LA FOU «MI SANGUINE
d'aiguilles de Pin, de pelotes de résine, et de monceaux de terre, qu'elles agglomèrent, et qu'elles étagent avec une patience et une industrie merveilleuses (t. VIII, pi. XIX). Les Nids prennent sous terre un développement bien plus considérable qu'à leur partie supérieure. Si l'on vient à heurter un de ces tertres, on en voit sortir des milliers d'Ouvrières, en tourbillons pressés. Rien ne ragaillardit un voyageur épuisé, comme de porter sous ses narines la main nue avec laquelle il vient de donner sur un de ces tertres quelques coups très rapides. Mais il faut pour cela beaucoup de vélocité et de prudence, afin qu'aucun de ces Animaux ainsi irrités ne puisse mordre la main ou grimper le long du corps; ils se vengeraient par un pincement des plus désagréables.
Ces Fourmis, en effet, n'ont pas d'aiguillon, mais, dès qu'on les prend, elles seringuent, par le derrière, jusqu'à GO centimètres de hauteur, une liqueur d'une odeur forte et pénétrante; s'il en tombe quelques gouttes sur la main on voit s'élever de petites pustules semblables à celles que produrt sur la peau la piqûre de l'Ortie. Ces Animaux ne se bornent pas à ce moyen de défense, ils tâchent de mordre et pincent de manière à exciter une sensation douloureuse dans la partie offensée qui est souvent marquée d'une tache rouge. «Un jour, raconte Taschenberg, je frappai de la main un Nid, installé un peu haut sur la lisière d'un bois; c'était juste au moment où le soleil se couchait. Après avoir respiré l'arôme dont ma main se trouvait imprégnée, les dames qui m'accompagnaient se retirèrent avec moi ; en parlant, nous jetâmes un coup d'œil derrière nous pour nous assurer que nous étions à l'abri de la colère de ces Insectes, dont nous entendions les grondements irrités. Alors nous vîmes un spectacle unique : des centaines de jets argentés, éclairés par le soleil couchant, s'élançaient de tous côtés dans l'air aromatisé, à 62cm de hauteur, et s'évanouissaient, en retombant en nuages impalpables. En une seconde, tout fut fini; on entendait seulement, à plusieurs pas de distance, dans le silence du soir, la crépitation et le pétillement produits au milieu de leurs matériaux bouleversés par la fureur persistante de ces petits Animaux lésés dans leurs droits les plus chers. Je savais bien que l'acide formique qui s'échappe de leur extrémité abdominale communique son parfum à l'instrument qui les frappe; mais je n'avais point
prévu qu'ils pourraient le projeter avec tant de force et à une si grande hauteur. »
Dans l'intérieur des Nids de la Fourmi fauve on trouveundédale de couloirs qui se croisentobliquement, ou à angle droit; ils communiquent entre eux et avec de petites chambres, où les habitants prennent leurs ébats. De là parlent, en tous sens, des chemins principaux et des roules accessoires qui aboutissent loin du tertre cl qui sont tapissés de débris végétaux, appliqués d'une façon continue.
Usages. — On nourrit, ainsi que nous l'avons vu (1), des Oiseaux de chasse avec les Larves de ces Fourmis.
En Suède, la Fourmi fauve récolte la résine de Genévriers qui y sont très communs, et les habitants de ces contrées vont chercher cette résine dans son domicile pour la brûler, sa combustion purifiant l'air et répandant une odeur agréable.
LA FOURMI SANGUINE. — FORMICA SANtiVIlSEl.
lihtirothc Raubameise.
Caractères. — Cette espèce ressemble fort à la précédente, avec laquelle on l'a souvent confondue. Elle s'en distingue par un chaperon échancré au milieu du bord antérieur sans carène distincte ; par son front mat, finement ridé; chez le Mâle, le bord terminal des mâchoires possède de 4 à 5 dents, tandis que le Mâle de l'espèce précédente en est privé.
Distribution géographique. — L'aire de
répartition de celte espèce est également fort étendue ; l'Europe, l'Asie septentrionale, l'Amérique du nord sont sa patrie.
Mœurs, habitudes, régime. — Les mœurs de cette espèce sont bien différentes de celles de la F.rufa; en effet elle est esclavagiste. Leurs domiciles sont moins grands; ils hébergent des Coléoptères différents et beaucoup moins nombreux; on y rencontre habituellement deux Slaphyliniens [Lomechusa strumosa et Dlnarda dental a), ainsi que des Ouvrières de Fwmiea fusca, cunicularîa, plus rarement de Lasius alienus, qui sont volées à l'état de Larves par les Ouvrières du Nid. Elles se rendent, en troupes guerrières, vers la demeure d'une des espèces précitées, pénètrent avec effraction dans l'habitation, massacrent tout ce qui se présente pour sa défense, et remportent les Larves et les Nymphes d'Ou-
(i) Page 1 0 ■ et suiv.