D'IN FI'RM 1ER
Un mot d'iotroductioD.
Au commencement de la guerre, j'étais à la campagne, aux environs de Lyon.
Lorsque nos désastres successifs eurent amené Tétranger au cœur de la France, chacun de nous s'interrogea sur le parti qu'il pouvait prendre pour ne pas rester complètement inutile.
Je demandai à entrer dans la première ambulance lyonnaise, qui se formait sous la direction du docteur Ollier. Ma demande fut accueillie, et je m'engageai comme infirmier pour la durée de la guerre.
Dans les campagnes que j'ai faites, j'ai été témoin
d'incidents et d'épisodes, plus ou moins tristes et
touchants, qui m'ont paru dignes d'être rapportés.
Je n'écris pas un livre d'histoire; pas de politique,
pas de récits de batailles. J'ai noté au passage des
anecdotes, des impressions, quelquefois des sujets de pure fantaisie, et je les transcris sans suite et sans ordre, sans recherche d^efiet, sans effort d'imagination et de style , avec la simplicité qui convient au rôle modeste que j'ai joué dans ces temps malheureux.
G. Nadaud.
Les quatre uhians.
Faisons une supposition.
Au lieu d*être Français, nous sommes Allemands; au lieu d*êlre envahis, nous sommes envahisseurs; au lieu d'être gardes nationaux , gardes mobiles ou soldats, nous sommes deux ou trois des quatre uhians qui ont conquis la France.
Nous avons reçu une certaine éducation, nous avons des façons dégagées; cela doit servir. Nous savons le français, la position Fexige. Nous éclai* ronsxm groupe de cinq on six cents, qui lui-même précède un corps de dix mille hommes, lequel doit occuper la petite ville de ****
Nous voilà partis le matin , sur une grande route. Je suppose encore que nous aimions à causer. Le doyen des quatre est un vieux routier qui s'est déjà promené dans plusieurs départements français; le second, un nouveau venu, un apprenti uhlan; les
deux autres sont les comparses, le chœur antique. Le dialogue (on le traduit) doit s^établir ainsi entre les quatre personnages :
DEUXIÈME UHLAN. Camarade, vous avez fait souvent des expéditions de ce genre?
PREMIER UHLAN. J'ai pris Hagucnau, Saverne, Commercy, Nancy, Châlons, Reims, Épërnay...
DEUXIÈME UHLAN. Et OU ne VOUS a jamais résisté?
PREMIER UHLAN. Jamais.
TROISIÈME ET QUATRIÈME UHLANS. Jamais, jamais.
DEUXIÈME UHLAN. Et VOUS n'étiez que quatre?
PREMIER UHLAN. Quatre.
TROISIÈME ET QUATRIÈME UHLAN^. Quatre, quatre.
DEUXIÈME UHLAN. Vous avcz douc un procédé?
PREMIER UHLAN. Un.
DEUXIÈME UHLAN. Pourrait-on le connaître?
PREMIER UHLAN. Sans doute. .
TROISIÈME ET QUATRIÈME UHLâNS. Sans doutc, sans doute.
PREMIER UHLAN. Camarade, avant que je commence, voulez-vous m'ofifrir un cigare?
DEUXIÈME UHLAN. Avec plaisir. Si ces messieurs voulaient aussi en accepter?
TROISIÈME ET QUATRIÈME UHLANS. AvCC plaisir, aveC
plaisir.