LA TORTUE A TABATIÈRE
fortes et tranchantes ; les pattes sont à peine palmées ; la queue est ronde, épaisse à la base, pointue à l'extrémité.
Chez les individus jeunes, la carène qui parcourt la carapace est beaucoup plus marquée que chez les adultes. Gette carapace est brune, ornée de taches jaunes arrondies sur chacune des plaques du disque; le sternum, dont la partie centrale est de couleur foncée, est largement bordé de jaune.
Distribution géographique, — La Cistude de la Carolinese trouve sur presque toute l’étendue des États-Unis, depuis le Maine jusqu’à la Floride, jusqu’à l'Iowa, au Texas, au
Missouri; une variété a été recueillie au Mexique.
Mœurs. — D'après Ord, qui a observé avec
soin cette espèce, celle-ci se trouve beaucoup plus souvent dans les endroits secs et rocheux que dans les lieux humides ou marécageux; dans les ménageries, elle ne va qu’accidentellement à l’eau. Lorsqu'on la rencontre dans les endroits marécageux, on peut être certain qu'elle n’y est venue que pour chercher de la nourriture, car elle est tout particulièrement friande des poissons à demi gâtés qui se trouvent toujours dans les nids des Butors qui pondent dans de semblables endroits. Beaucoup plus carnassière que les Tortues de terre proprement dites, la Tortue à boîte se nourrit d’insectes, de mollusques nus, tels que les limaces, de vers; elle recherche également les fruits savoureux : « J'ai eu souvent l’occasion d'étudier cetteespèce, écrit Müller, et jamais je ne.l’ai vue aller à l'eau de son plein gré; lorsqu'on la mettait à l’eau, elle résistait de toutes ses forces et s’empressait de se retirer sur la terre ferme. On la trouve dans les bois et dans les prairies, mais elle semble préférer les forêts ombreuses; elle vit aussi sur desterrains très secs et même sur des collines tout à fait arides. » On la voit, d’après le même observateur, très souvent à demi enfouie dans la mousse, dans laquelle elle cherche des vers et des insectes. Elle recherche plus particulièrement la demi-obscurité. Des Terrapènes, observées en captivité par Fischer, se cachaïent
lorsque le soleil venait à paraître; ce n’est
qu'à latombée de la nuit qu’elles se montraient actives etse meltaient à errer dans l’appartement. Ces animaux sont fort craintifs ; lorsqu'on s'approche d'eux un peu brusquement, ils s’'empressent de retraiter leur tête et leurs membres et de fermer complètement leur ca-
rapace, dans laquelle ils sont absolument à l'abri; cette fermeture est si hermélique qu'il n’est pas possible de vaincre avec les mains la résistance qu'oppose la bête.
Attaquée, cette Tortue mord et ne lâche pas prise aisément. Schlel, ayant trouvé un individu de cette espèce dans la prairie, lui présenta un morceau de bois de la grosseur du doigt jusqu'à ce qu’elle se décidât à le saisir ; voulant savoir au bout de combien de temps la bête lâcherait prise, il attacha la branche à sa voiture; la voiture se mit en marche et la Tortue resta suspendue à la branche depuis le malin jusqu’au soir sans cesser de mordre, bien qu’elle fût soumise à de violents cahotements.
La Tortue à boîte pond de cinq à six œufs dans une fosse qu’elle creuse et qu’elle recou-
| vre de terre ; le sol est soigneusement nivelé
ensuite; l'éclosion a lieu, suivant Ord, près de trois mois après la ponte.
