CHAMBRE DES DÉPUTÉS
Séance du 17 décembre 1883
DISCUSSION DU PROJET DE LOI PORTANT RATIFICA- TION d'une convention relative a la pose d'un cable télégraphique sous-marin en coghinchine.
M. LE PRÉSIDENT. M. le sous-secrétairc d'Etat des colonies demande la discussion immédiate : 1® du projet de loi portant la ratification d'une convention relative à la pose d'un câble télégraphique sous-marin entre le cap Saint-Jacques (Gochinchine) et Haï-Phong, et de la proposition de loi de M. Blancsubé sur le même objet, qui étaient placés dans l'ordre du jour après le budget.
Il n'y a pas d'opposition ? (Non l non !)
La discussion est ouverte.
Personne ne demande la parole dans la dis cussion générale?
M. Blancsuhk. Je demande la parole.
M. LE PRÉSIDENT. La parole est à M. Blanc-
snl)é.
M. Blancsuré. J'ai fait connaître l'autre jour à la Chambre que la colonie que je représente désirait que je ne fisse plus d'opposition à ce projet. (Ah ! ah !) La Chambre se rappelle qu'après le rejet du projet primitif j'ai déposé une proposition sur laquelle elle a bien voulu déclarer l'urgence^ cotte proposition fut renvoyée à la Commission chargée d'examiner le premier projet du Gouvernement,
Je regrette que M. Charles Ferry, qui était le rapporteur, n'ait pu s'occuper immédiatement de cette affaire, car on aurait pu la terminer dans les vingt-quatre heures et dans un sens parfaitement français. (Très bien! sur divers bancs.)
Aujourd'hui nous nous trouvons en présence d'une convention plus onéreuse encore que la première...
M. Clemenceau. Elle sera votée!
M. Blancsubé... mais les circonstances sont telles, que je ne fais, je le répète, aucune opposition, mais une simple réserve.
M. Le Provost de Launay. C'est le retard de M. Ferry qui nous coûte la différence!
(Bruit.)
M. Blancsubé. Nous payons fort cher des avantages qui ne sont qu'apparents I
M. GuNÉo d'Ornano. a demain 1 II faut discuter sérieusement I
M. Blancsubé. J'ai fini. On stipule la faculté de rachat du câble en faveur de l'État. J'ai essayé de faire admettre cette faculté en faveur de la colonie également. Je n'ai pu robtenir. On stipule que l'exploitation sera française, et néanmoins dans l'article 10 on se réserve de la rendre aux Anglais ! J'ai es« sayé de faire admettre qu'on ne la rendrait aux Anglais que dans le cas où la colonie ne voudrait pas s'en charger ; on y a trouvé des difficultés. Mais on a volontiers accepté que, dans le cas où l'exploitation cesserait d'être française, la colonie cesserait également de donner sa subvention. C'est toute la réserve que je veux faire. (Mouvements divers.)
M. GuNÉo d'Ornano. Je demande la parole.
M. LE président. La parole est à M. le sous-secrétaire d'Etat des colonies.
M. LE SOUS-SECRÉTAIRE d'ÉTAT DE LA MA- RINE ET DES COLONIES. Jc demande à dire un mot seiilcinont on réponse aux observations présentées par l'honorable M. Blancsubé.
Vous VOUS rapipelez, messieurs, comment l'affaire du câble du Tonkin s^est présentée pour la première fois. Le Gouvernement proposait de relier Saigon à Haï-Phong moyennant une annuité de 250,000 fr. qui devrait être supportée par le budget métropolitain,
L'henorable M. Blancsubé est alors monté à la tribune pour déclarer que la colonie participerait volontiers au payement de l'annuité si l'exploitation était française. La Chambre a donné raison à son argunaentation et n'a pas accepté le projet du Gouvernement, qui était à ce moment de faire exécuter la ligne par la compagnie concessionnaire, VEastern Extension Company.
Le Gouvernement a voulu savoir dans quelle mesure la Gochinchine consentirait à intervenir dans le paiement de l'annuité que réclamerait la compagnie qui serait déclarée concessionnaire.
Plusieurs propositions ont été faites. UEastern Extension Company s'est de nouveau présentée; son câble a été vérifié avec le plus grand soin; cette société a demandé, en raison des dispositions spéciales qu'il y avait lieu de prendre pour rattacher cette ligne au réseau général de l'Extrême Orient, une annuité
de 250,000 fr. ; mais rexploitation en sera faite par nos agents et nous coûtera environ 50,000 francs par an. En outre, il y a une annexe qui doit aller sur la rivière de Hué, et par suite la dépense se trouvera encore majorée de 25,000 fr. C'est donc un total de 325,000 francs que nous aurons à payer. Il faut déduire de ce chiffre une somme de 85,000 fr. à laquelle sont évaluées les recettes ; de sorte que la dépense annuelle sera de 240,000 fr. La Gochinchine, très généreusement et très patriotiquement, a accepté de payer la moitié de cette insuffisance de recettes ; c'est donc une somme de 120,000 fr. qui restera annuellement à la charge du budget métropolitain.
