AFFAIRE DU NICKEL
La note suivante, comme celle relative à la Compagnie Franco-Algérienne, fait partie de rapports qui furent adressés par des fonctionres politiques aux ministres en fonctions :
« Napoléon III, pour prix d'une complaisance malsaine, avait fait concéder, à la Nouvelle-Calédonie, 25,000 hectares à M. le baron Digeon.
« Comme, dans les terrains de cette concession, se trouvaient plusieurs mines de nickel, le baron chercha aussitôt à les exploiter et forma une compagnie désignée sous le nom de Banque de la Nouvelle-Calédonie ^ laquelle, après des vicissitudes diverses, se maintint jusqu'au moment où MM. Rouvier et Wilson entrèrent dans son conseil d'administration, ce qui permit au sieur Digeon de faire amnistier ses nombreux tripotages et ses infractions à la loi de 1867.
« Le baron Digeon avait monté en principe sa compagnie de la Nouvelle-Calédonie au
modeste capital de 60,000 francs, avec l'ai de de quelques riches capitalistes parmi lesquels le prince de Béarn.
« Bientôt, il constitua cette affaire au capital de 6,000,000 de fr. sous le nom de Banque de la Nouvelle-Calédonie j ainsi que nous Tavons dit plus haut, affaire scandaleuse, mêlée d'abus de confiance, d'escroqueries et des plus odieux tripotages.
« Quoi qu'il en soit, Wilson, Bouvier, Waldeck-Bousseau, Gambetta même, s'intéressèrent vivement à ladite affaire. Aussi quand, après la faillite de la Banque de la Nouvelle-Calédonie, le parquet voulut mettre le 7iez dans ses opérations, trouva-t-on le moyen, en haut lieu, de sauver Digeon et ses acolytes, en ne faisant condamner qu'un sieur Marchand, employé inférieur et un malheureux commis comptable.
(( Une fois Digeon hors d'affaire, on songea à reconstituer la Banque de la Nouvelle-Calédonie sous une autre forme pour l'exploitation exclusive des mines de nickel. C'est à ce moment que l'entente se fit entre le baron Digeon, Bouvier, Gambetta et d'autres personnages opportunistes.
« Et nous pouvons affirmer que c'est sous
la présidence du conseil de Gambetta, alors que Rouvier était ministre du commerce, que fut conçue, pour la première fois, l'idée de transformer la monnaie de billon en monnaie de nickel, idée que le même Rouvier a fait, et pour cause, adopter tout récemment par ses collègues du cabinet dont il était le président.
a Pour préparer ce coup, l'on avait, au préalable, fait ramasser toutes les actions Digeon et C cotées â la bourse, mais qui ne valaient plus que 15 francs, lesquelles devinrent tout à coup introKvables.
Or ces actions, ainsi recueillies par le groupe polit icO' financier en question, avaient été cédées à MM. de RothscbiU.
Pourquoi ?
Tout simplement pour avoir un bailleur de fonds puissant afinde faire exploiter sur une grande échelle les mines de la Nouvelle-Calédonie, après le vote de la loi autorisant la transformation de la monnaie de billon en monnaie de nickel,
« C'est à la suite de ces tripotages que Waldeck-Rousseau serait entré en scène.
« En elfet, comme on prévoyait que les bras pourraient manquer pour ladite exploitation, on songea alors à utiliser les récidivistes. Et
lâO MES DOSSIERS.
le ministre W... soumit au Parlement et fit adopter (1884) cette fameuse loi d'exportation qui a donné lieu à tant de critiques et dont l'application offre tant d'inconvénients.
« Quels ont été, dans toute cette scandaleuse affaire, les po^5-rf^-î?m reçus par Rouvier, Wilson, etW...? voilà ce qu'il serait utile de rechercher.
« Ce qui est certain, c'est que Rouvier et Wilson ont conservé des intérêts directs ou indirects dans l'exploitation des mines de nickel, que le baron Digeon a aujourd'hui les poches pleines et que Waldeck-Rousscau n'est point sorti les mains vides du ministère de l'intérieur. »