‹ Mes mémoires [microform]Chapitre 8 sur 29 · DALLEMAGNE · texte numérisé non relu

DALLEMAGNE

On voit la préoccupation dans laquelle mettait cet excellent Dûllemagne l'idée du danger que courait mon père.

Ce n'était pas mon père, mais MioUis qui portait le poids de cette journée.

d'aLEXANDUK DUMAS. 255

Provera avait marché droit devant lui, et, par Cerea, SaDguinetto, Torre et Castellaro, était venu donner de fronl contre Saint-Georges, où commandait MioUis.

Le général autrichien connaissait le mauvais étal dans lequel se trouvaient les fortiGcalions'de Saint-Georges, et il espérait hien que MioUis n'essayerait pas même de lui disputer le passage ; aussi le fit-il sommer tout simplement de se rendre.

Miollis répondit par une effroyable canonnade, que mon père, non seulement entendait de Saint-Antoine, mais dont il voyait la fumée.

Mon père expédia aussitôt Dermoncourt pour avoir des nouvelles positives. D'enclos en enclos et de haies en haies, Dermoncourt , fort jeune , fort alerte et fort brave, gagna Saint - Georges et y

trouva le général Miollis, qui faisait à la fois face à Provera el a Wur.i ser.

Au moment où au milieu du feu Dermoncourtjoignait Miollis et le saluait, une balle enlevait le chapeau de ce dernier.

— Ah! cesl toi, mon enfant, lui dit Miollis, tu viens de la part de Dumas?

- Oui, général, il entendait votre canonnade, et, connaissant le mauvais état de vos fortifications, il était fort inquiet de vous.

— Eh bien ! dis-lui de se rassurer sur mon compte; j ai établi mon quartiergénéral ici, sur la place d'armes, et je réponds d'une chose, c'est que si l'ennemi traverse cette place , il passera sur mon tombeau*

— Mais Irovera? demanda Dermoncourt.

— Bah ! Provera, il est dans le traque-

d'alexamohk uumas* 255

nard; mon ami Augereau, qui la laissé passer, le suit, et tandis que je rairête . ici , va lui en donner sur le c. . . ; dis donc à Dumas que demain Provera sera expédié.

Dermoucoort n'avait pas besoin d'en voir davantage ; il repartit pour Saint- Antoine^ où mon père avait transporté son quartier-général afin d'être plus à portée de Tenucmi.

Il arriva à cinq heures , annonça que tout allait bien. Victor avait rallié mon père avec sa brigade ; il dînait avec lui quand Dermoncourl entra, ,

C'était la troisième nuit qu'on allait passer sans dormir. Mon père et Victor se jetèrent tout habillés sur leur lit. Dermoncourl restait pour faire le rapport au général de son excursion a Saint-Georges- Il était au plus fort de sa rédaction

lorsqu'il sentit qu'on lui mettait la main sur Içpaule.

Il se retourna. C'était Bonaparte; il arrivait.

— Eh bien! lui dit-il, nous avons gagné la hataille.d^ Rivoli. J'arrive; ia tête 4g la division Masséna me suit au pas de course. Qtiie £»it MioUis? Où est Brovera? Augeieau l'a laissé passer, à ce que Ton m'a dit. L*a-t-il suivi au moins? Que fait Wuiriçaw ? A-t-il essayé ^pielquemouve' .menf 1 Vor^ons^ parle.

— Général, répondit Dermoncourt avec le même laconisme, Augereau a été forcé,

mais il est tombé sur les derrières de Provera et lui a pris deux mille hommes et douze* pièces de canon.

~ Bon *

— Provera est devant Saint-Georges,

u'ALUi,!^Dat DUMAS. 2S7

OÙ MioUis a tenu toute la journée et tiendra jusqu'à ce qu*0Q Textermine y lui et ses hommes.

— Bon!

— Wurmser a voulu faire des sorties^ mais on Ta rejeté dans Mantoue.

