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L'IBALIE EN LAME DU COUTEAU

par une écaille ventrale entrebâillée. La cellule marginale de l'aile antérieure est courte, triangulaire, deux fois plus longue que large, tout au plus. L'écaillé dorsale du second segment abdominal n'atteint pas la demi-longueur de l'abdomen ; enfin le Mâle porte des antennes de quatorze articles, et la Femelle de treize.

LES FI GITES - F1GITES (1)

Caractères. — Le genre Figites (Psilogaster de Hartig) est caractérisé par son pédicule abdominal court et annulaire, qui se trouve divisé par une échancrure horizontale en une partie supérieure plus importante et en une partie inférieure à dentelures mousses; sa surface est striée en long. Les deux premiers segments de l'abdomen, ovale et légèrement comprimé, sont à peu près d'égale longueur; mais le premier se rétrécit graduellement en avant, et ne porte pas de poils à base, comme dans les autres genres. Les antennes sont filiformes chez le Mâle, légèrement renflées en avant et noueuses chez la Femelle. En outre, des poils très clairsemés recouvrent les yeux.

LE F1GITES SCUTELLAIIIE. - FIGITES SCU- TELLIUIS.

Le Ftgites scutellaris (fig. 1201, page 225) est d'un noir luisant; seules les pattes antérieures à partir des genoux sont rouges; la tête, les côtés du thorax, l'écusson rugueux, et le bord antérieur du second anneau abdominal, sont striés. L'écusson, retroussé et crénelé en arrière, présente, à sa racine, deux fossettes profondes et presque quadrangulaires.

Mœurs, habitudes, régime. — Cette espèce paraît être répandue dans toute l'Europe et vit en parasite aux dépens des Mouches du genre Sarcopkaga; toutes les espèces de cette tribu qui ont pu être étudiées sont parasites des Larves de Muscides (Diptères).

LES IBAL1INES — 1BALIWM Die Ibaliinen.

Caractères. — Ces Hyménoptères des Galles Parasites (flg. 1202, page 225) diffèrent trop de la tribu précédente pour y être rattachées. Leur structure spéciale en fait une forme à part,

(1) Figites, sorte d'Anl

ma! inconnu.

qui rentre à peine dans le cadre de cette famille.

L'abdomen sessile est tellement comprimé latéralement, qu'il prend la forme d'une lame de couteau, fixée par son manche au thorax cylindrique et étiré. Ses segments sont égaux entre eux; chez la Femelle ils sont cinq lois plus courts. Le thorax, dont la surface est très rugueuse, porte un écusson presque carré et faiblement échancré au devant des angles postérieurs et au milieu du bord postérieur retroussé; sur le mésothorax se trouvent deux sillons complets et de chaque côté un sillon longitudinal écourté en avant. Le prothorax, dont le bord postérieur est arqué, se prolonge en avant sous forme de cou ; la lête, large et fortement striée, vient s'y appliquer. Les antennes de la Femelle sont formées de treize articles, celles du Mâle de quinze, dont le troisième semble comme rongé au côté externe. Les ailes, troubles, ont des nervures noires et puissantes, et se rattachent à la première forme, mais l'épaisseur de ces nervures fait presque entièrement disparaître la cellule sous-marginale moyenne. Les pattes sont très fortes, surtout les postérieures dont le premier article du tarse atteint plus des deux tiers de la longueur de la jambe.

L'IBALIE EN LAME DE COUTEAU. - IBÂLIÀ CVLTELUTOR.

Caractères. — Cet Insecte, qui mesure largement 11 millimètres de long, est noir; mais ses pattes antérieures, à partir des jambes, et son abdomen lisse, sont d'un brun-rouge.

Aiœurs, habitudes, régime. — Elle est Parasite des Larves des Sirex communs, que nous avons étudiés plus haut. Une année où ces Hyménoptères s'étaient montrés en grandes masses, dans les forêts de l'Allemagne, ces Ibalies apparurent en foule pendant l'automne, sur les troncs de Sapins ; c'étaient principalement des Mâles. Depuis lors, Taschenberg ne les a pas rencontrées dans cette forêt; il ne les a revues qu'isolées sur les fleurs des bois pendant l'été, en Suisse; plus récemment il les a retrouvées une première fois sur le mur extérieur, une seconde fois sur la fenêtre d'une maison neuve, en sorte que ces Parasites habitent ainsi que leurs hôtes les boiseries de nos édifices.

Nous prenons, ici, congé des Hyménoptères,

LES FIGITIDES.

non sans un sentiment d'admiration et de reconnaissance à leur égard; car nous en avons trouvé, parmi eux, un grand nombre qui ne méritent pas moins que les Abeilles et les Fourmis d'être choisis pour emblème et pour

modèles d'un zèle infatigable et d'un amour constant de l'ordre.

En les quittant nous passons à des Insectes qui, par un contraste aussi tranché que possible, sont l'image de la légèreté et de l'inconstance.

Fig. 1203'. — Feuille; de Cliène chargée de Gilles en Corise et leur habitant le Dryophanta scutellaris.

LES LEPIDOPTERES ou PAPILLONS — LEPWOPTERA

GLOSSA TA

Die Schmelterlinye. — Die Faller.

Caractères. — Si l'on lient compte de l'impression que produit l'aspect général des Insectes, les Papillons doivent occuper la place d'honneur; merveilles de beauté, de fraîcheur et d'éclat, ils ont les premiers entre tous frappé le regard de l'enfant, et attiré ses désirs ; plus tard ils nous ont charmés cl nous ont procuré de douces rêveries en nous entraînant vers l'idéal.

Les Lépidoptères ont avec les Hyménoptères plusieurs points d'analogie : leur thorax est formé de trois anneaux étroitement unis, privés de toute indépendance ; la tôle émerge librement, et porte des antennes droites toujours bien visibles, de grands yeux à nombreuses facettes et quelquefois des ocelles ; le corps très élancé est entouré d'une cuirasse de chitine, revêtu d'une épaisse toison de poils serrés des plus délicates écailles ; quatre ailes permettent à l'Insecte de fuir le sol humide et commun des mortels pour choisir comme théâtre de ses ébats l'air embaumé (PI. XX); mais ce qui les rapproche surtout des Hyménoptères, c'est leur goût pour toutes les matières sucrées et pour les perles de rosée qui soutiennent leur courte existence, ainsi que leurs trois stades d'évolution bien tranchés.

Mais le revêlement, principalement squameux, des Papillons, qui recouvre le corps et ses diverses parties, les ailes, et les pattes, contraste avec la nudité absolue ou la fourrure clairsemée des Hyménoptères, si nous laissons de côté quelques-unes des Hétérogynides (Mutilles). De même, la vie paresseuse et oisive des Lépidoptères contraste avec l'activité si remuante et avec le zèle souvent si industrieux des Hyménoptères.

Ils se séparent très nettement de tous les autres Insectes par la conformation de leur bouche et la structure de leurs ailes, qui ne permettent pas de les confondre avec aucun membre d'un ordre différent, même dans les cas isolés lorsque l'atrophie des pièces buccales les prive de nourriture ou bien quand l'avortement des ailes leur interdit la vie aérienne.

Leur bouche est destinée à la succion. Ainsi que nous l'avons remarqué déjà, les mâchoires (fig. 1207), creusées en dedans, sur chaque moitié, en forme de gouttière (fig. 120!)), constituent un appareil de succion, tantôt court, tantôt allongé et enroulable, la trompe ou spirilrompe, qu'on désigne parfois en Allemagne sous le nom de langue enroulable, désignation évidemment peu scientifique et même erronée.

La lèvre supérieure et les mandibules (fig. 1201 et 1205) sont représentées par trois petites plaques cornées immobiles, si petites et si bien dissimulées dans le revêtement pileux delà face qu'elles échappent parfaitement bien aux observateurs peu expérimentés. Une petite saillie triangulaire, pourvue de chaque côté d'un palpe de trois articles, dans lequel on reconnaît facilement la lèvre inférieure est située au-dessous de l'appareil de succion (fig. 1210).

Les palpes maxillaires (fig. 1208) placés de chaque côté de la base de la trompe existent la plupart du temps; mais ils sont atrophiés et se réduisent à de courts appendices formés de deux articles, si ce n'est chez les Teignes (Tinéicks) où ils atteignent parfois une longueur exceptionnelle par l'accroissement du nombre des articles.

LES LEPIDOPTERES OU PAPILLONS

Fig. i-.'iii.

Fig. 1205.

Fig. 1201.

Fig. I20C.

Fi-. 1204. — Labre et mandibules rudimentaires de la

Zygœna scabiosœ.

Fig. 1205. — Ejiistome, mandibules et labre du Deile-

p/iila celerio, vus en dessous.

Fig. 1206. —Tête de la Papliie Inachus, vue en dessous

et montrant la trompe enroulée.

Fig. 120". — Tète de la Zygène de la Scabieuse, vue de

profil montrant la trompe déroulée; o, œil à facettes;

Fig. 1208.

<>' , oreille; a, antenne; pi, palpe labial; m, les mâchoires accolées constituant la trompe.

Fig. 1208. — Mâchoire du même Insecte avec son palpe.

Fig. 1209. — Coupe de la trompe du Deilephita celerio, vue en dessus, montrant l'accolement des deux mâchoires; m et m', et le canal commun c.

Fig. 1210. — Lèvre inférieure, très grossie, chez le même Insecte, avec ses palpes, dont l'un est dénudé.

Fig. 12u4 à 1210. — Constitution de la bouche des Lépidoptères.

Les palpes fournissent, surtout chez les petits Papillons, des signes distinctifs importants.

Les quatre ailes (fig. 1211), dont les antérieures dépassent généralement de beaucoup les postérieures, sont constituées par deux membranes chitineuses accolées et sont parcourues par des nervures longitudinales ordi-

Fig 1211. — Ncrvulation des Ailes d'un Lépidoptère.

nairement assez régulières qui assurent leur rigidité et tendent les espaces internervulaires comme les baleines d'un parapluie tendent l'étoffe.

