‹ Mes expériences avec les esprits [microforme]Chapitre 2 sur 13 · AVEC · texte numérisé non relu

AVEC

Je suis né à Monroe, petite ville dans l’état de Michigan (États-Unis d'Amérique), le 10 août 1826. Ce village, alors, était nommé en français Rivière-aux- Raisins, mais on en changea depuis le nom. La plupart des états du Grand-Ouest furent fondés par des Français, venus du Canada, où mon père, Dominique Lacroix, naquit. Avec son frère, Huberi, iis partirent jeunes, pour les « pays d'en haut » afin de tenter la fortune parmi les sauvages ou Indiens. Ils furent pionniers de l'Ouest, avant la seconde guerre contre les Anglais de 1812. Ma mère — Henriette Lalumière - née à Vincennes, dans l’état de l’Indiana (dans l'Ouest) était d'origine française du Canada. — Il existe encore à

Vincennes des restes d’un fort bâti par les troupes | 1

françaises, durant leur occupation de cette partie du pays et le long du fleuve Mississippi, où se trouve la grande ville de Saint-Louis. — Mon père se maria à Vincennes, le 3 septembre 1821, et il eut six enfants — six garçons. Les deux aînés naquirent à Vincennes el j'y fus conçu — ce qui m'a souvent fait dire, ayant le goût des voyages : — que j'avais voyagé même avant de naître ! Ma mère mourut le 8 juin 1833, âgée d'environ 85 ans, et mon père est décédé le 19 septembre 1834.

Feu de temps après, une sœur de mon père fit venir quatre d'entre nous à Montréal, Canada (distance de 200 lieues) et j'étais du nombre; les deux autres, Marcel et Lucien, restèrent toujours dans l'Ouest. Notre bonne tante, veuve Joseph Bédard, fut pour nous quatre, orphelins exilés — une mère — et je garde d'elle un excellent souvenir. — Que de tracas nous lui donnâmes, « petits sauvages », comme on nous nommait ! Notre instruction fut très élémentaire; aussi, ne dois-je qu'à moi-même ce que je sais.

A l'âge de quatorze ans, je partis pour l'Ouest — poussé par mon goût pour les voyages. J'y restai près de deux ans,.et je retournai à Montréal, d’où j'allai bientôt à New-York. Mais, avant ce départ, ma bonne tante me fit aller à confesse — « pour me nettoyer » — disait-elle. J'y allai sans murmurer. — Ce fut alors, en plein confessional, que la cheviile ouvrière tourna en moi et opéra chez moi une grande révolution. Au moment où le confesseur récitait l’absolution, en latin, une voix parfaitement audible me dit en français à l'oreille : — « N'y crois rien ! » Je regardai immédiatement de chaque côté du confessional pour voir le farceur, qui venait de me souffler ces trois mots. Il n’y avait personne!

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Donc ! à l’âge de seize ans, je commencçai À ôtre médium, chose qu'on ne connaissait pas alors (1842) puisque l'avènement du Spiritisme moderne n'eut lieu qu'en 1848, dans la famille Fox, de Hydesville, près de Rochester, état de New-York, chez de pauvres cultivateurs ignorants. Le fait arriva, le 31 mars 1848, par l'entremise des trois jeunes filles (Kate, Margaret et Leah) du père Fox, lesquelles furent ensuite des médiums remarquables. Elles vivent encore. On célèbre partout, aux États-Unis, la grande date du 31 mars, l'anniversaire. Et, chose assez singulière, on célèbre cet anniversaire en France, mais uniquement comme date de la mort ou délivrance d'Allan Kardec.

Je dois dire que l'événement du confessionnal, cité plus haut, me bouleversa sans aucun doute, mais il n'eut pas l’effet de m'en faire connaître la cause. Quand j'en parlais à des protestants, on me disait que c'était un ange qui m'avait parlé ainsi — et les catholiques essayaient de me faire croire que c'était le diable ! Ce ne fut que bien des années après, vers 1856, que ce mystère me fut expliqué — un an après ma conversion au Spiritisme.

