Diminutif d'Advotia
Advotia Vassilîevna semblait avoir emprunté à papa Tair de bonheur qui rayonnait dans ses grands yeux bleus. Parfois, seulement, une timidité Tenvahissait soudain à un tel point, que, moi, qui connaissais bien \ce sentiment, j'avais pitié de la regarder. A ces moments, elle craignait visiblement tout regard, tout mouvement, et il lui semblait que tout le monde eût les yeux fixés sur elle, ne pensât qu'à elle et trouvât tout en elle inconvenant. Elle regardait autour d'elle d'un air effaré, une rougeur lui montait sans cesse au visage et disparaisstiit ; elle se mettait alors à parler à haute voix, pour se donner du courage, disait des bêtises, sentait bien que tout le monde et papa s'en apercevaient, et rougissait plus encore. Mais, dans ces moments, papa ne remarquait même pas les sottises qui lui échappaient; il toussotait toujours et ne cessait de la fixer du même regard ravi.
Je remarquai que les accès de timidité sans cause de Advotia Vassilievna la prenaient parfois aussitôt après qu'on avait parlé, devant papa, de quelque jeune et jolie femme. Le passage fréquent de l'air absorbé à cette gaîlé affectée et gauche dont j'ai parlé déjà, la répétition des mots favoris et des tournures de phrases particulières à papa, si tout cela ne s'était produit en la présence de mon père et si j'avais été plus âgé, m'eussent ouvert tout de suiteles yeux. Mais je ne compris rien, même quand papa, ayant reçu devant moi une lettre de Piotr Vassilievitch, parut très bouleversé et cessa brusquement ses visites chez les Epiphanov.
A la fin d'août, papa recommença ses visites chez nos voisins, et l'avant- veille du jour où Volodia et moi devions partir pour Moscou, il nous déclara qu'il allait épouser Advotia Vassilievna Epiphanovna.