-— Bon. Et où est Dumas T

— Me voilà , général y répondit mon père, en paraissant sur le seuil de la chambre à coucher.

— Ah ! C'est vous, monsieur, lui dit Bonaparte en le regardant de travers.

Ce regard n'était pas de ceux que mon père laissait passer sans en demander l'explication.

— Oui, c'est moi. Eh bien ! qu'y a-l-il ? , — Il y a, monsieur, que le général Serrurier vous a écrit deux lettres hier.

— Eh bien ! après ?

— Dans la première , il vous disait

258 MÉHpIftKS

qu'en cas d'événements il se retirerait sur Goïto.

— Oui, général.

— Vous avez répondu à cette lettre ?

— Oui.

— Qu'avez- vous répondu ?

— Vous voulez le savoir?

— Gela me fera plaisir.

— Eh bien ! je lui ai répondu : Retirez-vous au diable si vous voulez ^ je ili'en bats l'œil ! Quant à moi je me fais tuer^ mais je ne me retire pas I

— Savez-vous que si vous m'écriviez une lettre comme celle-là, je vous ferais fusiller.

— C'est possible, mais vous ne m'écririez probablement pas une lettre comme celle que ma écrite le général Serrurier.

— C'est bien.

D*ALIiXANI>IIB DUMAS. 259

Pui^ 86 relournaQt vers Dermoiicourt :

— Allez faire former les troupes sur trois colonnes, lui dit-il j et quand cela sera £ut, venez m*&k rendre compte.

DermoDCOurt sortit. Alors, s'adressant à mon père 9 qui s apprêtait à rentrer dans sa chambre

— Restez, général, j'ai dû vous dire ce que je vous ai dit, devant votre àiderde- . camp. Que diable, quand cm écrit des lettres pareilles à son supérieur , on les lui écrit soi-même au moins, et Ton ne les dicte pas à un secrétaire. Ne parlons plus de cela. Quels sont vos commandants ?

— Mais, général, répondit mon père, la première colonne, composée de la 57* demi-brigade, a son chef naturel : c'est Victor ; la seconde sera commandée par l'adjudant-général Rambaud, notre dlief

d'étal-major; la troisième par le colonel:- Moreau, commandant la 11® demi-i)rigade.

— C'est bon !... Où est Victor?

— Oh! il n'est pas loin, dit mon père, écoutez et vous Ten tendrez ronfler,

' — Allez réveiller.

Mon père passa dans la chambre à côté et secoua Victor, qui ne voulait pas à toutes forces ouvrir les yeux.

— Mais sacrelilcu! lui dit mon père,

éveille-toi donc.

— Que diable veux-tu^ demanda celui-ci en grommelant.

— Je veux te faire général de divi~ sion.

— Moi !

— Oui , Bonaparte est la et te donne le commandement d une colonne à la bataille de demain.

I>*ALLi;XAMJ)fiK DUMAS. 26 f

— Ah ! morbleu I

Victor se secoua et accourut.

Dermonoourt rentrait en même temps* ^- Eh bien ? demanda Bonaparte.

— Vos ordres sont exécutés, général.

— Bien. Maintenant, va voir aux environs de la Fs^vorite dans quelle position est Tennemi .

Der mon court partit.

Il était huit heures du soir ; nos troupes occupaient la Favorite. Dermoncourt dépassa les avant-postës, et, s'aventurant vers Mantoue, alla juste donner dans une sortie que faisait Wurmser.

Aussi, trois quarts d'heures après son départ, Tentendit-on crier de loin :

— A cheval , général ! à eheval , l'ennemi me suit.

En effet il avait manqué être pris , et,

se sentant poursuivi de près il appelait à son aide.

