REVE ROSE
Lorsque le soir morose S’endort à son couchant,
Berce, Ô mon rêve rose,
Berce mon front penchant !
Lorsque j’entends sonner les heures
Qui comptent mes jours et mes nuits ;
Quand, 6 ma pauvre âme, tu pleures,
Sous le poids des tristes ennuis ;
Même quand le regret y pose
Son aiguillon d’airain,
Toujours un rêve rose
Berce mon cœur trop plein !
Aux coupes de ma destinée,
Enfant, je demandais du miel,
Et sr mes lèvres chaque année
Ne vient déposer que du fiel ;
Pourtant lorsque le soir morose
S’endort à son couchant,
Toujours un rêve rose *
Berce mon front penchant !
J’ai poursuivi mainte chimère ;
J’ai voulu goûter atix plaisirs,
Et, comme un mirage éphémère,
Leur fuite a trompé mes désirs :…
Pourtant quand le regret y pose Son aiguillon d’airain, Toujours un rêve rose
Berce mon cœur trop plein !
Quand mon front est morose,
Quand mon œil a des pleurs, Viens, ô mot rêve rose,
Viens charmer mes douleurs!
Décembre 1862.