L'importance attribuée à leur mode de distribution, dans les systèmes de classification récents, ne nous permet pas de passer entièrement sous silence leurs dispositions essentielles, ni de supprimer la description suivante. Du milieu de la base (fig. 1211) émerge une cellule, cellule médiane ou discoïdale, D, qui est fermée, vers le centre de la surface alaire, par

une nervure médiane ou transversale, m, généralement courbe ou brisée, et qui dans quelques cas plus rares demeure ouverte. La limite de la cellule qui correspond au bord antérieur de l'aile (eosla) s'appelle nervure costale ou nervure médiane antérieure, c; celle qui correspond au côté opposé s'appelle nervure sous-costale ou nervure médiane postérieure, c'. Ces deux désignations résultent de l'attitude qu'on imprime aux ailes pour placer les Papillons dans les collections; leur direction naturelle relativement au corps de l'Insecte exigerait plutôt les dénominations de nervures costales externe et interne. De ces deux nervures, ainsi que de la nervure transversale, se détachent des nervures longitudinales ou nervules qui aboutissent à la marge et au bord antérieur de l'aile. On les compte, le long de la marge, à partir de l'angle interne; ell'on commence sans s'inquiéter si elles sont formées isolément par les deux nervures costales et par la nervure transversale, ou si deux cellules (plusieurs quelquefois) se réunissent vers la base et émanent d'un pédicule commun. Il existe, en outre, de une à trois nervures au bord interne, — il y en a généralement une, rarement deux — qui proviennent de la base de l'aile et se jettent dans la marge ou le bord interne. On les nomme nervures marginales internes : la première à laquelle on assigne le chiffre 1 est la plus constante et a reçu le nom de nervure radiale ou de sousmédiane, r; lorsqu'il en existe plusieurs, on les dislingue, à parlirde la marge jusqu'à la base,

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS

par conséquent vers le bord interne, par les désignalions suivantes : 1 a, 1 b, 1 c. Au bord externe correspond la nervure marginale antérieure ou nervure costale (eos/a), qui émerge immédia lement de la base de l'aile ; c'est elle qui possède toujours le chiffre le plus élevé dans le numérotage. Celle-ci se réunit à la nervure médiane antérieure pendant un court trajet, au voisinage de la base de l'aile, ou même jusqu'à ce niveau, sur les ailes postérieures de nombreux Papillons nocturnes ; elle semble, dans ce dernier cas, émaner de la cellule médiane. La division n'est pas aussi simple qu'on pourrait le conclure de ce qui précède, car, sur l'aile antérieure, la nervure médiane antérieure détache l'un après l'autre trois rameaux, d'où résultent des différences de toute sorte qui peuvent être caractéristiques pour un grand nombre de Papillons. Sur l'aile postérieure, elle ne détache que deux rameaux, qui se dirigent vers la limite de l'aile et dont les dispositions offrent bien plus d'analogie.

Les cellules formées par deux nervures successives et par la partie de la lisière alaire qu'elles limitent, ^onl désignées par le chiffre de leur rangée, de telle sorte que chaque cellule porte le numéro de la côte qui limite son bord interne ; on les compte donc de dedans en dehors. C'est ainsi, par exemple, qu'une cellule médiane ouverte constitue la cellule i très allongée, parce qu'elle est comprise entre les nervures 4 et o. Dans certains cas, cette cellule se trouve divisée par une ou plusieurs nervures longitudinales supplémentaires ou nervules; une de ces nervures se bifurque parfois vers la lisière de l'aile, et forme à l'extrémité de la cellule médiane, à l'intérieur même de cette cellule, une petite cellule triangulaire, dite cellule ou aréole accessoire. Un trajet particulier des nervures peut aussi donner lieu, dans son angle antérieur, à l'existence d'une cellule ou aréole annexe. Enfin sur l'aile postérieure, au devant de sa partie radiculaire, peut se produire une aréole accessoire plus grande.

Il n'est pas rare d'observer, sur les ailes postérieures des Papillons nocturnes, une longue et fine épine nommée le crin qui passe à travers un petit anneau situé à la face inférieure de l'aile supérieure et dépendant de la nervure costale ; ce crin est parfois remplacé par une touffe de poils fins; épine ou poils ont pour but d'accrocher l'aile antérieure à l'aile supérieure et de les relier l'une à l'autre

pour assurer leur solidarité pendant le vol (I).

Tel est, dans ses traits généraux, le squelette des ailes, généralement dissimulé sous le plus brillant revêtement.

Ce revêtement extérieur mérite une grande attention; il frappe l'œil de l'observateur, et définit la nature même du Papillon. Lorsqu'on dit que les Lépidoptères ont les ailes revêtues d'une poussière fugace, lorsqu'on dit avec le poète (2) :

Le Papillon c'est un pastel,

on en donne une idée peu exacte. Tout le monde sait, en effet, que la beauté de ces ailes n'est pas due à de fins corpuscules amorphes parsemés au hasard et sans ordre, qui ne pourraient produire sur nous d'autre impression que celle d'une « poudre », mais à de petites écailles très fragiles d'une coupe régulière et parfaitement déterminée. Nous représentons quelques formes parmi les plus remarquables (fig. 1212 à 1223).

Elles adhèrent à la membrane alaire par des pétioles plus ou moins courts, en rangées bien ordonnées qui se recouvrent, tantôt étroitement, tantôt plus lâchement, à la manière des tuiles d'une toiture, et qui, suivant la place qu'elles occupent, suivant l'espèce de Lépidoptère qu'elles revêlent, présentent des variétés dans leurs dimensions, leurs formes, leurs couleurs, et leurs surfaces. En laissant de côté les couleurs, c'est dans le milieu de la surface alaire qu'on rencontre le plus d'uniformité ; vers le bord interne et vers la lisière de l'aile, les écailles prennent un aspect chevelu et dégénèrent en poils véritables : il en est souvent ainsi à la face inférieure ; celles qui bordent la lisière de l'aile ont reçu le nom de franges. Il existe des Papillons brésiliens dont les ailes sont entièrement dénuées d'écailles ; l'Europe en contient aussi une tribu fort élégante, celle des Papillons aux ailes vitrées, les ailes sont en grande partie transparentes (3) ; dans ces cas, les écailles de ces régions prennent les formes les plus variées. La disposition des rangées qui peuvent être rectilignes ou courbées, l'imbrication plus ou moins étroite des plaques isolées, qui peuvent être parfois verticales, offrent les plus grandes

(1) Voy. t. VII, Introduction.

(2) Victor Hugo.

(3) Lors de l'éclosion, elles sont chargées d'écaillcs qui tombent au premier vol.

LES LEPIDOPTERES OU PAPILLONS

variétés de taille, de forme, et de couleur, les modifications les plus inattendues, et produisent dans ces tableaux inimitables les effets les plus merveilleux.

A la suite de diverses commandes, l'imprimerie de l'État a obtenu àVienne des résultats très remarquables, dans la publication de La Nature imprimée elle-même. Depuis longtemps, perfectionnant un procédé fort anciennement connu, elle s'est appliquée à transporter, à l'aide de moyens très simples, mais essentiellement variés, les ailes de Papillons sur le papier. Le procédé, que nous décrirons plus loin, atnontré que dans bien des cas, notamment chezles papillons diurnes qui conviennent tout spécialement à cet effet, le revers de petites écailles alaires est semblable à leur face supérieure. Ce fait ne s'applique pas, par exemple, aux ailes dont la couleur varie suivant les incidences de l'éclairage, comme chez les Papillons dits à reflets. Il va de soi qu'on ne peut appliquer sur le papier que les ailes; le corps avec les pattes et les antennes doivent être figurés à l'aide du pinceau. Pour collectionner ces sortes de reproductions des Papillons, il faut observer les règles suivantes. On doit employer comme liaison une solution pas trop liquide de gomme arabique très pure, additionnée d'un peu de gomme adragante qui en atténue le brillant excessif. On en étale une couche mince sur le papier à peu près suivant le cadre que doivent remplir les quatre ailes du Papillon bien étendues, et qu'on doit tenir prêles à être appliquées immédiatement en raison de la rapidité avec laquelle sèche celle solution. Un Papillon qui vient d'êlre pris convient mieux à cette opération qu'une pièce ancienne dont les écailles adhèrent plus solidement; cette dernière devrait être ramollie préalablement dans le sable humide. On étend alors avec précaution les ailes, sans les froisser, sur la place qu'elles doivent occuper, et l'on a soin de réserver entre elles un espace intermédiaire où l'on figurera plus tard le thorax et l'abdomen. On place sur les ailes un morceau de papier bien lisse, on frotte avec l'ongle, prudemment pour éviter tous les plis, et l'on exerce sur les ailes appliquées une pression modérée en'prenantsoindechacune de ses parties isolément. Si toutest en ordre, on doit trouver, en soulevant ensuite les ailes, leur image fixée au papier; il ne doit plus y avoir aucune écaille à la face interne des membranes. Les taches produites par la liqueur au delà des bords, qui

choqueraient l'œil, s'enlèvent sanspeineàl'aide de l'eau et du pinceau. On peut modifier ce procédé dans ses détails, en enlevant le papier si l'on veut obtenir ensemble la face supérieure et le revers des ailes. Mais en observant ces principes, on obtiendra toujours, avec un peu d'exercice, le résultat désiré.

Pour décrire les marques et les dessins d'une façon plus précise et pour se donner des points de repère plus exacts sur l'aile antérieure, qui joue encore ici le rôle le plus important, on a divisé sa surface en trois régions principales: l'aire basilaire, l'aire médiane, et l'aire marginale.

Il existe un grand nombre de Papillons, chez lesquels celte division est marquée par deux bandes transversales simples ou réunies, dont l'antérieure sépare l'aire basilaire de la médiane, et dont la postérieure isole l'aire marginale ; mais on conserve celte manière d'envisager les ailes, alors même que l'absence de ces bandes ne permet de distinguer aucune limite appréciable à la vue.

Ce n'est pas seulement par leur forme, leurs marques et leurs nervures, que les ailes servent à caractériser les espèces, mais encore par leur attitude pendant le repos ; tantôt elles se dressent verlicalement, lanlôl elles s'étalent horizontalement; souvent elles sont disposées en toit ; ces différentes altitudes sont caractéristiques.

Outre les parties constituantes de la bouche et des ailes, les autres régions du corps méritent attention, car elles offrent aussi les caractères qui servent à la classification.

Sur la tête, velue ou revêtue également d'ûcailles, les yeux composés, larges et formant une saillie hémisphérique, occupent la plus grande partie de la surface.