Mon père jaaoBta à obçval, se iançk à la tête du 20® régiment de dragons , et tomba sur l'ennemi qu'il refoula dans la place et quil contint jusqu'au jour, tandis que la division Masséna, toute disloquée par la marche forcée ^t par la distance énorme qu'elle avait parcourue, arrivait à Marmirolo et à Saint-Antoine, oh elle se renfermait,

L4ntentîon de Bonaparte, en faisant si ^fèitide diligence, était d'en finir d*un coup avec Provera, comme d'un coup il en avait fini âvecAllvinzi.

Ëiï effet, du moment où Provera n'était poiût entré dans Mantotie, du inometit où Augereau f avait suivi par derrière, du moment où, ayailt en fhcié de Itti Mîoliis, BoiKiparte lui tombait sur le

b'aLEXANDRB DUMAS. 265

flanc avec la division Masséna , Provera était perdu.

Bonaparte passa la nuit à faire les dispositions du lendemain.

Mon père resta au poste où il était.

C'était le poste important, puisqu'il était chargé de refouler dans la place Wurmser et ses quinze ou vingt mille hommes, c'est-à-dire une garnison qui, sans compter Provera, était plus forte que ^ennemi qui la bloquait.

Attaqae^e WaniiMr» ^ Le poids de la talaiile porte sur le pont défendo ptr mon père. — Bataille de la PaTorite. ^ Famine de Mantone. — Reddition de la Tille^ — Afon père en disgrâce passe 4 l'armée de Vérone. — Traite deTolentino. — > Mon père passe sons les ordres de Joubert. — Instroctions de ionbert pour la campagne du lyrol — Passage da Lavis. — Le pont dci Clausen. — l/Horalius-Coclès du TyroL

Pendant la nuit, Provera, au moyen d'une barque, parvint à communiquer avec Wurmser et à combiner pour le lendemain, avec le général, une attaque sur la Favorite et sur Montada. On ignorait à Mantoue et dans le camp de Pro* vera, l'arrivée de Bonaparte et des trou*

pes qui avaient combattu la veille àPBivoli.

L'eût-on sue, elle n'était pas croyable et on ne Teût pas crue.

 cinq heures du matin, mon père fut attaqué par Wurmser ; la lutte fut terrible. Après la lettre qu'il avait écrite trois jours auparavant à Serrurier, mon

père ne pouvait pas reculer et ne recula point. Avec deux ou trois régiments, et entr 'autres son régiment de dragons ; il tint^ferme et donna le temps à Bonaparte de lui envoyer la 57^ demi-brigade de Victor, qui, pour aitiver jusqu'à lui et le dégager, jQt une si sanglante troué^y^ qu^elle fut appelée la terrible a partir de cé jour.

On retrouva mon père avec sept ou huit cents hommes , entouré de morts.

Il avait eu un cheval tué sous lui. Un

D'ÀLRXÀia>RR DUMAS. 2C7

second avait ëté enterré par un boulet et le cavalier seul, que Ton croyait mort, comme le cheval , était sorti en se secouant de cette glorieuse tombe.

Wurser, repoussé à son tour, se rabattit sur la Favorite, mais la Favorite défendue par quinze cents hommes résista àreflbrt de Wurmser et fit même une sortie ; devant cette sortie, devant les charges réitérées de mon père et de ses dragons, devant l'héroïque obstination de Victor, dont les troupes fraîches combattaient avec la rage du repos auquel elles avaient été condamnées, tandis que l'armée s'il* lustrait à Rivoli, Wurmser recula et fut forcé de rentrer en ville.

Dès-lors, Provera abandonné fut perdu. Pris entre Bonaparte, Miollis, Serrurier et Augereaiî , il mit bas les armes

avec cinq mille hoDiraes. Le reste de sa troupe était tué.

Âiusi, en deux jours, les batailles de Rivoli et de la Favorite gagnées, deux armées détruites, vingt mille hommes faits prisonniers, tous les canons et tout le matériel pris, les Autrichiens hors d'état de tenir la campagne, à moins de créer une cinquième armée; tout cela était le résultat du hasard qui avait livré Tespion à mon père, hasard fécondé par le génie de Napoléon.

