MAURICE
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Je trouve dans un petit volume A^Henri Estienne^ publié en 1574, de très-curieux détails sur la foire de Francfort. L'auteur célèbre avec enthousiasme la grandeur et la variété de son marché, telles que n tous les autres marchés du monde y sont en quelque sorte contenus. Il vante l'affabilité des citoyens envers les étrangers, la vigilance, la sollicitude paternelle, qu'il af)pelle la philoxénie, des magistrats. Sur ce point , il égale la cité de Francfort à la cité d'Athènes. Il énumère complaisamment l'abondance des repas que l'on y sert aux hfttes, les vins du Rhin qui les égayent, les aromates, les jambons de Westphalie <( quœ falso Moguniinenseê a nostratibus appellantur. » Il assure le lecteur que la foire de Francfort lui offrira « une foule de produits auxquels il n'a jamais songé et dont il n'a jamais entendu parler n, produits fabriqués en des merveilles de l'art du potier, des vases d'or et d'argent plus artistement ciselés que n'en eurent jamais Gorinthe, Samos ou Naxos. Les ouvrages de sculpture et de peinture qu'iUv voit exposés lui semblent « un concours entre les
Âpelle^ les Protogène^ les Zeuxis, les Phidias et les Praxitèle. » Quant à la bonne foi des marchands, elle est du temps d'Astrée. Il n'en excepte 'pas les Juifs qui « oublient ici en quelque sorte l'esprit judaïque » et qui, « s'ils ne sont pas pour le marché un orn'Bmenty lui sont du moînsM'un bon secours, particulièrement pour le change des monnaies ».
Mais ce que Henri Estienne exalte au-dessus de tout dans Francfort, c'est ce qu'il appelle le Marché des Muses ^ ou VExposiiion universelle des lettres , c'est-à-dire la réunion convoquée à l'époque des foires, des libraires, des typographes, des poôtes, des orateurs, des historiens, des mathématiciens, des philosophes venus en grand nombre des académies de Wittemberg, de Leipzig, de Heidelberg, de Strasbourg, de Louvain, de Padoue, d'Oxford, de Cambridge. Il se croit à Athènes et ne se sent pas d'aise avoir ainsi les Muses « en société amicale avec Mars, et logées sous des toits presque con« tigus aux siens ».
Tecta colit Mavors quod nunc vicina Gamœnis,
Fallor ego, aut fausto hsBc omine tecta colit.
Bellorum pertaesus amat nunc ille camœnas,
Quod se indigna videt perfida bella geri.
( FrancofordiensU Emporii encomium, ab Henrico Stephano scriptum.)
(Page 149)
Plus de quarante ans après, je ressentais encore cette influence. Au retour d'une excursion sur les bords du Rhin^ j'essayai de rendre l'impression que j'avais eue, en revoyant à Francfort la statue de Goethe, dans le sonnet que voici :
C'était par un long soir de la saison puissante Qui prodigue à la terre et le fruit et la fleur, Emplit de gerbes d*or le char du moissonneur Et gonfle aux ceps ployés la grappe jaunissante.
Les derniers feux du jour et leur calme splendeur, Au loin, du mont Taunus doraient la cime ardepte. Le bel astre d*amour qui brille au ciel de Dante Montait sur la cité de Fantique empereur.
Sur le haut piédestal où ta gloire s'élève,
D*un regard de Vénus, doucement, comme en rdve,
Goethe 1 s'éclairait ton grand front souverain,
tO% APPENDICE K.
Tandis que de silence et d'ombre revétae» n
Craintive, je baisais au pied de ta statue
Le pli rigide et froid de ton manteau d*airaia.
riX Dl LAPPBNDICI.