LES RENARDS ALLEMANDS
château qui a eu Thonneur d*hé})erger un étatmajor prussien, avec toutes ses dépendances. Cet état-major était composé d'un prince de sang royal ou impérial (avec les Prussiens, on ne sait plus dans quel sang on marche) , puis d'un nombre incalculable d'officiers de tout rang, de tout âge et de tcrut casque.
Tous ces gentilshommes étaient polis, bien élevés, et il n'en est pas un parmi eux , même le moins élevé en dignité, qui ne saluât courtoisement le maître et la maîtresse de la maison.
Les choses se passèrent très-convenablement : grande régularité dans les heures des repas, conversation enjouée, discussion littéraire à table, tempérance rigoureuse, respect absolu de la propriété. Les soldats qui faisaient le service de la maison n'auraient pas ramassé une épingle ni cueilli un brin d'herbe.
Ces aimables hôtes partirent un jour pour aller à de nouveaux exploits. Us prirent congé du châtelain, à qui ils serrèrent cordialement la main. Quand les Français disaient adieu aux Prussiens, ceux-ci répondaient par un mot allemand, qui signifie : Au revoir!
Ce n'est pas toujours un plaisir sans mélange que de loger un 'état-major, même quand il se recrute parmi les princes et les grands seigneurs.
M. X... poussa un soupir de satisfaction, mais il crut devoir écrire à ses amis et à ses voisins pour leur faire savoir à quel point il avait à se féliciter de la courtoisie allemande. Il engagea tous les émigrés à revenir, les assurant de sa protection auprès de ses amis nos ennemis.
Quand tout son monde fui de retour, il fit un aveu :
— J'ai été bien fou, dit-il. Figurez-vous que j'avais enterré mon argenterie, mon linge et ma vaisselle, muré le caveau qui renfermait mon meilleur vin et dissimulé ma bibliothèque derrière un panneau. Je suis vraiment honteux maintenant d'avoir reçu un prince et sa suite avec un service de Ruolz, le vin du cru et le linge de la cuisine.
On fit venir les maçons et les terrassiers, et on remit au jour tous les objets précieux qui avaient été cachés.
A quelque temps de là, un autre général allemand vint prendre gite dans le même château. Celui-ci n'était pas prince, c'était tout bonnement un grand-duc, et on sait que les grands-ducs n'ont jamais manqué là- bas. Il apportait tous les compliments de son prédécesseur. Ce fut un échange, de politesses et de bons procédés.
Un jour, en dînant, le grand-duc dit à ses hôtes :
— Vous avez là de belle et bonne argenterie. Le