Des yeux simples, au nombre de deux seulement, se cachent sur le vertex; mais ils manquent aussi souvent.

Les antennes (fig. 1224 à 1229), composées d'un grand nombre d'articles, sont la plupart du temps séliformes ou filiformes, et chez les Papillons diurnes leur extrémité renflée en massue constitue un signe distinclif; mais leur aspect peut se modifier de bien des manières. Ici encore les Mâles sont mieux partagés que les Femelles: les antennes possèdent une ou deux rangées de dentelures pectinées, simples ou doubles; en outre leurs couleurs en partie plus vives, leur abdomen plus élancé, et mieux proportionné indique dans cerlains cas une

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS

Fig. 1221.

Fig. 1-213.

Fig. 121 i

Fig. 121;

Fig. 1212. — Portion de l'aile supérieure de la Vanesse Atalante (le Vulcain), sur laquelle on aperçoit le trait des tuyaux d'implantation des écailles vues comme corps opaques, ainsi qu'une écaille engagée dans son tuyau. La trace des sillons qui sont sur la membrane de l'aile s'y trouve aussi indiquée. (Grossissement 4S0.)

Fig. 1213. — Portion de l'aile supérieure de la Piéride de la Rave, chargée de ses écailles, entre lesquelles se voient les extrémités frangées dos écailles en forme de plumule. (Grossissement 84.)

Fig. 1214. — Écaille en cœur de la Piéride de la Rave (le petit Papillon du Chou). (Grossissement 480.)

Fig. 1215. — Variété de cette écaille. (Grossissement 480.)

Fig. 1216. — Écaille de la Piéride de l'Aubépine (le Gazé). (Grossissement 480.)

Fig. 1217. — Écaille de la Piéride Daplidice. (Grossissement 480.)

Fig. 1218. — Écaille de la Piéride Leucippe. (Grossissement 480.)

Fig. 1219. — Écaille de l'Argynno Paphia (le tabac d'E>pagne). (Grossissement 300.)

Fig. 1220. — Écaille du Satyre Moera (l'Ariane). (Gros sissement 300.)

Fig. 1221. — Ecaille du Polyommate Argiolus (l'Argus bleu a bandes brunes). (Grossissement 480.)

Fig. 1222. — Écaille du Polyommate Adonis (l'Argus bleu céleste). (Grossissement 480.)

Fig. 1223. — Écaille extraordinaire du Polyommate Bceticus (le Porte-queue bleu strié). (Grossissement 300.)

Fig. 1212 à 1223. — Écailles diverses des ailes de Lépidoptères (fac-similé, d'après Bernard Deschamps).

tendance de la nature à donner au sexe mâle l'avantage sur l'autre sexe.

Sur le thorax, on ne distingue guère les trois anneaux, parce qu'ils sont recouverts de poils tantôt véritables, tantôt d'apparenceplus squameuse ; toutefois, le protborax court, qui constitue lecollier, setrouveindiquéasseznettement Bhebm. - VIII.

par deux écailles plus grandes dont les bords étroits se touchent sur la ligne médiane et dont les pointes s'inclinent enbaset en dehors. De chaque côté vient s'appliquer Yépauletle ou ptérygode, sorte de grande écaille triangulaire qui recouvre la base de l'aile qui est glabre. Assez souvent, un revêtement fort élégant Insectes. — 1?1

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS

lit;. 1224. Fig.

Fig. 1224. — Vanessa Alalanta.

Fig. 1225. — Papilio Machaon.

Fig. 1226. — Macroglossa steliarum .

Fig. 1228.

Fig. 1227. — Sphinx Ligustn.

Fig. 1228. — SaturniaPyri.

Fig. 1229. — Satwnia Cecropia.

Fig. 1224 à 1229. — Antennes de différents Lépidoptères rliophaiocères et hétérocères, très grossies.

s'élève sur le milieu du thorax et du collier, et contraste avec les parties plus lisses qui l'entourent; c'est cette disposition qu'on désigne sous le nom de crête, ou de huppe.

L'abdomen, adhérent, qui tout au moins n'est jamais pédicule, est composé de sept à neuf articles. La Femelle se reconnaît dans bien des cas, à son aspect plus lourd, à sa taille épaissie par la présence des ovaires, et en outre à son oviducte long, extensible, qu'on voit émerger de l'extrémité abdominale quand les OEufs doivent être déposés moins superficiellement que d'habitude. Ce qui aétédit au sujet du thorax s'applique encore à l'abdomen; sur la face dorsale des segments antérieurs il existe aussi des bouquets de poils et l'extrémité abdominale se prolonge, surtout chez les Mâles, par des touffes élégantes de poils que certaines espèces peuvent à leur gré étaler en éventail.

Bien que les pattes puissent paraître parfois assez larges en raison de leur revêtement de poils épais et longs, elles sont néanmoins élancées, grêles et faiblement attachées; carie Papillon peut les perdre facilement, lorsqu'on le saisit même avec précaution. Les jambes sont armées d'éperons non seulement à leur extrémité, mais encore sur les côtés; les tarses sont

formés de cinq articles et se terminent par des griffes. Dans quelques groupes de Papillons diurnes les pattes antérieures sont plus petites que les autres et comme atrophiées par suite de la réduction du tarse qui n'a plus qu'un seul article au lieu de cinq; ces pattes appliquées contre la poitrine sont dites pattes palatines et demeurent sans usage; les Papillons n'ayant plus que quatre pattes ambulatoires sont dits Tétrapodes.

Les Larves des Papillons ou Chenilles sont mieux connues du vulgaire que celles de n'importe quels autres Insectes. Nous avons tout lieu d'admirer les unes pour leur beauté, et de craindre les autres pour leur voracité.

La tête, composée essentiellement de deux calottes latérales arrondies et écailleuses, possède une bouche propre à la mastication, semblable à celle de tous les Insectes broyeurs, c'est-à-dire composée d'une paire de mandibules robustes et tranchantes, d'une paire de mâchoires pourvues chacuned'untrès petit palpe, d'une lèvre inférieure munie de deux palpes assezgrands et d'un mamelon médian percé d'un orifice microscopique constituant la filière; c'est par cette filière que s'échappe sous forme d'un fil délié la matière textile sécrétée dans les deux glandes séricigènes; car toute Chenille est

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS

Fig. 1230. Fig. [231. Fig. 1232. Fig. 1233. Fig. 1234. Flg. 1S35.

Fig. 1230 à 1335. — Vcrrucosités des Chenilles, de Saturnia Cecropia, d'après A. L. Clément.

apte à filer. A l'angle antérieur de chaque calotte se trouvent cinq ou six ocelles, au devant desquels s'élèvent des antennes composées d'articles peu nombreux et coniques.

Chaque Chenille, indépendamment de la tête, compte douze anneaux qui constituent son corps, et dont les trois premiers sont munis chacun d'une paire de pattes articulées et terminées en pointe; ce sont les pattes Ihoraciques ou pattes écailleuses, ou pattes vraies qui persistent, en changeant de forme chez l'Insecte adulte. A l'extrémité du corps existent, à peu d'exceptions près, deux pattes membraneuses, non articulées, dites pattes anales. Entre celles-ci et les précédentes, on trouve encore de deux à huit pattes courtes et membraneuses, semblables à des ventouses: on les nommedes pat tes membraneuses ou fausses pattes. Ces pattes membraneuses comme les pattes anales appartiennent en propre aux Chenilles, mais ne persistent pas chez l'adulte. Elles sont disposées de telle sorte qu'entre les pattes thoraciques il y a deux anneaux qui en sont dépourvus et qu'au devant des pattes anales il y a également deux anneaux libres. D'après cela une Chenille peut avoir au plus seize pattes (fig. 1236 et 1237), quelquefois quatorze ou douze, souvent dix seulement (lig. 1239, 1240 et 1241), rarement huit. Un nombre de pattes plus élevé indique une Fausse- Chenille de Tenlhrédonides. Toutefois dans l'Amérique du Sud il existe des Chenilles pourvues de vingt pattes.

Chez certaines Chenilles, les pattes anales peuvent se modifier d'une singulière façon ; tantôt elles s'allongent démesurément (Uro/ms), tantôt elles se transforment en filaments cornés (Stauropus, fig. 1238) ou en longs filaments protractiles (Dicranura).

Lorsqu'il n'y a qu'une ou deux paires de pattes ventrales, la démarche devient toute particulière; la Chenille semble arpenter le terrain (fig. 1240) : elle s'étire de toute sa longueur, prend pied à la partie antérieure, retire à elle la partie postérieure du corps dont le milieu se ploie en forme de [boucle, fixe les

pattes ventrales antérieures immédiatement en arrière des pattes thoraciques postérieures, lâche alors ces dernières, étire de nouveau son corps tout du long, et change de place ainsi très rapidement. Ces Chenilles sont appelées Chenilles arpenteuses.

On les partage, suivant le nombre et la forme des fausses pattes, en Fausses-arpenteuses, Demiarpenteuses et A rpenteuses-vraies. Les premières, comme la majeure partie des Chenilles, ont cinq paires de pattes membraneuses, mais les deux ou trois premières paires, fort courtes, sont sans usage pour la locomotion; lorsqu'elles marchent, leur corps forme un arc. Les Demiarpenteuses sont pourvues de 3 ou 4 paires de pattes membraneuses : lorsqu'elles progressent, leur corps affecte la forme d'un arc ou d'une boucle plus ou moins élevée. Les Arpenteuses-vraies (fig. 1239, 1240 et 1241) ont seulement 2 paires de pattes membraneuses : lorsqu'elles se déplacent, leur corps dessine une longue boucle (fig. 1240), elles arpentent réellement; au repos, leur corps présente une rigidité extrême ; cramponnées seulement par leurs pattes postérieures, grâce à leur coloration brune ou verte, ces Arpenteuses-vraies simulent admirablement de petites branches ou des pétioles de feuilles (lig. 1241).

Les neuf stigmates aériens se reconnaissent facilement sur les côtés du corps, chez les Chenilles qui ne sont pas trop petites; ils ne manquent que sur le deuxième, le troisième et le dernier segment (fig. 77, t. VII, p. 39).

