LE TAON DES BOEUFS
coup de Némoeères ; tels sont par exemple leurs modes de transformation et l'avidité de leurs Femelles pour le sang de l'Homme et des Animaux,qu'elles tourmentent parfois cruellement. De la tête, émerge une lèvre inférieure très grande et membraneuse, qui constitue la gaine de la trompe; elle peut se rétracter a l'état de repos, et cache dans son intérieur les pièces perforantes ou soies des anciens auteurs au nombre de quatre ou de six suivant le sexe représentant les mandibules, les mâchoires, l'épipharynx et l'hypopharynx; chez les Femelles la constitution de la bouche atteint le maximum de complication et comprend toutes les 6 pièces, chez le Mâle la bouche ne compte que 4 pièces : les mandibules sont complètement atrophiées, les mâchoires, pièces paires, persistent toujours et se reconnaissent à leurs palpes composés de deux articles, l'épipharynx et l'hypopharynx, pièces impaires, subsistent également. Les antennes, très rapprochées à leurs bases, et composées de trois articles, font saillie en avant; si on leur assigne parfois six articles, cela tient à l'aspect parfois annelé que présente le troisième . Ce qui caractérise encore cette famille, c'est le trajet des nervures sur les ailes qui, au repos, demeurent entrebâillées. La nervure marginale circonscrit l'aile; la troisième nervure longitudinale se bifurque et sa branche supérieure porte quelquefois un appendice dont le trajet est récurrent. De la cellule médiane rayonnent trois nervures longitudinales dirigées vers le bord; la cellule radiculaire postérieure en émet une nouvelle; les deux cellules radiculaires sont d'égale longueur et nettement séparées; la cellule anale (troisième cellule radiculaire) s'allonge à peu près jusqu'au bord de l'aile. Des cinq cellules marginales postérieures, la première est quelquefois close. Bien que les cuillerons existent, les balanciers ne sont point dissimulés. Parmi les caractères propres à cette famille, il faut citer les trois lobules ou palettes qui permettent à l'Insecte de faire adhérer ses pattes dénuées de soies.
Distribution géographique. — Quatre à
cinq cents espèces se trouvent répandues surle monde entier.
LE TAON DES BOEUI S. — TA1IANUS IlOriNUS-
Renderbremae.
Caractères. — Le Taon des Bœufs (Tabanus bovïnus) (fig. 1712) est un des plus grands
Diptères de nos pays. Les antennes, échanerées en forme de demi-lunes i fig. 1743), ne sont jamais entièrement noires ; les yeux, qui ne sont pas recouverts de poils, se touchent sur le vertex, chez le Mâle; les ailes sont d'un brun grisâtre, et leurs nervures d'un brun jaunâtre; la branche antérieure de la troisième nervure longitudinale n'a point d'appendice; les jambes sont d'un jaune clair; l'abdomen, formé de sept articles, porte sur sa face dorsale des taches
Fig. 1742. — Le Taon des Bœufs, femelle do grand, nnt. Fig. 17 43. — Sa tête, vue de trois quarts.
triangulaires et sa couleur fondamentale est d'un jaune de cire foncé. Le dos est assez dissimulé sous des poils jaunâtres. Bien que celte description ne permette pas encore de discerner â coup sûr l'espèce en question parmi de nombreuses espèces très analogues, nous ne saurions insister plus longtemps sur ses caractères.
Mœurs, habitudes, régime. — Comme plusieurs de ses compagnons, le Taon des Bœufs annonce sa bienvenue par un bourdonnement assez fort; puis il disparaît aussi vite qu'il est venu; dans ses évolutions taquines, il décrit de grands cercles autour de sa proie, Bœuf ou Vache en train de paître, Cheval ou Ane au repos ou en mouvement; c'est en vain que le quadrupède écumant de rage et tout ensanglanté cherche ;\ coups de pied et â coups de queue à se défendre de leurs atteintes, c'est en vain qu'il s'efforce de se débarrasser d'eux en s'enfonçant dans les fourrés ; irrité et affolé, quand ces vampires insatiables viennent en masses enfoncer sur lui leurs dards aigus et pomper son sang, souvent il s'enfuit du pâturage, parfois même il entraîne son attelage et, n'obéissant plus ni à la voix, ni au fouet, ni aux guides, il poursuit sa course vertigineuse. Ce sontles Femelles aux pièces buccales puissantes et disposées pour taillerie cuir le plus résistant qui poursuivent de leurs attaques incessantes les Animaux qu'ils martyrisent. Le gibier a du
LE CHRYSOPS AVEUGLANT.
