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TROISIÈME LETTRE

10 mai 1867.

Mon cher ami.

Il me reste à vous faire connaître la position qu'ont eue les chefs d'orchestre sous la direction desquels j'ai passé mes vingt-quatre premières années à l'orchestre, comme exécutant, la position qui a été faite ensuite aux chefs d'orchestre à côté desquels j'ai eu l'honneur d'être élevé au rang de sous-chef. Je vous dirai aussi quelques mots de la manière dont fut administré l'orchestre, et

— Avoir été mis de côté lors de la réunion d'un comité auquel la question du concours de 1«' \doloncelle fut soumise, etc.. (mai 1866.)

— N'avoir jamais été initié à aucune décision prise par Tadministration concernant Torcheslre.

celle qui, aujourd'hui, est en faveur. Le tableau sera alors complet.

J'ai été admis à l'Opéra sans concours.

Après avoir obtenu le premier prix au Conservatoire, mon professeur me fit entrer à l'Opéra, ainsi que plusieurs de ses élèves.

Le chef d'orchestre réunissait alors plusieurs commandements : L'Opéra, le Conservatoire, la Société des concerts, la Chapelle, etc.

Il était maître de son orchestre, et l'influence qu'il exerçait à ces divers emplois était reconnue et appréciée des directeurs, auxquels cette influence était profitable

L'Opéra n'étant plus, à cette époque, dans les attributions de la Liste civile, l'entrepreneur-directeur bénéficiait de la position morale justement acquise du chef d'orchestre.

Son pouvoir ne lui permettait pas de traiter des intérêts particuliers des artistes; ses actes étaient parfois considérés comme des préférences accordées à tels ou tels, mais, du moins, par son juste mérite et la haute estime qu'on avait pour son talent, il pouvait tenir haut l'honneur du corps des artistes, soutenir leur réputation et conserver leur gloire.

C'est ainsi que, d'un côté, s'il ne put défendre les intérêts de chacun (ce qu'un autre n'aurait pu faire) il sut, au moins, par son dévouement, donner une compensation aux artistes du côté de la considération person-^ nelle, en maintenant la position artistique au niveau ' où il la concevait, et réserver de cette manière l'artiste à l'art. On devine qu'il s'agit ici de la Société des Concerts.

L'Opéra n'était donc plus qu'une entreprise particulière; Le chef d'orchestre dépendait du Directeur, mais

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il commanddit h son orchestre. Le service, de la part des artistes, n'était peut-être pas toujours irréprochable, et, cependant, il est rare qu'on eût eu recours aux pénalités : je ne me souviens pas d'avoir jamais été mis à l'amende (une fois par dérision) ! L'autorité qu'exerçait le chef d'orchestre, son influence non limitée, l'estime, la crainte même que l'on pouvait concevoir, étaient pour lui de sûres garanties.

Son successeur, désigné d'avance par l'opinion publique fut justement élevé à sa position pour exercer le même commandement. La réunion des diverses fonctions accordées au chef d'orchestre vint ajouter aux titres qui le portaient au premier rang : chef d'orchestre à l'Opéra, professeur au Conservatoire, chef d'orchestre à la Société des Concerts, à la Chapelle, etc.. Il eut en main tous les pouvoirs. Il eut à soutenir la gloire de continuer l'œuvre de son prédécesseurs, de maintenir à la hauteur à laquelle était parvenue une institution qu'il trouvait fondée, il est vrai, mais qui ne réclamait pas moins les heureuses quali tés d'artiste qu'il possédait, ainsi que les mesures d'ordre et de discipline qui devenaient alors nécessaires. La gloire du fondateur fut suivie de celle du conservateur.

Après ce double triomphe, après cet heureux exemple des traditions conservées, il vint à Tidée des Directeurs de tout détruire, de changer toutes les coutumes, ne respectant ni les positions acquises, ni l'opinion générale.

On avait à remplacer un chef d'orchestre, on fit choix d'un chef des chœurs, lequel fut nommé simplement aux seules fonctions de chef d'orchestre. On sépara les divers emplois. La place de professeur au Conservatoire passa dans d'autres mains, ainsi que celle de chef

d'orchestre de la Société des Concerts, et de la Chapelle. Le lien qui existait entre ces institutions fut détruit.

Il n'y avait plus d'hommes capables pour continuer la position supérieure des chefs précédents; cette position n'était pas utile, ou bien, la réunion de ces distinctions sur un môme individu n'était plus nécessaire, ou pouvait porter ombrage aux autorités supérieures.

Celles-ci exercèrent dès ce moment un pouvoir plus direct sur les artistes. Elles voulurent remplacer l'influence qu'avaient eue les chefs d'orchestre précédemment.

On institua le concours , on méconnut les droits acquis par le service. On espérait que le chef d'orchestre, ainsi réduit à ces seules fonctions, serait néanmoins assez puissant pour exercer un simple commandement.

Au point de vue d'une direction spéciale, unique, soutenue par l'administration, cela pouvait encore se faire, mais au point de vue d'une direction plus étendue, plus libre, étant en quelque sorte le gouvernement d'un orchestre, cela pouvait-il être?

C'est à quoi nous tâcherons de répondre.

Parlons premièrement du concours.

Le concours peut avoir un bon résultat pour l'admission des artistes sous le rapport du talent comme exécutants; cependant, pour ce qui touche le service à l'orchestre, aux qualités spéciales nécessaires à l'artiste, le chef d'orchestre doit signaler plus que tout autre, certaines préférences. On ne peut le soupçonner de partialité ; et lorsqu'une place vacante est mise au concours, et que de Tavis du chef d'orchestre (responsable alors, sa position ne le lui commande-t-elle point?) cette place peut être remplie par l'artiste qui de droit espère

l^obtenir, pourquoi le concours? Pourquoi ne pas s'en rapporter au jugement du chef d'orchestre? Ne le jugera-t-on point, lui aussi; et fera-t-il aux yeux de tous, ce dont il n'aura pas conscience?

Maintenant, parlons de la question de discipline ; du service, des devoirs remplis sans démonstrations d'opposition quelconque.

Les congés étaient rarement accordés ; ils étaient exceptionnels. Les absences réitérées et non motivées étaient considérées comme faits graves entraînant la démission. On se rappelle que deux artistes distingués ^ réclamant la promesse d'un congé pour quelques représentations, chaque année, et à une époque fixée, furent obligés de quitter TOpéra, n'ayant pu obtenir un engagement de ce genre. Quant à moi, je puis affirmer n'avoir jamais manqué le service ni obtenu aucun congé durant mes fonctions de sous-chef. J'ai remplacé, au contraire, tous les premiers qui se sont succédé.

La rigueur du service paraissait extrême, et cependant, le service était généralement observé.

Aujourd'hui, des prétentions sans nombre ont surgi de tous côtés.

Des congés pour concerts affichés, séances de musique d'avance annoncées, tous sollicités et considérés comme des obligations dues. Les artistes consciencieux, craignant d'user d'un tel moyen, d'une pression importune, sont alors victimes de leur exactitude.

Des remplaçants, changeant, eux aussi, à chaque semaine, sont admis, sans aucune formalité, à venir faire le service des titulaires qui, la plupart, n'ont que des raisons légères pour motiver leur remplacement.

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