Voilà la situation. L'honorable M. Blancsubé vient de vous faire connaître que sa colonie exprime le désir qu'il cesse de faire op* position au projet du Ciouvernement. Il demandait que la France achetât le câble. Si nous ne sommes pas entrés en pourparlers avec la compagnie pour cet achat, c'est que l'entretien d'un pareil engin est très onéreux et nécessiterait l'acquisition d'un navire spécial que nous n'avons pas, tandis que l' Eastern Extension Company, qui exploite le réseau complet de l'Extrême Orient, possède des na-
vires spécialement affectés à la surveillance et à l'entretien de ses câbles. Nous avons adopté le système de l'annuité parce que la compagnie s'engage non seulement à entretenir le câble, mais à le remplacer au besoin, de sorte que nous sommes absolument certains, moyennant le paiement d'une annuité déterminée, dont je vous ai fait connaître le montant, d'avoir pendant vingt ans des communications directes entre Saigon et Haï-Phong, avec em* branchement sur Thuan-An, l'exploitation du câble étant entre les mains d'agents français.
Le Gouvernement croit ainsi avoir répondu au sentiment de la Chambre sans avoir négligé les intérêts budgétaires, puisque là mé^ tropole n'aura plus à payer que 120,000 francs au lieu des 250,000 fr. qui nous étaient précédemment demandés. (Très bien ! très bien !)
M. Clemenceau. Nous recevrons 120,000 fr.
en moins de la Cochinchine : voilà le résultat que vous obtenez 1
M. CuNÉo d'Ornano. Je ne viens pas discuter en. ce moment un projet de cette importance; je m'étonne, en effet, que la Chambre ait permis qu'on abordât cette discussion à une heure aussi tardive, qui ne permet plus une discussion complète.
Je voudrais, messieurs, en demandant Tajournement de la discussion à demain, présenter cette unique observation : c'est que lorsque MM. Ferry frères entraînent la majorité de cette assemblée... (Exclamations à gauche.)
M. Jules Ferry, p^^ésident du conseil, ^hnistre des affaires étrangères. Qu'est-ce que c'est que ce langage, monsieur?
M. GuxÉo d'Ornaxo. C'est mon langage, monsieur?
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. Il est inconvenant ! (Très bien ! très bienlj
A droite. A Tordre! à Tordre!
M. CuxKO d'Ornano. C'est vous qui Têtes!
Voix nombre tf ses au centre et à gauche, A Tordre! à Tordre !
M. CuxKO d'Ornano. J'ai le droit de parler de MM. Ferry frères, il me semble... (Non! non ! à gauche et au centre.) Pourquoi en rou* jririez-vous, monsieur Jules Ferry ? On peut parler de mes frères sans que j'en rougisse... (Nouvelles exclamations à gauche et au centre.)
Il était question de votre frère toutà Theure ; pourquoi n'avez-vous pas interrompu Torateur qui m'a précédé ?
48 MES DOSSIKHS.
M. LE PRÉSIDENT BU CONSEIL. Qu'a-t-OH
dit de mon frère, s'il vous plait?
M. GuNÉo d'Ornano. On a dit que c'était la faute de M. Charles Ferry si le projet de loi... (Interruptions.)
M. Charles Ferry. C'est une mauvaise plaisanterie I
M. CuNÉo d'Ornano. Il fallait vous en expliquer tout à l'heure, en réponse à M. Blancsubé !
M. Charles Ferry. Je n'ai pas la mauvaise habitude d'interrompre les orateurs à la tribune.
M. CuNÉo d'Ornano. Vous m'interrompez cependant ; mais je ne m'en plains pas.
M. Charles Ferry. Vous m'aviez interpellé.
M. Blancsubé avait fait rejeter le projet la veille du départ de la Chambre. J'ai passé toute la matinée du lendemain, dans la Commission du budget, à chercher avec M. le ministre des postes et des télégraphes un moyen pratique de transformer la décision de la Chambre en un projet qui pût lui être soumis. Il n'y a pas eu moyen ; M. le ministre des posteset des télégraphes est là pour l'attester. Je vous demande de cesser les odieuses insi-
nuations que vous lancez en ce moment du haut de la tribune. (Applaudissements à gauche et au centre.)
M. GuNÉo d'Ornano. Gomment ! des insinuations ! Les insinuations, vous le savez bien, ne sont pas dans mes habitudes... (Exclamations à gauche. — Très bien ! très bien ! à droite.) Quand je dis quelque chose, je le dis clairement (Très bien ! très bien I à droite), et je vais m'expliquer encore plus clairement, si vous me le permettez sans m'interrompre, puisque les interruptions vous déplaisent ; elles ne me déplaisent pas à moi, d'ailleurs, et vous n^avez pas à vous gêner I (Très bien ! très bien I à droite.)