moins la ressource de se réfugier dans les buissons ombreux où ces Mouches ne le suivent point, car elles aiment le soleil et l'espace libre. Les jeux sauvages des Taons, au-dessus d'une large route forestière, par exemple, sur laquelle le soleil d'aplomb répand une chaleur accablante, offre un spectacle intéressant. Avec un bourdonnement fort et rapide, ils apparaissent, à hauteur d'Homme, ou à une hauteur double, se tenant pendant quelques secondes immobiles; la vibration des ailes est alors si rapide qu'on ne parvient à les voir que de profil. En un clin d'œil ils s'éclipsent à nos yeux, et l'instant d'après on les revoit aune place nouvelle. Celte danse étrange s'accompagne d'un concert qui n'est pas trop désagréable, lorsqu'une dizaine de ces Insectes vous accompagnent en tourbillonnant le long de la route. Ce sont les Mâles qui se livrent ainsi à ces joutes aériennes; c'est ainsi qu'ils guettent les Femelles et cherchent à les surprendre au passage. L'Homme a le privilège de rendre ces Insectes extrêmement farouches; en général, les Femelles ne se posent sur lui que quand il se tient immobile. Pendant les mauvais jours, elles s'installent volontiers sur les troncs d'arbres, mais d'une façon assez peu stable; car si l'on approche de l'une d'elles avec précaution dans le but de s'en emparer, elle s'échappe aussitôt sous la main qui veut la saisir. On peut encore les voir en masse sur les troncs de Chênes endommagés, sucer la sève qui s'en écoule. Nous avons représenté sous le n° A neuf Taons des Bœufs en train de goûter cette friandise, dans la PI. XXXIII, p. 559, intitulée : «Les Diptères ». Les Mâles fréquentent les fleurs.
Les Larves ressemblent, au point de vue de leurs formes et de leurs mœurs, à celles des Tipules; elles se tiennent, en colonies, dans la terre meuble des prairies, où elles vivent, probablement, aux dépens des racines des herbes. Elles peuvent s'amincir beaucoup en étirant la partie antérieure du corps. Leur petite tête, d'un brun luisant, porte deux antennes, des palpes, et de petits crochets recourbés qui leur servent, ainsi que les verrucosités charnues situées sur les côtés du ventre, à s'étayer pendant la progression. Les douze anneaux du corps ont un aspect grisâtre, et leurs articulations paraissent noirâtres. L'extrémité caudale, épaisse, porte latéralement deux verrucosités charnues qui représentent les stigmates.
Après l'hibernation, la Larve se trouve à maturité au mois de mai; elle dépouille alors sa
peau et se transforme en une Nymphe momiforme d'un pouce de long, rappelant celle des Tipules, et de couleur grise; le bord postérieur des huit anneaux de l'abdomen porte des franges de poils grisâtres; le bord postérieur du dernier est armé d'une couronne de piquants dont l'Insecte se sert pour sortir de terre. Deux tubercules, à la partie autérieure, portent les orifices respiratoires.
Le Taon des Bœufs éclôt en juin; après avoir passé son existence ainsi que nous l'avons décrit, la Femelle fécondée pond ses OEufs sur les tiges herbacées, par groupes de trois à quatre cents ; au bout de dix à douze jours, les jeunes Larves se développent, à moins qu'elles n'aient été piquées déjà par de petits Ichneumons, chargés de prévenir la trop grande multiplication de ces Taons.
Parmi les espèces françaises nous mentionnerons encore les Tabanus ater, autumnalis, bromius qui sont communs partout.
La Larve du second vit dans l'eau.
LES CHRYSOPS
C//RVSOPS
Caractères. — Des antennes allongées à deuxième article presque aussi long que le premier, à troisième aussi long que les deux premiers réunis, en forme d'alêne, trois yeux accessoires bien visibles (qui manquent chez les autres Taons) et des éperons terminaux aux jambes médianes et postérieures, les différencient du genre précédent.
LE CHRYSOPS AVEUGLANT. — CHRYSOPS COECU- TIENS.
Bliiidbrernse.
Caractères. — Le Chrysops aveuglant est ainsi nommé à cause de sa persistance à tourner autour de sa victime, à se poser sur la face autour des yeux, de manière à l'étourdir et à l'obliger à fermer les yeux. Sa conformation est à peu près la même que celle du Taon des Bœufs; son abdomen est seulement plus arrondi en arrière, d'une largeur plus constante sur le reste de son étendue, et plus aplati. L'Insecte mesure seulement 8 millimètres de long. On le distingue aisément, dans noire Planche XXXIII intitulée « Les Diptères », à ses ailes, qui offrent un bord antérieur noir et une bande transversale noire, ainsi qu'à son abdomen dont la moitié antérieure est d'une couleur claire. Mais rien n'égale le magnilique
LES ASILIDES.
