L'ALUGITE OU S1T0TR0GUE DES CÉRÉALES
perce le grain et se dirige d'abord en ligne droite, par un petit boyau, vers l'embryon qui lui fournit sa première pâture; voilà pourquoi le Blé attaqué ne germe jamais, comment il peut se conserver longtemps dans le sol sans subir aucune des transformations que détermine la germination. Peu à peu notre Larve ne tarde pas à se loger dans l'intérieur du grain comme un Rat dans un fromage, rongeant à bouche que veux-tu, en ayant soin de ne point attaquer l'écorce de manière à dissimuler sa présence et à se ménager un abri pour effectuer sa Métamorphose. Cette Chenille est blanche, nue, à tête noire, pourvue de seize pattes dont les intermédiaires sont à peine perceptibles; très douillette, elle tenture sa retraite de soie pour se changer en Chrysalide.
Importée en France, ou observée pour la première fois, vers l'année 1750, dans la Charente-Inférieure, l'Alucite ne tarda pas à se répandre dans les provinces voisines, l'Aunis et la Saintonge. Depuis que Duhamel et Tillet en 1762 ont écrit l'Histoire d'un Insecte qui dévore les grains de l'Angoumois, l'attention a été appelée sur la terrible Teigne, et ses ravages ont été signalés à différentes reprises (1) ; la Société d'agriculture a proposé des prix pour la découverte des meilleurs moyens de prévenir et d'arrêter les ravages de l'Alucite.
Vers 1780, elle commençait à paraître dans le Limousin (Beguillet). En 1807 ou 1808, elle apparut dans le département de l'Indre (M. de Tremblais). En 1826, elte pénétrait dans la partie méridionale du département du Cher (2). Aujourd'hui, le Limousin, le Berry, le Nivernais, la Touraine, le Blaisois, la Sologne, etc., qui n'étaient point affligés par l'Alucite à l'époque où Duhamel et Tillet furent chargés d'une mission spéciale par l'Académie des sciences (1760); aujourd'hui quatorze de nos départements sont complètement envahis et ravagés par l'Alucite, qui déjà commence à se répandre vers les confins de la Beauce, où, sans aucun doute, elle aura pénétré avant quelques années, malgré l'obstacle bien réel qu'oppose la Loire au passage ou à la migration de l'Insecte.
L'Alucite se répand et se propage de proche
en proche de deux manières très différentes :
lu Par la migration des Papillons, qui, quoi-
(1) Duhamel et Tillet, Histoire d'un Insecte qui devoir les grains dans V Amjoumois. — Doyère, Recherches sur l'Alucite </?« Céréales. Ann. Inst. Agron., t. I, 1852.
(2) Société d'agriculture du département du Cher.
que faibles et débiles, peuvent cependant se transporter et surtout être transportés par les vents à la distance de plusieurs centaines de mètres.
2° Mais surtout par le commerce des Blés attaqués, qui porte au loin, et sans qu'on s'en aperçoive, l'Insecte vivant renfermé et caché dans l'intérieur du grain, et les germes de l'Insecte, c'est-à-dire ses OEufs, qui sont déposés dans la rainure du Blé auquel ils adhèrent fortement à l'aide d'une matière glutineuse particulière, de telle sorte que les nettoyages, les pelletages, le crible, le tarare ordinaire, les atteignent peu ou même pas du tout.
On comprend de quelle importance est la destruction de cette Teigne, car on a calculé qu'un seule couple d'Alucites faisant chaque année deux pontes de 80 OEufs chacune pouvait donner naissance à plus de 100,000 individus en moins de 3 ans.
Si le battage ou la mouture sont retardés, le Blé qui, à l'époque de la récolte, pèse 75 à 80 kil. l'hectolitre, perd 10, 20, même 50 p. 100 de son poids ; la substance farineuse qu'il contient a disparu plus ou moins, elle est remplacée par les excréments, la peau et les débris des Insectes. Les grains sont plus ou moins vides ; quelquefois il n'en reste plus que la coque.
« Le pain qui provient des Blés attaqués par l'Alucite, dit M. Herpin, surtoutlorsque la farine n'a pas été convenablement blutée, contient des débris de cadavres et des excréments des Insectes ; il a un goût désagréable, rebutant et qui prend à la gorge; il manque de liaison et se laisse aller dans l'eau comme le ferait un morceau de terre. On attribue même à l'usage de cette nourriture insalubre un mal de gorge très dangereux qui règne dans les contrées affligées d'Alucites. Cette maladie se manifeste par des ulcérations gangreneuses qui se forment dans l'arrière-bouche, et déterminent très rapidement la mort, avant même qu'on ait pu administrer des secours.
Moyens tie destruction. — Les moyens d'atteindre sûrement les myriades d'Insectes que l'on ne peut pas voir, qui sont cachés et protégés par l'enveloppe du grain, qui résistent aux odeurs fortes et échappent à l'action de la plupart des agents chimiques, sont peu nombreux, d'une exécution assez difficile ; ils exigent des précautions et des attentions particulières.
Après avoir fait un grand nombre d'essais,