Nous avons dit plus haut que la Terrapène carénée était très farouche; au bout d’un certain temps cependant elle s’apprivoise au point de venir prendre à la main son alimentation, des champignons, de la salade, du pain, des fruits, de la viande, des insectes. D'après Reichenbach, elle paraît difficilement supporter le voisinage d’autres espèces : « Tandis que je travaillais, rapporte Reichenbach, j'entendais souvent des bruits comparables à de petits coups de marteau, dont je ne pus immédiatement découvrir la cause. Je remarquai enfin qu'une petite Terrapène attaquait une grande Tortue grecque, sa compagne, el se jetait sur elle avec courage. Arrivée auprès de son ennemie, elle se dressait de manière à frapper le milieu de la carapace de son adversaire; puis, retirant sa tête, elle se soulevaitsur les pattes de devant et laissait choir, d’une distance de deux centimètres environ, la partie antérieure de sa carapace sur le milieu de celle de la Tortue grecque; elle répétait ses attaques dix à douze fois de suite. » Toutes les Terrapènes que nous avons été à, même d'observer étaient d'humeur moins batailleuse ; elles se tenaient toute la- journée paisiblement installées sur la plage chauffée de la ménagerie des Reptiles du Muséum de Paris, le cou fortement étendu et la tête dressée; venait-on à s'approcher d'elles, on entendait un
bruit sec; c'était la bête qui venait de se cla-
quemurer.
LA CISTUDE D'EUROPE. 19
LES CISTUDES — CISTUDO
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, les Cistudes proprement dites diffèrent des Terrapènes en ce que le plastron ferme incomplètcment la carapace ; tous les autres caractères sont ceux qui ont été mentionnés.
Le genre Cistude ne comprend que deux espèces, la Cistude dentelée qui habite les Indes et les îles de la Sonde, et une espèce européenne, la Cistude commune.
LA CISTUDE D'EUROPE. — CISTUDO LUTARIA.
Teich-Schildrôte.
Caractères. — Dans la Cistude d'Europe, la carapace est, chez le mâle, arrondie, déprimée, assez fortement carénée dans sa partie médiane ; le plastron est un peu creusé, peu ou point échancré à l'arrière. Chez les femelles, la carapace a une forme elliptique ; elle est un peu élevée, à peine carénée; le plastron est plat, très échancré dans sa partie postérieure. Dans les deux sexes, la plaque de la nuque est petile, étroite ; il existe deux plaques au-dessus de la queue, qui est assez longue ; la tête et le cou sont forts ; les mâchoires sont robustes, tranchantes, non dentelées, la mâchoire supérieure présentant une large échancrure qui reçoit une pointe que forme la mandibule; les ongles sont forts.
La carapace est d’un noir plus ou moins foncé ou encore d’un brun rougeâtre, presque toujours agréablement ornée d’une multitude de petits points ou de petits traits de couleur jaune formant comme des lignes rayonnantes; la disposition de ces traits est, du reste, des plus variables, et ils peuvent même complètement faire défaut; des taches orangées se voient également sur le cou et sur la tête; le plastron est de couleur jaunâtre uniforme ou de teinte brun-marron. Certains individus ont la têle et le cou vermiculés de brun sur un fond jaune, la queue et les pattes élant presque entièrement de cette dernière couleur.
La longueur de l'animal est, en général, de 30 centimètres.
Distribution géographique. — On peut regarder comme la vérilable patrie de la Cistude boueuse le sud-est de l'Europe; l'espèce est commune en Grèce, en Dalmatie, en Turquie, en Ilalie et dans les îles avoisinantes, ainsi que
dans le sud de la Suisse, dans le bassin du Danube, en Hongrie, en Algérie, dans la pénin sule ibérique ; vers l’est, on la rencontre dans une grande partie du sud de la Russie ; elle se retrouve en Perse et a élé recueillie en Asie, jusqu’à Syr-Daria. Elle existe dans le sud-ouest de la France ; elle remonte jusque dans l’Allier etle département de la Charente-Inférieure. En Allemagne, elle habite les eaux courantes aussi bien que les marais du Mecklemboure, de la Prusse Orientale et de la Prusse Occidentale, de la Saxe, de la Bavière; elle est particulièrement abondante dans les cours d’eau qui dépendent des bassins de l'Elbe, de l’Oder, de Weichsel ; elle n'est pas rare dans le Havel et dans la Sprée, de même que dans les parlies méridionales de l'Oder; on ne la rencontre que rarement, et d'une manière accidentelle, dans le bassin du Rhin. De toutesles Tortues, la Cistude d'Europe est celle qui remonte le plus au Nord: c’est aussi une des espèces dont l’aire de distribution géographique est la rs car on la rencontre depuis le 35° jusqu'au 56° de latitude nord et entre les 9° et 32° de longitude est; depuis l'Algérie jusqu’à la Courlande, depuis le Portugal jusqu’au Syr-Daria dans l’Asie centrale.
