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LE GO'YLEPTE BANCAL

cunviPES.

GONYLEPTES

Krûmmbeinïger Gonyleptes.

Caractères. — Ce Gonylepte (lig. 1953) a sa carapace rouge-brunâtre presque entièrement formée par son céphalothorax écailleux ; car l'abdomen est presque complètement recouvert par lui. Des granulations serrées, d'un jaune-clair, ainsi que deux épines

Fig. 1953. — Le Gonylepte bancal.

situées sur l'éminence bifurquée qui supporte les yeux, rendent sa face supérieure à la fois rugueuse et bariolée. Comme chez toutes les espèces du même genre, les pattes postérieures, très écartées et très allongées, émanent de hanches fort épaissies et portent des épines puissantes, mais chez le Mâle seulement. La Femelle n'en présente guère de traces ; elle odre en revanche sur quelques articles abdominaux des verrucosités épineuses.

Distribution géographique. — Ce l'halan-

gide a pour patrie le Brésil et le Chili.

Mœurs, habitudes, régime. — Les Gony-

leples mènent la même existence que les Phalangines dans nos pays, bien qu'ils se montrent plus rarement dans les maisons. Animaux nocturnes, ils demeurent pendant la journée derrière les écorces des arbres, sous les troncs abattus, dans les creux de terre et dans toutes les cachettes analogues où ils trouvent d'autres amateurs de l'obscurité qui leur servent de nourriture. On les trouve réunis en petites colonies, ce qui met en lumière chez eux une certaine sociabilité.

LES ARANÉIDES OU ARAIGNÉES PROPREMENT DITES

LES ARANÉIDES ou ARAIGNÉES PROPREMENT DITES - ARANEIDÂ

Wqftspinnen. — Echte Spinnen.

Les Araignées proprement dites sont caractérisées par leur goût pour les cachettes obscures, par la ruse qu'elles déploient pour capturer leurs proies, enfin par l'hostilité qu'elles témoignent en général les unes pour les autres, hostilité qui éclate spécialement entre les Mâles et les Femelles, au point qu'elle est devenue proverbiale. Ni leur caractère, ni leur aspect extérieur ne sont propres à les faire aimer des Hommes. On les fuit généralement avec dégoût ; mais c'est l'effet d'un préjugé auquel on obéit bien à tort. On doit plaider en leur faveur, non-seulement par les leçons, mais aussi par l'influence des exemples pour enlever aux Hommes et surtout aux enfants les craintes illusoires et sans fondement que leur inspirent les contes de nourrices, notamment à l'égard des petites bêtes. « Un jour, rapporte Taschenberg, que je poussais des cris de terreur, comme font en pareil cas tous les enfants, parce qu'une grosse Araignée se promenait sur mon vêtement, ma grand'mère me tança vertement et chercha à me montrer combien ma terreur était mal fondée. Pour me prouver leur innocuité, elle prit dans sa main une des nombreuses Araignées juchées dans la treille qui entourait la maison pastorale ; puis elle me fit admirer l'ait avec lequel elles construisaient leurs Nids, la ruse qu'elles déployaient dans leur chasse, et les services qu'elles rendaient aux raisins mûrs en les débarrassant des Mouches ; après quoi elle reposa la bête à sa place. » Si tous les instituteurs et toutes les institutrices agissaient dans le même sens, la niaiserie et l'ignorance dans laquelle s'entretiennent encore tant de natures nerveuses seraient beaucoup moins répandues qu'ellesne lesont, hélas! aujourd'hui." C'est un signe de folie, de lâcheté et de faiblesse, écrivait Moufet en 1634, que de redouter les Araignées, et c'est un travers d'esprit considérable que de dédaigner leurs œuvres et d'éloigner ses regards de ces fileuses si industrieuses. »

Les siècles passent et les préjugés restent; l'horreur qu'inspirent sans raison les Araignées est une tradition, un véritable dogme.

Malgré leur aspect grossier et repoussant à nos yeux prévenus, malgré certains désagréments qui résultent, rarement du reste, de leur voisinage trop immédiat avec l'Homme, les Araignées offrent dans leur conformalion et dans leurs modes d'existence un intérêt digne de fixer l'attention et non moins captivant que l'étude des autres Arthropodes ; n'ont-elles point servi de thème aux anciens pour imaginer leurs légendes mythologiques. D'après une tradition grecque, Arachnée, fille du fabricant de pourpre Idmon, ayant appris de Pallas-Athénée l'art de filer, eut l'audace d'engager la lutte avec sa divine maîtresse. Arachnée confectionna un tissu artistique représentant l'histoire des amours des Dieux. Dans sa colère, Athénée déchira ce tissu, et Arachnée se pendit de désespoir. La déesse lui rendit la vie, mais la changea en Araignée pour qu'elle pût se pendre à son gré. Le roi Salomon proposait aux gens de sa cour l'Araignée comme l'image du zèle, de l'adresse, de la sagesse, de la retenue et de la vertu. Aristote, le plus ancien Naturaliste, fixa son attention sur les Araignées, et parla de leur développement, de leur nourriture, de leur accouplement, des tissus qu'elles confectionnent et des ennemis qu'elles combattent.

