CHASSE, RECOLTE ET CONSERVATION
Les Myriopodes doivent être cherchés sous les
(1) Voy. t. VII, Introduction, Les Arthropodes aux différentes époques géologiques.
pierres, sous la mousse, dans la terre et généralement dans tous les endroits humides et obscurs, car ce sont des Animaux qui craignent la sécheresse et qui fuient la lumière.
La fragilité de leurs pattes ne permet pas de les conserver desséchées, à moins qu'il ne s'agisse de 1res grandes espèces ; il faut les plonger dans l'alcool.
Classification des Myriopodes. — Les Myriopodes ont été divisés en deux grands ordres : les Chilopodes et les Chilognathes.
LES CHILOPODES OU MILLE-PATTES-
LES CHILOPODES ou MILLE-PATTES CH1LOPODA — SYNGNATHA
Lippenfùszler. — Einpaarfûssler. — Hundertfûszler.
Caractères — Ces Myriopodes sont caractérisés par un corps allongé, aplati, dont chaque anneau porte, à peu près sans exception, une paire de pattes qui déborde au loin sur les côtés, et par une tête horizontale scutelliforme. Au-dessousdu bord du front s'insèrent de longues antennes composées de quatorze à vingt articles en chapelet ou d'articles plus nombreux surmontés d'une extrémité filiforme. Les pièces buccales comprennent :
deux mandibules qui son l modérément développées à bord dentelé et à touffe de poils implantée
Fig. 1897.
Fig. 18
Les deux premiers segments de la Scolopendre remarquable, vu en dessus.
Fig. 1898. — Les mêmes, vu en dessous.
I, première paire de pattes ou pattes mâchoires; 2, seconde paire de pattes ou crochets à venin; 3, première paire de pattes ambulatoires.
au-dessous du bord ; la partie médiane de la vulve buccale est formée seulement de deux petites pièces adjacentes représentant les mâchoires avec un petit palpe court à deux articles; les pièces latérales ont une base assez grande et une branche palpiforme à deux articles terminée par une surface oblique et poreuse représentant la lèvre inférieure ou une deuxième paire de mâchoires (fig. 1873). Les deux paires de pattes antérieures (fig. 1897
et 1898) viennent puissamment en aide aux organes buccaux. La paire antérieure, très peu développée, prend, par suite de l'hypertrophie des hanches, l'apparence d'une seconde lèvre inférieure sur laquelle les autres parties de chaque patte figurent des sortes de palpes (fig. 1897 et 1898, 1). Les deux pattes suivantes (fig. 1897 et 1898, 2), constituent une pince puissante dont les extrémités en forme de crochets portent un orifice par lequel s'écoule le venin.
Toutes les autres pattes, sauf les deux dernières paires, sont généralement pareilles entre elles et toutes dirigées en arrière. L'avantdernière paire paraît plus longue ; la dernière, qui se prolonge directement ;m delà de l'extrémité abdominale, est plus longue encore, et ses cuisses puissantes sont armées de dents nombreuses; ces deux pattes, ainsi armées, offrent l'aspect d'un organe de préhension, et en remplissent les fonctions dans certains cas.
Chaque anneau du corps est formé d'une plaque ventrale, sternite, et d'une plaque dorsale, tergite ; ces deux plaques sont réunies latéralement par une membrane conjonctive qui porte à la fois les pattes et les stigmates aériens de l'un ou de l'autre anneau.
Mœurs, habitudes, régime. — Les Chilo-
podes progressent très rapidement à l'aide de leurs pattes qui impriment au corps des ondulations rappelant la démarche des Serpents; lorsqu'on les effarouche dans leurs retraites, ils s'enfuient en toute hâte, en cherchant une autre cachette obscure. Ils se nourrissent principalement d'Araignées, de Cirons, et de petits Insectes de tout genre qui passent à leur portée et qui meurent rapidement à la suite de leur morsure envenimée.
LES LITHOBIIDES.
LES SCUTIGEWDES — SCUTIGEMD/E
Schildassel.
Caractères. — Ces Myriopodes méritent une place à part en raison de leurs yeux saillants et composés , en raison de leurs stigmates aériens qui occupent sur la ligne médiane du dos les extrémités de chaque écaille, enfin, en raison de la longueur extraordinaire de leurs antennes et de leurs pattes, qui sont de plus en plus longues à mesure qu'on se rapproche de l'extrémité, et dont les deux dernières ressemblent à deux filaments plus longs que le corps luimôme. La tête présente des renflements entre les antennes et derrière les yeux, de chaque côté. Le nombre des anneaux du corps varie suivant qu'on les compte en dessus ou en dessous. On distingue en effet sur la face dorsale huit plaques écailleuses et à la face ventrale quinze plaques écailleuses plus étroites, qui n'atteignent pas les bords latéraux. Du troisième au cinquième anneau, les pattes présentent des épines terminales aiguës.
Distribution géographique. — Les Scutigé-
rides, dont les espèces sont peu nombreuses, sont répandues dansle monde entier; mais l'Europe n'en renferme que deux espèces; les autres habitent seulement les pays chauds.
Mœurs, habitudes, régime. — Ces Myrio-
podes se tiennent volontiers dans les boiseries anciennes. La nuit, en quittant leurs cachettes, elles grimpent avec beaucoup d'agilité le long des parois verticales. Elles perdent facilement leurs pattes; aussi est-il fort difficile d'en conserver des spécimens desséchés dans les collections ; il faut les mettre dans l'alcool pour les avoir intactes.