Eœurs, habitudes, régime. — La Cistude préfère aux cours d’eau, aux lacs limpides, les eaux peu profondes des étangs et des marais, au fond desquels elle aime à se tenir enfoncée sous la vase. Pendant le jour, elle ne quitte l’eau que dans les endroits absolument calmes et paisibles ; elle reste alors à la même place, souvent pendant des heures entières et complètement immobile. On la voit fréquemment flotter à la surface de l’eau sans faire un seul mouvement ; au moindre bruit elle plonge, du reste, avec une grande rapidité et va se cacher dans la vase. Pendant les mois d'hiver, cette espèce s’enterre au fond des lacs et des marécages pour ne reparaître que vers le milieu du mois d'avril ; elle fait alors entendre un sifflement assez aigu.
La Cistudo lutaria est carnassière, comme la majorité des Tortues d’eau; elle se nourrit de lombrics, d'insectes, de petits mollusques, de différents vers aquatiques ; nageant avec une grande rapidité, elle poursuit aussi les petits poissons qu'elle commence par luer et qu'elle dévore ensuite, s’altaquant même à des espèces assez grandes qu'elle mord au ventre jusqu’à ce que la viclime tombe épuisée par les blessures réitérées qui lui sont faites. On con-
80 LA CISTUDE D'EUROPE.
Fig. 108. — Emyde Caspienne.
serve facilement cette espèce en caplivité en la nourrissant de poissons ou de morceaux de viande; elle s’apprivoise facilement, au point de venir prendre sa nourriture à la main ou à l'extrémité d’une pince.
C'est tout près du rivage, mais dans un endroit sec, que la femelle va pondre ses œufs; la ponte a toujours lieu le soir, pas avant le coucher du soleil. « La Cistude, écrit Fatio, cache dans un terrain sec de 6 à 10 œufs blancs (suivant quelques auteurs de 20 à 30), gros à peu près comme des pigeons ou des tourterelles. La femelle creuse le sol, à cet effet, d’abord avec sa queue, puis avec les pattes, et dépose son fardeau dans le trou qu’elle a ainsi fait; après cela elle recouvre l'ouverture avecle déblai qu’elle a soin d’aplanir consciencieusement à l’aide de son plastron. » Les œufs sont allongés, à peine atténués vers une extrémité, blancs, légèrement tachés de gris sale; leur longueur est, en moyenne, de 4 centimètres, leur largeur de 2 centimètres.
Le 28 mai 1849, après une chaude journée d'été qui succédait à une longue période de sécheresse, cinq Tortues d'Europe, rapporte Brehm, pondirent en même temps; elles se trouvèrent toutes à l'emplacement qui leur
convenait dès sept heures du soir. Au lieu de se rassembler dans un étroit espace, elles se maintinrent fort éloignées l’une de l’autre.
Après avoir choisi une place commode et dépourvue de végétaux, elles se débarrassèrent d’une assez granûe quantité d'urine qui ramollit le terrain dans une certaine mesure, quoique assez superficiellement d’ailleurs ; elles se mirent ensuite à creuser en terre une ouverture qu’elles pratiquaient à l’aide de leur queue dont les muscles étaient fortement contractés ; l'extrémité de la queue était alors solidement appuyée contre le sol pendant que la partie moyenne décrivait des mouvements circulaires. Ce forage produisit une ouverture conique, étroite en bas et large en haut, dans laquelle les Tortues répandirent encore de petites quantités d'urine pour en amollirle fond. Lorsque celte ouverture fut creusée assez profondément pour admettre la queue presque tout entière, les Tortues se mirent à agrandir ce trou à l’aide de leurs pattes postérieures. Dans ce but elles sortaient, alternativement avec la patte postérieure droite et avec la patte postérieure gauche, des pelletées de terre qu’elles entassaient sous forme de rempart sur le bord de
| la fosse. Pendant cette besogne, leurs pattes
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Fig. 109. — Emyde Sigris.
travaillaient comme des mains ; ces Tortues raclaient, alternativement de droite à gauche avec leur patte droite et de gauche à droite avec leur patte gauche, à chaque fois une pleine poignée de terre, qu’elles déposaient soigneusement en cercle à quelque distance du bord de la fosse ; elles continuèrent à travailler tant que leurs pattes purent encore attraper de la terre.
