Dumas écrivait ceci en
des députés qu'ils enverront à la Chambre la promesse de l'abaissement du cens d'éligibilité à deux cents francs et du cens électoral à cent francs ; les candidats promettront pour être élus, tiendront leur promesse pour être réélus, et le double abaissement du cens d'électorat et d'éligibilité sera le résultat de ce calcul. Alors commercera la révolution parlementaire; puis, à leur tour, les électeurs à cent francs s'apercevront qu'ils ne sont pas plus représentés par les éligïbles à deux cents francs que ceux-ci ne l'étaient par des censitaires à cinq cents, cette découverte sera suivie des mêmes effets, la même exigence amènera les mêmes résultats et le cens s'abaissera ainsi, jusqu'à ce que tout prolétaire soit électeur et que tout possédant ait droit d'être député. Le phare que nous allumons sur sa route n'éclairera que son naufrage, car, voulût-il virer de bord, il ne le pourrait plus maintenant: le courant qui l'entraîne est trop rapide, et le vent qui le poussé est trop large. Seulement, à l'heure de sa perdition, nos souvenirs d'homme l'emportant sur notre stoïcisme de citoyen, une voix se fera entendre qui criera : « Meure la royauté! mais Dieu sauve le roi! »
Cette voix sera la mienne.
Alors s'achèvera la révolution parlementaire.
Alors un gouvernement en harmonie avec les besoins, les intérêts et les volontés de tous, s'établira, qu'il s'appelle monarchie, présidence ou république ; peu m'importe et peu importe, car ce gouvernement sera une magistrature, et voilà tout: magistrature quintennale, probablement, car la quintennalité est la forme gouvernementale qui présente le plus de chances de tranquillité à la nation, puisque ceux qui sont contents de la gestion de leur délégué ont l'espoir de le réélire, et que ceux qui en sont mécontents ont le droit de le destituer.
Mais alors aussi, comme la grande propriété, le gouvernement transitoire d'un instant, aura eu son représentant; la propriété secondaire devra à son tour avoir le sien : seulement, celui de l'un ne pourra pas être celui de l'autre, car il faudra que ce dernier soit le type exact de son époque, comme Louis-Philippe, Louis XV, François Ier et Hugues Capet l'ont été de la leur. li faudra qu'il soit né parmi le peuple; afin qu'il y ait sympathie entre lui et le peuple, il faudra que sa fortune particulière ne soit pas au-dessus de la proportion générale des fortunes, afin que ses intérêts soient pareils aux intérêts de tous ; il faudra enfin que sa liste civile soit restreinte à la stricte nécessité de ses dépenses, afin d'enlever de ses mains les moyens de corruption à l'aide desquels il pourrait, lbrl de l'élection de son successeur, soudoyer un parti dont la volonté ne serait plus celle de la nation. Cet homme ne pourra donc être ni un homme du sang royal, ni un grand propriétaire.
Voilà le gouffre où va s'engloutir le gouvernerftent actuel.