LE CIMBEX DU BOULEAU
plus tard passent l'hiver et ne terminent leur évolution que l'année suivante. 11 se fait donc ici deux pontes.
La Femelle découpe dans les jeunes rameaux deux rangées d'incisions parallèles, qu'elle dote chacune d'un ÛEuf. Cette blessure donne à cette région un aspect racorni et noir.
L'HYLOTOME DE L'EPINE- VINETTE. — HYI.OIOMA BERBEIS1DIS.
Sarierdorn Bùrsihornwespe.
Caractères. — 11 existe encore d'autres espèces, parfois tout entières d'un bleu noirâtre, dont les ailes sont le plus souvent colorées; tel est l'Hylotome de l'Epine-vinette {Hylotoma berberidis).
llœurs, habitudes, régime. — Les Larves
bariolées siègent parfois en grand nombre sur les Berberis.
LES SCH1ZOCERES — SCHIZOCERA (1)
Spalthorn.
Caractères. — Le genre Schizocera est très voisin du précédent. Chez ces Tenthrédines, la cellule marginale n'a pas d'appendice, la jambe postérieure n'a pas d"épine latérale, et le troisième article antennaire du Mille est bifurquée.
Slœurs, habitudes, régime. — Le Schizocera
geminata, dont la Larve vit sur le Rumex aeutus, est une espèce fort répandue; le 5. furcata, dont la Larve rouge vit sur le Rubus idœus, est encore une espèce commune.
LES CIMB1C1NES — CMBICINES
Knopfhônwr, Cimbecinen.
Caractères. — La tribu des Cimbicines, qui forme notre dernier groupe, se distingue aisément à ses antennes en massue, et à la conformation pesante du corps. En raison de la largeur et de la lourdeur de leurs corps, cesTenthrèdes à antennes claviformes sont les représentants des Bourdons parmi les Tenthrédines. Leurs caractères génériques consistent dans deux cellules marginales, trois cellules sousmarginales et une cellule lancéolée divisée par une nervure transversale.
I) Sy.lÇu, je fends; xipa:, corne.
LES CIMBEX — CIMBEX (1)
Caractères. — Les antennes claviformes comptent 7 articles, dont une massue de deux articles; les ailes allongées dépassant l'abdomen ont la cellule lancéolée traversée par une nervure droite.
Remarquons tout d'abord, à propos de la dénomination des espèces, que leur détermination scientifique est de date récente. Klug avait, en effet, réuni sous le nom de Cimbex variabilis, dans son travail monographique publié en 182'J, un grand nombre d'espèces diverses, formant des groupes de transition, et décrits par les auteurs plus anciens sous les noms de Cimbex fémoral a, Cimbex sylvarum, et autres. Depuis lors l'élevage des Larves a montré qu'il fallait réformer les désignations en usage, et M. André (2) admet trois espèces dont il donne la longue synonymie.
LE CIMBEX DU BOULEAU. — CIMBEX EEMORATA OU BETVLJE.
Birken Knopfhornwespe.
Caractères. — La tète, le thorax, et les jambes, dans l'espèce que nous représentons, sont revêtus de poils noirs ou jaunes, mais pas assez serrés pour cacher la teinte noire et l'éclat de leur surface. L'abdomen, noir à reflets plus ou moins violets chez le Mâle (fig. 1156), est d'une teinte noire, ou jaune taché de noir; il est plus clair chez les Femelles (fig. 1154). Les antennes, ainsi que le corps, sont d'un jaune-brunâtre ou d'un jaune pur, les ailes sont transparentes ou jaunâtres; elles portent des taches brunes auprès du stigraa alaire, et sont troubles au voisinage du bord postérieur; chez le Mâle, plus foncé, les hanches postérieures sont allongées, et les cuisses postérieures sont très épaisses.
C'est un très bel Insecte mesurant 15 à 25 millimètres et atteignant 40 à 55 millimètres d'envergure.
Mœurs, habitudes, régime. — La Larve
adulte (fig. 1157 et 1158) est d'un vert assez vif plus ou moins bleuâtre; elle porte des plis transversaux très nombreux et très fins; elle est parsemée de verrucosilés irrégulières et blanchâtres, surtout sur les côtés, et est ornée d'une ligne noire longitudinale bordée de part
(1) Kinëïré, sorte de Guêpe.
(2) André, Species de* Hyménoptères, l«"0,
LES GYN1PIUES.
Fig. 1154.
Fig. 1156.
Fig. IISÎ. — Le Cimljpx du Bouleau, Femelle, grand, tiat. Fig. 1155. — La coi]ue dont elle sort avec son couvercle soulevé.
Fig. 1157.
Fig. 1158.
Fig. 1I5C. — Le Cimbex du Bouleau, mâle, grand, nat. Fig. 1157 et 1158. — Larves, l'une étendue, l'autre enroulée, de grand, nat.
Fig. H5i à 1158. — Les Tenthrédonides (C;mbex).
et d'autre de stries jaunes; la lête ronde est jaune; dans sa jeunesse, un revêtement de poussière lui donne une teinte uniforme et blanchâtre; l'animal possède vingt-deux patles.
Elle dévore isolément les feuilles des Bouleaux, des Hêtres et de divers Saules. Comme ses semblables, elle a l'habitude de faire sourdre des côtés de son corps, lorsqu'on la saisit, une liqueur verdâtre, qu'elle peut même lancer à une certaine distance ; mais cette liqueur ne s'écoule pas aussi abondamment que chez d'autres. Au repos, elle se roule, pendant le jour, à la face inférieure des feuilles; lorsqu'elle mange, elle chevauche sur le bord de la feuille; nos ligures 1157 et 1158 représentent ces deux attitudes.