Pendant tout ce temps, le corps demeurait presque immobile, la tête émergeant à peine du plastron et de la carapace. Chaque Tortue produisit ainsi une excavalion de 12 centimètres environ de diamètre, qui se trouva considérablement élargie intérieurement et acquit ainsi à peu près la forme d’un ellipsoïde. Par quelques vains essais pour extraire encore un peu de terre, l'animal parut se convaincre que son nid était prêt. Ces préparatifs avaient bien duré une heure et même davantage.
Sans modifier sa position, la Tortue commença la ponte et accomplit ainsi un second acte non moins remarquable que le précédent.
A l'orifice anal on vit poindre un œuf qui fut recueilli avec beaucoup de soin dans la face plantaire d’une patte postérieure; celle-ci le fit glisser sur le fond du nid en l’accompagnant dans l’excavation. La patte qui venait de fonctionner, se retira alors et l’autre patte vint
BrEnm. — V.
enfouir de la même manière un second œuf émergeant de l’anus ; chacune des deux pattes postérieures recueillit ainsi à tour de rôle un œuf pour le descendre au fond du nid. La coque de l’œuf, au moment de sa sortie, était encore molle en partie, mais elle durcissait rapidement à l’air. Il y avait ordinairement 9 œufs, rarement moins; une seule fois, Miram a vu une Tortue en déposer onze. Les œufs se succédaient très rapidement, souvent au bout d'une minute, rarement après une pose de 2 à 3 minutes; aussi la ponte elle-même durait-elle environ un quart d'heure, rarement une demi-heure.
Après la ponte, l'animal semblait prendre un peu de repos; il demeurait là sans faire aucun mouvement. Souvent la patte qui avait fonctionné en dernier lieu restait en suspens dans l’excavation à l’état de relâchement; la queue, qui durant l’affouillement de la fosse et la ponte, s'était placée latéralement, pendait alors inerte aussi. Il se passait ainsi au moins une demi-heure avant que la Tortue entreprit ses derniers efforts, qui semblaient être aussi les plus violents et qui consistaient à combler la cavité et à niveler le terrain.
Dans ce but, la femelle relirait son pied, tout en replaçant sa queue à cûté de son corps; avec l’autre patte, elle saisissait une pleine
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poignée de terre qu'elle portait avec précaution dans la fosse et qu’elle semait avec soin sur les œufs. Elle recommencçait ensuite la même opération, en changeant de patte, jusqu'à ce que la terre atteignît le niveau du rempart qui avait été fait précédemment. Les dernières poignées de terre n'étaient plus posées aussi prudemment que les premières:
l'animal s’efforçait, au contraire, de comprimer cette terre avec le bord externe de son pied. Lorsqu’au bout d’une demi-heure environ la terre extraite du remblai préformé avait été utilisée, la Tortue se reposait pendant le même laps de temps. Puis elle se soulevail, protractait sa tête hors de sa carapace et promenait ses regards autour du nid, tout en s’assurant du succès de son œuvre. Ensuite elle se mettait à piler le tertre formé par la terre qu'elle avait rejetée, en la battant à l’aide de la partie postérieure de son plastron. Elle soulevait la partie postérieure de son corps, pour le laisser retomber ensuite avec une certaine précipitation. Le battage était exécuté circulairement et constituait un travail fort pénible ; tous ses mouvements s’accomplissaient avec une rapidité surprenante, qu'on n'aurait guère pu attendre de la part d'une Tortue; elle prenait en même temps toutes les précautions possibles pour effacer les traces qui auraient pu conduire à la découverte du nid confectionné par elle à cette place. Elle y réussissait d’ailleurs si bien que Miram eût en vain cherché les œufs le lendemain, s’il n'avait fait une marque à l’endroit même.