Quelques Chenilles ont la peau nue (fig. 1237 et 1241), ou presque nue (fig. 1240), car on n'y observe çà et là que quelques poils très isolés ; chez d'autres existe un revêtement pileux très épais (fig. 1236), qui, indépendamment de la coloration, produit sur l'œil des impressions très diverses suivant la répartition, la densité et la longueur des poils. Il affecte assez souvent la forme de touffes qui sur tel ou tel anneau deviennent fort longues. Indépendamment de ces poils, il existe des verrucosités (fig. 1230 à 1235), sortes de nodosités mamelonnées qui sont le siège principal des touffes de poils, et des cônes

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS

charnus simples ou ramifiés en épines qui constituent de riches parures et fournissent d'excellents caractères dislinctifs. Nous prendrons, avec le temps, une idée de l'infinie variété qui règne dans la structure générale et l'aspect extérieur des Chenilles; contentonsnous, pour le moment, de ces courtes indications.

On constate, au point de vue du mode d'existence des Chenilles, des différences plus grandes qu'on ne pourrait croire. Les unes se trouvent toujours isolées, parce que les OEufs ont été déposés isolément; les autres vivent en sociétés pendant un temps plus ou moins long, entourées ou non d'une enveloppe commune dans laquelle elles habitent. La plupart se trouvent sur les feuilles des plantes les plus diverses, et, sauf les Cryptogames, il doit y avoir bien peu de végétaux qui ne nourrissent au moins une espèce de Chenilles; le Chêne, que nous connaissons déjà comme l'habitat favori des Cynips, donne asile, chez nous, à 121 espèces de Chenilles.

La façon dont elles s'installent sur les feuilles varie beaucoup avec les espèces. Toutes, lorsqu'elles dévorent, s'appliquent à chevaucher, au moins par la partie antérieure de leur corps, sur le bord de la feuille ; car, dès qu'elles ont passé les premiers jours de leur plus tendre jeunesse, les Chenilles ne broutent les feuilles que parleurs bords; jamais elles ne les perforent comme les Fausses-Chenilles ou Larves de Tenthrèdes, comme les Larves de Coléoptères, et les Coléoptères phytophages eux-mêmes ; on reconnaît ainsi aisément les entailles faites par les Chenilles vraies. C'est donc au repos, que les différences d'habitudes sont tranchées. Les unes s'installent sur la feuille même, tantôt elles reposent sur un point quelconque de sa surface, tantôt elles s'étendent sur sa côte médiane, soit à sa face supérieure, soit à sa face inférieure plus ombragée; d'autres, abandonnant les feuilles, grimpent sur la tige la plus proche, sur les troncs d'arbres, entre les fentes de l'écorce ; parfois elles s'établissent sur la terre au-dessous de la plante nourricière et s'abritent sous les feuilles radiculaires; quelques-unes s'installent sous terre, à peu de profondeur; telles sont surtout les Chenilles de nombreux Papillons nocturnes ; elles ne dévorent que dans l'obscurité les Graminées et d'autres plantes basses. Certaines Chenilles attirent au-dessus d'elles, à l'aide de quelques fils, une partie du bord de la feuille

et s'installent dans le gourbi ainsi formé ; ou bien elles enroulent la feuille entière en un cylindre dans lequel elles rampent avec une égale souplesse, en avant ou en arrière pour se mettre à l'abri de quelque attaque. D'autres accolent deux feuilles l'une contre l'autre, par leurs surfaces, et s'établissent entre les deux; ou bien elles confectionnent, à l'aide de fragments empruntés à leur plante nourricière, un petit fourreau tout artificiel dans lequel elles vivent comme l'Escargot dans sa maison. Mais il existe aussi de nombreuses Chenilles qui se dérobent toujours à nos regards, parce qu'elles vivent dans le bois, dans les tiges des plantes herbacées, principalement les Graminées, les Cypéracées, dans les fruits, dans les feuilles ou dans les racines, et qu'elles fuient la lumière du jour; les Chenilles qui vivent ainsi cachées ont pour la plupart un aspect pâle, blanc sale, et chacune possède un procédé spécial pour creuser sa mine ou pour forer son trou.

Le vulgaire croit parfois certaines Chenilles venimeuses, et les craint plus à ce titre qu'on raison des ravages qu'elles exercent sur les plantes cultivées. La grande majorité des Chenilles, en réalité, ne possède pas d'organes venimeux ; mais chez quelques-unes au corps velu, les poils se détachent facilement et en pénétrant la peau y déterminent une irritation d'autant plus vive que la partie atteinte est plus tendre et délicate ; chez d'autres, les poils des mamelons charnus, pourvus de nombreuses barbelures, sont creux, et contiennent de l'acide formique très concentré ; aussi la rupture de leurs extrémités produit-elle une urtication des plus violentes.

D'après les recherches de M. Goossens (1) chez les Liparides [Liparis chrysorrhœa, auriflua, dispar, etc.), les Chenilles ont sur la partie dorsale des neuvième et dixième segments deux taches rondes dont le centre est occupé par une quantité de petits boutons percés d'un trou, peutêtre de plusieurs; si ces Chenilles sont inquiétées, les taches s'élèvent en forme de cônes et deviennent tout humides; la sécrétion de ces petits boutons s'attache aux poils qui les entourent, se dessèche rapidement et devient pulvérulente. M. Goossens constata sur lui-même et sur ses amis l'action irritante de cette poudre: un peu de cetle poussière prise avec une ai-

(1) Th. Goossens, Des Chenilles uvticantes , Ann. Soc. ent. de France, 1881, p. 231.

LES LEPIDOPTKIlES OU PAPILLONS.

Kg. 1240.

Fig. 1230. — Lasiocampo du Pin.

Fig. 1237. — Smerinthe ocellé.

Fig. 1238. — Harpie du Ilètre.

Fig. 1238.

Fig. 1239. — Hibernie défoliée.

Fig. 1210. — Abraxas du Groseillier.

Fig. 1241. — Amphidasis du Uouleau.

Fig. 1230 à 1211. — Chenilles diverses, formes et attitudes.

guille et appliquée sur la main préalablement mouillée détermina immédiatement une très forte démangeaison.

Les Chenilles processionnaires (Cnethoeampa) d'après notre observateur sont encore mieux douées : chaque segment a son appareil vénénifique ayant l'apparence d'un amas de boursouflures qui envahissent une grande partie de la région dorsale ; la sécrétion des glandes se transforme en une poussière brune impalpable qui reste attachée aux poils qui entourent les

glandes et persiste sur l'animal desséché. Voulant expérimenter les propriétés irritantes des Chenilles processionnaires du Pin, M. Goossens déposa un peu de poussière sur sa main mouillée, et ses mains, ses bras, ses jambes devinrent le siège de démangeaisons insupportables, sa figure se boursoufla, ses yeux se gonflèrent et il dut renoncer à écrire ses impressions douloureuses. 11 est des Chenilles appartenant à l'un des plus grands groupes des Lépidoptères, celui des Papilionides, qui ont la faculté de faire saillir

LES LEPIDOPTERES OU PAPILLONS-

et rentrer à volonté de la face supérieure de leur premier anneau une paire de tentacules formant un Y dont la sécrétion exhale une forte odeur d'acide butyrique (fig. 1260, p. 252). Dans le jeune âge, d'après M. Goossens, la corne qui s'élève sur le onzième anneau des Chenilles de Sphingides (fig. 1237) serait aussi le siège d'une sécrétion odoriférante.

Ainsi, quelques Larves, au moins, possèdent un moyen de défense; le Papillon, au contraire, n'est pas en état de se défendre ; en cas de danger il ne peut avoir recours qu'à ses ailes pour s'enfuir, ou bien il cherche à tromper son agresseur en se laissant choir, à la moindre secousse, du lieu où il se reposait, et en simulant la mort.

Tout en subissant plusieurs mues, qui modifient plus souvent leurs colorations que leurs formes, les Chenilles s'accroissent au bout d'un temps plus ou moins long, comprenant souvent un hiver, et deviennent aptes à subir leur Métamorphose. La Nymphe se trouve ici mieux protégée que chez tous les autres Insectes; car chaque anneau n'est pas enveloppé ici simplement d'une membrane fragile, comme nous l'avons vu ailleurs, mais il est enfermé, en outre, dans une enveloppe chitineuse articulée. Elle respire par les neuf stigmates aériens qui persistent sur les côtés du corps et dont les derniers s'oblitèrent avec l'âge ; sur la face dorsale on peut distinguer neuf anneaux, trois de moins que chez la Chenille; les antérieurs en se développant constitueront la cage thoracique. Sur la face ventrale, on voit les ailes, les antennes, les yeux et la trompe ; les pattes sont plus ou moins distinctes. La forme, qui varie parfois avec l'âge, le revêtement et la conformation de l'extrémité anale (crémasler) ainsi que les moyens de fixation de la Nymphe, présentent une foule de variétés, qui permettent en partie de déterminer la tribu à laquelle appartiendra le Papillon futur. Les Nymphes de la plupart des Papillons diurnes qui ont souvent des colorations métalliques les plus brillantes ont reçu plus spécialement la dénomination de Chrysalides, qui par extension a été dévolu à toutes les Nymphes de Lépidoptères.

Les Chenilles des Papillons diurnes se fixent à n'importe quel objet, de trois manières différentes : les unes par leur extrémité caudale, et ceignent leur corps d'un second fil enroulé qui leur permet de se suspendre dans une position horizontale. On nomme les Chrysa-

lides succinctes à cause du fil qui leur constitue une ceinture (fig. 1242) ; d'autres se suspendent tout uniment par la queue (fig. 1243), les Chrysalides sont dites alors suspendues; d'autres enfin réunissent quelques feuilles et se maintiennent à l'aide de quelques fils transversaux ; on nomme les Chrysalides ainsi protégées enroulées (fig. 1244). Les Chrysalides de la plupart des Papillons nocturnes tels que les Bombycides sont cachées dans une retraite soyeuse plus ou moins épaisse qu'elles fixent entre les feuilles ou contre une branche qu'on nomme le cocon (lîg. 1245). Ainsi que l'a constaté dernièrement M. A. Clément, qui non content d'être un habile dessinateur est aussi un excellent observateur, certaines d'entre elles [Saturnia Selene, Isabellx, Mimosse, etc.) sont maintenues dans leur cocon par des crochets qui arment l'extrémité de leur abdomen (fig. 1246 à 1248). D'autres reposent dans la terre dans une simple logette.