Caractères. — Leur conformation externe est si bien connue, que tout le monde sait reconnaître l'Araignée à son corps composé seulement d'un céphalothorax pourvu de huit pattes et d'un abdomen globuleux. Mais il est d'autres caractères. A la face supérieure du céphalothorax se trouvent des yeux simples qui ressemblent à des perles enchâssées. Pour discerner les genres on doit examiner avec soin le nombre de ses yeux, leur disposition relative, leur éloignement, leur dimension, leur direction. Les yeux sont le plus souvent

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au nombre de huit chez les Araignées; parfois il n'y en a que six, plus rarement deux ; enfin, chez quelques espèces qui demeurent dans les excavations (Anthrobia mammuthka, SteRta tœnaria, Hadites tegenariodes), il n'y en a pas du tout. Les antennes pinces ou chélicères sont constituées par un article basilaire puissant et cannelé au côté interne, et par un article terminal en forme de griffe articulée et percé d'un orifice comme la dent venimeuse des serpents ; deux glandes vénéneuses, en forme de cœcums allongés (fig. 1935, p. 685), logées dans chacune d'elles, versent pendant la morsure une liqueur acide dans la plaie. Les palpes maxillaires, composés de six articles, constituent, dans leur portion basilaire, la mâchoire inférieure elle-même, de même que chez les Scorpions. Ces palpes présentent une particularité qu'on retrouve dans l'ordre tout entier. Chez la Femelle, ils se terminent toujours par une griffe déniée ou non ; chez le Mâle- cette conformation est plus rare ; généralement, dans ce sexe, l'article terminal s'épaissit graduellement en forme de crosse dont l'intérieur s'emplit d'un liquide transparent. Après l' avantdernière mue, on voit apparaître là les organes diversement conformés qui sont destinés à transporter le liquide fécondateur, et qui ne sont visibles qu'après la dernière mue, à travers une fente du tégument externe. L'article précédent concourt à l'accomplissement de cette fonction par ses poils, par ses épines, par ses dentelures ou par ses portions écailleuses. La paire de mâchoires suivante se termine, comme les pattes proprement dites, par deux griffes pectinées; elle présente d'ailleurs le même aspect et se trouve composée aussi de sept articles, en sorte qu'on les désigne comme formant une paire de pattes, et qu'on considère ainsi aux Araignées huit organes de locomotion. Comme on le voit sur la fig. 1961 , p. G80, la base des deux grandes griffes porte elle-même une griffe plus petite analogue, qu'on nomme griffe antérieure ou fausse griffe, et qui manque dans certains genres. A la base de l'abdomen, relié au céphalothorax par un court pédicule, on trouve entre les stigmates aériens les orifices sexuels qui chez la Femelle constituent des fentes transversales qui joignent les stigmates.

Immédiatement au-devant de l'anus un peu tubulé, se trouvent des organes spéciaux qui constituent une seconde particularité qu'on observe dans l'ordre entier. Des glandes de

conformation très variée et diversement disposées entre les viscères sécrètent un liquide qui sous l'influence de l'air se durcit en prenant la forme de fils ténus secs ou gluants, ou l'aspect d'un vernis. Ces glandes, dont de Siebold décrit cinq espèces, produisent les fils qui s'échappent comme la soie qui sort de la lèvre inférieure des Chenilles. Mais ici la matière textile provient de nombreux orifices microscopiques dont les saillies appelées filières sont percées comme des cribles. Généralement on trouve ces filières au nombre de six, disposées par paires : deux antérieures, deux postérieures, et les deux dernières latérales; mais parfois elles sont moins nombreuses et de formes variées. Des contractions musculaires les font rentrer ou saillir, et les dirigent d'un côté ou de l'autre.

Quelques Araignées possèdent une paire de filières, émergeant comme des queues de l'extrémité abdominale et destinées probablement à jouer un rôle dans la disposition des fils, mais ne sécrétant par elles-mêmes aucun produit.

