchaïient complètement pendant un été un peu chaud et restaient à sec pendant plusieurs années. Il s'agissait de mares complètement isolées, situées dans des carrières ouvertes sur le sommet de montagnes, ne pouvant communiquer entre elles. Ce ne fut pas sans étonnement que je vis ces mares se remplir d’eau pendant le pluvieux mois de mars, et alors les Tritons se montrer en grand nombre, »
Les Tritons supportent parfaitement un froid rigoureux; on à trouvé plusieurs fois de ces animaux complètement pris dans la glace et
moment du dégel.
C’est vers la fin du mois de février que l’on voit apparaître les Tritons; c’est alors qu'ils se recherchent et que peu de temps après a lieu la ponte.
Les Tritons sont essentiellement carnassiers dès leur naissance ; on voit souvent de ces animaux qui avalent des vers de terre dont le diamètre égale presque celui de leur ventre.
Pressés par la faim, ils n’épargnent même pas les individus appartenant à leur propre espèce;
| Duméril et Bibron rapportent le fait suivant : | «Un jour nous avons été attirés par un grand
mouvement qui agitait l’eau d’un vaste bocal danslequelnous avions placé plusieurs Tritons à crête pour les observer et étudier leurs habitudes et leurs mœurs. Nous avons vu alors l’un d'eux, beaucoup plus long que les autres, qui nous représentait un animal à deux queues, avec six pattes portées sur un tronc unique; c'était l'un des individus qui en avait avalé un autre ; ce dernier ne laissait même plus apercevoir que ses pattes de derrière.
Nous le retirâmes alors avec quelques efforts ; il vivait encore; mais son corps déformé et réduit était tellement comprimé et arrondi qu'il semblait avoir été comme passé à la filière; cependant il jouissait encore de tous ses mouvements et il vécut ainsi plusieurs jours, maisen restant tellement rétréci en tous sens qu'il était par cela même tout à fait distinct et reconnaissable parmi les autres individus de la même espèce que renfermait le vase où nous les observions pour nos études. »
La proie des Tritons à l’état larvaire se compose de très petits insectes, d’infusoires, de
| Dapbnis et d’autres animaux de faible taille; à
l’état adulte ils font la chasse aux insectes, aux limaces, aux vers de terre, aux jeunes poissons, aux têtards des Batraciens anoures.
Comme presque tous les Batraciens, comme beaucoup de Reptiles, les Tritons ont la faculté de pouvoir changer de couleur. Leydig ayant placé dans un verre un Triton magnifiquement coloré afin de pouvoir le peindre plus commodément, s’aperçut, non sans surprise, que l’animal était devenu tout terne et de couleur presque uniforme; la bête fut reportée dans le grand bassin qu’elle occupait précédemment et qui était rempli de plantes aquatiques; dans l’espace de moins d’une demi-heure elle avait repris sa brillante coloration. Leydig crut devoir rapprocher cette observation de celles
LES TRITONS
qu'il avait élé à même defaire sur la Rainette; le changement de couleur avait été encore plus tranché chez le Triton que chez la Grenouille. Tous les individus que Leydig maintenait en captivité dans une chambre froide différaient essentiellement par leur coloration claire de ceux qui vivaient dans une chambre plus chaude, etlorsque le naturaliste voulut peindre un Triton remarquable par ses taches d’un jaune-cuir tranchant sur le fond de couleur gris-ardoisé, il s’aperçut que celle coloration avait totalement disparu, l’animal ayant été transporté dans une autre température; le gris ardoisé élait devenu d’un bleu sombre; les taches si nettes avaient complètement disparu. La coloration est certainement sous l'influence immédiate du système nerveux; une excitation, une frayeur, une chaleur plus ou moins élevée peuvent déterminer ce changement.