Suivons la transformation en chrysalide.

Une chenille par exemple se fixe par son extrémité à une branche, à un tronc ou à quelque autre objet voisin ; sa face ventrale s'incurve, ses cinq anneaux antérieurs s'élèvent de plus en plus, et la tête se dresse verticalement. Celle-ci semble s'amincir et saillir davantage à mesure que le corps se renfle insensiblement ; à force de se tortiller, la Chenille finit par fendre sa peau sur le dos, et la partie antérieure de la Nymphe apparaît. En se gonflant et en avançant, celle-ci fait éclater la peau de la Chenille qui cède jusqu'à la dernière paire de pattes.

Pour éviter que cette peau, qui la soutient, tombe à terre , elle saisit alors entre deux anneaux de son abdomen, qu'elle imbrique l'un sur l'autre, et dont elle se sert comme d'une pince, la peau sur le point de céder ; elle s'étire, saisit la peau entre les deux anneaux suivants, et grimpe ainsi régulièrement le long de ce revêtement qui l'entourait, jusqu'à ce que son extrémité caudale arrive à la gaine tissée jadis pour les pattes anales. Là, elle introduitson extrémité abdominale, etdemeure fixée à la peau de la Chenille à l'aide d'ardillons invisibles. La Pupe ne se tient pas encore pour satisfaite, et ne voulant pas tolérer cette membrane auprès d'elle, elle ploie son corps en forme â'S, de façon à ce qu'il touche l'ancienne peau, puis se met à pivoter comme une toupie, de droite et de gauche, jusqu'à ce qu'elle ait expulsé cette dépouille. Ainsi travaille chaque Pupe, pour se délivrer de sa peau

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS

Fig. 1213.

Fig. 1242. — Chrysalide dite succincte, c'est-à-dire maintenue par une ceinture de soie, l'iéride du Chou.

Fig. 1243. — Chrysalide dite suspendue, Vanesse Grande Tortue.

Fig. 1242 à 1245.

Fig. 1245.

Fig. 1244. — Chrysalide dite enroulée, c'est-à-dire maintenue entre des feuilles par quelques fils de soie, Abraxas du Groseillier.

Fig. 1245. — Chrysalide enfermée dans un cocon, Bombyx. Chrysalides, formes et attitudes.

de Chenille et se chrysalider. C'est alors que les Chrysalides se reposent de leurs tourments passés et des fatigues de leur existence de Chenilles pendant laquelle elles ont approvisionné en elles les aliments qui vont les soutenir pendant le temps de leur inaction.

Mais tout est changé : les pattes ne sont plus ce qu'elles étaient ; que ferait donc le voilier aérien des nombreuses et lourdes pattes de la Chenille. La tête, aussi, n'est pas la même ; elle s'est débarrassée de ses puissantes mâchoires, car le futur amant des fleurs ne fait qu'en extraire les saveurs avec sa trompe, mais il se montre aussi respectueux de leur beauté que la Chenille se montrait avide de ravager leurs charmes.

Les principales parties internes de la Chenille, l'appareil digestif si développé, les viscères, se sont réduits à presque rien ; leur place est envahie par les organes génitaux ; chez la Femelle notamment l'ovaire emplit toute la cavité de l'abdomen. Tout cela existait déjà chez la Chenille, mais seulement à l'état d'ébauche ; ce n'est que dans les huit jours qui précèdent cette métamorphose, qu'on a trouvé les ovules. Vient-on à ouvrir le cadavre d'une Chrysalide récente, on n'y trouve rien qu'une sorte de mucus amorphe, d'où se détachent, dans un délai plus ou moins long, les membres du Papillon futur Le développement s'effectue régulièrement, mais ici encore la formation de toutes les parties indiquées du Papillon futur peut

être hâtée à l'intérieur de la Chrysalide par des influences extérieures. Il suffit d'un petit nombre de semaines pour que la chaleur, qui vivifie tout, donne la cohésion au liquide, et termine l'œuvre magistralement.

« Ftéaumur (4) a décrit avec le plus grand soin la transformation des Chenilles en Chrysalides; il a étudié « l'industrie des Chenilles qui se pendent verticalement la tête en bas pour se métamorphoser », et a expliqué « comment la crisalide (sic) se trouvait pendue par la queue dans la place où était la chenille ». Après s'être longuement appesanti sur la manière dont la Chenille des Vanesses se suspendait par les pattes postérieures, l'observateur s'est attaché à décrire le mécanisme à l'aide duquel la Chrysalide dégageait sa queue de la peau de la Chenille et réussissait à se pendre par les crochets qui garnissent cette queue. Les auteurs qui ont décrit les transformations des Lépidoptères, Swammerdam, de Geer, Bonnet, Latreille, Godard et Duponchel, Kirby et Spence, Lacordaire, Boisduval, Westwood, Agassiz, M. Blanchard, etc., ajoutent fort peu aux observations de Réaumur. Les uns, et c'est la grande majorité, répètent que les Chrysalides des Papilionides et des Nymphalides s'attachent ou se suspendent par la queue, suivant l'expression consacrée; les autres (Latreille, M. Blanchard) se contentent de dire que les Nymphes se fixent par l'extrémité du corps .L'étude des Chrysalides

(1) Réaumur, Mémoires.

LES LEPIDOPTERES OU PAPILLONS

d'un grand nombre do Lépidoptères diurnes, et mieux encore l'observation des métamorphoses des Vancssa lo et Urticx, ainsi que du Grapta C. album, m'ont amené à démontrer que les Chrysalides n'avaient point en réalité de queue, c'est-à-dire de prolongement postanal, et m'ont permis de déterminer la véritable signification morphologique de leur appendice suspenseur.

« Examinant la Chrysalide des Papilionides (Ornit/ioptera, Papilio, Thaïs, Pieris, etc.) et des Nymphalides (Danais, Vanessa, Grapta, Limenitis, etc.), j'ai reconnu, dit M. Kiinckel d'Herculais (1), que la queue est formée par l'accolement suivant la ligne médiane d'une paire d'appendices portant, l'un et l'autre indépendamment, une série de crochets tournés en sens contraire, la pointe en dedors, et semblables à ceux des pattes membraneuses des Chenilles; cette paire d'appendices est une dépendance du douzième anneau de la Chrysalide au môme titre que les pattes dites anales sont une dépendance de l'anneau correspondant de la Chenille: ce douzième anneau n'ayant de stigmates ni dans la Larve, ni dans la Nymphe des Lépidoptères, les homologies sont faciles à établir. D'autre part, la paire d'appendices soudés de la Chrysalide entoure réellement l'extrémité de l'abdomen et circonscrit l'anus, ainsi que les pièces de l'armure génitale encore renfermées dans leurs gaines; sur la dépouille, il est aisé devoir que le Papillon, en abandonnant son appareil suspenseur, s'est débarrassé seulement alors des pattes anales. Svvammerdam se trompait lorsqu'il affirmait que la Chrysalide, en se transformant, perdait toutes ses pattes membraneuses: les pattes membraneuses de la cinquième paire subsistent pendan t l'état de Nymphe. Les appendices du douzième segment des Chenilles sont d'ailleurs susceptibles, notamment dans certains genres de la famille des Notodontides, d'affecter les formes les plus diverses (2)....

« La démonstration acquiert un caractère de rigueur plus absolue lorsqu'on suit attentivement une Chenille sur le point de se métamorphoser: les Chenilles communes des Vanesses se prêtent particulièrement à l'observation. Si l'on prend une Chenille déjà suspendue parles pattes postérieures et si l'on provoque artificiellement la mue en la trempant au préalable

(1) J. Kiinckel, Signification morphologique des appendices servant à la sicspetision des Chrysalides (Compt. rend. Acad. des se., 1880).

(2) Voy. plus haut, p. 237, flg. 1238.

dans l'alcool ou l'acide chromique, il est facile de reconnaître que l'extrémité postérieure de la Chrysalide est engagée dans le douzième anneau de la Chenille et que les parties qui supportent les crochets suspenseurs, la prétendue queue des auteurs, sont cachées sous la peau des pattes anales de la Chenille.

« En résumé, les Chrysalides des Lépidoptères s'attachent ou se suspendent parles crochets des pattes membraneuses an aies modifiées et adaptées à des conditions biologiques particulières. »

Lorsqu'enfîn l'heure de l'évolution complète a sonné, la suture, qui commence en arrière des gaines antennaires, s'entr'ouvre au niveau de la nuque, ainsi que la face antérieure de la Nymphe jusqu'aux gaines alaires; la face dorsale se fend au-dessus du thorax, à partir du haut, sur toute la longueur; et le Papillon paraît au dehors, le matin, de bonne heure s'il aime le jour et le soleil, vers le soir s'il déploie son activité à la nuit. A-t-il pris pied sur le sol, il demeure d'abord absolument calme, et se repose de la contrainte passée. Les ailes, dont l'apparition se fait attendre, s'élèvent sur le dos sous forme de deux loques molles et chiffonnées, dont les surfaces externes sont tournées l'une contre l'autre. On peut observer la façon dont elles se développent. Dans l'espace d'une demiheure, chez les Papillons de taille ordinaire; dans un laps de temps un peu plus long, chez les espèces plus grandes, elles ont atteint leur complet développement; quant à leurs marques elles étaient déjà distinctes au moment de l'éclosion, car les écailles bariolées se développent de très bonne heure dans la Chrysalide. Le mécanisme de l'extension des ailes est assez curieux, longtemps on a cru qu'il était dû soit exclusivement, soit en grande partie à l'afflux de l'air dans les nervures, nous nous sommes efforcés de démontrer que le développement de l'aile était dû uniquement à la propulsion du sang entre les deux membranes constituantes (1).

Les ailes conservent pendant quelque temps la position initiale, puis le Papillon les dispose suivant le mode habituel à son espèce, indiquant par là que son évolution est entièrement terminée. Mais elles sont encore molles et humides ; l'air seul, en les desséchant, les

(1) Kiinckel d'Herculais, Organisation et développement des Volucelles, 1875, p. 82 et suiv.

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS

Fig. l?48.

r\ . L . C l e m cnh

Extrémité de la Chrysalide et ses longs cro-

Un de ces crochets très grossi.

Fig. 1240 a 1248. — Appareil suspenseur des Chrysalides dans les Cocons.