Les filières vraies sont coniques ou cylindriques ; elles sont formées d'une partie inférieure plus grande, velue, et entourée d'un anneau écailleux, et d'une partie superficielle un peu bombée et pourvue d'une grande quantité d'organes pointus, les poils ou les tubes fileurs, qui sont disposés comme les soies d'une brosse. Elles portent souvent des anneaux rentrant les uns dans les autres, plus ou moins irréguliers, et constituent le crïbk qui sert d'orifices aux glandes Rieuses. Leur étendue et leur disposition varie, ainsi que leur nombre, non-seulement suivant les espèces, mais encore, suivant les âges, sur chaque verrue.

Le chiffre indiqué dans les livres, d'après les calculs de Réaumur, est beaucoup trop élevé, parce que cet auteur admettait l'identité de toutes ces filières. D'après les recherches de Rlackwall, il y a tout au plus un millier d'orilices chez les Araignées porte-croix (Epeira diademata), 400 chez les Tegenaria, moins de 300 chez les Pardosa saccala, à peine 100 chez les Segestria senoculata, et moins encore chez d'autres espèces. Il ne faudrait pas croire non plus que les filières entrent toutes en fonction pour la préparation d'un fil; l'Araignée peut à son gré les faire fonctionner isolément ou en grand nombre suivant le but qu'elle se propose en excrétant ses fils. ,

Le revêlement chitineux du corps des Arai-

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Fig. 1954. — Nid de la Mygalo pionnière ifiteniza Sauvagei seu fodiens) (page 719).

a, Nid fermé; b, couvercle vu de profil; c, feuillure dans laquelle il se rabat; d, couvercle vu de face montrant les trous où s'engagent les griffes de l'Araignée pour retenir le couvercle; e, feuillure.

gnées offre une consistance variable; chez nos espèces indigènes elle est généralement plus faible que chez les espèces exotiques dont quelques-unes ont un tégument très coriace; après les griffes, ce sont toujours les régions dorsales et sternales du céphalothorax qui constituent les parties les plus résistantes du corps. Un revêtement plus ou moins épais de poils longs, hérissés, ou courts, et parfois des épines, donnent à la face supérieure un aspect étrange que nous trouvons repoussant. Les marques et les couleursgénéralement sombres, quelquefois cependant claires et bariolées, de ces Animaux ont peu d'importance lorsqu'il s'agit de distinguer les espèces, parce qu'elles sont très inconstantes chez une même espèce, et varient notamment suivant les âges.

Distribution géographique. — On Connaît

aujourd'hui quelques milliers d'Araignées qui sont répandues dans le monde entier; certaines espèces (Lycosa blanda, Melanophora atra) se rencontrent jusqu'à 3125 mètres d'altitude Breitm. — VIII.

au-dessus du niveau de la mer; quelques autres habitent les cavernes. Toutefois ces Animaux paraissent se trouver mieux d'un climat chaud que d'un climat froid, car les pays chauds renferment une très grande variété d'espèces qui sont, en partie, les plus belles et les plus grandes. Le chiffre des espèces actuellement connues est certainement au-dessous du nombre réel des espèces vivantes ; depuis qu'un plus grand nombre d'auteurs s'occupent de ces intéressantes créatures, on découvre chaque jour quelque nouvelle forme.

Distribution paléontologique. — On a

trouvé des débris d'Araignées dans les terrains carbonifères, dans les terrains tertiaires, notamment dans l'ambre (Voy. Introduction, t. VII).

Mœurs, habitudes, régime. — Comme tous

les Animaux de proie, les Araignées ne vivent pas en colonies ; non-seulement elles s'isolent, mais elles se font souvent la guerre. Cependant Livingstone a trouvé dans l'Afrique du Sud une espèce d'Araignées qui vit en colo- Insectes. — 181

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nies nombreuses et dont les Nids sont tellement rapprochés que leur tissu recouvre entièment un tronc d'arbre ou les branches d'une haie. Darwin parleaussi d'une grande Araignée Epéiride qui offre sur le dos des taches d'un rouge-rubis et qui vit à Santa-Fé Bajada, dans les États de la Plala, en colonies nombreuses; ces Araignées, comme toutescellesde ce genre, construisent leurs Nids verticaux à une dislance de 63 centimètres environ les uns des autres, et les fixent tous à certains fils communs très longs. Darwin, en observant ces Nids réunis aux extrémités des branches d'un buisson qu'ils enveloppaient, fut extrêmement surpris de constater cette intimité paisible à laquelle il n'avait pas lieu de s'attendre.

En songeant que dans ces régions, où les Animaux abondent, les Araignées sont forcées de s'assembler pour ne pas mourir de faim, en songeant aussi que dans certaines localités chez nous on trouve aussi des Nids d'espèces diverses très rapprochés, on en conclura que l'espèce précédente n'est pas la seule exception parmi les Araignées dont le caractère est sociable.

