‹ Mes confidencesChapitre 35 sur 44 · HOU Ü’ALIZA · texte numérisé non relu

HOU Ü’ALIZA

un coquin aussi accompli que son ami Nicolas del Calamayo : l'un est le serpent, l’autre est l'oiseau que le serpent fascine et attire dans la gueule du vice.

Le chef des sbires n’est qu’un homme léger, débauché et corrompu, qui ne refuse rien à ses passions quand on lui offre les moyens de les satisfaire, mais qui, de sang-froid, ne ferait pas le mal si on ne lui présentait pas le mal tout fait. Vous savez que ce caractère-là est le plus commun parmi les hommes légers; leur conscience ne leur pèse pas plus que leur cervelle, et ce qui leur fait plaisir ne leur parait jamais bien criminel.

Tel est, en réalité, le chef des sbires; son plus grand vice, c’est son ami Nicolas del Calamayo !

— Eh bien I seigneur docteur, dis-je alors à Bernabo, je vais vous exposer une affaire grave et compliquée dans laquelle le chef des sbires a un intérêt, et Nicolas del Calamayo, les deux bras jusqu’aux coudes.

— Je vous écoute, dit Beimabo.

Je lui ai raconté alors le hasard qui fit rencontrer la belle Fiord’ Aliza par le sbire en société de son ami

KlOH Ü’ALIZA.

Nicolas del Calamayo : la demande, le refus, l’entêtement du sbire, l’obstination delà jeune fille, puis la dépossession, pièce à pièce, par les soins du procureur Nicolas del Calamayo, au moyen d’actes présentés par lui à la justice, actes revendiquant pour des parents, au nom d’anciens parents inconnus dont le sbire avait acheté les titres, tout le petit héritage de vos pères et de vos enfants.

En m’écoutant, le vieux docteur en jurisprudence fronçait le sourcil et se pinçait les lèvres avec un sourire d’incrédulité et de mépris qui montrait assez ce qui se passait dans son âme.

— Avez-vous sur vous ces pièces? me dit Bernabo.

— Non, répondis-je.

— Eh bien! apportez-les-moi la première fois que vous descendrez du monastère à la ville; je vous en rendrai bon compte après les avoir examinées, et si elles me paraissent suspectes dans leur texte, comme elles le sont déjà à mes yeux dans leurs circonstances, rapportez-vous-en à moi pour faire une enquête secrète et gratuite chez les prétendus parents ou ayants droit de votre pauvre aveugle. La meilleuie

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l'IüH D’AUZA.

charité à faire aiu braves gens, c’est de démasquer un coquin comme ce Nicolas del Calamayo avant de mourir, et de lui arracher des ongles ses victimes.

Allez, frère Hilario, et mettez-vous seulement un sceau de silence sur votre barbe ; qui sait si, en sauvant le patrimoine de ces pauvres gens, nous ne parviendrons pas aussi à découvrir quelque embûche tendue à la vie du criminel , peut-être innocent, qu'on va juger sur de si vilaines apparences !

’ Le frère termina son récit en prenant les pièces dans l’armoire.

— Ah ! que nous font les biens, la vigne, le pré, le châtaignier, la maison même, nous écriâmes-nous, ma belle-sœur et moi. Qu’on prenne tout, qu’on nous jette tout nus dans le chemin, mais qu’on nous rende nos deux pauvres innocents !

— Résignez-vous à la volonté de Dieu, quel que soitle sort d’Hyeronimo, nous dit-il en s’en allant;

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je monte au monastère pour instruire le prieur de votre angoisse et du motif de mes absences. Je lui demanderai de séjourner à la ville autant que ma présence pourra être utile au prisonnier pour ce monde ou pour l’autre; je remonterai jusqu’ici dès que j’aurai une bonne ou une mauvaise nouvelle à vous rapporter d’en bas ; ne cessez pas de prier.

— Ah ! répondîmes-nous tout en larmes, si nous cessions de prier nous aurions dope cessé de trembler ou d’espérer pour la vie de nos enfants, nous aurions bien plutôt cessé de vivre !

Il s’en alla, et nous entendîmes , pendant la nuit suivante, son pas lourd, lent et mesuré, qui faisait rouler les cailloux sur le sentier en redescendant du monastère vers la ville.

Nous restâmes douze grands jours sans le voir remonter et sans rien apprendre de ce qui se passait en ville. Hélas! il craignait sans doute de nous

FIOK D'ALIZA.

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informer trop tôt de la condamnation sans remède de Hyeronimo ; mais chaque heure de silence nous paraissait le coup de la mort pour tous les quatre! Voilà tout, monsieur.

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