Quand elle a acquis toute sa taille, elle file,
sur un rameau, un tonnelet brun, parcheminé (fig. H 55), dans lequel elle repose à partir du mois de septembre ou d'octobre pendant toute Tannée suivantejusqu'au mois de mai de l'année qui vient ensuite ; elle ne subit la Nymphose que quelques semaines avant de prendre son vol. Celle-ci ronge son couvercle dans la coque, et fait son apparition aussitôt, fût-ce même dans la poche d'un vêlement ! C'est ce quiarriva précisément, un jour, à un des amis de Taschenberg, qui avait recueilli un cocon à son intention, l'avait mis de côté dans son veston, et n'avait plus pensé à me le remettre. Ce travail ne coûte pas grand'peine à la Tenthrède, car ses mâchoires ont assez de puissance pour pincer un doigt d'enfant jusqu'au sang.
LES CYNIPIDES — CYNIPIDsE
Die Gallwespen.
Toutes les Cynipides se pré- noptères, peu apparents, d.'une longueur de 4mm,l5; il y en a bien peu de plus grands; beaucoup n'atteignent pas 2mm,25 (fig. 1159). Ils sont noirs, ou bien noirs et rouge clair, ou noirs et bruns, ou entièrement brun clair, jamais ornés de marques brillantes. Les antennes, droites, non brisées, sont filiformes, ou sentent à nous sous l'aspect dej petits Hymé- | s'épaississent peu à peu mais faiblement vers Bhehh. — VIII. Insectes. — 118
Fig. 1159. — Cynips
LES CYNIPIDES.
la pointe ; elles se composent de douze à quinze articles, ordinairement bien distincts ; le premier est le plus large, le second est très court, et le troisième est le plus long. Chez le Mâle il y en a habituellement un on deux de plus que chez la Femelle : souvent aussi le troisième article est arqué ou échancré et plus svelte.
La tiHe est petite, presque ronde, insérée assez bas. parce que le thorax très bombé s'élève en l'orme de bosse. Le vertex porte trois ocelles. La bouche est modérément développée; la lèvre supérieure, très petite, est courte ; les mâchoires sont élargies à l'extrémité et frangées; la lèvre intérieure, large, n'est pas échancrée ; lu langue est très courte, les palpes l'ont à peine saillie sur la lèvre, et se composent les uns de quatre à cinq articles, les autres de deux à trois.
Les Cynipides se distinguent en premier lieu detous les Hyménoptères décrits jusqu'aux Ichneumonides parleur trochanteràdeux articles, caractère qui leur est commun avec les ramilles précédentes. On les reconnaît en outre facilement à la conformation propre de leurs ailes antérieures : il leur manque le ptérostigma et toutes les cellules médianes. Elles n'ont qu'une cellule marginale close et deux cellules sous-marginales fermées, outre les deux cellules scapulaires II y a deux formes principales à distinguer : dans l'une, la première cellule sousmarginale est très étroite et longue, la seconde forme un triangle qui diminue jusqu'au point de disparaître, et la troisième, en raison de la brièveté du cubitus, n'est pas close ; dans l'autre forme, la première cellule sous-marginale est plus grande, presque quadrangulaire, et cet aspect résulte de la fusion de la seconde avec la première ; la troisième est close, par le bord de l'aile et par le cubitus qui s'étend jusque-là, entre les deux, la cellule marginale, large et triangulaire, s'enfonce en formant presque un angle droit. Les ailes postérieures ont tout au plus une seule nervure, et par conséquent point de cellule. 11 existe des espèces dont les Femelles ontdes ailes atrophiées, ou n'en ont pas du tout ; elles se rapprochent ainsi des petits lchneumons, mais ne peuvent être confondues avec eux, à cause de leur abdomen comprime latéralement et grâce encore à quelques autres caractères.
L'abdomen, court, est comprimé latéralement, au point de former parfois une saillie en carène sur la face ventrale ou sur la race dorsale ;
il s'applique contre le métathorax auquel il est relié, dans d'autres cas, par un pédicule court, ou par un anneau qu'on considère, ainsi que chez les Fourmis, comme un article intermédiaire et qui n'est pas compté. Les arceaux dorsaux (tergi tes) sont rarement de même longueur et le dernierarce;iu ventral (sternite) fait saillie, au moins chez la Femelle, sous la forme d'une écaille plus ou moins grande, par dessus l'écaille dorsale (tergite) ; toutes deux s'écartent souvent très largement l'une de l'autre. La tarière a l'aspect d'une soie Une et longue, recourbée dans l'intérieur du corps, et qui n'a pasde tendance à faire saillie à l'état de repos.
L'extrémiié abdominale est plus mousse chez le Mâle, qui se dislingue en outre par sa taille plus petite et souvent par une conformation diiférente des antennes.
Il existe toute une série d'espèces chez lesquelles on n'a encore trouvé aucun Mâle (Neu-
Fig. llo'O. — Tarière d'un Cynipide (
(*) A. Abdom«n montrant le segment anal ouvert laissant voir la tarière a et la papille anale b. — B. La tarière et ses pièces accessoires : a, tarière et sa gaine ; A, papilles anales.
roterus, Aphilohix) : on doit admettre là une procréation sans fécondation préalable, une Parthénogenèse.
Mais cette Parthénogenèse diffère essentiellement de celle de l'Abeille ; chez celle-ci, en elfet, si la fécondation l'ait défaut, il ne naît que des Mâles; chez un grand nombre de Cynipides, s'il n'y a pas accouplement, il ne parait que des Femelles, les Mâles ne se montrant qu'accidentellement. Mais chez certains Cynipides le mode de reproduction est infiniment plus compliqué, ainsi que l'a découvert le Dr Adler (I) : les OEufs pondus par une espèce déterminée fournissent une génération tout à fait diiférente, même tellement aberrante qu'elle avait été jusqu'ici décrite comme formant une espèce distincte appartenant même à un autre genre; ces Cynipides offrent donc
(l) H. Adler, La génération alternante chez les Cynipides ; traduction J. Liclitenstein. Paris, J.-B. Eaillièie.
LES GYNIP1DES.
Fig. 110-.'.
Fig. 1163.— Galle en artichaut, produite sur le Chêne rouvre par VAndricus gemmas.
Fig. 1164. —Galle de Hongrie, se développant sur le Chêne ordinaire à la suite de la piqûre du Cynips calicis.