Fig. 124C. — Cocon de Salurnia Selenc coupé pour mon- i Fig. 1247 trer sa double enveloppe et la Chrysalide attachée au chets.

réseau interne. ' Fig- 1248,

durcit. Au bout de peu d'heures elles peuvent acquérir leur activité, plus rapidement chez les Papillons petits que chez les grands. Lorsqu'au bout de quelques heures, même chez les espèces les plus grandes, elles n'ont pas encore atteint leur développement normal, c'est qu'elles ne doivent jamais l'atteindre; elles resteront toujours rabougries.

Tous les Papillons rendent par l'anus un liquide coloré, peu de temps après leur naissance. Cette liqueur est ici d'une teinte presque rouge ; elle se produit parfois en grande abondance, ce qui donne lieu aux prétendues pluies de sang qui présagent toute sorte d'événements funestes.

«On ne croirait pas, dit Réaumur(l),que des excréments de Papillons fussent capables de remplir de terreur l'esprit des peuples, ils l'ont pourtant fait quelquefois et peut-être le ferontils encore. Les historiens nous rapportent des pluies de sang parmi les prodiges qui ont effrayé des nations, qui ont annoncé de grands événements, des destructions de villes considérables, des renversements d'empires. Vers le commencement de juillet de l'année 1G08, une de ces prétendues pluies de sang tomba dans les faubourgs d'Aix, et à plusieurs milles des

(I) Réaumur, Mémoires, t. I, p. GJ7.

Brehm. — VIII.

environs . Elle nous eût été apparemment transmise pour être très réelle et pour un grand prodige, si Aix n'eût eu alors un philosophe qui, embrassant tous les genres de connaissances, ne négligeait pas d'observer les Insectes, c'est M. de Peiresc dont nous avons la vie écrite par un autre grand philosophe, par Gassendi. Cette vie est remplie d'un très grand nombre d'observations curieuses. Entre celles que M. de Peiresc fit en 1608, celle de la cause de la prétendue pluie de sang est celle qui a plu davantage à M. Gassendi, aussi est-elle très belle.

« Le bruit de cette pluie se répandit à Aix vers le commencement de juillet, les murs d'un cimetière voisin de ceux de la ville et surtout les murs des villages et des petites villes des environs étaient tachés de larges gouttes de couleur de sang. Le peuple et quelques théologiens les regardèrent comme l'ouvrage des sorciers ou du diable même. Des physiciens, qui attribuèrent cette prétendue pluie à des vapeurs qui s'étaient élevées d'une terre rouge, en donnaient une cause plus naturelle, mais qui ne fut pas encore du goût de M. de Peiresc. Une Chrysalide que la grandeur et la beauté de sa forme l'avaient engagé à renfermer dans une boîte lui en fournit une meilleure cause. Le bruit qu'il entendit dans Insectes. — 122

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS

la boîte l'avertit que le Papillon y était éclos. Il l'ouvrit, le Papillon s'envola après avoir laissé sur le fond de cette même boîte une tache rouge de la grandeur d'un sol marqué. Les taches rouges qui se trouvaient sur les pierres soit à la ville soit à la campagne parurent à M. de Peiresc semblables à celle du fond de sa boîte, et il pensa qu'elles pouvaient de même y avoir été laissées par des Papillons. La multitude prodigieuse des Papillons qu'il vit voler en l'air dans le même temps le confirma dans cette idée, un examen plus suivi acheva de lui en démontrer la vérité. Il observa que les gouttes de la pluie miraculeuse ne se trouvaient nulle part dans le milieu de la ville, qu'il n'y en avait que dans les endroits voisins de la campagne ; que ces gouttes n'étaient point tombées sur les toits, et ce qui était encore plus décisif, qu'on n'en trouvait pas même sur les surfaces des pierres qui étaient tournées vers le ciel; que la plupart des taches rouges étaient dans les cavités contre la surface intérieure de leur espèce de route, qu'on n'en trouvait point sur les murs plus élevés que les hauteurs auxquelles les Papillons volent ordinairement.

« Ce qu'il vit, il le fit voir à plusieurs curieux, et il y établit incontestablement que les prétendues gouttes de sang étaient des gouttes de liqueur déposées par des Papillons. C'est à cette même cause qu'il a attribué quelques autres pluies de sang rapportées parles historiens et arrivées à peu près dans la même saison,entre autres une pluie dont parle Grégoire de Tours, tombée du temps de Childebert dans différents endroits de Paris et dans une certaine maison du territoire de Senlis ; et aussi une autre pluie de sang tombée vers la fin de juin, sous le règne du roy Robert.

«Presque tous les Papillons qui sont nés chez moi de différentes espèces de Chenilles épineuses ont jeté au moins une large goutte, et souvent plusieurs larges gouttes d'excréments d'une couleur d'un rouge de sang. Celui de la Chenille épineuse de l'Orme, que nous avons nommée la Bedaude, en a même rendu dont la couleur était bien plus belle que celle du sang: après être desséchés, ils en avaient une qui approchait de celle du carmin. Cette belle couleur n'était pourtant qu'à la surface, car du papier que je frottai avec cette matière sèche ne semblait avoir été frotté qu'avec une ocre rouge. »

Distribution géographique. — Speyer es-

lime à 200,000 le nombre total des Lépidoptères dont les espèces déterminées s'étendent sur presque toute la terre, et qui dépendent en réalité du monde végétal qui les nourrit.

Distribution paléontologique. — En raison de leurs fragilité, leurs restes fossiles se conservent plus difficilement que ceux des autres Insectes ; aussi sont-ils plus rares ; pourtant on a retiré des terrains tertiaires

Fig. 1249.

Papillon fossile des terrains tertiaires (Mijlothrytes Pluto).

plusieurs Lépidoptères bien conservés (fig. 1249), et l'on trouve dans l'ambre jaune des formes plus petites et plus fragiles (1).

Moyens de destruction. — Pour arrêter la

multiplication des Lépidoptères et combattre les ravages des Chenilles, on a recours aux nombreux moyens indiqués par la science et aujourd'hui connus de tout le monde. Ces moyens, cependant, malgré leur utilité incontestable, ne sont pas toujours suffisamment efficaces, notamment ceux que recommandent les dispositions légales.

La loi sur l'échenillage, en effet, qui date du 26 ventôse an IV, est demeurée en vigueur jusqu'à présent. Cette loi, qui parait avoir été inspirée par un arrêt du Parlement de Paris du 4 février 1732, est ainsi conçue :

Art. 1". — Dans la décade de la publication de la présente loi, tous propriétaires, fermiers, locataires ou autres faisant valoir leurs propres héritages, ou ceux d'autrui, seront tenus, chacun en droit soi, d'écheniller ou faire écheniller les arbres étant sur lesdits héritages, à peine d'amende, qui ne pourra être moindre de trois journées de travail et plus forte que dix.

Art. 2. — Ils seront tenus sous les mêmes peines de brûler sur le champ les bourses et toiles qui seraient tirées des arbres, haies ou buissons, et ce, dans un lieu où il n'y aura aucun danger de communication du feu soit pour les bois, arbres et bruyères, soit pour les maisons et bâtiments.

Art. 3. — Les administrations de département feront

(1) Voy., pour plus de détails,' Introduction, t. VII, p. OP.

LES LKPID0PTH11.ES OU PAPILLONS.

écheniller dans le même tliMai les arbres étant sur les domaines nationaux non affermes.

Art. i. — Les agents et adjoints des communes sont tenus de surveiller l'exécution de la présente loi dans leurs arrondissements respectifs, ils seront responsables des négligences qui y seront découvertes.

Art. 5. — Les commissaires du Directoire exécutif près les municipalités sont tonus, dans la deuxième décade de la publication, de visiter tous les terrains d'arbres, d'arbustes, haies ou buissons, pour s'assurer que l'échenillage aura été fait exactement et rendre compte au ministre chargé de cette partie.

Art. G. — Dans les années suivantes, l'échenillage sera fait sous les peines portées par les articles ci-dessus avant le 1er ventôse (20 février).

Art 7. — Dans le cas où quelques propriétaires ou fermiers auraient négligé de le faire pour cette époque, les agents et les adjoints le feront faire aux dépens de ceux qui l'auront négligé, par des ouvriers qu'ils choisiront : l'exécution des dépenses leur sera délivrée par le juge de paix, sur les quittances des ouvriers, contre lesdits propriétaires et locataires, et sans que ce payement puisse les dispenser de l'amende.

Art. S. — La présente loi sera publiée le ltr pluviôse (20 janvier) de chaque année, à la diligence des agents des communes sur la réquisition du commissaire du Directoire exécutif.

En vertu de cette loi et de l'article 471 du Code pénal, qui condamne à une amende de 1 à 5 francs ceux qui auront négligé d'effectuer l'échenillage des arbres, bois, haies et buissons et de brûler soigneusement les fourreaux à Chenilles, chaque année des affiches sont apposées, dans la plupart des départements de la France, même à Paris, afin d'engager les populations à ne pas trop négliger leurs intérêts.

« Tous ceux qui ne sont pas absolument étrangers aux plus simples notions d'histoire naturelle, fait observer avec raison M. le professeur E. Blanchard, s'étonnent à bon droit des termes vagues de la loi du 26 ventôse de l'an IV, qui ne marque aucun progrès sur les prescriptions antérieures (Arrêt du parlement de Paris du -4 février 1732).

« Nous voyons que cette loi a été édictée uniquement en vue des dégâts qu'occasionne souvent le Liparis cul-brun (Liparis càrysorrhœa), dans le nord et le centre de la France, puisqu'il s'agit de Nids que l'on peut et que l'on doit détruire pendant l'hiver. Mais celte espèce n'est pas toujours la plus nuisible; elle ne se trouve pas dans toutes les parties de la France. Il y a beaucoup de Chenilles aussi redoutables pour la végétation, qui n'éclosent qu'au printemps et dont la loi ne s'occupe en aucune manière. Celles-là ne font pas de Nids; ce n'est donc pas par les moyens pres-

crits qu'il est possible d'en opérer la destruction. »

En ordonnant l'échenillage avant le 20 février la loi a été fort sage. N'est-ce pas pendant l'hiver, alors que les arbres n'ont plus de feuilles, qu'on peut apercevoir à l'extrémité des rameaux les paquets de feuilles sèches qui dissimulent les bourses où sont endormies les familles nombreuses des Chenilles de Liparis chrysorrhée; mais, hélas ! la loi reste muette à l'égard de la destruction des Chenilles qui en grande majorité n'ont pas d'instinct social et vivent en liberté; des Chenilles qui pullulent au printemps et pendant l'été.