Les Aranéides se rangent parmi les Animaux qui filent, et les tissus qu'elles confectionnent sont destinés à assurer leur subsistance, ou à proléger leurs OEufs. Mais elles sont obligées de ménager la matière première parce que celle-ci est en rapport avec l'alimentation et que d'ailleurs les fils une fois excrétés ne peuvent pas être résorbés. On serait tenté de croire qu'il en est ainsi dans certains cas, lorsqu'on voit une Araignée remonter le long d'un fil, par exemple, et que celui-ci se raccourcit au fur et à mesure que l'Animal s'élève; en réalité l'Araignée l'enroule seulement autour de ses pattes et l'emporte ainsi avec elle.

De même que chaque Guêpe a son architecture propre, de même les Araignées ont chacune une manière spéciale de tisser. Les unes, comme les Epéirides, confectionnent une sorte de roue dont les rayons sont réunis par des séries de jantes concentriques. Par les lois de cette dispositiongéométrique, l'Araignée, se tenant au centre, sentira mieux que partout ailleurs le moindre mouvement à la circonférence. C'est, au dire de Virey, ce qu'a prouvé Schmidin, savant mathématicien allemand, qui a démontré que les Araignées comme les Abeilles déploient la géométrie la plus transcendante. D'autres, comme les Araignées domestiques communes, produisent des tissus plus épais ; d'autres encore fabriquent ainsi des tu-

bes, des sacs, des terriers tapissés de soie et dont les orifices sont fermés par des couvercles admirablement adaptés (fig. 1954, 19,")6, 1937 et 19G2), etc., d'où les noms divers qu'on leur a donnés.

Chacun peut se rendre compte du procédé qu'emploient les Epéires pour construire leurs toiles, pour tendre un fil transversal entre deux branches; en observant, par exemple, les manœuvres de l'Epéire diadème si commune à. l'automne dans les jardins. Elle fixe tout d'abord, à l'endroit qu'elle a choisi pour être le point de départ de sa construction, un petit peloton de soie ; cela fait elle lance au hasard, ainsi que nous l'avons vu précédemment, un fil exlrêmement fin que le hasard ou plutôt le vent conduit horizontalement et qui finit par s'accrocher quelque part.

Le choix du lieu où elle doit établir sa résidence semble préoccuper quelque temps l'Araignée ; car on la voit errer longtemps sur divers objets avant de se mettre à l'ouvrage ; en réalité la chose mérite réflexion, car le travail varie, suivant l'endroit adopté, tant que le cadre de la toile et les fils extérieurs ne sont pas encore tendus en forme de carré ou de triangle. Le fil transversal supérieur joue un rôle important; c'est à lui que l'Araignée doit suspendre tout son tissu ; tantôt c'est un cordage tendu entre deux branches qui peuvent être à une distance de 50 centimètres l'une de l'autre et même plusieurs mètres, tantôt c'est un câble suspendu dans l'angle d'une porte condamnée; dans chacun de ces deux cas, l'Araignée doit employer un procédé différent pour atteindre son but. Dans le second cas, elle peut aisément marcher d'un point de suspension à l'autre sans lâcher pied ; dans le premier cas elle pourrait agir de même sans doute, mais le fil serait alors beaucoup trop long à cause du détour énorme qu'elle serait obligée de suivre.

F. Terby a fait une expérience intéressante qui lui a permis d'acquérir la certitude que les Epéirides ont la faculté de projeter leur fil assez loin et savent attendre qu'il se fixe par son extrémité libre à quelque objet éloigné. Il déposa une Epéire sur un bâton long de 4 pieds environ qu'il fixa au milieu d'un vase plein d'eau. L'Araignée descendit le long du bois en étirant un fil derrière elle; mais lorsqu'elle sentit l'eau avec ses pattes antérieures, elle fit volteface et remonta en grimpant le long du fil. Elle répéta ce manège chaque fois, et lassa ainsi la patience de l'observateur qui l'aban-

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donna pendant quelques heures. A son retour, il ne la trouva plus sur le bâton, mais il aperçut un lil qui partait de son extrémité pour aller se lixer sur une armoire à 21 centimètres de distance environ et qui avait servi de pont à l'Araignée évadée. M. F. Terby trouva l'Araignée elle-même, et l'obligea à exécuter de nouveau sous ses yeux ce tour d'adresse.

