‹ Mes cheveux blancs: poésieChapitre 1 sur 61 · VI AVANT-PROPOS DE L*AUTEUR · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS DE L*AUTEUR

moi-même, j'ai cherché à revêtir de poésie quelques instants lucides, quelques éclaircies d'un rare soleil, où des idées plus joyeuses, des images moins sombres, sont venues illuminer et consoler mon déclin.

Filles de la retraite, nées dans un milieu de paix et de recueillement, ces productions auront peutêtre pour unique mérite celui de contraster avec les agitations du temps présent et d'arracher à de sinistres prévisions de l'avenir ceux que distraira leur lecture.

Peut-être las des préoccupations d'une politique haineuse, moins soucieux d'accroître leur bien-être matériel, mes concitoyens auront-ils de la bienveillance à juger et quelque plaisir à lire le vieil auteur dont ils goûtèrent les premiers essais, et dont ils trouveront ici les derniers chants.

Me voici toutefois tel qu'ils m'ont connu ; je ne saurais ni me surfaire avec orgueil, ni m'amoindrir par modestie; aussi, j'aime à croire que ces vers, accueillis avec faveur en France pour la plupart, trouveront dans ma patrie l'indulgence que ne leur refusa point l'étranger.

Oui, j'aime à penser que mes concitoyens apprécieront mes suprêmes efforts pour obtenir encore

AVANT-PROPOS DE l'AUTEUR. VII

leurs suffrages ; si l'âge m'a enlevé la gaîté qui fut sans doute mon titre le plus réel pour leur plaire, il me laissa du moins la sensibilité en m'apportant l'expérience amère de la vie, deux choses acquises trop chèrement pour qu'elles ne vaillent pas à leurs yeux une partie de ce qu'elles me coûtèrent.

Décembre 1863.

J. Petit-Senn.

J'avais demandé à l'un de mes meilleurs amis de vouloir bien me faire une préface pour ce volume; je désirais me présenter au public sous l'égide d'un homme distingué, dont la plume élégante et facile aurait appelé et obtenu l'indulgence pour mes vers. 11 avait accueilli ma demande avec sa complaisance accoutumée, mais comme je me défiais, non certes de sa bonne volonté à m'obliger, mais de la possibilité où il serait, vu ses nombreuses occupations, de remplir sa promesse, je composai moi-même Favant-propos qu'on vient de lire, et déjà il était aux mains de l'imprimeur quand me parvint la lettre suivante, que je m'empresse de

vin AVANT-PROPOS DE L*AUTEUR.

placer en tête de mes poésies, certain que mes concitoyens auront autant de plaisir à la lire que j'en eus moi-même à la recevoir, et qu'elle accroîtra leur estime pour le talent de son auteur, comme elle a ajouté à mon amitié et à ma reconnaissance pour lui.

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