INTRODUCTION
raltrail des tirés au lapin dans un lieu habituel, ni les massacres de grouses et de faisans que Ton fait en Angleterre.
Ce que je rêvais, c'était Fimprévu, l'animal, dangereux ou non. rencontré au coin d'un fourré, sa ruse instinctive déjouée par l'expérience humaine, sa défense quelquefois désespérée, et enfin sa mort, due à la fois à la sûreté de main, au coup d'œil, à la prudence et à l'habileté du chasseur.
Cette passion tient de la rage, du délire; elle m'a fait oublier quelquefois même l'intérêt de ma propre conservation; mais, en revanche, elle fut ma seule compensation, ma seule distraction pendant les années où je vécus dans les bois, privé de tout, loin de tous, sans un livre, restant souvent pendant des mois sans une lettre d'Europe; elle m'occupa, me fortifia et fit de moi un marcheur infatigable ; elle m'évita les regrets, ces longues heures de réflexion, où, le cœur gros, on pense à son pays, à ceux qu'on aime; enfin, la nuit venue, harassé de fatigue, je dormais toujours d'un sommeil réparateur, revoyant souvent en songe les péripéties cynégétiques de la journée.
Voilà surtout ce qui me décida à tenter les aventures dans des pavs inconnus, d'un accès réputé difflcile, peuplés de noirs belliqueux et indépendants; c'est cocpii me fit supporter, le cœur léger, des fatigues, des tracas continuels, la faim même, me soutenant dans mes découragements ; et aujourd'hui encore , si je regarde en arrière pour revoir ces années, j'en oublie les maux, et n'y retrouve que les bons moments ; je pense aux braves gens qui partagèrent mes dangers et mes triomphes, et je ne puis retenir de gros soupirs de regrets.
J'avais déjà chassé en Afrique, au cours des différents voyages que j'y ai entrepris. Avant la campagne de Tunisie, sur le Bouras ou lac de Tunis, j'avais tué des grèbes, des canards, des macreuses, et, dans les petits bois de notre future colonie, force lièvres, perdrix, cailles et grives.
Au Sud de l'Algérie, j'avais poursuivi la gazelle; puis, plus
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tard, au Dahomey, tué de nombreux crocodiles et fait des hécatombes de sarcelles; quelquefois aussi , j'avais essayé, sans grand succès, delà chasse à l'antilope, au sanglier et au léopard.
IVfais je rêvais de plus hautes destinées. Ce ne fut que pendant mon dernier voyage que j'eus le bonheur de me trouver dans des pays à peu près sauvages. Dans quelques-uns même, l'homme n'avait pas encore posé le pied. .J'y rencontrai toute la faune tant cherchée, depuis le gigantesque éléphant jusqu'à la plus mignonne antilope, sans oublier les grands fauves. Ma bonne étoile me servit à souhait; peut-être l'y ai-je un peu aidée, car je comptais être plus heureux en choisissant ces remous.
Mon temps fut divisé en deux parties : 1" la marche de l'expédition et les études dont j'étais chargé, qui feront l'objet d'un récit à part; 2" les chasses.
Ce sont ces chasses, datant d'hier, vivantes dans mon esprit, que je vais essayer de raconter; je tenterai d'en décrire les différentes péripéties , simplement , fidèlement , d'après mes impressions et mes notes.
Le lecteur n'y trouvera, au début, que des aventures plutôt banales; mais il se souviendra que j'ai eu à faire mon apprentissage, à acquérir des notions précises non seulement sur le tir, mais encore sur l'art de reconnaître une piste. Dans ces pavs, où, à défaut de chiens, le chasseur doit lire sur le sol et les objets environnants pour y prendre toutes ses informations, l'œil a besoin d'une longue pratique pour découvrir rapidement et sûrement tous les indices.
Au fur et à mesure que je m'avançais dans les pays moins fréquentés, mon expérience augmentait, et, en même temps, les animaux devenaient plus variés ou plus dangereux à poursuivre. C'est alors que commencent ces aventures dont quelques-unes faillirent me coûter la vie, et auxquelles j'échappai souvent par un hasard providentiel.