LES URSULINES DE QUÉBEC
Immédiatement après la mort de ma chère:
mère, mon père m'envoya demi-pensionnaire:
aux Ursulines, où je suis restée jusqu’à quelques
mois avant mon mariage, et durant ces huit.
ans j'ai eu l’avantage d’avoir pour maîtresse
plusieurs dames très distinguées. La première dont je me rappelle (Mère de l’Incarnation }.
était une dame d’un talent extraordinaire, tant
pour les langues que pour les autres branches.
d'une éducation libérale, On dit qu’un mon-
sieur de Québec ayant reçu un legs d’un parent fut.
obligé de demander à cette dame de lui traduire les papiers, et que les avocats reçurent permission de se servir de sa connaissance de l’espagnol pour le règlement des affaires, et qu’elle
servit de traducteur, la grille la séparant du
monde légal. Je pourrais écrire des chapitres.
sur toutes les dames de talent qui en m'instruisant ont su combiner le rôle de mère, Mais ces chères dames, vouées à la religion, dans leur humilité aiment la réclusion, ainsi, je ne
m'arrête qu'à une seule mère bien-aimée, Mère
Mary Benedict (Dlle Barber), car sa vie était tout-à-fait exceptionnelle. Son père était d'abord ministre protestant, À sa conversion, il désira persévérer dans sa vocation de ministre de la religion. Sa dame consentit aussi bien que lui à faire le sacrifice de se séparer. Le père et son fils entrèrent dans un monastère, Mad. Barber et ses filles au convent. Une vivait encore aux Ursulines il y a quelques années, Mère Mary Benedict est morte, coincidence singulière, à l'heure de mes noces. Nous restions alors où est mort le juge Crémazie, dans la maison vis-à-vis les casernes, maintenant occupée par le lieutenant-colonel Forrest. Les fenêtres de ma chambre étaient vis-à-vis une des galeries du couvent, et j'avais promis de me montrer à la croisée quelques minutes pour faire plaisir à mes jeunes amies en leur exhibant ma toilette de noces. A ce moment la cloche du couvent annonça que quelqu'un venait de mourir, J'écrivis tout de suite pour demander qui c'était ; on ne me donna pas le nom de la morte, et on me laissa croire qu’il s'agissait d’une personne que je ne connaissais pas. Mes amies, par bonté, m'avaient caché que c'était ma chère Mère
Benedict, pour ne pas assombrir les joies de
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