La brigade seule de mon père , prit six drapeaux.

Aussi le lendemain, 28 nivôse, mon père reçut-il cette lettre du général Serrurier :

« Au quartier général de Roverbella,

D ALKXANDftU yUMAS. 2G9

le 28 nivôse an V de la République, une et indivisible.

« h gétiéral Sermrier, elc, au général de

division Dumas.

> Vous voudrez bien donner Tordre, général, pour que les drapeaux qui ont été pris par vous dans la journée d'hier à renoemi, soient apportés ici au général Berthier^ et , en son absence , chez moi. ^

» Le général eu chef accorde quatre louis à chaque homme qui remettra un drapeau.

» Salut et fraternité.

» SERRURIER

Le soir même de la bataille, mon père avait reçu une dépêche dix général

270 MiMOi&K

Serrurier^ laquelle cootenait uae lettre pour Wurmser.

Cette lettre n'était rien autre qu'une sommation de rendre Mantoue.

Voici cette lettre du général Serrurier.

« Le gênerai Serrtirier^ efc, au général de

dwmon Dumas.

» De Roverbella, 25 nivôse an V.

> Je vous donne avis, général, que je viensd'envoyer l'ordre k la 57® demi-brigade, ainsi qu'à la 18® de se porter à h Favorite, et je les préviens qu'elles y seront à vos ordres. Je vous observe cependantque ces deux corpsne feront partiede

votre division qu'un instant seulement, c'est pourquoi vous ne les éloignerez que dans un cas d'absolue néce^ité.

» On a rendu compte au général en

chef que vous atiez arrêté un convoi coiisidëraUe de bœufs et grains ; si c'est vrai, donnez des ordres pour qu'on les conduise à Porto-Legnago sous bonne escorte.

^ Que tcmte l'artillerie et les canons pris sur Tennemi soient dirigés snr ûotre parc d'artillerie et que cela soit exécuté soa^Ie^bamp. Recommandes la plus grande surveillance parmi les postes. On soupçonne le général Wurmser de vouloir profiter du momeni de notre joie pour s'échapper*

» Salut et fraternité/

» SERRURIER

» P. S. Je vous prie, général, de faire passer le plus tôt possible , au général Wurmser, k Ma n loue, la lettre ci-jointe.

^ » SERRURIER

^l"! MÉMOIRES

Le œnvoi de bœufs et grains fut à l'instant même dirigé sur Legnago et la lettre parvint à Wurmser la nuit même.

L'armée avait grand besoin de ce convoi de grains et de viande. La preuve en est dans cette lettre que le général Serrurier écrivait à mon père le 20 nivôse.

• J'étais instruit, général, que la viande manque ; je n'en ai point parlé parce que je n'y connais pas de remède. Nous sommes dans le même cas que les troupes qui sont à Vérone. J ai ordonné au commissaire des guerres de délivrer du riz en place, jusqu'à ce que nous puissions faire mieux.

> On ne m'ennuie jamais , général , lorsqu'on s'occupe du soldat. Ceux qui ont servi avec moi savent que je m'en occupe.

» J'ai fail des demanda eu effets d'ha-

D*ALfi)làNURE BUMAS. 373^

billement et d'iéquipement. Mille roupes (1): me sont annoncées depuis mon arrivée, ainsi que quelques paires de souliers, pour toute la division, et rien n'arrive.

» Rappelez, je vous prie, a notre ad}udanl-général Tétat des officiers que. j'ai demandés, il m'est absolument néces^ saire pour remplir les vues du général en chef.

» Salut et ft*aternité.