Fig. 1165 et 1166. — Petite Galle couronnée d'Alep produite par le Cynips polycern (Giraud).
Fi». 1161 à 1166. — Différentes sortes de Galles produites par les Cynipides.
Fig. 1161.
Fig. 1161. — Galle des teinturiers produite sur le Quercus infectoria par la piqûre du Cyiips tinctorin.
Fig. 1162. — Galle dite Pomme de Chêne, se développant sur le Chêne tauzin à la suite de la piqûre du Cynips aryenteu .
un phénomène de génération alternante. En d'autres termes, une génération agame ne présentant que des individus Femelles, se développant dans des Galles de nature spéciale, donne naissance à une génération comprenant des individus Mâles et Femelles en nombre égal qui se développent dans des Galles de nature toute différente des premières ; c'est ainsi,
par exemple, que VApkilolrix gemma ou fecundatrix agame, c'est-à-dire Femelle, apparaissant en avril et' sortant des Galles en Artichaut qui se développent à l'aisselle des feuilles de Chêne, pique les bourgeons des Chênes et détermine la formation de petites Galles fixées librement sur les chatons lors de la floraison. Ces Galles donnent naissance vers la mi-juin
LES CYNIPIDES.
à VAndricus pilosus, des deux sexes, dont les Femelles reproduisent, par la piqûre des bourgeons, les Galles en Artichaut primitives ; d'où naissent au printemps suivant des Aphilotrix gemmse agames.
En découvrant les générations alternantes des Cynipides, le Dr Adler a fait une des plus intéressantes découvertes biologiques de ces dernières années.
Mœurs, habitudes, régime. ■ — Origine des
Galles, leur nature. — Les belles excroissances, vermeilles et sphériques, qu'on trouve quelquefois par demi-douzaines à la face inférieure des feuilles de Chêne, sont connues de tout le monde sous le nom de Noix de Galle; chacun sait qu'une espèce plus ligneuse, qui nous vient du Levant, est indispensable à nos besoins. Ces déformations des plantes, et d'autres encore, sont désignées sous le nom général de Galles; elles sont le résultat d'une tuméfaction maladive du tissu cellulaire, produite soit à la suite d'une piqûre d'Insecte, soit plus généralement sous l'influence du développement de la Larve ; ces galles sont destinées à ournir la nourriture et l'abri aux couvées des Animaux qui ont provoqué leur formation.
Le nombre des Insectes qui produisent des Galles est considérable : ce sont principalement des Diptères de la famille des Cécidomyides, certains Coléoptères, des Pucerons, des Tenlhrédides et des Cynipides. Comme aucune partie des plantes, depuis les racines jusqu'aux rameaux, depuis les feuilles jusqu'aux fruits, n'est à l'abri de ces productions, il n'y a pas lieu de s'étonner de la variété inattendue de leurs formes. Ce sujet, qui n'est pas complètement élucidé depuis longtemps, a récemment occupé l'attention des Naturalistes ; mais nous ne pouvons l'approfondir ici au delà de ce qui concerne les Hyménoptères et en particulier les Cynipides {Cynipidee), famille "spéciale de cet ordre d'Insectes, qui produit les Galles les plus parfaites.
Ces petits êtres, dont nous allons étudier quelques-uns tout à l'heure, implantent leur tarière à l'endroit précis que leur indique l'instinct, sur des plantes bien déterminées ; ils déposent un ÛEuf dans la plaie, et celle ci devient le siège d'une excroissance, en forme de sphère, de bouton, de cône, de corne, de chevelure touffue ou toute autre forme merveilleuse (fig. 1161 à 1166, (ig. 1180 à 1186), dont la croissance continue est en rapport avec le développement de l'Insecte. C'est seulement quand
l'habitant cesse de croître, que la Galle atteint sa maturité. On saisit donc bien la cause et l'effet ; ce que l'on ne voit pas, c'est la façon dont cet effet se produit. Ce problème doit être résolu parla Physiologie végétale et la Physiologie animale réunies.
Nous allons nous occuper ici des conditions dans lesquelles les Galles se produisent.
Une première condition, c'est la vitalité de celte partie de la plante qui la porte, et la possibilité de se développer sur la plante-mère. Chaque Galle périt dès qu'on la détache, alors même qu'on parviendrait à la maintenir à l'état frais par l'immersion dans l'eau.
Une deuxième condition, c'est la blessure produite parle Cynips qui vient y pondre ses OEufs. Celui-ci possède une tarière rigide et fine, dissimulée dans son corps, mais qu'il peut étendre longuement pour l'enfoncer dans la plante au moment de la ponte. L'OEuf constitue un corps étranger pour le végétal, qui réagit alors d'autant plus que le corps étranger, loin de rester inerte, s'accroît de jour en jour. Il s'agit de savoir, maintenant, quel genre d'excroissance va déterminer la Larve en se développant. Prendra-t-elle la forme d'une sphère, d'une lentille, d'un gland, etc.? Le suc constitutif du Chêne, l'espèce particulière de ce Chêne, l'emplacement de la piqûre, sur le parenchyme ou la côte d'une feuille, sur l'écorce, sur le bois jeune, etc., ont une influence réelle mais non décisive sur le résultat. Comment comprendre, en effet, la production d'une même forme, la forme sphérique par exemple, sur des sièges différents, tels que le parenchyme des feuilles et le bois jeune ? Comment expliquer l'apparition simultanée de formes variées sur un même emplacement, comme on le constate souvent sur une même feuille de Chêne? Il faut ici une autre influence encore que celle du suc constitutif ou de la simple irritation. Ces différences notables peuvent être sous la dépendance du liquide injecté pendant la ponte, de ce « poison des Cynipides » ainsi que nous pouvons le désigner en raison de son action sur les végétaux ; mais ce qui est certain, ainsi que l'a démontré Adler, c'est qu'il n'y a aucune modification des tissus avant que la Larve ne soit éclose (fig. 1169 et 1170). MM. de Lacaze-Duthiers et Riche (1) ont parfaitement étudié l'alimentation et le mode d'ac-
(I) De Lacaze-Dutliiers et Riche, Mémoire sur l'Alimentation de quelques Insectes gallicoles et sur la production des graisses. Ann. se. nat., 1853.
