‹ Mes premières années de ParisChapitre 90 sur 136 · LIVRE IV. — PROSERPINE · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — PROSERPINE

Fraîche et rosée ainsi que celle de ma sœur. Et je ne connais pas un meilleur professeur De vertu, de devoir, de foyer domestique, D'ordre et de chasteté — qu'une fille publique.

SACATINO.

Eh bien, si c'est le but auquel tu me conduis,

Nous n'avons pas besoin d'aller plus loin, j'y suis.

Je ne suis pas un saint, et, ma foi, j'ai fait comme

Les autres; mais voici longtemps que ça m'assomme;

Et même, à dire vrai, je n'ai jamais aimé

Ces femelles au corps ouvert, au cœur fermé,

Qui n'ont pas d'àme à rendre en échange des nôtres,

Qu'on ne prend pas pour soi, qu'on prend contre les autres,

Par vanité, pour faire envie à quatre fats.

Et dont nul ne voudrait si tous n'en voulaient pas 1

Ah ! que je donnerais toutes ces créatures,

Ces cadavres vivants, ces fards, ces pourritures.

Pour le simple regard d'une femme de bien

En qui je sentirais un cœur répondre au mien !

Ma curiosité n'était pas assouvie

Que j'avais déjà pris en horreur cette vie.

Ma nature n'est pas propre à ces choses-là.

Il me faut le foyer avec Angiola,

Le ménage, les cœurs joints jusqu'à la vieillesse,

Et les petits enfants. Je suis né père ! — Oh ! laisse

Que j'épouse ta sœur! Quant à l'enseignement,

J'en sais trop. Puis, ta sœur n'a pas besoin vraiment.

Pour être un cœur divin, que d'autres soient infâmes.

Ne crains pas que jamais je retourne à ces femmes. Quand je vivrais mille ans. Consens à mes souhaits. J'aime ta sœur deux fois : je l'aime et je les hais!

KENZO.

Tu les hais aujourd"luii, je l'admets sans réplique.

Dans ce moment, ta faim d'un régal angélique

Regarde tes soupers d'hier avec dédain;

31ais, ayant contenté ton appétit d'éden,

lîientùt, pour varier un peu ta nourriture,

Tu t'en retournerais vers cette pourriture.

C'est iiilaillil)l(\ A moins qu'à force d'en manger,

Tu ne sois assez sage avant pour t'iiilli^er

Une indigestion toile, que la pensée

D'en revoir seulement te soit une nausée.

Donc, quoi jour manges-tu l'rosiM-piiie?

SAliATIXO.

IMon cher, A'raiment. ..

RENZO

Jo veux te voir dévorer cette chair!

C'est celle-là surtout (lo;it il faut que tu goûtes. Car Proserpine, étant la {)lus belle de toutes Ces drôlesses, serait à perpétuité Une démangeaison de ta fatuité!

Tiens, cela te va-t-il? je consens, après elle. Tu n'en prendras pas d'autre a^ant eu la plus belle, Et tu ne verras plus au monde que ma sœur.

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