» SEURURIER. »

Quant à la garnison , elle était , on le comprend bien, dans un état déplorable, sous le rapport des vivres. La famine en était arrivée a ce point qu'une poule coûtait dix louis, et un chat quinze. On se

(1) Nous ignorons la signification de ce mot, trop

bien et trop lisiblement écrit, d'ailleurs, dans Torigi-

bhI, pour qae nous craignions de faire errear. I. - 18

274 iii&»fe»B8

pitKmniit ^uMore des r&ts à ^eux louis, maïs m^'^c la plus ^mude difficulté.

Wurms^ se confessait tous les quinze jours , et chaque fois qu'il se confessait il envoyait au ichanoi^e Gavalli^sii , curé de la collégiale de àainl-Afidrë..«* un morceau de chevat, en s'invitantât dîner dans la taabon. Ces jours-là ^ c'était fêle, et des restes du dîner on vivait toute 4a senluifie.

En vertu de la lettre que mon père lui avait fait passer dans la nuit du 27 au îi ttivôse, Wurniser sè détermina a capituler te 4 pluviôse — 22 janvier 1797; *^ ttais te rtîddiiion n'ei&t lieu que le 14 piuvios6,et rentrée de l'armée française déins la ville ^ue !e 1-8 du même mois — 4 février 1797.

Il eut sa libre sorlie de Mai^taue avec SOI) état-^»ajor , deu's: c^ents feommes da

D'ALKIAICDHB DUMAS. 875

cayalfrie, cinq cents personnes à son choix et six pièces de canon.

Quant à la garnison ^ forte de treize à ^quatorze mille hommes^ elle fut faite pmoaBiem et conduite à Trieste pour Y ètœ 'échangée.

Comme mon père l'avait prédit à Vie* lor en le réveillant , il fut fait général de division. L'adjudant-général Vaux ftit fait général de brigade, Bonaparte signala, comme s^tant particulièrement ^distingués, les généraux Brant», Vial et Ross, et les diefs de brigade d'Estaing, Jlaniuis ^f^ouroery.

De mon père, il n^en fut pas question, et «on nom ne fut pas même pronopcé.

On sait que c'était assez l'habitude de Bonaparte, il n'aimait pas qu'un général fît trop.

Témoin Kellermann a Marengo.

Non seulement mon père qui avait pris la lettre qui avait dévoilé le plan d'Âltvinzi, qui avait contenu Wurniser dans Mantoue, qui avait pris six drapeaux à une troupe Irois fois plus forte que la sienne, qui avait eu deux chevaux tués sous lui ; non seulement mon «

père ne fut pas cité, mais encore sa division fut réunie à celle de Masséna , ce qui était une disgrâce.

Mon père, furieux, voulait donner sa démission, Dermbncourt l'en empêcha.

Mon père alors s'informa et apprit que le général chargé du rapport sur le siège l'avait porté en observation pendant le combat de la Favorite,

Il commença par se faire donner le certificat suivant :

Aîmée d^ltalie. — Division du blocuê de Mantoue. 20^ régiment de dragons.

» Nous, officiers au 30* régiment de dragons, soussignés, certifions que le général de division Dumas a perdu un cheval tué sous lui, dans la bataille du 27 de ce mois, devant Mantoue, et un autre enterré d'un boulet.

» Fait au bivouac de Marmirolo, le 29 nivôse de Tan Y de la République française.

» signé : Bontemps, adjudant ; Baudin, adjudant ; Dubois, sous-lieutenant; Bonnefoy, sous -lieutenant ; A.-J. Bonnard, chef de brigade ; Lecomte , lieutenant ; Lebrun, lieutenant; Dejean, capitaine ; Bouzat, lieutenant. »

Puis il écrivit à Bonaparte :

278 MtmmiU

« Général ,

> J^apprends que le j * . . f . . . . . 'chargé de ^vtHis- !kité vlû rapport tte ta hattailïe du â^, m'a portié comme èïàht festé éù ùh- ^èt^vrflîwii pèlidant fa bàlâîlîë dû ii.