Après avoir brisé le premier fil, il la reposa sur le bâton. Elle recommença d'abord ses allées et venues le long du bâton, mais elle finit par descendre le long de deux fils qu'elle retint avec ses pattes postérieures ; arrivée en bas, elle brisa l'un d'eux et le laissa flotter; Terby ne voulant pas attendre que le hasard seul permît au fil libre de trouver quelque objet où se lixer, l'accrocha à l'extrémité d'un pinceau autour duquel il l'enroula plusieurs fois de façon à ce qu'il fût tendu. L'Araignée, qui pendant ce temps était regrimpée à l'extrémité du bâton, éprouva le fil à l'aide de ses pattes, et, trouvant le cordage assez sûr, elle s'avança sur lui et parvint ainsi à bon port jusqu'au pinceau, après avoir renforcé le fil précédent par de nouveaux fils qu'elle y agglutinait.

L'Araignée, possède encore un autre moyen d'atteindre quelque objet éloigné ; elle se suspend au bout d'un fil et se met à se balancer jusqu'à ce qu'elle atteigne l'objet en question avec ses pattes.

Mais revenons à la construction de la toile : lorsque l'Araignée s'est assurée que le câble horizontal est solidement amarré, elle le tend, et s'il ne présente pas le degré de tension voulu, elle le soutient par des fils latéraux plus courts. 11 s'agit maintenant de trouver un troisième point d'appui ; pour cela elle s'inspire de la disposition des lieux. A l'endroit qu'elle a choisi, soit sur son câble, soit ailleurs, elle fixe un fil en appuyant son abdomen, puis elle se laisse descendre par son propre poids le long du fil qu'elle sécrète et que les balancements de son corps écartent de la verticale. Elle fixe ensuite son fil, en le tendant, à l'objet qu'elle choisit alors et qui se trouve naturellement plus bas que le point de départ. 11 ne lui reste plus alors qu'à établir le fil qui doit être l'hypoténuse du triangle dont le câble horizontal et le second fil sont les deux autres côtés : pour cela elle remonte le long du fil vertical en dévidant un fil qu'elle va fixer en un point quelconque du câble; cela fait, elle a le cadre dans lequel elle inscrira sa toile. Sup-

posons que l'Araignée ait terminé son cadre d'une façon ou de l'autre, elle tend alors un lil diamétralement; elle se place en son milieu et, à partir de ce point, elle fixe des fils rayonnant de tous côtés ; elle a soin de se servir du dernier lil pour regagner le centre. 11 ne reste plus qu'à les relier entre eux par des fils circulaires, ce qui est le travail le plus facile. En partant toujours du centre, l'Araignée suit un trajet spiral en étirant son fil au moyen des peignes de ses tarses postérieurs ; elle l'agglutine successivement à chaque rayon, et continue ainsi jusqu'au cercle le plus excentrique ; dans un espace capable de conlenir l'Araignée avec ses pattes étendues, l'aire médiane renl'crme des fils soyeux secs disposés comme les précédents ; mais au delà, ces fils prennent un autre caractère: ils présentent un grand nombre de nouures extrêmement fines suspendues au-dessous d'eux, et dans lesquelles les patles et les ailes des Insectes viennent s'agglutiner pendant le vol ; ce piège est comparable aux gluaux qui servent à prendre les oiseaux. Une toile de 36 à 39 centimètres de diamètre renferme, d'après des calculs approximatifs, 120,000 de ces nœuds. Ces fils qui entrent dans la construction de la toile ne sont pas tous de môme nature. Les fils qui constituent la grande corde transversale, la corde verticale et les rayons sont d'une soie qui est sèche dès qu'elle sort de la filière de l'Araignée. Au contraire ceux qui constituent les cercles sont d'une soie qui reste assez longtemps agglutinante; propriété précieuse, car elle permet au fil de contracter une adhérence complète avec les rayons.

La toile est terminée, et, bien que les rayons ne soient pas tracés au compas et que les cercles concentriques ne soient pas d'une précision mathématique, celte construction n'est pas moins digne d'admiration ; elle témoigne d'une habileté peu commune chez la bête qui l'a fabriquée ; l'architecte peut être d'ailleurs aussi bien une Femelle qu'un Mâle. Au centre de sa toile, qu'elle confectionne généralement en un jour ou en une nuit, entre les mois de mai et de septembre, et de préférence après une pluie tiède, l'Araignée s'installe la tête en bas ; dans certains cas elle s'installe plus volontiers à l'extrémité de sa toile, sous une feuille ou dans quelque autre endroit abrité ; sa résidence est toujours reliée au centre de la toile par quelques fils fortement tendus, semblables aux fils télégraphiques et

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dontl'ébranlement raverLitdelaprésence d'une proie. Voici ces fils qui palpitent : c'est une Mouche qui a eu le malheur de se jeter dans le filet où elle s'entortille de plus en plus pendant les efforts convulsifs qu'elle fait pour reconquérir sa liberté.