M. Tézexas. Les interpellations de collègue à collègue sont défendues 1 (Bruit.)
M. GuNÉo d'Ornano. Get incident montre encore davantage, en présence des passions que le moindre mot sur ce sujet délicat soulève ici (Ah I ah 1), la nécessité de remettre à demain cette discussion. (Très bien I très bien! à droite. — Non ! non I à gauche.)
Si par cela seul que je parle de M. Charles Ferry et que je rapproche son nom de celui de M. Jules Ferry, alors que la politique coloniale est leur politique commune, si, par cela
50 MKS DOSSIEUS.
seul, jo provoque do la part de M. Jules FiM'iy une inteiTuptiou que j'ai dû qualifier en qualiliant son auteur...
M. LK PRÉSIDENT DT CONSEIL. Comment le qualifiez-vous ?
M . CuNÉo d'Orn AN . Je vous ai qualifié d'impertinent, monsieur! Bruyantes réclamations à gauche et cris: A Tordre! à Tordre I — Très bien! très bien et applaudissements adroite.)
M. LE PRÉSIDENT. Mousieur Gunéo d'Ornano...
Plusieurs nienibi'cs à droite. Adressez-vous d'abord à M. leprésidentdu conseil, monsieur le président!
M. LE PRESIDENT. Permettez! je m'adresserai successivement à la Chambre (Interruptions à droite), et je m^adresserai à mes collègues comme il conviendra. (Très bien ! très bien! à gauche.) La Chambre seule sera juge de ma conduite.
Vous aviez, monsieur Cunéo d^Ornano, en vous servant de Texpression « MM. Ferry frères », lancé une insinuation... (Oui! oui I et applaudissements à gauche et au centre. — Exclamations à droite. )
M. Chaules Ferry. Evidemment! (Rires à droite.)
M, LE PRÉSIDENT,... contie M. le président du conseil et contre un autre de nos collègues.
M. le président du conseil vous a interrogé sur le sens de votre langage; vous l'avez maintenu; et c'est alors que M. le président du conseil s'est servi, en qualifiant votre langage, de l'expression d'inconvenance, qui, s'il y a insinuation, était au moins méritée. (Applaudissements à gauche et au centre, — Exclamations à droite.)
Si j'avais entendu, à ce moment, l'expression par laquelle vous venez de dire que vous avez répondu immédiatement à M. le président du conseil, je l'aurais réprimée.
Maintenant, si vous êtes prêt à déclarer que vous n'avez entendu diriger aucune insinuation. (Rumeurs sur divers bancs à gauche. — Très bien! à droite), ni contre M. Charles Ferry, ni contre M. Jules Ferry, il pourra ne pas être donné suite à l'incident. (Mouvements divers).
Sinon, je consulterai la Chambre sur l'application de l'article du règlement relatif aux peines à inlliger à ceux qui injurient les membres du Gouvernement. (Très bien! très bien ! à gauche et au centre).
Quelques membres à droite. Et le mot
« odieuses » sera-t-il aussi retiré, celui-là?
M. GuNÉo d'Ornano. Je n'ai aucun embarras à m'expliquer. L'épithète finale dont je me suis servi n'a été qu'une réponse au mot de M. le président du conseil. Je n'ai pas Thabitude d'insulter mes collègues (Exclamations au centre et à gauche), et, si j'avais cette habitude, mes collègues ont assez de dignité pour se faire respecter eux-mêmes, et ils auraient raison, (Très bien 1 très bien ! à droite).
Mais, encore une fois, Tépithète dont je me suis servi n'a été adressée par moi à M. Jules Ferry qu'en réponse à celle par laquelle M. le président du conseil avait qualifié d'une manière offensante mon attitude à cette tribune. Je ne Saurais certainement pas prononcée si M. le président du conseil ne m'avait luimême adressé une épithète blessante... (Exclamations au centre et à gauche. — Très bien !
très bien I à droite.) C'est évident I
Prenez garde, messieurs, que nous sommes ici des collègues divisés d'opinion, mais que nous avons tous intérêt à nous respecter. (Interruptions ironiques à gauche. — Très bien ! très bien I à droite).
M. LE PRÉSIDENT. Mousieur Gunéo d'Ornano, déclarez-vous qu'en disant « MM. Ferry
frères » vous avez voulu simplement vous exprimer comme si vous aviez dit M. Jules Ferry et M. Charles Ferry?...
Voix à droite. Quelle différence y voyezvous?
M. GuNÉo d'Ornano. Absolument, cela va de soi, monsieur le président ! (Exclamations à gauche.)
M. LE PRÉSIDENT... ct qu'il n'y av ait aucune insinuation dans votre langage ? Le déclarezvous?
M. GuNÉo d'Ornano. Très volontiers! Il avait été question dans le discours même de M. Blancsubé de M. Charles Ferry et de M. Jules Ferry. G'est dans ces conditions et à propos de la question du cable du Tonkin que les mots « MM. Ferry frères » ont trouvé place dans le débat... (Vives interruptions sur divers bancs à gauche.)
