PROLOGUE
Quand le souffle attiédi des brises parfumées
Fait reverdir nos bois ; Quand l'essaim des zéphyrs vient peupler les ramées
D'harmonieuses voix ;
Quand le printemps doré vient éployer son aile
Sur la nature en fleurs ; Quand le bosquet revêt sa robe solennelle,
Sa robe aux cent couleurs ;
Quand la forêt reprend ses suaves murmures
Et son front rajeuni, Quand les oiseaux du ciel sous l'arceau des ramureë
Ont suspendu leur nid ;
Quand on voit reverdir sous l'effort de la sève Les troncs chatives et nus,
Et que tout ce qui vit s'émeut, palpite et rêve Des plaisirs inconnus ;
Sous les mille buissons qui parfument la rive De leurs rameaux fleuris,
Qui n'a pas entendu la fauvette plaintive Pousser de faibles cris ?
Qui n'a pas remarqué sa frayeur maternelle,
Et sous le feuillage agité, La pauvrette cherchant, tournant, battant de l'aile
Autour de son nid déserté ?
Ah ! c'est que ses petits, ses petits qu'elle adorô
Depuis un instant l'ont quitté, Ouvrant au vent du ciel leur aile faible encore
Pour goûter à la liberté !
O mes chansons ! je suis la craintive fauvette Qui voit ses petits, ses amours,
S'enfuir, et qui pour eux éperdue, inquiète, Craint les aigles ou les vautours !
O mes vers ! vous quittez les rives maternelles
Pour des pays plus fortunés !
Pour la première fois vous essayez vos ailes
Loin du nid où vous êtes nés !
Ce nid que vous quittez, chers enfants de mes veilles, Pour vous n'est donc plus assez grand?
Et vous voulez aller bourdonner aux oreilles D'un monde, hélas, indifférent !
Ah ! ÎDieù vous garde, enfants, des riantes promesses Que les trompeurs du monde font !
Car les coupes souvent les plus enchanteresses Ont aussi plus de lie au fond ! »
Vous verrez bien souvent l'envieux à Toeil louche
Et plein de lâches trahisons
Ouvrez l'aile et fuyez ; ... le souffle de sa bouche
Est le plus mortel des poisons !
Evitez les sentiers de l'égoïste infâme
De sa personne seule épris ; Et de tous ceux qui n'ont sur la lèvre et dans Pâme
Que le sarcasme et le mépris !
Et puis, dans votre course errante et vagabonde,
Ah ! puissiez-vous toujours avoir Pour tous les pauvres cœurs déshérités du monde,
Un mot d'amour, un mot d'espoir I
Janvier 186â.