» Je ïié fui sôuhaîlè pas de pareilles obèel'Vâtiôïià, attendu qb*il ferait caca dans sa culotte.

» Salut et fraternité.

il ' ■

Le fait est que la lettre qui attachait mon père a la division Masséna était sèche et eût même blessé un homme d un caractère moins susceptible que le si eu.

La voici. Elle était datée du lendemain du jour de la bataille, où mon père avait eu deux elîe vaux iués soos lui-

B ALBXANDM DUMAS. S79

4 Le géîéraldedivisUn^ chef de titQt-majw.

» Au quartier-général de Roverbella, le 28 nivôse an V de la République une et indivisible.

» Le général en chef ordonne au général divisionnaire Dumas de partir de Marmirok), d^ qu'il aura été remidacé par le général Chabot, et de se rendre à Indivision du général Masséna pour servir à Tariftée active^ sous les ordres de ce général, à Vérone.

» AUUUrfDRB BBETHIBR. »

Cette fois, il n*y avait plus ni salut, ni fraternité, même en abrégé.

Ce qui avait exaspéra mon père, c'est qu'il était impossible quC m^me, avec la meilleure volonté du monde, Bonaparte eût cru un instant à cette oote^ — Obser^

260 MâMoiiiÊs

4)aiim^ puisque c'était en vertu même des ordres qu'il avait reçus de lui que mon père avait fait cette héroïque défense du 27, dans laquelle, avec des troupes trois fois inférieures en nombre à celles du maréchal^ «il le repoussa da^nsÎMantoue.

Voici les ordres que Bonaparte dictait à Be]rthier au moment même où, après l'avoir quitté chez lui au presbytère de Saint*Antoine, mon père, à la tête d'une poignée de dragons, repoussait la sortie nocturne de Wurmser :

*• Etat-major général.

)) Au quartier-général de Roverbella, le 25 nivôse, à huit heures du soir.

' » Le général en chef ordonne, général, 4ue vous vous portiez sur-le-champ avec deux pièces d'artillerie légère et toufe la

d'aLKXANDRE DUMAS. '281

cavalerie que tous ponrrez réunir, et particulièrement les cent dragons qu'il a envoyés ce soir pour reconnaître la position dé l'ennemi (1), observer ses mouvements et être tout prêts à l'attaquer avec succès dès l'instant que le général Dallemagne, auquel le général en chef envoie l'ordre, aura fait son mouvement pour tomber également sur l'ennemi.

» Les troupes arrivées ce soir k Rover-

l^) C'était à la lèie îdc »c» dragous qiie mon père élail paru, en présence même du général en cUef; mate Bonaparte tenait à ce que tout fût, sinon fait, du moius eût l'air d'être fait par se» ordres et par son iuiUatiye. Noos verrons quelque dioso de curieux du iBème genre à propos de la l>alaiUe des Pyramides. Bonaparte était un habile metteur en scène? mais qu'on nous laisse croire que la Providence^ qui l'avait pris \mur instrument, comme elle f Jiit des hommes de géaie, é^ail bien pour quelque clwwe ^ans le succès «ifs^nèeçg qu'il a jouées.

282 MKMOIBES

bella, sont ex^dées de fatigue et ont be« SQtn de deux beures de repo&, après quel temps elles seront prêtes a agir^ Elles re* cevront les ordres du général en chef pour les mouvements qu'elles doivent faire, d'après la reconnaissauce qucrvous allez faire et que vous lui enverrez, et d'après les rapports qu'il attend inoessajoa^ ment sur les recoRnaissances qu'il a ordonnées sur les différents points de la Mo* linella.