Vous ne voulez pas me laisser parler?..- Je n'ai nullement l'intention de blesser mes collègues, mais d'autre part je ne puis permettre que le chef du gouvernement... (Très bien! adroite. — Nouvelles exclamations à j^auche) m'adresse une épithète qu'il ne supporterait pas lui-même. (Bruit prolongé.)
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. Si IC GoUVCr-
nementiUait exposé dans cette enceinte à recevoir des injures sans qu'elles fussent réprimées et si les paroles en question étaient maintenues avec le sens que je devais leur attacher, le Gouvernement ne pourrait plus assister aux séances. (Mouvements divers.)
Voiv à droite. Vous voulez faire une diversion !
M. LE PRÉSIDENT. M. Cuncod Omano vient de faire cette déclaration qu'en se servant de l'expression de MM. Ferry frères il n'a eu aucune intention blessante. (Interruptions.) Il vient de le déclarer...
M. GuNKO d'Ornano. Et très volontiers I
M. Camille Pelletan, et dCaittres membres à gcmche. Très bien 1 très bien !
M. le président. Dans ces conditions, je demande à la Chambre si, devant cette décla-» ration qui retire le début de l'incident (Très bien ! très bien ! sur divers bancs à gauche et à droite), il n'est pas préférable pour la dignité de nos débats, de déclarer qu'il ne s'est échangé aucune expression blessante (nouvelles marques d'approbation sur les mêmes bancs), que les paroles prononcées par M. le président du conseil venaient d^m malentendu et étaient sans objet (Très bien I très bien !), et qu'on
conséquence l'expression dont M. Gunéo d'Ornano a fait suivre ces paroles est retirée. (Très bien ! très bien I)
M. GuNÉo d'Ornano. Oui!
M. LE PRÉSIDENT. Il mc Semble quc Cette déclaration du président, qui clôt l'incident, doit suffire dans les circonstances présentes. Le président a prouvé, dans des circonstances antérieures, et il était prêt, il l'a dit, à prouver, encore aujourd'hui, qu'il était disposé à appliquer les sévérités du règlement.
L'incident peut être clos ainsi, sans qu'aucune susceptibilité puisse demeurer en cause. (Très bien ! très bien I à gauche et à droite.)
L'incident est clos.
M. GuNÉo d'Ornano. Je reviens^ messieurs^ aux considérations qui militent en faveur de l'ajournement du débat. Et cet incident même me prouve que, si l'on avait voulu l'ajourner, on aurait discuté avec plus de calme et d'autorité. Seulement je tenais à dire, dans le cas où l'ajournement ne serait pas voté, j e tenais à dire aux auteurs mêmes de ce projet, ce que je pensais de cette politique coloniale . G'est dans ce sentiment que j'ai pris des noms tout à l'heure, — car je le répète, il n'est pas dans mes habitudes de blesser môme
r)(î MES DOSSIERS.
la susceptibilité la plus pointilleuse, — et que j'ai voulu montrer à la Chambre par un exemple frappant combien cette politique coloniale est décevante.
En effet, que vous dit-on ? Que Ton veut ouvrir à notre commerce et à notre industrie des débouchés nouveaux, des colonies que Ton espère créer ou que Ton entend conquérir.
Or, de même que Ton vous a démontré, Tautre jour, que les colonies récemment conquises, comme la Gochinchine, par exemple, sont des débouchés dont le commerce français ne profite pas, de même, ici, dès qu'il s'agit d'établir dans Tlndo-Chine une entreprise industrielle, à quels entrepreneurs avez-vous recours ? A des étrangers, à des Anglais. (Aux voix ! aux voix ! )
A droite. Parlez I parlez 1
M. GuNÉo d'Ornano. Si vous voulez ajourner à demain le débat, je vous montrerai que vous prélevez sur les impôts des négociants français les sommes nécessaires à la colonisation, et que le produit des impôts de nos négociants ouvre en Indo-Chine des débouchés à des Anglais, à des Russes, à des Allemands, à des Chinois. (Aux voix ! aux voix !)
Voilà, messieurs, où vous mène cette politique coloniale; dès le début même de vos entreprises, dès quil s'agit d'organiser ces colonies nouvelles, vous êtes obligés de vous adresser à des étrangers, à des Anglais, et cela aux frais des contribuables français, qui paient ainsi les débouchés que vous offrez à l'industrie étrangère.
Je vous demande donc d'ajourner à demain la discussion du projet, afin que la Chambre puisse l'examiner froidement, avec les documents essentiels, et que, si elle doit voter ce projet, elle puisse se prononcer du moins en connaissance de cause. (Marques d'approbation à droite).
M. LE PRÉSIDENT. Jc cousultc la Chambre sur l'ajournement demandé par M. Cunéo d'Ornano.
(L'ajournement de la discussion n'est pas prononcé.)
M. LE PRÉSIDENT. Personno ne demande la parole pour la discussion générale ?
Je mets aux voix le passage à la lecture de l'article unique .
(La Chambre décide qu'elle passe à la lecture de l'article unique.)