L'Araignée, qui permet volontiers qu'on vienne ainsi troubler son repos, s'élance hors de sa cachette ; elle s'avance par saccades, toujours avec beaucoup de prudence; jamais elle ne se met à l'œuvre précipitamment. Elle arrive bientôt ainsi jusqu'au centre. Delà elle se dirige vers l'endroit où la Mouche bourdonne et se débat avec violence ; elle fait une piqûre à sa victime déjà presque épuisée, et la condamne ainsi à mort. Suivant les circonstances, sa conduite ultérieure varie. Lorsqu'elle a grand'faim elle se jette immédiatement sur sa proie ; dans d'autres cas elle entoure la Mouche comme une momie d'un large lien de fils et la laisse pendre ainsi ; d'autres fois elle détache la proie qu'elle a ainsi enveloppée, et l'emporte au fond de sa retraite afin de la savourer tout à son aise : elle ne l'avale alors qu'après l'avoir mâchonnée et imbibée de salive. On retrouve, dans ses déjections, des fragments de chitine d'une dimension telle, qu'ils peuvent tout juste traverser son tube digestif. On a remarqué que lorsqu'une Araignée a capturé une Guêpe ou quelque autre créature qui ne lui convient pas, elle lui vient en aide et favorise elle-même son évasion en mordant un certain nombre de ses fils. De très petits Moustiques qui donnent parfois au réseau, en raison de leur foule nombreuse, une coloration tout à fait foncée et qui en atténuent le pouvoir agglutinalif, ne fournissent pas à l'Araignée des matériaux nutritifs suffisants ; en outre, ils l'obligent souvent à abandonner sa toile pour en installer une nouvelle.

Dès le dix-huitième siècle, des voyageurs avaient remarqué à Madagascar une Araignée qui construisait des trames assez semblables aux toiles d'Araignée des jardins ; mais dans ces toiles il y avait quelque chose de plus. On y voyait au centre un gros fil d'un blanc d'argent plié en zigzag. Le fait avait été signalé, mais personne ne se doutait de l'usage de ce gros fil, lorsque le docteur Vinson fit à ce sujet une intéressante observation. Plusieurs fois il avait passé des heures entières à examiner l'Araignée dont le mode de construction est si singulier; chaque jour il se rendait auprès d'elle pour l'étudier. Des Mouches venaient se

jeter dans le filet, vite l'Araignée se précipitait sur cette proie, jetant au hasard quelquesuns de ces fils légers et enveloppantles Mouches. Le câble ne bougeait pas. L'observateur le détacha à trois ou quatre reprises différentes : l'Araignée chaque fois en fit.un nouveau. Enfin, un jour, au milieu de cette toile se précipita une grosse Sauterelle. Les fils légers eussent été impuissants à retenir une pareille proie. Mais aussitôt l'Araignée, s'élançant sur son câble, se mit à enrouler la Sauterelle avec la plus grande rapidité. Pour qu'il ne restât aucune incertitude, notre observateurretournales jours suivants au mêmelieu,décidéàrenouveler l'expérience; il avait eu soin de se munir de très gros Insectes pour les jeter dans la toile de l'Araignée. La même manœuvre fut répétée; l'usage du fil fut découvert.

11 existe une foule d'Araignées qui ne confectionnent aucun piège, et qui capturent leurs proies en les guettant en plein air, dans quelque endroit approprié, ou qui se jettent plus ouvertement sur leurs victimes en bondissant sur elles après les avoir pourchassées ; mais toutes les Femelles, sans exception, filent pour envelopper leurs OEufs un tissu protecteur. C'est ainsi que les Épéirides produisent encore, indépendamment des deux soies qui entrent dans la constitution de leurs toiles, une soie destinée à former des Cocons pour envelopper les OEufs. Cette soie est, quelquefois, toute différente de celle dont la toile est composée. Tandis que les fils de la toile sont blancs, cette soie des Cocons, où reposent les OEufs, est d'une magnifique couleur d'or. Ces trois sortes de soies sont sécrétées par trois paires de glandes séricipares ayant une structure différente.

