A M. ALFRED GARNEAU
Ami, posant ta lèvre aux coupes de cinname
Que l'hymen nous verse ici-bas, Tu vas donc savourer, dans les bras d'une femme,
Tout le bonheur que tu rêvas !
* A l'occasion de son mariage ayec Mademoiselle Elodie Globenskj.
Tu vas donc, t'asseyant au seuil d'une famille
Où chacun se place à son tour, Puiser dans un sourire et dans un œil qui brille,
Tout ce que nous donne l'amour !
Oh ! cueille, il en est temps, cette fleur éphémère
Qu'on appelle ici le bonheur, Avant que quelque fruit à la saveur amère
Ne vienne, hélas ! glacer ton cœur !
Arrête ton esquif aux rives fortunées, Tandis qu'il en est temps encor,
De peur que, tout à coup, les vagues déchaînées Ne t'emportent loin de leur bord.
Et si parfois, hélas ! au festin de la vie, Ta coupe s'emplissait de fiel,
Un ange sera là, mystérieux génie, Pour y verser encor du miel !
Si parfois, dans ton âme, une espérance morte Venait obscurcir ton bonheur,
Tu trouveras toujours sur le seuil de la porte Quelqu'un pour réchauffer ton cœur.
C'est la femme ici-bas qui calme les tempêtes Qui pourraient nous faire ployer ;
C'est elle qui toujours peuple de blondes têtes Notre table et notre foyer !
C'est elle, qui trompant les ennuis du voyage, Nous fait boire au chastes amours ;
C'est elle qui répand la fraîcheur et l'ombrage Au désert brûlant de nos jours !
Va, conduis à l'autel la belle fiancée A qui tu dois donner ton nom !
Puisse-t-elle toujours, sous tes pas empressée, Etre l'ange de ta maison !
Poète ! va goûter un bonheur sans mélange Qu'hélas ! bien d'autres t'envieront !
Ton épouse t'attend ; cueille les fleurs d'orange Qui couronnent son chaste front.
Août 1862.