M. LE PRÉSIDENT. « Article unique. — Est ap-
prouvée la convention annexée à la présente loi passée, le 29 novembre 1883, entre le ministre de la marine et des colonies et VEastern Extension CoTiipany pour la pose d*un câble télégraphique sous-marin entre lô cap Saint-Jacques (Gochinchine) et Haï-Phong, et pour l'entretien de ce câble pendant vingt ans.
€ Cette convention sera enregistrée au droit fixe de trois francs (3 fr.) y*
(L'article unique est mis aux voix et adopté.)
LA CeMPAGNIE PâANCO-ALGËRIËNNE
Observation : On sait que les ministres se font adresser des rapports confidentiels sur les agissements des personnes qui peuvent les intéresser au point de vue politique.
Des copies de plusieurs rapports nous ont été remises. Nous les reproduisons.
NOTE CONFIDENTIELLE (No 12) Affaire de la Compagnie F^ranco-Algérienne
« La Compagnie Franco-Algérienne est en ce moment sous le coup d'ignobles procédés de chantage auxquels participent ou ont participé plusieurs députés.
« S'il n'y avait point matière à chantage, certes il n'y auraitpas eu chantage de ce côté-là*
« Mais en tout cas, il faut avouer que la participation de certains membres du parlement
à des actes de cette nature suffît pour révéler un état social des plus graves auquel il conviendrait de remédier au plus tôt.
« Vraiment, si cela continuait, ce serait du joli 1 Bientôt, on verrait le Corps législatif devenu l'officine inviolable des tripotages clandestins d'une poignée de représentants du peuple! Ces membres influents ou simplement osés, viendraient, sans respect pour leurs mandataires, du haut de la tribune française, faire ostensiblement concurrence aux gredins sans aveu, aux maîtres chanteurs de profession qui pour la plupart, à leur sortie de Poissy,sont venus discréditer sinon déshonorer la presse financière tout entière en prêtant leur concours à des feuilles de bourse à scandales I
« Voici où nous acheminent des hommes qui, sous prétexte de défendre les intérêts publics, ne font, en ce moment, que le jeu des adversaires delà République.
« Or, pour en revenir aux compromissions de chantage qui nous occupent, voici les rôles qu'aurait joués M. Granet depuis quelques mois :
— (Ceci dit sous toutes réserves, bien que nous tenions ces renseignements de deux sources généralement bonnes.)
« Il y a neuf ou dix mois, au moment où la maison Kohn, Reinach et G'% de protectrice avouée qu'elle était de la Franco-Algérienne, s'apprêtait à livrer des charges à fond de train contre cette société, un rapprochement intime venait d'avoir lieu entre MM. Reinach et Van der Hecht.
« C'est alors que M. Granet, mis au courant du plan que mûrissaient ces financiers, dans le but d'accaparer à bas prix l'affaire de la Franco-Algérienne, était chargé par eux de dévoiler à la Chambre la situation exacte de ladite société, ses désordres, ses tripotages, etc.
« Démontrer à l'intelligent député des Bouches-du-Rhône que la thèse à soutenir était excellente ; mettre sous ses yeux le recueil fait par M. Van der Hecht sur les irrégularités commises par la Franco-Algérienne; lui prouver par A + B que cette Compagnie était irrévocablement perdue; lui faire ressortir qu'en cette circonstance son intervention à la Chambre ne pouvait que le mettre en relief, étaient choses faciles.
« Mais, tout en acceptant avec empressement le rôle qui allait le mettre en lumière, le farouche républicain n'entendait pas travailler uniquement pour la gloire, surtout sachant
que les financiers en question rêvaient d'énormes bénéfices à la suite d'un succès oratoire de cette nature.
« Trop bon Israélite pour ne point comprendre que pour agir, M. Granet avait, en effet, besoin de preuves plus palpables que celles qu'on venait de lui fournir, M. Reinach s'empressa fort à propos de glisser dans la poche du futur avocat de la bonne cause un pli contenant cent bons billets de mille francs.
« Devant de tels arguments, F honorable député, élevé à l'école des Lalou, n'avait plus qu'à s'incliner humblement en signe de soumission et qu'à crier, avec ses généreux alliés, sus à l'infâme ennemi!
« Et voici comment s'achètent les consciences des soi-disant incorruptibles ; et voilà pourquoi, pendant plusieurs mois, on n'a cessé de parler des révélations foudroyantes que tenait en réserve le Jupiter tonnant de la coterie Kolin, Reinach, Van der Hecht, etc., etc.
« Mais comme d'autres députés (pensionnés de la Franco-Algérienne, à l'instar de M. Elieiine), avaient eu veut du petit marché en question, Tun d'eux résolut, à la première occasion qui se présenterait, de prendre la parole pour signaler à la connaissance de
roiympe tout entier la compromission scandaleuse dont nous venons de parler.