LES CYNIPIDES.
Fig. 1176, Mil, 1178.
Fig. IIG7. — Galle en Cerise fraîche coupée suivant son grand diamètre pour montrer la chambre larvaire vide.
Fig. 1108. — Autre coupe d'une Galle en Cerise dont la chambre larvaire est occupée par une Larve.
Fig. 1169. — Coupe d'une Galle. — a, cavité; 6, couche nutritive; c, loges aériennes ; il, substance radiée ; e, enveloppe.
Fig. 1170. — Coupe de la Galle do grandeur naturelle, montrant la position occupée par les vaisseaux.
Fig. 1171. — Galle d'Alep montrant le trou de sortie du Cynips.
Fig. 1172. — Coupe d'une Galle d'Alep montrant la chambre larvaire.
Fig. 1173. — Coupe d'une Galle dite pomme de Chêne montrant au centre l'unique chambre larvaire.
Fig. 1174. — Coupe d'une Galle en artichaut, au centre on aperçoit la véritable Galle ou chambre larvaire installée dans une petite loge.
Fig. 1175. — Coupe d'une môme Galle montrant la petite loge sans la Galle proprement dite.
Fig. 117B. — La Galle proprement dite ùtée de sa petite loge, de grandeur naturelle.
Fig. 1177. — Cette Galle ouverte montrant la chambre occupée par une Larve de grandeur naturelle.
Fig. 1178. — La même très grossie.
Fig. 1179. — Coupe d'une Galle corniculée montrant la structure d'une Galle h plusieurs chambres larvaires.
Fig. 1167 à. 1179. — Structure intime des Galles.
croissement des Insectes gallicoles, soit par la réaction de l'iode, soit au microscope. Constatant que Vamidon forme à lui seul presque complètement la masse centrale des Galles, masse qui est seulement entourée d'une enveloppe protectrice riche en tannin, ils ont établi par des analyses journalières que les Larves de Cynipides transformaient successivement .une grande partie de cette substance amylacée, au fur et à mesure de leur augmentation de volume, en matière grasse qu'elles emmagasinaient dans leurs cellules adipeuses.
<( 11 est curieux, disent-ils, de remarquer que les Larves des Cynips, qui sont si grasses et si bien développées, se trouvent placées exactement dans les conditions que l'on recherche pour l'engraissement : enferméesdans une loge où elles ne peuvent se mouvoir qu'avec peine,
elles sont condamnées à un repos presque absolu ; aussi la respiration doit-elle être bien peu active, circonstance toujours précieuse, on le sait, pour le développement de la graisse. Une autre cause fait aussi que cette fonction doit être lenie : les couches de tissu qui enveloppent la loge centrale sont épaisses et souvent très résistantes ; si elles n'empêchent pas l'air d'arriver, elles ne permettent pas du moins qu'il se renouvelle avec beaucoup de facilité. Et sans vouloir pousser la comparaison ;m delà des limites qu'elle comporte, nous ne pouvons nous empêcher d'observer que le repos, l'isolement, la tranquillité et l'obscurité où les agriculteurs placent leurs Animaux à l'engrais, se trouvent ici réunis pour des Larves qui se trouvent toujours remarquablement grasses.»
D'ailleurs, une condition de prospérité pour la
LES CYNIPIDES.
Galle, c'est le développement et l'activité dévorante de la Larve qu'elle renferme. Car la Galle cesse de croître et s'atrophie, quand la Larve périt à une période encore indéterminée, il est vrai, de son évolution et de celle de laGalle.
LesCynipides ont des Parasitesextrêmement nombreux, qui peuvent dans certains cas remplacer leur Larve propre pour continuer le développement de la Galle et qui, dans d'autres cas, l'entravent. On trouve en effet des Galles atrophiées, qui ne contiennent point d'Animaux vivants ; ceux-ci ont dû périr trop tôt pour que ces Galles aient pu poursuivre leur développement.
On peut considérer ainsi la Galle comme un Parasite de la plante, dont le parasitisme ne prolite pas à lui-même, mais à l'Animal qui l'habite. LesCynipides pos-èdent donc sur les plantes un pouvoir qu'aucun autre Insecte ne possède, et que l'Homme même n'acquiert pas dans ses tentatives de perfectionnement. Les Galles produites parles Gynips sont absolument closes, et ne présentent pas d'orilice comme les autres Galles ; l'Hyménnptère développée dans son intérieur estobligée delà rongerpour satisfaire son amour de la liberté. La Chenille qui creusele parenchyme d'une feuille, la Larve qui perfore quelque vieille planche, jouissent tous deuxd'unecertaine liberté ; ils sont maintenus, il estvrai, dans le périmètre qui limite leur provision alimentaire, mais ils peuvent s'y enfoncer à leur gré, et élargir ainsi leur domaine. Pour la Larve du Cynips il en est tout autrement. Elle gît dans uu noyau dur comme pierre, appelé « Chambre des Larves » (fig. 1 167, 1168, 1172, 1176, 1177, 1178 et 1179), ainsi que l'amande dans le noyau de Cerise ou dans le noyau de Prune. Ainsi enfermé dans cette cellule, 1 Insecte doit percer ses parois et les autres enveloppes ultérieures de nature charnue ou ligneuse, quand a fini son évolution.
La Noix de Galle commune ne renferme qu'une chambre larvaire en son milieu; aussi compte-t-elle parmi les Galles à une seule chambre (fig. 1167 et 1168); on conçoit sans peine, d'après cela, comment sont faites les Galles à plusieurs chambres. Il n'y a pas lieu d'expliquer en détail toutes les dénominations qu'on a attribuées aux Galles d'après leur constitution : ligneuse, parenchymateuse, amylacée, etc., d'après leur siège sur les feuilles, les racines, les bourgeons, les fruits, d'après leurs formes, et d'après leurs groupements s'il y en a plusieurs réunies.