Ces créatures, d'ailleurs peu séduisantes, ne se contentent pas d'imiter les Insectes les plus délicats dans leurs soins maternels, mais elles pourraient à cet égard être citées comme de véritables modèles. Menge, qui a pu observer dans deux cas la ponte des Araignées minutieusement, en décrit ainsi les phases principales. Quand une mère sent approcher le moment où elle doit déposer ses OEufs, elle confectionne à l'aide de ses fils un Nid hémisphérique qui tantôt repose à l'air libre, comme chez les Araignées coureuses, tantôt se trouve fixé au tissu ou à quelque autre objet approprié. Une fois le Nid terminé, elle place son abdomen au-dessus de lui et bientôt on voit sortir de l'orifice sexuel un jet qui tombe au fond du Nid où il se dépose sous la forme d'une

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masse arrondie. Après quelques instants de repos, elle excrète quelques fils, mais l'incertitude de ses mouvements démontre qu'elle n'a pas encore l'intention d'étendre sur le Nid entier le revêtement protecteur, et qu'il lui reste auparavant une autre fonction importante à accomplir. Soudain elle replace son abdomen au-dessus de ses OEufs et l'on voit s'écouler un liquide clair que les OEufs absorbent immédiatement et qui n'humecte pas le tissu. Le contenu des OEufs se gonfle aussitôt au point de ne pouvoir plus être renfermé dans le corps de la mère. iMenge pense que c'est à ce moment que s'opère seulement la fécondation véritable. L'Araignée demeure d'abord immobile et comme épuisée, au-dessus des OEufs, puis elle ferme le Nid complètement à l'aide d'un tissu. L'enveloppe protectrice est simple, mais très épaisse chez les Araignées coureuses ; elle est formée de deux hémisphères rattachées lâchement au milieu ; elle est fixée par quelques fils à la partie inférieure du corps de la mère qui l'emporte ainsi avec elle ; quelques rares espèces creusent une excavation dans laquelle les mères déposent leurs OEufs jusqu'à l'éclosion des petits. Plusieurs espèces d'Araignées nidifiantes fabriquent pour leurs OEufs de petits Nids sphériques ou hémisphériques qu'elles suspendent en lieu sûr et sur lesquels elles veillent avec sollicitude. Les OEufs sont pondus de préférence en plein été, et leur éclosion a lieu au bout de trois ou quatre semaines lorsqu'elle est favorisée par la chaleur et par l'humidité de l'atmosphère ; beaucoup d'entre eux cependant sont posés à la fin de l'été dans des coques et passent l'hiver dans des lieux abrités. Parmi ces Araignées quelques-unes par exception passent l'hiver lorsqu'elles n'ont pas rempli encore le but de leur existence ; la progéniture des autres passe l'hiver dans des cachettes à l'état léthargique avant de se développer.

De Geer, qui a observé l'éclosion des OEufs, ne se trompait pas en affirmant que la coquille de l'Œuf constituait la première peau de la jeune Araignée, et que l'éclosion ellemême n'était qu'une première mue ; à mesure, en effet, que l'embryon se développe, on voit que le contenu de l'Œuf et sa coquille constituent l'Araignée elle-même. Celle-ci ne peut encore se remuer tant qu'elle se trouve étreinte par la membrane ovulaire qui l'entoure. Cette enveloppe se rompt enfin à la partie antérieure du dos à la suite de mouve-

ments de retrait et d'expansion successifs ; la tète revêtue d'une peau nouvelle apparaît alors avec les yeux ; bientôt paraît la partie antérieure du corps avec les pattes ; enfin la déchirure se prolonge et donne issue à l'abdomen. L'enveloppe, à ce moment, renferme encore le jaune de l'Œuf, L'Araignée nouveaunée, encore faible et engourdie, élire ses palpes et ses pattes, mais ne remue que très peu ; elle ne peut encore ni filer ni manger, car les organes correspondants sont encore recouverts par les téguments. D'ailleurs entièrement développée, elle ne peut quitter son berceau pour se mettre en quête d'aliments, avant d'avoir subi une mue complète, qui a lieu au bout de huit jours au plus, et dont l'époque dépend de la température de l'air. Jusqu'à ce qu'elle ait fait un dernier effort par lequel elle conquiert sa complète vitalité, elle repose immobile, les pattes étendues. Après sa mue, elle prend un court repos pour rassembler ses forces ; puis, au bout de quelques heures, elle se promène joyeusement, tisse ses fils et commence à guetter ses proies. Tout en subissant plusieurs mues, les Araignées croissent assez vite, à moins que l'hiver n'amène une interruption dans leur développement. On ne peut dire exactement le nombre de leurs mues, car on ne peut l'observer que chez les Araignées emprisonnées, et la plupart périssent en captivité malgré une alimentation abondante, quand cette nourriture ne leur est pas fournie exactement dans les conditions où chaque Araignée la prend lorsqu'elle obéit, en plein air, à sa propre nature. En général on admet que la croissance est terminée à la quatrième mue, et que par conséquent les membres perdus isolément ne peuvent plus se régénérer à partir de ce moment.