éclat chatoyant de ses yeux qui brillent comme l'or, d'où leur nom de Chrysops.
Mœurs, habitudes, régime. — Autant les
Taons des Bœufs tournent bruyamment autour de leurs victimes, autant celui-ci s'approche silencieusement et perfidement des Animaux et de l'Homme dont le sang est pour lui un régal. Son imporlunité ne connaît pas de bornes. Surtout dans les jours d'accablante chaleur, cette belle Mouche se pose non seulement sur la peau à découvert des passants qui traversent la forêt, mais aussi sur leurs vêtements, qu'elle cherche à transpercer, avec un succès trop fréquent ; sa trompe est habituée, en effet, à pénétrer avec ses lancettes, à travers le cuir épais des Chevaux et des Bœufs, pour se repaître de leur sang.
On rencontre ce Diptère avec d'autres espèces dont on le distingue très difficilement, en train de puiser le miel des fleurs, pendant le mois de mai et le mois de juin. Ce ne sont que les chaleurs d'orage qui paraissent tout d'abord le rendre importun et sanguinaire.
LES
IIEMATOPOTES — ILEMA- TOPOTA
Caractères. — La tête ne porte pas d'yeux accessoires, et les jambes postérieures n'offrent pas d'épines terminales. Chez le Mâle, le premier article des antennes est dilaté et velu ; chez la Femelle, il est tantôt étroit et conique, tantôt dilaté, mais il est toujours glabre; chez les deux, l'article terminal, en forme d'alêne, présente un triple anneau à sa pointe.
i.l taon ni;s pluies. — heu irorori j'Livialis.
Regenbremse.
Caractères. — Le Taon des pluies (Hxmalopota piuvialâ), plus grand mais plus élancé que le précédent, est brun foncé avec des marques grises. Ses ailes sont d'un gris noirâtre, marbré de teintes claires, et ses yeux à facettes ont des reflets pourpres. Les marques sont d'un gris clair; sur le dos, elles consistent en vergetures longitudinales, et, sur l'abdomen, elles consistent en plusieurs séries de points et en lignes transversales qui suivent les plis articulaires.
Mœurs, habitudes, W'jjime. — Le nom
spécifique de ces Hœmatopotes ou buveuses de sang provient de la singulière manie qu'elles ont de se montrer plus importunes et plus sanguinaires quejamais dans les journées chaudes et brumeuses ou lorsque le ciel est gros de menaces d'orages. Elles s'assemblent alors, au nombre de dix à vingt, au-dessous d'un parapluie ouvert, et il devient fort difficile de s'en garer ; l'une ou l'autre trouve toujours moyen d'atteindre quelque vaisseau sanguin, fût-ce même à travers un vêtement.
Elles s'acharnent, dit-on, avec une férocité incroyable sur les Rennes de la Laponie, et parfois à la suite de ces piqûres innombrables ces malheureux Animaux ont la peau entièrement recouverte de croûtes.
Les deux espèces de Taons, que nous venons de signaler, se développent de la même manière que le Taon des Bœufs.
LES ASILIDES — ASlLtB/E
Rauhfliegen.
Caractères. — On reconnaît ces Diptères de proie à leur corps généralement allongé et grêle, à leurs pattes puissantes qu'elles peuvent fixer à l'aide des deux lobules compris entre leurs griffes, à la moustache et aux favoris de la partie inférieure de la face, ainsi qu'à leur troisième et dernier article des antennes généralement très allongé et muni d'une soie terminale ou d'un style articulé. La trompe, courte et pointue, s'avance hors de la bouche horizontalement, obliquement, et par exception verticalement; on y trouve un labre ou épi-
pharynx rudimentaire, à extrémité mousse, un hypopharynx très aigu et très allongé, flanqué d'une paire de mâchoires à extrémité mousse supportant chacune un palpe formé d'un ou de deux articles, le tout engainé dans la lèvre inférieure. Les yeux, généralement à fleur de tète, sont séparés, dans les deux sexes, par un sillon sur le vertex; aussi la tête paraîtelle courte et large. Les yeux accessoires, au nombre de trois, se trouvent très rapprochés, et sont souvent placés sur une éminence. L'abdomen est formé de huit anneaux dont
LES DASYPOGOX.
le dernier laisse apercevoir la tarière ou les organes génitaux mâles. En raison de la petitesse des cuillerons, les balanciers se trouvent à découvert. Les ailes, aplaties sur le dos, au repos, ont une troisième nervure longitudinale bifurquée, une cellule médiane, deux ou trois cellules sous-marginales, et cinq cellules marginales postérieures dont la troisième et la quatrième sont souvent étroites ou fermées, voire même pédiculées. La cellule anale s'étend jusqu'au bord et se trouve quelquefois fermée.