Généralement, la production de chaque espèce de Cynipides a son siège spécial sur une plante déterminée, et sa forme propre. Mais il n'y a point de règle sans exceptions : les Galles des Spathegasler baccarum se développent sur les feuilles, mais parfois aussi sur les chatons des Chênes ; l'Hyménoptère galligène des Rosiers pique généralement les Rosiers aux branches, où se forment les Galles touffues que l'on connaît sous le nom de Sédeyuar, maisellepeut aussi le piquer aux racines ou bien sur toute autre partie. Un intéressant Cynips, le Biorhiza aptera, vit ordinairement dans les Galles radiculaires du Chêne, mais on l'a trouvé aussi sur les racines du Pin. 11 est possible qu'en continuant ces observations avec attention et assiduité, on voie augmenter le nombre de ces Insectes qui varient le siège de leurs domiciles. On rencontre des Galles d'une seule et même espèce qui diffèrent non seulement par leurs tailles, mais encore par leurs couleurs et par des modifications peu essentielles dans leurs formes. Récemment Von Osten-Saken, dans l'Amérique du Nord, a retiré de deux Galles différentes les deux sexes d'une seule et même espèce de Cynips.
Les Cécydomyides vivent sur les plantes les plus diverses ; parmi les plantes herbacées, c'est à peine si l'on doit citer quelques Synanthérées (Centaurea, Scorzonera, Hieracium), le Pavot sauvage, le Lierre terrestre, le Bouillon blanc, et quelques autres végétaux dicotylédones comme nourrissant des Cynipides.
Ils vivent, à peu d'exceptions près, sur les diverses espèces de Chênes; en sorte qu'à ce point de vue on a pu désigner le Chêne comme le véritable arbre de la fédération, car un plus grand nombre d'Insectes trouvent leur nourriture et habitent en paix les uns à côté des autres dans son intérieur et dans ses parties externes que sur n'importe quel autre arbre. D'après Mayr(l ), le Chêne seul nous oflre, dans l'Europe centrale, deux Galles radiculaires, huit Galles corticales, trente-neuf Galles des bourgeons, trente-quatre Galles des feuilles, neuf Galles des fleurs mâles, et quatre Galles des fruits. Pour la France et l'Europe méridionale, les proportions sont changées , pour l'Amérique du nord, elles sont encore différentes. Von Osten- Saken compte vingt-quatre Galles sur les Chênes de l'Amérique septentrionale, particulièrement auprès de Washington.
(1) Mayr, Lie mitteleuropâischen Eir.héngallen in Wort vnd Bile/. Wien, 1871-
LES GYNIPIDES.
21vi
Outre les Chênes, il faut considérer, à ce point de vue, les Erables, les Sorbiers, les Rosiers sauvages elles Ronces.
D après les observations encore insuffisantes à cet égard, qui ont été publiées dans les pays étrangers à l'Europe, les Galles ne manquent nulle part, mais on ne rencontre nulle part aussi la niasse de Cynipides que l'on trouve dans nos pays. Depuis Alexandrie jusqu'au bout de la presqu'île de Sinaï, de Frauenfeld a vu de nombreuses Galles sur les Tamarix. mais il affirme qu'aucune ne pouvait appartenir à un Cynipide. Schrader, qui s'étend longuement sur les Gallicoles d'Australie, signale fort peu de Cynips, mais surtout des Diptères, des Cochenilles et des Pucerons.
Les Chênes produisant un grand nombre d'espèces de Galles dont plusieurs se trouvent dans le commerce, nous allons étudier en détail (1; les différentes espèces employées dans la teinture.
1 . Galle du Chêne des Teinturiers. C'est à Olivier que nous devons la connaissance de l'espèce Querrus infectoria, Olivier (flg. 1161), qui est répandue dans toute l'Asie Mineure, jusqu'aux frontières de la Perse, et qui nous fournit l'excroissance nommée Noix de Galle ou Galle du Lavant. C'est un arbrisseau tortueux, haut de lm,30 à lm,60, à feuilles oblongues, mucronées-dentées, luisantes en dessus, pubescentes en dessous, portées sur des pétioles longs de 13 à 18 millimètres. Les glands sont allongés et sessiles.
La Noix de Galle nous est apportée surtout de la Syrie et de 1 Asie Mineure. La meilleure porte dans le commerce le nom de Galle noire, ou de Galle verte d'Alep, à cause de sa couleur et parce qu'elle vient des environs d'Alep en Syrie. Elle est grosse comme une Noisette ou une Aveline, d'une couleur verte noirâtre ou verte jaunâtre, glauque ; elle est compacte, très pesante et très astringente; elle doit en partie ces propriétés au soin qu'on a eu de la récolter avant la sortie de l'Insecte ; car les Galles que l'on oublie sur l'arbre, et qu'on ne cueille qu'après, sont blanchâtres, légères, peu astringentes, et se reconnaissent d'ailleurs au trou rond dont elles ont été percées par l'Insecte. Elles forment, sous le nom de Galle
(1) Voyez surtout Guibourt, Histoire naturelle des Drogues simples. 7e édition, par G. Planchon. Paris, 1876, i II. p. '' >!). Nuus emprunterons i cet auteur d'excellents renseignements descriptifs et techniques.
blanche, une sorte du commerce bien moins estimée que la première.
La Galle de Sua/rue, ou de l'Asie Mineure, diffère peu de celle d'Alep ; cependant elle est généralement un peu plus grosse, moins foncée en couleur, moins pesante et plus mélangée de Galles blanches. Elle est moins estimée pour ceux qui la connaissent; mais la plupart du temps elle est vendue comme Galle d'Alep.
2. Petite Galle couronnée d' Alep (fig. 1 (Go et 1166). Cette espèce se trouve mêlée à la Galle d'Alep et doit provenir de la piqûre des bourgeons terminaux à peine développés par un Cynips. Elle est grosse comme un pois, c'ourtement pédiculée par le bas, couronnée supérieurement par un cercle de pointes disposées comme la couronne d'un fruit de myrte ou d'Eur/enia. L'intérieur est formé de quatre couches concentriques rayonnées, dont la plus intérieure seule est amylacée. Au centre se trouve une cavité unique. Cette Galle ne peut pas être prise pour une jeune Galle commune d'Alep, parce qu'elle est souvent percée d'un trou très large qui indique qu'elle est parvenue à toute sa grosseur.