Étant allé à Franklin, état de New-Hampshire, chez un spirite du nom de Gilcbrist, qui avait entendu parler de moi et m'avait invité à allerle voir, ce monsieur, le soir venu, magnétisa un jeune sujet, qui était clairvoyant et auditif. Il arriva que plusieurs esprits s’incarnèrent en lui, entre autres Franklin et ma mère, laquelle me dit en anglais : — «Te rappelles-tu cette voix qui te parla au confessionnal, il y a bien des années ?.., » Ma foi, ceci fut un coup de massue pour moi ! Et, elle ajouta ensuite : — « Que c'était elle-même qui m'avait parlé alors! » — La vérité se révèle bien

mystérieusement parfois — car aucune des personnes présentes ne connaissait ce fait, auquel je ne pensais nullement.

À New-York, où je restai un peu plus de deux ans, je lus les auteurs « infidèles, défendus », anglais et français, ce qui ne tarda pas à me libérer du joug que j'avais subi jusqu'alors. Le magnétisme, ou le mesmérisme, comme on l’appelait en ce moment, fit sa première invasion officielle en Amérique en 1843. et cette nouveauté intéressante devint tout de suite une rage à New-York, à tel point que les gamins même, dans les rues, s'influençaient les uns les autres. Des conférences et des expériences publiques avaient lieu partout, et, comme bien d'autres, j'eus un sujet, un bon, sur qui je pratiquai durant tout un hiver. C'était me préparer pour ce qui devait arriver plus tard.

Le feu de la jeunesse et le goût décidé pour les aventures me poussèrent encore une fois à voyager. Je me rendis à Boston et de là à New-Bedford, dans le même état de Massachusetts. Ce port de mer baleinier m'attirait — je ne savais ni comment ni pourquoi. Je suivais tout simplement ma destinée !

J'embarquai sur un voilier, Commodore Morris, en juillet 1844, pour aller, à mon insu, « manger de la vache enragée » — ce qui, pour un garçon de 18 ans, est après tout ce qu'il y a de mieux à faire. Je trouvai cette vie de marin très rude dans les commencements ; et le mal de mer donc! Notre voyage dans les parages du Pacifique, devait durer environ trois ans. Près de Fayal, où nous fîmes escale, nous prîmes notre premier cachalot, qui était énorme, et batailleur en diable : il mesurait 100 pieds. Dès ce moment je m'habituai à cette vie dure et pleine de périls. Maïs, au Cap- Horn, durant trois semaines de vents de bout, des

tempêtes effroyables et d’un froid sibérien, sans hardes sèches — je trouvai la « vache » plus qu’« enragée ! » Mais, en même temps, je dois avouer, que je contemplais ce suprême combat des éléments, comme quelque chose de grandiose, de nature à me plaire à un haut degré.

Après sept mois de voyage, étant sur la côte du Chili, près de la grande île de Chiloë, nous perdîimes un canot et tout son équipage de six hommes, durant une de nos chasses contre les cachalots. Le monstre s'élait vengé, en brisant l’embarcation d'un coup de queue. Et, une brame épaisse étant survenue imm :diatement avec l’arrivée de la nuit, et une tempête ter-

‘rible rageant toute cette nuit — l’inévitable arriva —

nos six camarades furent engloutis et devinrent la

proie des requins. — Le deuil sur mer est plus triste

que sur terre.

Nous relâchâmes à Talcahuana durant un mois, au bout de notre première croisière de huit mois. Après la seconde de sept mois, çà et là à travers le Pacifique, parmi les îles et sur les côtes de la Bolivie et du Pérou, nous allâmes à Valparaiso, Chili, où je désertai. J’eus des aventures assez scabreuses dans cette ville, et j'y restai huit mois — pour voir le pays. Je voyageai ensuite tout le long des côtes des trois pays qui se touchent, jusqu'à Callao, port de Lima, où je séjournai trois mois, visitant l'intérieur.

Je glisse comme un esprit sur cette partie de mon histoire. Ces trois paragraphes suffiront pour tracer celte carte du jeune âge. Je finis en disant, que j'embarquai à Callao sur une barque bordelaise qui se rendait au Havre, où je restai trois mois, avant de me rendre à New-York, et à Montréal. Les miens me

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