Vignettes et Sujets divers
Frontispice gravé par Leveau. — Philoclés dans l'Ile de Samos, eaii-fùilc. — Les Deux Matrones, épreuve de graveur et i\u/-/c'/-/tv — Essai de deux Amis, épreuve terminée, et eau-forte. — Loth et ses
filles, gravure en manière noire — Figures pour Métastase et pour Shakespeare, épreuves avant la lettre.— Fleurons des titres de la Chimie de Beaumé, tirage hors texte. — Titre du Premier Cahier d'Arabesques. — Fleuron de titre par Le Veau, avec son ^a»-/b;7t'. — En-téte de lettre, Dessèchement du Marais de Bourgoiti. — Institution de La Toison d'Or, tête de page, avec son eau-forte. — Illustrations pour Voltaire, in-4. — Le Chevalier d'Assas. petite estampe aiant la lettre. — Episode tiré de la Plaine des Sablons — Carte de la Commune des Arts.
136. Paul et Virginie, trois figures pour Moreau, in-12, avant la lettre (la quatrième figure est de Vernet).
j'ai possédé les trois eaux-fortes des vignettes de Moreau, que j'avais acnetées dans le temps où ces sortes de pièces se payaient bravement un franc. Irrité de ne pas trouver la quatrième eau-forte je me suis défait des trois premières, qui ont atteint en vente publique la somme de 2400 francs ! !
J'ai toujours eu, depuis, un fonds de regret pour elles.
137. Diverses illustrations, choisies avec sobriété parmi celles de la seconde manière de Moreau.
HÉLOiSE ET Abailard, suite complète des eaux-fortes — Anacharsis, six eaux-fortes — Régulus retournant a CaVthage — Juvénal, .Marc-Antonin et Phocion , six figures avec leurs eaux fortes. — Les GÈORGiaL'ES, L'Eneidk, deux suites in-8, avant la lettre. — Les Q.UATRF Ages, de Delille, eaux-fortes. — Titre pour \e Conservatair delà Vue — Despréaux. Ovide de'Villenave. Etc., etc.
Cette collection de vignettes de Moreau. faite dans le temps où il restait encore quelque chose a glaner pour le chercheur, me rappelle l'activité que déployaient dans leurs chasses de tous les jours les amateurs vraiment passionnés.
Entrer, quai Voltaire, chez Saint-Denis, où l'on trouvait parfois d'excellents livres, mais rarement, parce que Fatout, qui cherchait pour le compte de Caen, et qui était un fin limier, avait fait sa rafle quotidienne le matin : passer chez Boscher (qui est aujourd'hui remplace par Roblin) : examiner d'un coup d'œil s'il n'y avait rien de nouveau a l'étalage de Girard; rue des Saint-Peres, demander a Clément . marchand d'estampes de la Bibliothèque nationale, ou a son commis Jules, s'il ne vous avait rien réservé depuis la veille ; regarder chez Danlos et Delisle , quai Malaquais , les estampes acquises sur tous les marchés de l'Europe; un peu plus loin, feuilleter un lot de « marchan dise bourgeoise y> ( lisez, d'estarnpes achetées de la main a la main) chez Delaunay : rue Bonaparte, tâcher de saisir Dauvin en disposition de vous déterrer quelque carton encore inexploré ; donner un coup d'œil chez Tinardon ; visiter, rue des Beaux-Arts, .Madame Loizelet : s'avancer rue de Seine jusque chez la mère Antony , rétrograder chez Dupont, feuilleter les fouillis de Mangin, et, en face, les cartons de Chevalier, qui fut le dernier spécimen de.- marchands d'estampes de l'ancienne manière, et chez lequel on trouvait encore les antiques portefeuilles de gravures a deux sous, a trois sous, a quatre sous ; se retrouver sur le quai, interroger Maheu ; revoiries cartons de Rapilly, l'un des plus agréables marchands d'estampes de Paris.
Si l'on avait du temps, pousser jusqu'au Q.uai des Grands-Augustins, dans l'espérance de trouver quelque chose chez Gosselin ou chez Fabré ; essayer de surprendre Gouin, retour de Hollande, déballant ses livres : tentative toujours inutile, car les bons morceaux étaient toujours mis a part pour Fatout déjà nommé ; atteindre enfin chez
Dumont, près de la place St.-Michel, l'extrême station de ce Chemin de l'Estampe. Revenir par la rue de la Monnaie, pour examiner, chez l'honnête et méticuleux 'Vignères, les portefeuilles d'une prochaine vente aux enchères , et passer ensuite rue de Rivoli chez Blaisot , le doyen des marchands d'estampes parisiens ; ou bien , variante , aller voir chez M. Lacroix , rue du Cherche-Midi, quelques belles gravures de l'Ecole française; ou bien encore aller demander à la Bibliothèque quelque renseignement que la complaisance de M. Duplessis et de ses collaborateurs vous mettaient toujours a même de trouver. C'était la tournée du matin.
Il y avait aussi celle du soir. A cinq heures, l'heure ou le fonctionnaire français est officiellement libéré du « fardeau des affaires », courir chez « Fifi », boulevard Montmartre, de la chez Caen, passage des Panoramas ; rejoindre chez Fontaine un groupe d'amateurs et se transporter tous ensemble chez Rouquette pour s'y livrer a la palabre quotidienne et sacramentelle.
Il faut avouer que c'étaient de fortes journées, et sans avoir la moindre prétention de ressembler de Titus, on pouvait se vanter d'en rapporter toujours quelque chose. On faisait sa collection avec ses jambes, comme Napoléon faisait la guerre avec celles de ses soldats.
Aujourd'hui, on perdrait son temps et sa peine a ce jeu-là, tellement les objets de curiosité de toutes sortes, y compris les gravures, sont devenus rares. On peut presque pousser ce cri de détresse : il n'y a plus rien !
Une loi fatale condamne estampes et livres précieux à disparaître a bref délai de la circulation. — Où vont-ils donc ? — Et où sont allés, s'il vous plaît, les objets de curiosité de toute espèce ? Où les meubles? Ou les faïences? Où les armes? Et où va l'eau si ce n'est à la rivière ? Les grandes collections dévorent les petites. Sans les coups déplorables frappés par la mort dans le monde des amateurs . qui peut dire combien de trésors artistiques auraient pris le chemin de Reims ou de l'Avenue de Friedland ?