3. Galle marmonne. Cette Galle vient du Levant; elle est d'un gris peu foncé, jaunâtre ou rougeàlre, ayant de 10 à 15 millimètres de diamètre. Elle est presque sphérique, seulement un peu allongée en pointe du côté qui forme le pédicule, à peine marquée d'aspérités, et cependant à surface rugueuse. Elle a ■ une cassure uniformément rayonnée et d'un jaune prononcé. La couche amylacée est très mince, rayonnée et peu distincte de celle qui l'entoure ; la cavité centrale est spacieuse et régulière.
A. Galle d'htrie, Petite Galle globuleuse de (J à 1-2 millimètres de diamètre, allongée en pointe du coté du pédicule, généralement d'une couleur rougeàtre, privée d'aspérités pointues, mais profondément ridée par la dessiccation. Elle est très souvent percée et vide d'Inseele. La cassure en est rougeàtre, rayonnée, assez compacte ; la couche amylacée peu distincte, la cavité centrale vaste et régulière. Celte Galle est peu estimée.
5. Galle de Hongrie ou du Piémont (flg. 1164). C'est une excroissance très irrégulière qui provient de la piqûre faite par le Cynips calicis à la cupule du gland de Chêne ordinaire, Quercus robva; L., après que l'ovaire a été fécondé. Celte excroissance, qui partie plus souvent du
LES CYNIPIDES.
centre même de la cupule, s'élève d'abord sur un pédicule qui n'empêche pas toujours le gland de se développer à côté ; mais souvent aussi l'excroissance remplit toute la cupule, déborde par-dessus de tous les côtés et la recouvre à l'extérieur. Cette Galle présente, au centre d'une enveloppe ligneuse, une cavité unique prenant de l'air par le sommet, contenant une coque blanche qui a dû servir aux Métamorphoses de l'Insecte, et renfermant quelquefois le Cynips lui-même, pourvu de ses ailes. Il ne faut pas confondre cette excroissance avec la suivante, qui s'y trouve mélangée, mais dont la nature est bien différente.
6. Galle corniculée (fig. 1185 et 1186). Cette Galle est généralement comme assise par le milieu sur une très jeune branche, et comme formée d'un grand nombre de cornes un peu recourbées à l'extrémité. Elle est jaunâtre, ligneuse, légère, creusée à l'intérieur d'un grand nombre de cellules entourées chacune d'une couche de substance rayonnée, s'ouvrant toutes à l'extérieur par un trou particulier et chacune ayant servi de demeure à un Insecte (fig. 1179).
7. Galle en artichaut (fig. 1163). Cette Galle, assez commune sur le Chêne-rouvre de nos contrées, ressemble à des cônes de houblon. Elle provient du développement anormal de l'involucre de la fleur femelle avant la fécondation. Telle que j'ai pu l'observer, après l'avoir ouverte longitudinalemenl en deux parties, elle est formée intérieurement d'une sorte de réceptacle ou de thorus ligneux qui provient du développement contre nature de la base même de l'involucre. Réaumur a comparé avec raison cette partie au fond de l'artichaut (fig . 1 174 et 1 1 75). Ce thorus se relève un peu en forme de coupe sur le bord et présente deux sortes d'appendices. Ceux qui garnissent l'extérieur ne sont autre chose que les écailles de l'involucre, développées et restées libres, un peu épaissies et velues sur le milieu, amincies et transparentes sur le bord, lequel présente quelquefois la dentelure lobée de la feuille de chêne. Ce développement anormal montre bien que les écailles de l'involucre du chêne ne sont que des bractées ou des feuilles avortées. Quant aux appendices qui se sont développés sur la surface supérieure du thorus, et qui ressemblent à de longues paillettes soyeuses de Synanthérées, le germe en existait sans doute à la surface interne de la cupule qui embrassait l'ovaire. L'ovaire manque quel-
quefois ; mais le plus souvent je l'ai trouvé resté slationnaire sur le milieu du thorus et parfaitement intact.
8. Gulte ronde de V Yeuse, Galle de France (fig. 1180 et 1181). Cette Galle se trouve dans le commerce. Elle est parfaitement sphériqueavec un diamètre de 19 à 22 millimètres. Elle est tantôt entièrement unie à sa surface et d'autres fois légèrement inégale et ridée comme une orangette. Elle est très légère, d'un gris verdâtre, ou un peu rougeâtre. 11 est diflicile d'en trouver qui ne soit pas percée. Elle offre une cassure rayonnée, uniforme, spongieuse, d'une couleur brunâtre toujours assez foncée, excepté la couche la plus intérieure qui est plus dense et blanchâtre, sans cependant être amylacée. L'Insecte lui-même, que j'ai rencontré une fois, est d'un rouge brun. Cette galle vient sur le Quereus llex L., dans le Midi de la France et en Piémont. On la trouve aussi, en certaine quantité, dans la Galle de Smyrne; Cette Galle a beaucoup de rapport avec la suivante ; je présume que sa seule différence tient à l'espèce de Chêne qui l'a portée.
9. Galle ronde du Chène-rouvre (fig. 1182) ; Galle du petiote àés feuilles de Chêne. Cette Galle croît sur les jeunes rameaux du Chêne-rouvre, aux environs de Paris, et sur le Chêne tauzin [Qucrcus pyrenaica), auprès de Bordeaux. Elle est souvent rapprochée, au nombre de 4 ou 5, à l'extrémité des rameaux. Elle est parfaitement sphérique, de 15 a 20 millimètres de diamètre, très unie, d'une couleur rougeâtre, légère et spongieuse. La cavité centrale est tantôt unique et ne loge qu'un Insecte, tantôt divisée en 3 ou 4 loges dont chacune contenait un Cynips.