« C'est ainsi qu'éclata cette nouvelle guerre
des dieux voués exclusivement au culte
du Veau d'or I
« Afin d'éviter un incident fâcheux ou une allusion peu flatteuse pour lui, M. Granet préféra être malade ou absent justement loi'Sque, le 2G décembre 1884 (53* séance), l'ordre du jour de la Chambre des députés déclarait d'utilité publique le chemin de fer de Mostaganem à Tiaret.
t Le Président ayant demandé si quelqu'un désirait prendre la parole avant la discussion générale sur ce projet, et personne n'ayant dit mot, la Chambre passa à la discussion des articles 1, 2, 3, 4, 5, (>, 7, qui furent tous adoptés au pas de course, et dont nous croyons inutile de donner ici le texte.
« Ceci n'empêcha pas le lendemain (27 décembre 1884, 54* séance) M. Granet détenir à la tribune le langage suivant ;
a Messieurs, au cours de la précédente € séance et prescjue au moment même d'inter- « rompre ses travaux, la Cliambre a voté en « premiùrr lecture le projet de loi portant « déclaration d'utilité publique d'une ligne
(>4 MKS DOSSIERS.
« (le chemin de fer de Tiaret à Mostaganein.
« J'avais rinteiition de combattre ce projet « et M. le sous-secrétaire d'Etat des travaux (( publics, que je suis heureux de voir à son « l)anc, se rappellera sans doute que je l'en « avais prévenu. J'avais éj^alement averti de « ma résolution M. le directeur général des (( chemins de fer.
« J'avais donc lieu de penser, en me réfé- « rant à l'ordre du jour, que ce projet vien- « drait à un moment où je pourrais utilement « le combattre.
t Par suite de circonstances tout à fait in- « dépendantes de ma volonté, il s'est présenté « plus rapidement que je ne l'aurais cru et « que je ne devais le croire. J'étais précisé- « ment occupé à conférer avec M. le président « et M. le rapporteur de la Commission, avec « lesquels, conformément aux usages de cotfr- « toisie qu'on se doit entre collègues, je m'en- (( tretenais de la question que nous allions « débattre ensemble, lorsque le projet s'est « présenté à l'improviste en mon absence.
« Sije rappelle ces détails, ce n'est en aucune « façon dans l'intention de récriminer ou de « me plaindre, puisque j'ai le tort apparent de (( m'êtro trouvé absent. Mais j'avais à cœur de
€ signaler cette circonstance tout à fait impré- « vue pour faire remarquer à la Chambre que € le projet de loi, dans les conditions que j'ai € rappelées, ne peut être considéré comme € ayant obtenu un préjugé favorable et pour « l'avertirquejè me réserve, lors deladeuxième < lecture, d'exposer à la tribune des raisons * graves qui me paraissent devoir le faire reje- « ter définitivement. »
« Au moment même où M. Granet prononçait ces paroles pour expliquer son absence, il était déjà en pourparlers avec la Franco- Algérienne pour renoncer à l'attaque dont il l'avait menacée.
« Certes, après ce qu'il avait dit et tait, il ne pouvait plus se retourner, revenir sur ses pas et absoudre des délits dont il avait accusé cette même compagnie.
€ Si celle-ci était forcée de payer son silence, désormais il ne pouvait plus garder qu'une stricte neutralité, du moins en apparence, ce qui ne l'empêcherait pas, au besoin, de soutenir en sous main Talfaire qu'il avait démolie, si Ton savait y mettre le prix.
<( Il faut croire qu'on sut y mettre le prix, car, à la séance du 27 janvier 1885 (3*), lorsqu'arriva à la Chambre la deuxième délibération
66 MKS ])OSSIEHS.
sur le projet de loi ayant pour objet : « 1" La « déclaration d'utilité publique du chemin de (( fer de Mostaganem à Tiaret; 2° Tapproba- « tion d'une convention passée entre le minis- « tre des travaux publics et la compagnie a Franco-Algérienne » , M. Granet ne dit mot 1 .
« Cette fois, c'était M. Salis qui prenait la parole, déclarant que la gravité des documents qui lui avaient été communiqués sur l'affaire était telle que la Chanibre ne pouvait s'associer à une situation aussi peu nette que celle qu'on lui proposait, sans avoir approfondi la question.
« Gomme on le sait, la Chambre consultée prononça le renvoi à un mois.
€ Or, il paraîtrait, toujours au même dire, que M. Granet, acquis désormais à la cause de la Franco-Algérienne, avait reçu pour prix de sa conversion occulte, une rémunération de 150,000 fr.
« Il reste encore des ressources à cette malheureuse compagnie ?
« Voici, d'autre part, le renseignement qui nous a été fourni par un homme qui n'a cessé d'avoir des relations avec l'administration de la Franco-Algérienne, depuis l'époque de la
cession du bail du domaine de THabra à la Banque Européenne.
« L'homme en question, qui a été le bras droit de Philippart à un moment donné et qui est demeuré en bons termes avec les deux groupes financiers actuellement en hostilités^ nous a dit mot pour mot ce qui suit :
€ Parmi les députés qui ont émargé derniè- « ment à la Franco-Algérienne pour prendre « énergiquement sa défense par tous les c moyens possibles, se trouvent MM. Etienne € et Granet.