Les œufs enfouis ainsi sous terre, à la profondeur d'environ 8 centimètres, y restent jusqu'au mois d'avril de l’année suivante; l’éclosion n’a lieu qu'entre le quinzième et le vingtième mois; à leur naissance, les petits ont de 15 à 18 millimètres de long. Une jeune CGistude élevée par Margrave avait atteint au bout de trois ans une taille de 2 centimètres et un poids de 16 grammes.
Emploi et usages. — Dans presque tous les pays où la Gistude d'Europe est commune, on en mange la chair, bien qu’elle ne soit pas un bien fin morceau.
LES ÉMYDES — EMFYS
Caractères. — De même que chez les Terrapènes et chez les Cistudes, le plastron est composé de douze plaques chez les Émys:
mais tandis que dans les deux premiers gen-
res cités, ce plasiron peut clore la dossière, en tout ou en partie, il est complètement immobile et composé d’une seule pièce chez les Émys; nous ajouterons à ce caractère qu'il existe cinq ongles aux pattes de devant, quatre aux pattes de derrière, que l’on voit deux écailles axillaires et deux écailles inguinales, et que la queue est longue.
Toutes les Émydes vivent dans l’eau et sont, dès lors, disposées pour la natation; leur carapace est déprimée ; les membranes qui réunissent les doigts ne sont pas également développées chez toutes les espèces; chez les unes, en effet, elles sont fort courtes, tandis que chez d’autres elles dépassent parfois les ongles; on trouve, du reste, toutes les transitions entre ces deux dispositions.
Mœurs et habitat. — De même que les autres Tortues de marais, les Émydes sont essentiellement carnassières, à part l’'Émyde Batagur, ainsi que nous l’avons dit plus haut; elles sont plus essentiellement aquatiques que les Terrapènes et que les Cistudes, ce que montre, du reste, la forme généralement plus déprimée de leur carapace, qui leur permet de filer rapidement entre deux eaux.
Le genre Émyde, que l’on a démembré en assez bon nombre de genres et de sous-genres, comprend de nombreuses espèces. Une de ces espèces habite l’est de l’Europe ; on trouve l'Émyde sigris dans la partie africaine de la zone circumméditerranéenne ; il existe une espèce à Bourbon; les espèces sont particulièrement nombreuses dans l'Amérique du Nord et dans les parties chaudes de l'Asie; c’est dans cette dernière région que l’on trouve les espèces arrivant à la plus forte taille.
L’ÉMYDE CASPIENNE. — EMYS CASPICA.
Caractères. — Cette espèce, qui arrive à la taille de 40 centimètres, a la carapace peu élevée, ovalaire, dentelée, un peu plus étroite au niveau des bras qu’au-dessus des cuisses; le limbe s'infléchit en pente douce de chaque côté de la plaque nuchale; les écailles sont légèrement bossuées ; les costales portent quelques fortes stries irrégulièrement disposées. Chez les individus jeunes la carapace est tricarénée ; elle est presque unie chez les adultes chez lesquels on retrouve cependant encore une crête plus ou moins saïillante dans la partie postérieure ; il existe deux sus-caudales. Le plastron est long, aplati, entier en
L'ÉMYDE GENTILLE. 83
avant, échancré en arrière; ce plastron se rattache au bouclier par une partie qui occupe environ les deux cinquièmes de la longueur du plastron.
La tête est plate en dessus, le museau effilé; la mâchoire supérieure est échancrée en avant, finement dentelée ; la peau du cou est hérissée de petits tubercules à sommet pointu; les pattes sont robustes, les ongles forts et acérés ; la queue est épaisse à sa base, effilée à l'extrémité (fig. 108).
