‹ Mes loisirs [microforme]Chapitre 34 sur 46 · MINUIT · texte numérisé non relu

MINUIT

La pâle nuit d’Automné De ténèbres couronne

Le front gris du manoir } Morne et silencieuse, L'ombre s’assied, rêveuse,

Sous le vieux sapin noir.

nn

Au firmament ses voiles

Sont parsemés d'étoiles

or

Dont le regard changeant;

Sur la nappe des ondes,

Répand en gerbes blondes

Ses paillettés d'argent.

Dans le ciel en silence

La lune se balance

Ainsi qu’un ballon d’or;

Et sa lumière pâle,

D'une teinte d’opale,

Baigne le flot qui dort.

Au bois rien ne roucoulé

Que le ruisseau qui coule

En perles de saphir ;

Et nul cygne sauvage

N'ouvre sur le rivage

Sa blanche aile au zéphir,

Une ondoyante voile,

Comme aux cieux une étoile, Brille aù loin sur les eaux, Et la chouette grise

De son vol pesant frise

La pointe des roseaux.

La bécassine noire

Au col äébré de moire

Dort parmi les ajoncs

Qui fourmillent sans nombre Sur le rivage sombre,

Au pied des noirs donjons,

Sous la roche pendante, La grenouille stridente Dit sa rauque chanson, Et des algues couverte Toute la troupe verte

Coasse à l'unisson.

Dans l’onde qui miroite

L’ondine toute moite

Ecartant les roseaux, Sèche sa blanche épaule

À l’ombre du vieux saule

Qui pleure au bord des eaux,

Rêveuse elle se mire

Et, coquette, s’admire

Dans le miroir mouyant,

Et de ses tresses blondes,

Sur le cristal des ondes,

Tombent des pleurs d'argent:

La Sylphide amoureusé,

La Péri vaporeuse,

F'ée au col de satin,

Dans leur ronde légère,

Effleurent la fougère

D'un petit pied mutin,

Les farfadets, les gnomes, Les nocturnes fantômes, Traînant leurs linceuls gris,

Dansent, spectres difformes,

Autour des troncs énormes

Des vieux pins rabougris:

Le serpent rampe et glisse, Et son écaille lisse

D'un rayon fauve luit ;

Les bêtes carnassières Sortent de leurs tanières...

Dormons : il est minuit |

Novembre 1860.

A l'horizon, l’auroré

Vient d’éclore,

Comme un phare éclatant,

Et sur l’herbe arrosée De rosée,

Sème un rayon flottant.

La flexible ramure Qui murmure,

Salue le point du jour ;

Dans leurs nids, les mésanges Aux voix d’anges,

Semblent parler d'amour.

Le sapin qui soupire, Verte lyre,

Se penche sur les eaux,

Et mire son humide Pyramide

Au milieu des roseaux.

La sémillante ondine Qui badine

Avec le flot qui rit,

Dans le miroir de l’oude, Toute blonde, .

Se regarde et sourit,

La sylphide vermeille Qui s’éveille

Avec les papillons,

Vole, chante, babille Et s’habille

D'un tissu de rayons.

Le gnome du rivage

Fuit sauvage

Devant un gai lutin

Qui, pendant qu’il sautille, L’entortille

Dans un rets de satin,

Les messagers funèbres Des ténèbres S'enfuient dans les vieux mure, Qu de leurs grèles ongles, Sous les jongles,

Se font des trous obseurs

Aux vagues odorantes, Maurmurantes, Sous l’areeau des buissons, Ea tendre Pilomèle Chante et mêle.

Ses plus douces chansons.

Ea blanche pâquerette Dont l’aigrette

Luit au bord du sillon,

Semble appeler l’abeille

Qui sommeille,

Ou le frais papillon.

La nuit pliant ses voiles,

Des étoiles,

Le cortêge s’enfuit ; La brume de l'aurore S’évapore...

Debout : le soleil luit k

Juiliet 1862.

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