Tous les détails relatifs à l'accouplement ne sont pas encore connus. Voici ce qu'on a pu constater. Lorsque le Mâle cherche à s'accoupler, il s'approche de la Femelle peu à peu et avec prudence, en observant si elle répond favorablement à ses avances ou si elle paraît disposée à ne faire de lui qu'un repas. La Femelle accepte ses avances en se plaçant sur le dos ; alors le Mâle accourt en croisant les deux extrémités de ses palpes qui renferment le liquide fécondateur et dont la conformation varie suivant les espèces ; il les met en contact avec l'orifice situé à la base du ventre de la Femelle, et l'on voit l'extrémité des palpes se gonfler. Cet acte, pendant lequel les deux conjoints

LES MYGALIDES.

ne prêtent aucune attention à ce qui peut se passer autour d'eux, se répète plusieurs fois en un court espace de temps; puis le Mâle s'enfuit le plus vite possible pour ne pas devenir

la proie de son épouse. C'est ainsi que fut observé l'accouplement; mais on n'a jamais vu le Mâle recueillir dans ses palpes la liqueur fécondante à la base de son abdomen.

LES ARAIGNÉES QUADRI-PULMONÉES — TETRAPNEUMOXES

Vierlûnghr .

Caractères. — Ces Aranéides possèdent quatre poumons, qui communiquent avec l'intérieur par quatre stigmates situés à la base de

l'abdomen; elles sont en outre pourvues de quatre ou six filières dont deux sont toujours très petites.

LES MYGALIDES — MYGAL1DJE

Vogelspinnen. Bùsckspinnen.

Caractères. — Ces Araignées sont les plus grandes entre toutes ; leur corps atteint jusqu'à 8 centimètres, et elles occupent un espace de 18 centimètres lorsqu'elles étendent leurs pattes épaisses et velues. Les yeux placés à la région anlérieure du céphalolborax sont très rapprochés.

Distribution géographique. — Les Mygali-

des vivent seulement dans les contrées chaudes des deux hémisphères ; elles ont des représentants dans l'Europe méridionale, l'Algérie, l'Amérique du sud et l'Océanie.

Mœurs, habitudes, régime. — Les grandes

espèces américaines sont connues sous les noms d'Araignées aviculaires, d'Araignées des buissons, ou d'Araignées crabes. Elles passent pour très dangereuses depuis que Mademoiselle de Mérian, Palisot de Beauvois, et d'autres auteurs ont écrit qu'elles massacrent et dévorent les petits Oiseaux, tels que les Colibris. D'autres Naturalistes sont venus confirmer ce fait qui est devenu indéniable. Bâtes nous a laissé le récit d'un de ces massacres auquel il assista ; il ne tranche pas la question de savoir si la grande Araignée dont il s'agissait était l'Araignée aviculaire, ou si elle appartenait à quelqu'une des nombreuses espèces analogues du genre Mygale.

Au-dessus d'une crevasse profonde ouverte

dans un tronc d'arbre, se trouvait une toile d'Araignée blanchâtre dont la partie inférieure déchirée retenait captifs deux petits Oiseaux (Fringillides). L'un était déjà mort ; l'autre agonisait sous le corps de l'Araignée. Après avoir chassé l'Araignée, Baies recueillit dans sa main l'oiselet expirant, souillé d'une liqueur sale et d'une bave dégoûtante. La planche XXXV a été dessinée d'après ce récit et d'après un spécimen naturel de Mygale auicularia. Bâtes dit que son observation surprit les habitants de l'Amazone, qui n'avaient jamais constaté ce fait, bien qu'ils aient rencontré souvent des Araignées de cette sorte, qu'ils nomment Aranhas curanguexeiras, c'est-à-dire Araignéescrabes. Il n'est sans doute pas naturel à ces Araignées de se nourrir d'Oiseaux puisque leur résidence habituelle les met rarement en contact avec eux. Ces espèces, peu nombreuses, vivent rarement sur les arbres ou sur les buissons ; mais on les rencontre parfois dans les creux des murs, dans les toitures, et sur les parois des maisons, sous les pierres ou dans les galeries souterraines.

Le premier auteur qui signale les Mygales, désignées par les Brésiliens sous le nom de Nhamdu guacu, est George Marcgrav de Lielistad, d'origine saxonne, qui accompagna au Brésil, en 1636, le comte Jean-Morilz de NassauSie-

Bheiim, Arachnides

Pan», J.-B. Baillière et Fils, e.lil

Corbcil, Crète, intp.

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