On n'avait eu recours, jusqu'à la promulgation de cette loi, qu'aux exorcismes et aux réquisitoires. Au moyen âge, en eiïet, où les dévastations causées par les Insectes prenaient peut-être plus souvent que de nos jours les proportions de véritables calamités, on avait recours pour amener leur disparition à un expédient singulier. On était alors persuadé que les Bêtes, lorsqu'elles commettaient des dégâts, et qu'elles causaient à l'Homme un dommage quelconque ou s'associaient à des actes criminels accomplis par des personnes, savaient ce qu'elles faisaient; qu'il y avait lieu, en conséquence, soit de les mettre en demeure de cesser leurs méfaits, soit de les châtier conformément aux lois ou édits en vigueur. De là les procès fort nombreux, intentés aux Animaux depuis le xic jusqu'au xviue siècle, et qui peuvent se classer en deux sortes : procès civils et procès criminels. Les premiers étaient de beaucoup les plus fréquents, et offrent avec les seconds un contraste frappaul. Les uns et les autres sont sans contredit également absurdes; mais tandis que les procès criminels nous montrent la justice d'autrefois sous un aspect à la fois odieux et grotesque, les procès civils témoignent au contraire d'une douceur de mœurs singulière, d'un sentiment profond d'équité à l'égard de tous les êtres vivants, de toutes les « créatures de Dieu ».

On croit voir en action les fables de La Fon* taine. Les Bêtes ne parlent point, mais les Hommes leur parlent, avec la conviction qu'elles entendront raison. Au lieu de les chasser et de les détruire brutalement, ils leur laissent tout le bénéfice des garanties que la justice assure aux inculpés . Avant même d'ins trumenler contre elles, ils leur offrent de s'arranger, de s'étendre à l'amiable ; et lorsqu'ils les condamnent, ce n'est pas sans com-

LES LEPIDOPTERES OU PAPILLONS

pensation ; car ils le reconaissent, « il faut que tout le monde vive. »

On citait les coupables devant les tribunaux de justice et on les faisait condamner dans toutes les formes. Ce procédé, si étrange qu'il soit, ne paraissait point tel à l'époque parce qu'il découlait logiquement des idées régnantes.

On n'admettait pas alors qu'un crime ou délit pût jamais rester impuni. On croyait qu'il était nécessaire pour la sanction de la loi morale, pour l'exemple, que tout acte condamnable fût sévèrement réprimé, et le coupable, n'eût-il pas eu conscience de sa faute, fût-il même un être privé de raison, était soumis à l'action de la justice.

Pour ces procès contre les Animaux on avait d'ailleurs adopté des formes spéciales, à l'étude desquelles un avocat d'Autun, de Chassenciez, qui fut ensuite premier président du parlement d'Aix, a consacré tout un volume.

La procédure variait en effet suivant la nature de l'Animal poursuivi. S'il pouvait être saisi, appréhendé au corps, il était traduit devant le tribunal criminel ordinaire de la juridiction, et il comparaissait en personne.

S'il s'agissait d'Animaux sur qui on ne pouvait mettre la main et contre lesquels on ne possédait aucun moyen efficace de répression, ainsi par exemple, de Chenilles ou d'autres Insectes nuisibles aux fruits de la terre, on les traduisait devant le tribunal ecclésiastique, c'est-à-dire devant l'officialité, seule capable de les atteindre en appelant sur eux la justice divine et en les signalant à sa vindicte.

Dans ce dernier cas, l'affaire s'engageait comme un véritable procès, ayant d'un côté pour demandeurs les habitants de la localité ravagée, de l'autre pour défenseurs les Insectes accusés. On suivait avec le plus grand soin les formes les plus minutieuses des actions intentées en justice, et, la cause entendue, l'official prononçait sa sentence.

On a le texte même des plaidoiries pour et contre, car les intimés avaient leur procureur ainsi que la partie plaignante, et l'on faisait de son mieux de part et d'autre. On a enfin la teneur des arrêts, qui prononcent en général l'expulsion des délinquants et, au cas où ils refuseraient d'obéir, l'excommunication. Ce n'était donc pas d'emblée qu'on en venait à cette grave extrémité d'excommunier « les Insectes des champs ». On leur adressait au préalable une admonition telle que celle-ci : « Tu es une

créature de Dieu, je te respecte. La terre t'a été donnée comme à moi, je dois vouloir que tu vives. Cependant tu me nuis, tu empiètes sur mon héritage, tu détruis ma vigne ; tu dévores ma moisson ; tu me prives du fruit de mes travaux. Peut-être ai-je mérité ce qui rn'arrive, car je ne suis qu'un malheureux pécheur. Quoi qu'il en soit, le droit du fort est un droit inique. Je te montrerai tes torts, j'implorerai la divine miséricorde, je l'indiquerai un lieu où tu puisses subsister ; il faudra bien alors que tu t'en ailles ; et si tu persistes, je te maudirai. »

Et pour que les coupables n'en ignorassent, avertissements et sentences étaient dans tout le pays proclamés à son de trompe par le crieur public.

Certes on n'a plus envie de se moquer lorsqu'on voit d'aussi nobles sentiments exprimés avec une simplicité si touchante, et l'on doit convenir qu'en parlant ainsi aux Bêtes dans la candeur deleurs âmes, nos pères approchaient beaucoup plus du sublime que du ridicule.

C'était presque toujours, sous forme d'adjuration et d'exorcisme, un ordre donné aux délinquants de sortir du canton qu'ils ravageaient et de se retirer dans un district inculte et parfois nominativement désigné. Voici du reste la formule d'une de ces sentences :

« Rats, Limaces, Chenilles, et vous tous, Animaux immondes qui détruisezles récoltes de nos frères, sortez des cantons que vous désolez et réfugiez-vous dans ceux où vous ne pouvez nuire à personne. »

Quelquefois, lorsqu'on supposait que les déprédateurs étaient suscités par le démon, à cet ordre s'ajoutaient des paroles d'anatbôme. On fixait en outre l'époque à laquelle la sentence devait être exécutée. Dans les cas urgents on condamnait les Insectes à vider les lieux immédiatement, mais d'ordinaire on leur accordait un délai variant de trois heures à trois jours.

Les Animaux le plus souvent condamnés furent les Chenilles, les Mouches, les Sauterelles.

Du xv° au xvii0 siècle, les sentences se succèdent surtout dans certaines localités de la Bourgogne qui paraissent avoir été tout particulièrement infestées par ces Insectes.

Berryat Saint-Prix (1), l'éminent juriscon-

(1) Berryat Saint-Prix, Rapport et Recherches sur les procès et jugements relatifs aux Animaux (Mémoires de la Société des antiquaires de, France. Paris, 1820 tome VIII).

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS-

Fig. 1251.

Fig. 1250.

Fig. 1252.

Fig. 1250. — Boîte servant ;\ la chasse des Papillons cl l Fig. 1252. — Microlépidoptère très grossi, piqué dans une

des Chenilles. rainure sur un billot de moelle de Sureau pour pouvoir

Fig. 1251. — Pot couvert d'une gaze, disposé pour l'élc- être étalé, vage des Chenilles.

Fig. 1250 à 1252. — Instruments servant a la récolte et a la préparation des Papillons.

suite a relevé à peu près tous les, procès de ce genre qui ont eu lieu depuis le xn° jusqu'au xvmc siècle inclusivement, et il a donné le texte de plusieurs sentences prononcées, avec le compte des frais de la procédure et de l'exécution. Voici un résumé de son tableau en ce qui concerne les Chenilles.

En 1120, à Laon, une excommunication fut prononcée par l'évêque de Laon, contre les Chenilles (1).

En 1S43, d'après les registres de la mairie de Grenoble, une demande d'excommunication fut formée par le conseil de la ville contre les Chenilles.

Chorier, historien en général exact, et écrivant d'après des sources officielles, a l'occasion d'un procès intenté en 1585 auxChenillesdu diocèse de Valence, assure que le grand vicaire, après avoir fait citer les Chenilles devant lui, leur donna un procureur pour les défendre, et que la cause fut plaidée solennellement, et suivie d'une sentence par laquelle on enjoignait aux Chenilles de quitter le diocèse (2).

Un semblable procès fut intenté aux Chenilles d'un canton de l'Auvergne, en 1690, dé-

fi) Sainte-Foix, Œuvres, 1118, in-8, tome IV, p. 97. (2) Histoire générale du Dauphiné, tome II, p. 712 ; Thémis, t. I, p. 196.

vantlejugede ce canton (1). On y voit que le juge leur nomma un curateur, que la cause fut contradictoirement plaidée et que par sentence du 1er juin, il fut enjoint aux Chenilles de sortir incessamment des dits lieux, et de se retirer dans un petit terrain (il y est indiqué) pour y finir leur misérable vie.

Nous voyons d'ailleurs les invocations à l'intercession divine se perpétuer jusqu'au xvme siècle, car voici ce que nous rapporte Héaumur (2) à propos « des Chenilles qui ont fait de grands désordres dans les légumes du Royaume ». « En Alsace, elles ont attaqué les plants de Tabac, et elles y ont fait de si grands désordres, que M. Bazin m'a écrit que les vicaires venaient demander permission à .Mur l'évêque de Paros, suffragant de Strasbourg, de faire des processions pour obtenir d'être délivrés de ces Chenilles. »

La dernière affaire que l'on connaisse futportée dans les premières années du XVIIIe siècle, contre des Chenilles qui dévastaient le territoire de la petite ville dePont-Château, en Auvergne, et comme toujours il leur fut enjointde se retirer dans un district inculte qui leur était désigné.

(1) Description des principaux lieux de la France, 1789, tome V, p. 443.

(2) De Réaumur, Mémoire pour servir à l'histoire des Insectes, t. H, 8° mém., p. 327.