LES SCUTIGÈRES — SCUTIGERA
Caractères. — Les arceaux supérieurs ou dorsaux sont seulement au nombre de huit, tandis que les arceaux ventraux et les pattes sont au nombre de quinze.
LA SCUTIGKRE COLKOPTUKi:
COLEOl'TKdT.l.
SCUTIGEItA
Siiinnenaiiige Schildassel.
Caractères. — Ce Myriopode (Scutigera coleoptrata seu Cermatia aranoides), porte encore bien d'autres dénominations. Le corps long de 2cm.6, porte sur le dos deux lignes longiludi-
Fig. 1899. — La Scutigùre colcoplrée.
nales d'un noir bleuâtre ; le troisième article de chaque patte, et le quatrième article de la dernière paire, présentent un cercle noir-bleuàtre (fig. 1899).
Distribution géographique. — Elle vit en
Europe et dans le Nord de l'Afrique. Pcrleb l'a observée à Fridburg (Wurtemberg), et a Dielen.
LES LITHOBIIDES — L1TH0B11D.E
Bandasseln.
Caractères. — Ces Myriopodes se reconnaisfacilement à l'inégalité de taille de leurs an-
neaux; les arceaux supérieurs imbriqués sont alternativement grands et petits.
LES SCOLOPENDRIDES.
Distribution géographique. — On rencontre
des Lithobiides dans lotile l'Europe et dans les îles Canaries ; d'autres espèces, en partie analogues à notre espèce indigène, habitent le Sud de l'Europe, l'Afrique, l'Amérique et l'Australie.
Mœurs, habitudes, régime. — Les Lithobiides, qu'on rencontre partout dans les endroits humides et sombres des maisons, dans les troncs d'arbres pourris, entre les feuilles tombées et sous les pierres des jardins et des bois, habitent non seulement la plaine, mais encore les sommets les plus élevés des Alpes.
LES LITHOBIES — LITHOBIUS
Caractères. — A l'état adulte, on les recon-
Fig. 1900. — La Litliobie à tenaille.
naît aux quinze anneaux de leurcorps, qui sont semblables sur la face ventrale, et qui à la face
dorsale figurent six arceaux plus courts et neuf plus longs; on les dislingue en outre à leurs quinze paires de pattes ambulatoires, à leurs antennes en chapelet, un peu rétrécies vers l'extrémité et composées de 22 à 40 articles; enfin à leurs yeux groupés de chaque côté, au nombre de 10 à 20, ou môme plus encore. On en a distrait quelques espèces pour en faire le genre Hénicops, parce qu'au lieu de présenter de chaque côté de la tôte un groupe d'yeux simples, elles offrent un œil simple unique.
LA LITIIOBIE A TENAILLE. — LITHOBIUS FOR- FICA TUS.
Brauner Steinkriecher.
Caractères. — Ce Myriopode mesure 2cm,6 de long; il a sur la tête des reflets bruns, et sur le dos, comme sur les antennes, des reflets rouges. Les antennes sont formées d'un grand nombre d'articles et revêtues de cils courts (lig. 1900).
IMstribution géographique. — 11 habile
loule l'Europe et les îles Canaries.
Mœurs, habitudes, régime. — Troublée ! dans sa retraite, elle cherche à se soustraire à la lumière et s'enfuit en loule hàle avec des contorsions de Reptile; lorsqu'on la touche, elle recule avec une égale agilité et se sert alors de ses quatre pattes postérieures qu'elle laisse ordinairement traîner inertes derrière elle.
LES SCOLOPENDRIDES — SC0L0PENDR1D.E
Zangenasseln.
Caractères. — Cette famille comprend les espèces qui diffèrent des précédentes par le nombre de leurs articles anlennaireset de leurs yeux et par le nombre plus grand des anneaux de leur corps. Les antennes sont formées de 17 à 20 articles ; les yeux sont au nombre de quatre paires ; on compte vingt et une paires de pattes, et autant d'anneaux dont le second est toujours notablement plus étroit que les suivants. La pince à venin est toujours très développée. Les espèces présentent chacune tant de caractères spéciaux, que les classificateurs se sont vus forcés de diviser le genre unique qui les renfermait primitivement, en plusieurs autres.
Distribution géographique. — Les Scolo-
pendrides abondent dans toutes les régions du globe. L'Allemagne n'en renferme aucune espèce ; mais on en rencontre plusieurs dans le sud de l'Europe. Taschenberg a eu entre les mains une espèce de l'Amérique méridionale, probablement la ScolopendraBrandtiana, trouvée vivante dans un morceau de bois tinctorial ; l'aire d'extension géographique des M y riopodes peut donc être immense.
Mœurs, habitudes, régime. ■ — Ces èlres VO-
races se cachent pendant le jour sous les pierres, sous la mousse, dans le bois pourri ou dans la terre, et à la tombée de la nuit se mettent en chasse ; saisissant leur proie, qui consiste en Insectes et en Araignées, à l'aide de leurs pattes
LES CRYPTOPS.
Tig. 1902. — La Scolopendre mordante.
postérieures, ils se replient vivement sur euxmêmes et lui implantent leurs crochets a venin dans le corps. Malheur au chasseur maladroit qui se laisse mordre ! le venin qui s'écoule dans la plaie est aussi actif que celui des Scorpions.
A. de Humboldt a vu un enfant indien extraire du sol, pour le manger, un Scolopendre long de I7cm et large de plus de 13mm.