Les Mouches de proie se partagent en deux groupes naturels : dans l'un, la seconde nervure longitudinale aboutit au bord alaire (Lf/jtogaster, Dçmalis, Ceralurgus, Dioctria, Dasy/iogon) ; dans l'autre, elle s'abouche dans la première nervure longitudinale (Laphria, Asilus, ùmmalius). Dans le premier cas, la cellule marginale est ouverte ; dans le second, elle est close.
Mœurs, habitudes, régime. — Si les Femelles de Taons se gorgent de sang avec passion, les Mâles et les Femelles des Asilides ne se montrent pas moins avides de cette liqueur ; ce n'est plus d'un sang chaud et rouge qu'il s'agit, cette fois, mais d'un sang tel qu'on le trouve dans le corps des Insectes. C'est au second groupe qu'appartiennent les hardis brigands des grandes routes qui voltigent dans la perfection, et pour lesquels il n'est point de proie trop grande, trop forte ou trop solidement cuirassée; le premier groupe, au contraire, contient les Asilides qui voltigent plus péniblement, et qui pillent çà et là leurs proies inoffensives, parmi les feuilles et les brins d'herbes.
Les Larves, qu'on ne connaîtencore que chez quelques espèces, vivent dans la terre, à peu de profondeur, principalement dans le sable humide, dans les racines, ou dans le bois mort qu'elles rongent. Elles ont une forme étirée et aplatie, et présentent une tète bien nette; elles offrent des stigmates aériens en avant et en arrière. Leur Métamorphose en une Pupe momiforme a lieu après la dernière mue.
LES DASYPOGONINES GONINjE.
DASYPO-
LES DOGÏR1ES — DOCTRIÂ
Habiektisfliegen.
Caractères. •*- Ce genre se caractérise par des
antennes situées généralement sur une éminence frontale, d'une longueur à peu près égale à la demi-longueur du corps, et dont le dernier article, le plus long, est muni d'un style terminal composé de deux articles; l'abdomen, étroit et cylindrique, est infléchi; les pattes postérieures sont ciliées au côté interne; nous avons signalé déjà l'abouchement de la troisième nervure longitudinale dans le bord externe; le corps e*l d'une teinte noire ou brun noirâtre.
Distribution géographique. — Schiner
admet, dans ce genre, une vingtaine d'espèces européennes, mais il est probable qu'on a décrit comme espèces distinctes plusieurs variétés, les colorations étant assez diverses.
Ce genre se rencontre aussi dans l'Amérique du Nord.
LA DIOCTRIE OELANDIQUK. — DlOCTltlA OELANDICA.
Œlandischc Hubichtsfliege.
Caractères. — On la reconnaît aisément à ses ailes noires, à son corps d'un noirluisanl, à ses pattes d'un rouge jaunâtre assez longues, dont les tarses et les extrémités des jambes seulement sont noirâtres. La moustache, le bord interne des yeux, quelques taches situées sur les côtés du thorax, et deux vergetures placées sur son dos, ont des reflets jaunelaiton.
Distribution géographique. — Ce Diptère
(fig. 17-45), qui mesure 15 millimètres environ, tire son nom de l'île d'Oeland située sur la côte de Suède. Cette espèce s'étend sur l'Europe entière à l'exception des régions situées au Sud-Ouest.
Mœurs, habitudes, régime. — On la Voit
fréquemment sur les buissons pendant l'été. Elle se pose, aux aguets, sur une feuille, dans l'attitude que reproduit la figure, et se jette sur le Cousin ou sur la Mouche curieuse, qui sans penser à mal vient se placer dans son voisinage ; l'Araignée, quoique plus grosse, n'est pas plus à l'abri de ses attaques.
LES DASYPOGON —
Steifbârte.
DASYPOGOX
Caractères. — Les Dasypogon ont les antennes terminées par un style aigu, et se distinguent, en outre, des Diptères précédents par leur moustache épaisse et par les cro-