« Trois cent mille francs ont été sacrifiés € pour aider à la réussite des projets de la « Franco-Algérienne.
« Ces trois cent mille francs figurent à un chapitre du bilan qui, comportant d'habi- « tude le chiffre de 7G,000 francs, portera, à « l'exercice en cours, la somme de 376,000 <( francs.
« Quelle que soit la solution à intervenir, on t peut, d'ores et déjà, assurer que la faillite ou i< la liquidation de la société qui est enjeu « sera prononcée avant la lin de Tannée cou- « rante. Il s*^ pourrait que ce fût pour le mois « de mai prochain.
<ï Une autre personne, qui n'a pas l'habitude
(le parler en l'air, nous disait, il y a quelques jours :
« Je crois hien que M. Salis a eu, vers le com- « mencement du mois de janvier dernier, une « entrevue avec MM. Reinach et Van der « Hecht. Il ne serait donc point surprenant « que lui aussi eût puisé, auprès de .ces bras- € seurs d'affaires consommés, des arguments « irrésistibles pour soutenir la thèse qu'il « s'est proposé de porter à la tribune.
« Mais, à propos, ce brave Tony Révillon, qui « n'a pas vu Reinach, quel intérêt avait-il donc « à pousser avec tant d'acharnement son « collègue à l'attaque? Aurait-il trouvé le « moyen, dans tous ces tripotages, de faire « restituer à Racque ce fameux paquet de « billets à ordre protestés dont il a nié Texisr « tence lorsqu'on lui a reproché, dans une « séance publique, avant son élection, d'être « criblé de dettes et de fréquenter des gens de « finance véreux?...
« Ce serait fort singulier si, pour intéresser (( l'irréconciliable aux projets d'une certaine « coterie de gens d'affaires, on avait touché « cette corde sensible.
« Après tout, que peut-on savoir d'exact « dans cet imbroglio? Tout le mondeainté-
€ rét à cacher ses ordures, chacun a soin de ne I point en laisser de traces positives. Qui f nous garantit, même aujourd'hui, que Salis « ne jouera pas les Granet et que son voyage « d'il y a douze jours ne nous réserve pas une « nouvelle surprise?...
« Après tout, par le temps qui court, souvent le silence est d'or.... cela se paie parfois si cher! Gomment, dans ce cas, refuser de se taire?
« Quant à nous, nous n'oserions point nous prononcer sur les appréciations qui précèdent; nous nous contentons donc dô les transmettre comme elles nous ont été faites, c'est-à-dire sous toutes réserves, par des hommes, encore une fois, tous à même d'être bien renseisrnés.»
NOTES COMPLEMENTAIRES
€ Aussitôt que nous avons été chargés de prendre des renseignements sur l'affaire de la Franco-Algérienne, nous nous sommes empressés d'aller voir ceux des députés qui pouvaient nous fournir quelques éclaircissements dans nos reclierches.
70 MES DOSSTEHS.
« Pas plus dans le groupe de M. Etienne que dans celui de M. Granet, nous n'avons pu obtenir un indice quelconque propre à nous aider à contrôler nos renseignements particuliers.
ff Ce n'est qu'en parlant d'une correspondance que nous avions h faire pour un journal étranger, à propos de la concession de Mostaganem, qu'un député de nos amis, en bons termes avec M . Salis, nous promit de nous fournir pour notre journal les prémices des révélations tenues en résers^e par ce député.
€ M . Salis nous fit prier par son ami de passer à la Chambre le mardi 10 février, nous promettant de nous communiquer tout le dossier qu'il possédait et, qui mieux était, de nous fournir de vive voix d'autres renseignements intéressants sur ladite affaire.
« A l'heure dite, nous étions à la Chambre, mais M. Salis nous faisait prier par son collègue de l'excuser de ne pas tenir sa promesse quant alors ; un voyage pressé le forçait de partir immédiatement et de rester absent jusqu'au 20 courant, date h laquelle il se ferait un plaisir de nous tenir parole.
(( Nous attendons son retour pour prendre
connaissance du dossier et pour signaler des faits que nous ignorons.
€ L'homme qui nous a fourni les renseignements relatifs au 300,000 francs remis par la Franco-Algérienne à un groupe de députés, n'est autre que le sieur Regeard, ancien avoué, l'aller ego de Joslé, l'âme damnée de Philippart, celui, en un mot, qui a défendu les épaves de la Banque Européenne et que l'on retrouve toujours au chevet des sociétés de crédit agonisantes.
t C'est ce même Joslé, toujours aidé de son fidèle Regeard, qui a cherché à sauver Blanchard, Lepelletier et tant d'autres sinistres farceurs !
« Là où il y a des tripotages, où il faut un homme habile pour préparer une liquidation et sauver les apparences, on rencontre Joslé et Regeard.
€ Gomme de juste, Regeard connaît à fond ce qui se passe à la Franco-Algérienne, de même qu'il est au fait des agissements de Van der liecht, avec lequel il est resté au mieux.
