‹ Mes loisirsChapitre 2 sur 42 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Quand le souffle attiédi des brises parfumées

Fait reverdir nos bois ; Quand l'essaim des zéphyrs vient peupler les ramées

D'harmonieuses voix ;

Quand le printemps doré vient éployer son aile

Sur la nature en fleurs ; Quand le bosquet revêt sa robe solennelle,

Sa robe aux cent couleurs ;

Quand la forêt reprend ses suaves murmures

Et son front rajeuni, Quand les oiseaux du ciel sous l'arceau des ramureë

Ont suspendu leur nid ;

Quand on voit reverdir sous l'effort de la sève Les troncs chatives et nus,

Et que tout ce qui vit s'émeut, palpite et rêve Des plaisirs inconnus ;

Sous les mille buissons qui parfument la rive De leurs rameaux fleuris,

Qui n'a pas entendu la fauvette plaintive Pousser de faibles cris ?

Qui n'a pas remarqué sa frayeur maternelle,

Et sous le feuillage agité, La pauvrette cherchant, tournant, battant de l'aile

Autour de son nid déserté ?

Ah ! c'est que ses petits, ses petits qu'elle adorô

Depuis un instant l'ont quitté, Ouvrant au vent du ciel leur aile faible encore

Pour goûter à la liberté !

O mes chansons ! je suis la craintive fauvette Qui voit ses petits, ses amours,

S'enfuir, et qui pour eux éperdue, inquiète, Craint les aigles ou les vautours !

O mes vers ! vous quittez les rives maternelles

Pour des pays plus fortunés !

Pour la première fois vous essayez vos ailes

Loin du nid où vous êtes nés !

Ce nid que vous quittez, chers enfants de mes veilles, Pour vous n'est donc plus assez grand?

Et vous voulez aller bourdonner aux oreilles D'un monde, hélas, indifférent !

Ah ! ÎDieù vous garde, enfants, des riantes promesses Que les trompeurs du monde font !

Car les coupes souvent les plus enchanteresses Ont aussi plus de lie au fond ! »

Vous verrez bien souvent l'envieux à Toeil louche

Et plein de lâches trahisons

Ouvrez l'aile et fuyez ; ... le souffle de sa bouche

Est le plus mortel des poisons !

Evitez les sentiers de l'égoïste infâme

De sa personne seule épris ; Et de tous ceux qui n'ont sur la lèvre et dans Pâme

Que le sarcasme et le mépris !

Et puis, dans votre course errante et vagabonde,

Ah ! puissiez-vous toujours avoir Pour tous les pauvres cœurs déshérités du monde,

Un mot d'amour, un mot d'espoir I

Janvier 186â.

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