» Quelque diosequi arrive» tous devez

jeter dans Saiut-Georges les vivres et le

monde nécessaires pour que ce poste puisse se défendre quarante«liuit heures^ Le général en chef vous a déjà fait donrner l'ordre, par le général Serrurier (1), de réunir un corps de quinze cents hom-

(i) Oa a vu que cet ordre élaii parvenu à mon père dans la journée, et bien avant l'arrivée de Bonaparte*

i/alexanme bumas. iSa

\fJt*l

mes, composé de relitedetotredivisiOD^ lequel sera à portée de Tendroît où Ven^ fierai a établi sa coEununicatic» avec la garnison deMantoue^ pour pouvoîri ai roccaskut s'en présente favorable^ commencer l'attaque^ ou^ au premier ordre que vous recevrieSi voua ne devriez pas craindre de dégailiir Saint^Antoine; c'est par là que passeront les renforts qui vous seront eavoyét*

» Rendci& compte an géoéi^l en elief âe votre reconnaissance et dé teilles les dispositions qna vous avei feiles*

> ALBX» BBRTHIER. »

€e £at en effet pat Saiat^nlotne que BonapartOy voyant mon père enftouré par des forces quadruples, lui enroj^a^ pour le dégager^ la &mense 217* demi^lrigade, qui le trouva à moitié enterré dËns le

même trou où son cheval était enterré tout à fait.

Hasséna connaissait la cause de cette disgrâce ; aussi reçut-il mon père non seulement comme un camarade, mais encore comme un homme dont il appré^ ciait les qualités militaires.

£n conséquence, il lui donna le commandement de son avanl*garde.

Ce fut à la tête de cette avant-garde que mon père sa trouva au combat de Saint-Michel , entra dans Vicence et assista à la bataille.de Bassano.

En six mois, comme le disait lui-même . Bonaparte dans sa proclamation de guerre au pape, Tërmée d'Italie avait fait cent mille prisonniers, pris quatre cents pièces de canon et détruit cinq armées.

, On comprend que celte guère pontificale fut une plaisanterie. Le 16 pluviôse,

nous éiions maîtres de la Romagne, du duché d'Urbin ^ de la marche d'Ancôue, de rOmbrie et des districts de Perugia el de GamerÎDO.

Enfin y le 30 pluviôse (19 février) , la Bëpublique française et le souverain pontife signaient le traité de Tolentino , en exécution duquel le saint-père cédait à la France Avignon et le comtal Venaissin, renonçait aux légations de Ferrare

et de Bologne , ainsi qu'à la Romagne ,

et consentait à l'occupation de la ville , citadelle el territoire d'Ancône. Il s'obli-

geait, en outre ^ à verser à l'instant même trente millions dans la caisse de larmée d'Italie, a désavouer solennellement le meurtre de Basseville, et à payer trois cents mille francs à titre de dédommagement, à ceux qui avaient pu souffrir de ce meurtre.

^286 uiMOiRi»

Enfifi^ le pape s'obiii^it à remettre Im objets ^d'ail ei les manuscrits mentiontiés dàn6 rarmîsttce de Bologne , et à rendre sans dégradation, à la Républi- 4}uç française, dont il était la pit>priété, le palnis de TEcole de* Arts. — Le traité de Tolentiïio termina cette * première eampQfn« -d'Ilalie, ^uy arait m renou*veicr les prodiges d'Annîbal avec la fortoDe d'AlexaiHiliie.

Pendant que la République française, représentée par Bonaparte, signait avec Je pape le traité de Tolentino, les Autrichiens rassemblaient dans les montagnes du Tyrol une sixième armée dont l'empereur donnait le commandement au

prince Charles, auquel sa campagne sur 1^ Rhin venait de faire une réputation.

Le prince Charles prit le commande-

D'ALKXàNDRB DUMAS. 287

ment de cette armée dans le courant de février 1797, pluTÎose an V.