Une teinte olivâtre forme le fond de la couleur de la Caspienne; sur ce fond se détachent des lignes flexueuses, souvent confluentes, d’un jaune souci, bordées de noir, qui dessinent une sorte de réseau à mailles irrégulières. La tête et le cou sont ornés de lignes longitudinales ondulées, d’un jaune parfois fort brillant ; les lignes du cou sont séparées par des lisérés d’un noir plus ou moins profond; le menton est tacheté de jaune. Dans le jeune âge, le plastron est presque uniformément noir; mais, à mesure que l'individu vieillit, on voit apparaître des taches jaunes généralement distribuées à la partie médiane et vers les bords; à l’union de la carapace et du plastron sont des taches noires, plus ou moins nombreuses, se détachant sur un fond jaune rougeâtre. Le dessus et les côtés de la queue sont rayés de jaune; des lignes de même couleur se remarquent sur les membres. L'œil est jaune, et tout près du bord antérieur de la pupille on observe un petit point noirâtre.
Distribution géographique. — L'Émyde caspienne, ainsi que l'indique son nom, habile les pays voisins de la mer Caspienne ; on la trouve dans le Caucase, l’Arménie, la Syrie, la Mésopotamie; elle n’est pas rare dans le cours supérieur de l'Euphrate et dans certaines parties de la Perse; elle vit aussi en Dalmatie et en Morée; elle a été recueillie dans les cours d’eau peu profonds de la péninsule Hellénique.
L'ÉMYDE SIGRIS. — EMYS LEPROSA.
Caractères. — L'Émys sigris ou Émys lépreuse a la carapace peu bombée, ovale, entière, un peu plus élargie en arrière qu’en avant, à peu près unie chez l’animal adulte; chez les jeunes individus on remarque une crête médiane et longitudinale sur la partie postérieure de cette carapace, Le dessus du
corps est olivâtre, orné de taches orangées, cerclées de noir; la tête est d’un vert olive uniforme ; le cou porte des lignes d’un beau jaune orangé, non liséré de noir ; le sternum est noir ou brun, avec une large bordure ondulée d’un jaune sale; les membres et la queue sont d'un orangé assez vif. L'espèce arrive à la longueur de 20 à 25 centimètres (fig. 109).
Distribution géographique et mœurs. — C’est en Algérie et dans les parties avoîsinantes, Maroc, Tunisie, que se trouve l'Émyde sigris; cette espèce, qui habite les endroits marécageux, a les mêmes mœurs et les mêmes habitudes que les autres Émydes ; comme celles-ci elle est carnassière et fait de grands ravages en s’attaquant au poisson. Hardie et d'humeur belliqueuse, il lui arrive de se jeter sur les poissons de forte taille qui passent à sa portée et de leur enlever un morceau de chair d’un coup de ses mâchoires tranchantes; le poisson, généralement blessé dans la région du ventre, va mourir dédaigné de la tortue qui recommence ses attaques sur d’autres animaux.
L'ÉMYDE GENTILLE. — EMYS INSCULPTA Wald-Pfühl-Schildkrüte.
Caractères. — Cette Émyde, qui arrive à la taille de 30 centimètres, a la carapace ovalaire, assez bombée ; la surface du disque est fort inégale, les plaques vertébrales ou plaques de la région médiane étant pourvues d’une large carène arrondie, plussaillante en arrière qu'en avant, les écailles supérieures sont couvertes de stries concentriques, étroites, profondes et onduleuses, recoupées elles-mêmes par des sillons assez marqués ; le plastron est profondément échancré en arrière; la tête est déprimée et plane en dessous, le museau court, obtus; les mâchoires ne sont pas dentelées ; la queue est grosse, ronde, épaisse à sa base, grêle à l’extrémité (fig. 140).
La coloration, chez cette espèce, est fort élégante. La partie supérieure de la carapace est d’un brun olivâtre foncé ou d’un brun rougeâtre ornée de traits d’un beau jaune; le plastron est d’un jaune de soufre ; le dessous des plaques marginales, de même couleur, porte de larges taches d’un noir d'ébène. C’est un noir profond qui colore le dessus et les côtés de la tête, ainsi que la partie supérieure du cou, qui est marquée de rouge vif; le menton est taché
! de noir sur un fond rouge; les mâchoires sont