La mue chez les Tritons a lieu au printemps; ce changement de robe, bien que se passant rapidement, paraît influencer beaucoup ces animaux, Car à ce moment ils se montrent paresseux. Avant que la mue commence, la peau devient sombre et terne ; lorsque le momen. est venu pour lui de se dépouiller de son épiderme, l'animal cherche, à l’aide de ses patles antérieures, à pratiquer une ouverture dans la peau vers le niveau de la mâchoire: il délache alors la peau de la tête, se contracte latéralement tantôt à droite, tantôt à gauche, s’agite fréquemment et sort la tête hors de l’eau peut-être dans le but d'introduire de l’air sous la peau déjà détachée; par des inflexions du corps, et grâce à l'intervention des pattes an-
térieures, la bête détachelentementl’épiderme, |
puis une fois la partie antérieure du tronclibre, il saisit la peau avec sa bouche et se dépouille alors complètement de son ancien vêtement.
La mue ne demande parfois pas plus d’une heure à s’opérer; d’autres fois, au contraire, il faut plusieurs heures pour qu’elle ait lieu. Il arrive parfois qu'un animal aide un autre à se
elle ressemble à une toile d’une extrême finesse, qui moule tous les contours de l’animal; seuls les yeux ont laissé deux trous.
Dans les circonstances habituelles, les Tritons n’émettent aucun son, ils ne sont cependant pas absolument aphones. Si on touche un de ces animaux de manière à lui faire mal, il pousse un cri rauque et de courtedurée. Glaser
dit que le Triton des montagnes fait entendre un son flülé et qu'on l'entend au voisinage des pierres et des fentes de rochers.
Captivité. — Glaser nous a donné de nombreux renseignements sur la vie des Tritons maintenus en captivité.
Ces animaux, lorsqu'on leur donne suffisamment à manger, deviennent bientôt familiers au point de venir prendre leur nourriture au bout des doigts. Dans les premiers temps de leur captivité, ils se montrent craintifs, restent cachés et ne viennent respirer à la surface que rarement, Loutes les dix minutes à peu près, puis redescendent rapidement pour se cacher de nouveau. Maïs lorsque la faim les pousse ils viennent à la surface en quête de nourriture. En pleine lumière les Tritons sont maladroils pour saisir ei pour manger leur proie; ils font alors des mouvements de têle de droite et de gauche, et se dressent sur les pattes de derrière. La voracité de ces animaux est telle que toute nourriture animale leur convient; ils s'emparent parfois même de boulettes de mie de pain.
Les toutes jeunes Salamandres d'eau se cachent généralement à la vue d'individus adultes de leur propre espèce. Glaser vit un jour un très gros Triton cherchant à avaler un de ses compagnons de captivité; celui-ci avait en partie disparu, le corps au niveau des pattes de devant ayant été dégluti. Le vorace animal ayant été harcelé avec une baguette, lâcha sa victime qui était engluée d'une écume blanchâtre; bien qu’à moitié mort, le mangé se remit rapidement et deux jours après mangea comme si rien ne lui était arrivé. Glaser observa également que l'on ne pouvait conserver ensemble certaines espèces de Tritons, les plus gros etles plus forts dévorant les plus faibles et les plus petits.
C'est un spectacie curieux que de jeter un Ver de terre dans un aquarium dans lequel se trouvent des Trilons. Un d’entre eux saisit
| une des extrémités du lombric, tandis qu'un débarrasser et avale l’épiderme qu'il rejettenon | digéré. Lorsque la mue a lieu normalement |
voisin, s'étant emparé de l’autre bout, s’arcboute sur ses pattes de devant et tire de toutes ses forces ; c’est à qui ne lâchera pas la proie ; il arrive souvent qu'un troisième saisit le ver par le milieu, et cherche à son lour à s’emparer de l'animal convoité. Glaser a vu souvent des Tritons chercher à dévorer des Planorbes ou de petites Lymnées en tirantces Mollusques de toute leur force pour les arracher de leur coquille. Les mouches, les moucherons qui