72 MES DOSSIEKS.
« Les rciiseigiieiiieiits sont donc exacts, mais, comme nous tenions à en avoir de très intimes, il nous a dit qu'il tenait à les garder pour lui, attendu qu'une indiscrétion de presse pourrait lui faire manquer une négociation qu'il avait en train, tout en empêchant son ami Gennevoy (groupe Vallat, ancien secrétaire, avec ce dernier, de Richard Wallace, à la Banque de la Seine) de tirer parti d'une campagne qu'il voulait faire dans sonjournal contre la Franco-Algérienne, campagne qui pouvait lui rapporter une centaine de mille francs.
«Ayant fait valoir que nous nevoulionsfake aucun article pour ou contre la société en question, mais bien, par nos renseignements exacts, permettre à un député intègre pour lequel nous travaillions, de voter en connaissance de cause, Regeard nous proposa de tout dire ce qu'il savait au député dont nous lui parlions.
<L II se fit fort, non seulement d'indiquer les dates, les articles, les contre-passations d'écritures qui avaient été faites pour dissimuler les pots-dc-vin dont il s'agit, mais il s'engageait à indiquer à l'aide de quels virements et de quels contre-chèques les partages avaient été faits.
c Nous refusâmes de profiter de cette révélation pour le député qui nous employait^ du moment qu'on ne nous la faisait pas de suite, objectant que le député pour lequel nous travaillions serait fort mécontent qu'un tiers lui communiquât des faits aussi graves, de crainte d'être soupçonné lui-même de chercher à tirer un profit de ces renseignements.
« Persuadé que notre intention était, bel et bien, d'obtenir ces renseignements pour faire un article d'éreintement, il nous quitta en riant et en nous répétant : « Je dirai tout ce € que je sais à votre député et quand vous € voudrez, pourvu qu'il soit contre le projet « de la Franco-Algérienne; autrement rien! »
t Regeard a marié son fils, il y a deux ans, à la fille de M. Salomon, député de la Charente.
« De ce côté les renseignements que nous avons obtenus doivent être justes; du reste, ils se confirment d'autre part. »
MAmm Affaire
(Extrait du n" 17)
Aujourd'hui, nous sommes absolum^at convaincu que M. Salis ne cherche qu'un biais pour n'avoir pas à attaquer à fond de train la compagnie en question.
Bien que M. Salis nous ait promis formellement de nous communiquer son dossier sur le Mpstaganem, à trois reprises il a prétendu avoir oublié d'apporter les pièces qui nous intéressaient et il nous a ainsi manqué de parole, pas plus tard qu'hier.
A ce propos, il nous a dit :
« Au reste, ce dossier ne vous apprendrait pas grand'chose de plus que ce que je vous ai dit, si ce n'est que nos critiques porteront aussi sur un quatrième point que j'avais omis de vous signaler et qui a trait aux obligations de priorité.
« Ceci dit, vous en savez aussi long que moL Or, si des raisons toutes personnelles ne vous obligent pas à prendre connaissance à fond de ce dossier, je vous demanderai la permission de ne pas m'en encombrer avant le moment où aura lieu la discussion.
€ Du reste, a-t-il ajouté, nous avons encore du temps devant nous, elle n'aura pas lieu de suite. »
Sentant qu'il eût été indiscret d'insister, nous fîmes observer à M. Salis que si nous noua étions permis de mettre ainsi sa complaisance à contribution, c'était uniquement pour remplir consciencieusement notre rôle de reporter, ajoutant que, correspondant avec l'un des journaux étrangers les mieux renseignés, nous avions tenu à fournir à cet organe des renseignements précis avant l'arrivée des débats parlementaires.
M. Salis se borna alors à nous résumer de nouveau les quatre points qu'il voulait, dit-il,
toucher à la tribune
ce qui ne nous surprit point, car nous avions déjà remarqué que le groupe Manger^ auquel s'étaient joints tous les députés de l'Algérie pour se li}j;uer contre M. Salis, était, depuis quelques jours, devenu très calme.
A propos du pot-de-vin de 300,000 francs, octroyé à un certain groupe de députés favorables à la Franco- Algérienne, pot-de-vin qui aurait été dissimulé par une écriture de sortie portant, sur les livres de la société, à un chiffre de 376,000 francs pour cet exercice, uii article qui n'accuserait, le& autres années, que le chiffre de 76,000 francs, quelqu'un qui approche de près M. Manger nous assure que, quant à présent, M. Granet n'aurait encore rien reçu sur cette somme pour prix de son silence.
D'autre part, on nous assure que la somme de 100,000 francs remise à M. Granet par M. Reinach aurait été affectée spécialement aux besoins du journal la Nation, dont le banquier de la rue de la Bourse serait l'un des bailleurs de fonds.
Les sommes remises personnellement à M. Granet pour pousser son attaque contre la Franco-Algérienne s'élèveraient au chiffre total de 9 à 10,000 francs qui lui auraient été versés en deux fois.
Même Affaire
Extrait des rapports du Conseil d^ administration de la Compagnie Franco- Algérienne.