A MADAME JEANNE
Pourquoi je viens peu souvent ?
— Supposez qu'on vous conduise.
Quand vous avez faim, devant La table la plus exquise.
Le lustre jette un frisson Sur les verres de Bohême ;
Le vin est une chanson, Le dessert est un poëme !
C'est un régal à donner J.'appélit de l'homme à l'ange :
Eh bien ! ce divin dîner, C'est un autre qui le mange I
Un autre, bras accoudes, S'emplit, se gorge, se carre.
Et vous, vous le regardez. — Voilà pourquoi je suis rare.
Un autre vous mange, hélas !
Un autre est là qui, vorace, Veut pour lui tous ces doux plats.
Jeunesse, esprit, beauté, grâce !
Un autre est là, fier, joyeux.
Indilïérent à nos fièvres, Qui se repaît de vos yeux Et se grise de vos lèvres
Et, le soir, je m'en reviens Avec une faim accrue