LES LÉPIDOPTÈRES OU PAPILLONS

Ce correctif à la condamnation se retrouve dans tous les procès du même genre, et la plupart des ouvrages qui les rapportent donnent à entendre, s'ils ne le disent explicitement, que les Animaux condamnés obéissaient à l'injonc-

Fig. 1253. — Étaloir servant a la préparation des Insectes et principalement des Papillons.

tion, ou que, par l'effet de l'excommunication, ils disparaissaient sans qu'on pût savoir ce qu'ils étaient devenus.

Après ce dernier cas, on ne trouve plus d'exemples d'Animaux traduits personnelle-

ment devant la justice : et nous l'avons dit, ce fut seulement un siècle et demi plus tard qu'on cessa d'intenter des procès aux Insectes et autres Animaux nuisibles aux biensdela terre. Mais bien avant qu'on abandonnât ces coutumes, les jurisconsultes et les canonistes les plus autorisés les avaient déjà condamnées et en avaient montré la complète inutilité.

Chasse et Kêcolte des Papillon*. — La

chasse des Papillons est une des joies de l'enfance; souvent même elle a inculqué à l'adolescent un goût définitif des sciences naturelles, aussi ne devons-nous pas la considérer comme un amusement futile; source d'agréables distractions et de promenades salutaires, elle suscite la curiosité naissante et engage à l'ob-

Fig. 1254. — Manière de piquer un Microlépidoptère.

servation. Que d'hommes distingués, de Naturalistes éminents ont débuté dans la vie par chasser les Papillons !

Charles Nodier se délassait de ses travaux littéraires par l'étude de l'Entomologie; le général Fersthamel était un si fervent adepte de la chasse des Lépidoptères qu'il a mérité les honneurs de la caricature ; la magistrature, la médecine possèdent des Lépidoptérologues célèbres; l'Académie des sciences a compté et compte encore parmi ses membres des Nemrod qui dans leur jeunesse ont porté le filet à Papillons; nous dirons pas poétiquement, mais irrévérencieusement, que les Piérides, les Vanesses et les Satyres remplaçant les Muses les ont conduits à l'Institut. Mais n'est-il pas encore de grands philosophes, de grands penseurs, rénovateursdes sciences naturelles, qui ontehassé les Papillons; Darwin et Wallace n'ont-ils pas tiré de magnifiques et grandioses conclusions de l'observation des Papillons qu'ils capturèrent? Qui ne se souvient des études de Darwin sur la fécondation des Orchidées, des observations de Wallace sur les Papillons de la Malaisie.

Lecteurs qui collectionnez les Papillons, je no formulerai qu'un vœu, c'est que cherchant l'espèce rare, l'aberration précieuse, vous vous inspiriez de ces grands maîtres, et les preniez pour exemples et pour guides.

LES RHOPALOCÈRRS OU PAPILLONS DK JOUIt.

Nous renverrons au chapitre que nous avons publié dans l'Introduction de cet ouvrage (1) ; mais nous remettrons sous les yeux quelquesunes des figures (fig. 1250 à 1234) représentant les instruments de chasse et de préparation.

CiasHiiîcutiou. — On s'est contenté longtemps de la division établie par Latreille, qui partageait les Papillons en Diurnes, Crépusculaires, et Nocturnes; correspondant à ces trois grands genres Papitiu, Sphinx et Phalena créés par Linné.

Les deux premières catégories forment seules des familles naturelles; à la première, Duméril, s'appuyant sur la conformation uniforme des antennes, donne le nom de Rhopalocères (po'iraXov, massue; xEpaç, corne, antennes) ; la seconde et la dernière, en revanche, composées des formes les plus diverses, ont été réunies par Boisduval, à cause de la diversité de formes de leurs antennes, dans une grande division à laquelle il décerna l'appellation à'fJétérocères. M. E. Blanchard a proposé une autre base de classification reposant sur

la présence ou l'absence d'un crin ou soie raide situé à la partie inférieure des secondes ailes passant dans un anneau des premières ailes qui assure la solidarité de l'aile supérieure avec l'aile inférieure. Aux Rhopalocôres vinrent correspondre les Achalinoptôres (a privatif ; yaXivdç, frein ; icxspôv, aile) ; aux Hétérocères vinrent correspondre les C/ialinoptères ; mais on a reconnu que ce caractère n'avait pas toute la valeur distinctive qu'on était tenté de lui accorder. Aussi la grande majorité desLépidoptérologues a-t-elle adopté la classification proposée par le Dr Boisduval.

La nécessité de faire entrer dans la classification les nombreuses espèces qu'on a découvertes, avec les années, dans les contrées éloignées, et l'obligation de tenir compte des recherches plus précises qu'on a faites sur les espèces connues depuis longtemps dans nos pays, ont imposé successivement la nécessité de créer une série de familles plus ou moins naturelles, dont nous signalerons les traits principaux.

LES RHOPALOCÈRES OU PAPILLONS DE JOUR OU LÉPIDOPTÈRES DIURNES — RHOPALOCERA OU DIURNA

Die Tagschmetterllinge. — Die Tagfalter.

Caractères. — Nous plaçons en tête de l'ordre des Lépidoptères les Papillons de jour [Diurna, Rliopalocera), qui formaient l'ancien genre Papilio de Linné.

Un corps mince et frêle avec un revêtement de poils courts, des ailes, larges et grandes, affectant au repos une position verticale, qui leur permet de se toucher par leurs faces supérieures, des antennes grêles en forme de massue qui atteignent leur plus grande épaisseur au niveau de leur extrémité même ou peu en arrière, constituent les caractères infaillibles qui permettent de reconnaître cette première famille. Seuls, certains Bombycides présentent parfois les mêmes rapports de grandeurs pour le corps et les ailes; mais leurs antennes sont conformées différemment. Les Papillons diurnes n'ont jamais d'yeux accessoires, ni de crin qui, inséré sur la face inférieure des ailes postérieures, passe dans un

(1) Brehra, t. VII. Introduction, p. 78 et suivantes.

anneau situé sur la nervure de l'aile supérieure, et joue le rôle de frein; ils n'ont le plus souvent que deux éperons terminaux sur les jambes postérieures, et ne volent que le jour.

Mais tous les Papillons qui déploient leur activité dans la journée ne font pas, pour cela, partie de cette famille ; quelques Hétérocères au sombre vêtement voltigent avec la même ardeur que ces fainéants, séduisants et coquets, et leurs Chenilles, comme celles des Rhopalocères, causent aux plantes des ravages incalculables.

Les Chenilles de Diurnes diffèren t trop les unes des autres, par leur aspect extérieur, pour qu'on puisse en faire une description commune ; tout ce qu'on peut en dire, d'une façon générale, c'est que leurs pattes sont au nombre de seize, et que leurs poils ne sont ni longs ni serrés. Toutes les Chenilles épineuses de nos pays appartiennent à cette famille.

Les Chrysalides de Papillons diurnes sont de couleur claire ; elles sont marquées par

LES PAPILIONIDES.

toutes sortes de saillies anguleuses sur la face dorsale, et par des pointes terminales sur le vertex ; aussi leur région dorsale antérieure offre un aspect souvent grotesque, ainsi que l'indiquent nos figures.

Chaque Chenille tisse un mince coussinet soyeux le long d'une planche, d'un rameau, d'un tronc d'arbre, etc., et s'y fixe fortement par ses paltes postérieures ; elle se recourbe en arc, se dépouille de sa peau par des mouvements de contorsion qu'elle imprime à son corps, et grâce à eux implante vigoureusement les mille et un crochets recourbés qui couvrent son extrémité, appelée improprement queue; cette extrémité n'étant, ainsi que nous l'avons déjà dit, que le résultat de l'accolement des pattes anales modifiées. L'Insecte apparaît sous la forme d'une Chrysalide pendue la tête en bas, ou bien la Chenille étant fixée d'abord à l'aide d'une ceinture passée autour du corps, la Chrysalide repose dans la situation verticale ou dans la situation horizontale, la face ventrale tournée en bas. A l'exception de quelques Chenilles qui dans leur jeunesse se confectionnent un Nid destiné spécialement à leur servir d'abri pour passer les premiers jours de leur existence ou s'abriter pendant l'hiver, elles ont peu de tendance à filer ; aussi leurs glandes séricigènes sont-elles souvent peu développées.

Relativement à l'hibernation des Papillons diurnes, on peut, au moins chez les espèces européennes, indiquer le stade de leur évolution pendant celte période. D'après Werneburg, sur une centaine de Papillons diurnes, neuf passent l'hiver à l'état d'OEufs, autant, environ, à l'état de Papillons, cinquante-neuf à l'état de Chenilles et vingt-huit à l'état de Nymphes.

Distribution géographique. — On peut apprécier l'influence de la lumière et de la chaleur sur les Insectes, en étudiant leur distribution géographique et l'on constate que, dans nos pays, ce sont seulement ceux qui reçoivent presque continuellement les rayons du soleil, qui possèdent le coloris le plus éclatant; on les voit se presser dans ces endroits ensoleillés en foules parfois si nombreuses qu'ils remplacent largement les fleurs sur les lisières des bois. Vers le Nord, les Papillons ne s'étendent pas au delà du soixante-quatorzième degré de latitude. Dans les montagnes, ils atteignent des altitudes qui varient entre 2812 et 4080 mètres, suivant la latitude ; mais les Papillons diurnes n'atteignent généralement pas ces limites. Tandis qu'en Allemagne, c'est-à-dire dans toute l'Europe centrale, on ne trouve pas tout à fait 200 espèces de Papillons diurnes (parmi les quatorze Papilionines d'Europe, six espèces ; parmi les trente et une Piérines, seize espèces; parmi les cinquante-neuf Nymphalides, quarante-six espèces ; parmi les soixantequinze Lycœnides, quarante-neuf espèces; et parmi les vingt-neuf Bes/iérides, vingt-quatre), et que dans toute l'Europe, y compris les frontières asiatiques qu'on ne saurait en séparer à ce point de vue, on en compte à peine 400, on voit voltiger aux environs de Para, dans le Brésil, au moins 600 espèces. Cet exemple suffit à montrer leur richesse prédominante dans les régions équatoriales. En mettant à cinq mille le nombre des espèces de Papillons diurnes, on reste plutôt au-dessous de la vérité qu'au-dessus. Cette abondance rend, en réalité, très difficile le choix des quelques espèces dont nous pourrons esquisser l'histoire.

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