10. Galle ronde des feuilles de Chêne. On trouve sur les feuilles de nos Chênes un grand nombre de Galles de diverses natures, dont deux, entre autres, qui ont été décrites par Réaumur sous le nom de Galle en cerise et Galle en grain de Groseille (fig. 1183 et 1184). Ces deux Galles sont de même nature, mais de grosseur bien différente. Elles sont sphériques, lisses, d'un beau rouge et succulentes à l'état récent, et se rident considérablement par la dessiccation. Desséchées, elles sont spongieuses et très légères ; elles ne présentent qu'une cavité centrale. Elles sont complètement délaissées, ainsi qu'une Galle dis chatons Mâles, éparse sur le rachis, que je passe sous silence.
11. Pomme de Chêne. Réaumur a décrit sous ce nom une Galle terminale, comme didyme
LES CYNIPIDES.
Fig. 1184.
Fig. 1183.
Fig. 1180 et 1181. — Galle ronde du Chêne Yeuse pi- -
duite parle Gjjnips hungarica.
Fig. 1182. — Cille ronde du Chêne rouvre produite par
le Cynips Koilari ou petioli.
Fig. 1183. — Galle en Cerise des feuilles de Chêne pro-
Fig. 1180 à 1186. - Différentes sortes de Galles produites par les Cynipides
Fig. 1181.
duiie pur le Dvyophanta scutellans.
Fig. 1 184. — Galle ronde en grain de Groseille des feuilles
do Chêne produite par le Dryopkanta fnlii. Fig. 118j et 1186. — Galle comiculce produite sur le
Quercus pubescens par le Cynips coronata Gir.
el à plusieurs loges, que je n'ai pas été à même d'observer, et qui n'est pas la Galle à laquelle on donne généralement le nom de Pomme de Chêne. Celle-ci, la plus volumineuse
dans lesenvironsdeBordeaux, dans les Landes et dans les Pyrénées, sur le chêne tauzin, Quercus pyrenaica. Sous le nom de oack ap/de, elle est également bien connue en Angleterre, où elle
des balles de Chêne (fig. 1162), est commune croît sur le Quercus pedunculata. Enfin la figure BREliM- -VI11- Insectes.- H9
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donnée par Olivier du Quercus infecloria, porle à la fuis de la Noix de Galle ordinaire et une Pomme de Chêne. Cependant ces Galles ne sont pas parfaitement semblables. La Pomme de Chêne ligurée par Olivier est complètement sphérique et porte une couronne de pointes vers le milieu de sa hauteur. Les Pommes de Chêne de Bordeaux sont ou sphériques ou ovoïdes et portent leur couronne vers l'extrémité supérieure (fig. 1162). En voici d'ailleui s la description plus détaillée. Celle Galle est sphérique ou ovoï le, de la grosseur d'une petite Pomme ou d'un petit Œuf de poule (35 à 40 millimètres de largeur sur 35 à 50 millimètres de hauteur). Sa surface est parfaitement unie, sauf, vers la partie supérieure, une couronne de 5 à 6 pointes dont quelques-unes sont doublées, et une petite éminence centrale creuse et à bords repliés en dedans. On peut remarquer, à la base, que le pédoncule est aussi rentré en dedans et est en partie recouvert par la turgescence de l'enveloppe. La disposition et le nombre des pointes supérieures paraissent d'ailleurs indiquer que cette Galle provient du développement monstrueux de la (leur femelle piquée avant la fécondation; à l'intérieur (fig. 1173), cette Galle est d'une texture spongieuse uniforme, et elle devient très légère par la dessiccation. Tout à fait au centre se trouve une coque unique, blanche, ovale, dont j'ai retiré quelquefois l'Insecte vivant qu'on nomme le Cymps argentea, peu de temps après avoir reçu cette Galle de Bordeaux. C'est une chose surprenante d'abord de voir sortir du centre d'une masse solide parfaitement close, de 18 à 20 millimètres de rayon, un Insecte qui, après un moment d'exposition à l'air, commence à remuer les pattes, nettoie ses ailes et tente de s'envoler ; mais on a reconnu ensuite qu'il existait à partir du pédoncule jusqu'à la coque un étroit conduit aérifère.
L'étude des Insectes gallicoles ne peut faire de progrès qu'avec l'élevage de ces Animaux, ce qui exige une patience à toute épreuve, pour deux raisons : si l'on récolte les Galles à une époque encore trop éloignée de leur maturité, elles se dessèchent, ainsi que les Larves qu'elles renferment, et l'immersion dans l'eau ne met guère à l'abri de cet insuccès. Si l'on tombe juste au point convenable de maturité, on est encore loin d'avoir fait connaissance avec les Insectes qui les ont produites. Ces Galles sont trop souvent habitées par des Pa-
rasites pour qu'on n'en retire pas plus d'intrus que d'Insectes galligènes. Outre la patience, il faut y apporter encore beaucoup de prudence et de circonspection, pour faire avancer la science dans la voie de la vérité.
Différents habitants des Galles. — De même que les Galles sont loin de provenir toutes des Cynipides galligènes, inversement les Hyménoptères, qui par leur aspect semblent appartenir à cette famille, ne sont pas toutes issues d'une Galle. Ce sont de vraies Gallicoles, mais une bonne partie d'entre elles dépose ses OEufs dans des Galles récentes, créées préalablement, et dans lesquelles la Larve qui doit en sortir se nourrit aux dépens du tissu végétal. Ce sont des locataires, qu'on a désignés sous le nom de Cynips et dont deux espèces peuvent vivre dans une seule Galle. D'après les plus récentes observations de Mayr(1) sur ce sujet, les relations de ces locataires avec leurs hôtes peuvent présenter quatre types différents :
1° Ils peuvent habiter la chambre larvaire d'un véritable Hyménoplère galligène qui a péri à l'état de Larve peu avancée, et cette chambre est alors divisée par de minces membranes en autant de cellules qu'il y a de Larves nouvelles.