A la fin de féTrier, c'est-à-dire vers le %m Ie9 Tenlose, Tannée ennemie tenait les positions stiirantes :

Son corps principal était snr le Tagliamenlo; son aile droite, sous les ordres du général Kerpen et du général Laudon, était placée derrière la Lavis et la Ros ^ et défendait l'entrée du Tjrol. Le prince Lugignan ^ si bien battu à Rivoli, occupait, avec sa brigade , Tintervalle existant entre les deux lignes principales, et avait pris position aux environs de Feltre^ enfin* lavant-garde, sous les ordres du .général Hohenzollea ^ se tenait sur la Piave.

De son côté , Bonaparte qui attendait dix-huit mîHe hommes de renfort de rar»ée dû Rbin , avait réuni , dans la

288 ]\iÉMQmBs. . .

Marchc-Trévisane , quatre divisions de son armée. Masséna était à Bassano , le général Guyeux occupait Trévise , Bernadotte, qui cpmmf;nçait à arriver, devait occuper Padoue. Joubert, avec sa division et celle des généraux Baraguayd'Hiiiiers et Del mas, était opposé a Kerpen et à Laudon. Enfin , Victor et sept mille cinq cents hommes restaient dans la Marche-d'Ancône, tandis que Kjlmaine, avec six mille hommes à peu près, gardait la Lom hardie et les frou* tières tlu Piémont et de Gênes.

Tout cela formait, pour les Autrichiens , un total de trente-cinq mille hommes, et, pour les Français, de trentesix à trente-sept mille.

Vers le milieu de ventôse , mon père reçut Tordre de qmttér le eorps d'armée

d'albxa.xduk iiitmas. 2S9

de Hasséaa pour celui de Joubert , el de quitter Bassano pour Trente.

Joubert, auprès duquel il était euvoyéi fut un des hommes les plus remarquables de cette époque , si fertile en hom* mes remarquables. C'était un de ces beaux, jeunes et fiers républicains de l'école de Marceau, de Hoche, et je puis dire de mon père. Comme Marceau , comme Hoche et comme mon père, il [ mourut jeune. Seulement Marceau el lui eurent le bonheur de mourir chacun d'une balle tyrolienne, tandis que Hoche et mon père moururent empoisonnés.

Joubert était un des héros de Rivoli.

Gomme mon père k la Favorite, il avait eu son cheval tué sous lui, et, s'emparant du fusil d'un grenadier, il avait combattu pendant le reste de la journée à pied. Cette joiurnée dans laquelle

âOO Ml£M01RES

il avait pris plusieurs pièces de canoQ et culbuté rennemi dans l'Adige, lui avait valu le grade de général dé division.

Nous avons dit qu'il commandait à une vingtaine de mille hommes dans le Tyrol, lorsque mon père lui fut adjoint pour commander la cavalerie.

Joubert reçut mon père de la façon la plus affectueuse.

«Mon cher Dumas, lui dit-il, si je » vous laissais le commandement qu'on » vous a donné , vous occuperiez un )} poste illusoire, car vous n'auriez sous » vos ordres que deux régiments de dra-

> gons fort incomplets, le B^el le 8«, » qui en forment k peine un à eux deux. » Aussi n'est-ce pas cela, j'en suis bien » certain, que celui qui vous envoie à

> moi a compris.

» J'ai vingt mille hommes, je vous en

D'ALKXA^DRK DUMAS. 291

> donne dix mille à commander, ou plu- » tôt nous commanderons le tout à nous » deux ! »

Mon père remercia Joubert ; Tinjustice de Bonaparte était si flagrante visà-vis de lui que Joubert, comme Masséna, n'avait eu en la recevant qu'une préoccupation^ celle de la lui faire oublier.

Les deux généraux logèrent ensemble, puis, comme il s'agissait de commencer les hostilités, ensemble toujours, ils visitèrent les avant'postes, et il fut décidé

quon attaquerait le lendemain.

Ce lendemain était le 21 mars 1797, 50 ventôse an V.

Le même jour mon père reçut officiellement de Joubert les instructions suivantes, arrêtées à l'avance entre eux :

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