2° La chambre de la véritable Larve d'Hyménoptère galligène ainsi qu'une partie du tissu cellulaire ambiant peut avoir été détruite ; et à leur place existe une cavité, également cloisonnée par les Larves locataires.
3" La cavité naturelle de certaines Galles peut être habitée et même élargie par des Larves locataires, sans préjudice pour la Larve primitive qui a été le point de départ de la formation de la Galle.
4" Enfin les locataires se cloisonnent des chambres dans le parenchyme qui entoure la chambre de la Larve primitive; les deux espèces se développent alors l'une à côté de l'autre, sans se nuire. Jusqu'ici on a reconnu, d'une façon certaine, comme locataires, les trois genres Synergus, Sapholytus et Ceroptres.
Une troisième série d'habitants des Galles vit, à l'état de Larve, absolument comme les Ichneumons, au dedans et aux dépens d'autres Insectes, exerçant ainsi un parasitisme complet ; ce sont les nombreuses Hyménoptères gallicoles Parasites.
(1) Mayr, Die Einmiether desmitlekui'opaischen Ekhengalten (Les Locataire? des Galles de Cliènes de l'Europe moyenne) { Verltandl. zool. bol.Gescllsch. in Wien, 1 8 7 "2 , tome XXII).
LES GYNIPIDES.
Les Larves qui vivent dans les Galles, aussi bien celles qui les ont produites que les simples locataires, sont des vers épais, mis, un peu recourbés, apodes, munis d'une tête cornée, sur laquelle on remarque une mâchoire supérieure puissante; ils sont aveugles, et leur configuration générale les rapproche des larves des Apides, des Vespides et des Crabronides. Les Parasites véritables subissent, d'après Ilatzeburg, pendant leur croissance, les mêmes modifications que celles qu'il a observées chez quelques Ichneumons.
Comme partout, la durée de l'évolution y est plus ou moins longue suivant les espèces, mais toutes présentent ceci de commun, qu'elles subissent la Nymphose dans leurs Galles, sans y tisser de coque la plupart du temps, et qu'elles ne restent pas longtemps inertes à l'état de Nymphes. Quelques-unes peuvent passer l'hiver à l'état de Larve, d'autres à l'état d'Insectes parfaits, mais toujours dans des Galles qui n'ont pas été ouvertes encore. Un trou circulaire prouve toujours que l'habitant a quitté sa prison, et souvent les dimensions de l'orifice apprennent si c'est le véritable propriétaire ou un Parasite qui en est sorti.
l' sages. — Teinture. — Depuis un temps immémorial les noix de Galles sont employées dans la teinturerie, dans la tannerie, dans la fabrication des encres ; ce sont elles qui sont employées pour l'extraction du tannin.
On savait depuis le siècle dernier, à la suite des recherches de Lewis, que la Noix de Galle contenait en abondance un principe astringent qui a reçu le nom de tannin ou d'acide tannique, et qui, aujourd'hui obtenu à l'état de pureté, a été appelé acide gallo-tannique, pour le distinguer des tannins extraits d'autres substances végétales et qui possèdent des réactions différentes. On savait également qu'on retirait de la Noix de Galle, par divers procédés, un autre acide nommé acide yallique ; mais c'est à Pelouze que l'on doit d'avoir fait connaître un procédé (le traitement par déplacement, au moyen de l'éther) qui permet de retirer immédiatement 35 à 40 pour 100 de tannin de la Noix de Galle.
Cependant, d'après Guibourt, la composition de cette singulière production naturelle était encore loin d'être connue, non-seulement parce qu'elle contenait beaucoup plus de tannin qu'on ne l'annonçait, mais encore parce qu'elle renferme beaucoup d'autres principes
dontl'exislence y était ou contestée ou méconnue; tels sont de l'acide bézoardique ou ellagique, un nouvel acide auquel il a donné le nom de iutéo gallique, de la chlorophylle, une huile volatile semblable à celle des Myrica, de l'amidon, du sucre et diverses autres substances. Les Galles principalement employées au tannage sont la Galle du Piémont et une Galle de Chine, qui croît sur YUlinns c/iinensis.
Les Galles qui sont le plus généralement utilisées viennent de l'Asie Mineure et sont connues sous le nom de Galles du Levant ; elles sont produites sur le Quercus infectoria, par le Cynipi Galice tinctoriee ou tinctoria. On emploie également la Galle nommée Galle couronnée d'Alep, qui est produite sur le Chêne par le Cynips polycera, Gir., la Gulte comktdée qui se développe de préférence sur le Quercus pubcscens, par le Cynips coronata, Gir., la Galle de Hongrie, qui croît sur les cupules du gland du Chêne commun, Quercus robur.
On emploie le tannin en médecine soit comme fébrifuge, uni aux amers, soit comme astringent.
Caprification. — On sait que les anciens utilisaient le Cynips Psenes pour obtenir des Figues plus succulentes et plus savoureuses; de nos jours encore on a bien soin, en Grèce, d'employer ces Insectes pour la Caprification des Figues sur les arbres cultivés. Cet Hy ménoptère vit dans les Figues sauvages, et se trouve développé à la fin de juin, avant la maturité du fruit; il continuerait à y séjourner si on ne venait l'y troubler. Mais on cueille ces Figues, on les attache par paires au moyen d'un brin de jonc assez long, que l'on jette sur les branches d'un Figuier cultivé, en les répartissant aussi également que possible entre ses fruits. Le dessèchement et le racornissement des Figues sauvages poussent les Insectes à en sortir, et provoquent une seconde génération (anormale) ; ils vont alors élire domicile dans les Figues cultivées pour élever leur nouvelle famille. Avant que cette famille ait accompli son évolution, les Figues sont récoltées, et celle-ci périt après avoir hâté la maturité et accru par sa présence dans les fruits leur richesse en sucre.
Récemment, cet Insecte a été rangé, sous le nom de Blastophaga psenes, parmi les Hyménoptères parasites de la tribu des Ptéromalines, ce qui ne s'accorde guère avec leur influence sur la culture, telle qu'elle vient d'être exposée.