‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 126 sur 309 · UNE DIVISION DE CAVALERIE · texte numérisé non relu

UNE DIVISION DE CAVALERIE

villes de la Province. Le petit homme manœuvrait au milieu de toutes ces difficultés avec une adresse, une précision, une finesse vraiment admirables.

Notre commandant en chef était le général Vinoy, ancien colonel des zouaves, général d'infanterie très estimé, très brave homme, mais un peu ankylosé par les années, qui, sans lui ôter ses qualités militaires, lui avaient dérobé une partie de l'activité physique nécessaire à un pareil commandement. Il conduisait à l'armée du maréchal de Mac Mahon le 15e corps, et, prévenu à temps, il avait pu échapper, sans y laisser autre chose qu'une pointe de cavalerie, aux deux serres de l'armée allemande se refermant autour du Maréchal. Il avait ramené son corps à Paris, et, après avoir pris part aux opérations du siège, il avait eu la pénible mission de traiter avec le vainqueur, comme successeur du général Trochu, résignant, la veille de la capitulation, le pouvoir que le 4 Septembre lui avait donné.

A ce moment, où les ordres étaient déjà donnés pour faire affluer sur Versailles les forces disponibles de province, son armée ne comprenait encore que trois divisions d'infanterie, trois divisions de cavalerie, plus un corps détaché à Saint-Germain, sous les ordres du général de Ladmirault. Les trois divisions d'infanterie étaient commandées par le général Subervielle, du cadre de réserve, le général Faron, de l'infanterie de marine, et le commandant Bruat, capitaine de frégate et général à titre auxiliaire. Les trois divisions de cavalerie étaient commandées : la première, par moi ; la seconde, par le général de brigade du Preuil, ancien commandant de la brigade de grosse cavalerie de la Garde, et la troisième parle général Ressayre, nommé général de division pendant la guerre et blessé à l'armée de la Loire.

Ma division de cavalerie légère comprenait deux brigades : l'une formée du 8* et du 3e de hussards,

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commandée par le général Charlemagne, cousin germain de Mme Thiers, et casernée aux Petites-Écuries, sur la place d'Armes ; l'autre, formée des 5e et 7e de chasseurs à cheval, commandée par le général de la Jaille, mon ancien brigadier de Metz, et détachée à Saint-Cyr. A part ces deux régiments, toute l'armée, pour ainsi dire, cavalerie, artillerie et infanterie, était concentrée à Versailles, dont elle remplissait les casernes, les troupes qui n'y avaient pu trouver place bivouaquant sur les avenues de la ville. On se gardait très militairement, de façon à éviter toute surprise. Un gros de gendarmerie occupait Meudon, et un autre tenait la tête du pont de Sèvres, coupé pendant la guerre.

En dépit de toute son assurance extérieure, M. Thiers, si l'on peut s'exprimer ainsi, n'en menait pas très large. Les nombreuses intelligences qu'il avait conservées dans Paris lui représentaient le gouvernement insurrectionnel comme exalté par sa victoire, et comme capable d'en profiter pour lancer sur Versailles des bandes ivres de boisson et de paroles, aussi frelatées les unes que les autres. Il croyait donc à la possibilité d'une offensive vigoureuse de la part des insurgés . A force d 'avoir étudié les manœuvres de Napoléon, il se croyait en état de les commander. Il avait l'orgueil de sa prodigieuse faculté d'assimilation; et cet homme, qui n'aurait pas causé cinq minutes avec un marchand de pommes de terre frites sans essayer de lui démontrer les secrets de la friture, prenait plaisir à révéler aux généraux groupés autour de lui les secrets de l'art de la guerre. Il couchait sur des cartes, comme Napoléon. Comme lui, il faisait des plans. Comme lui, il réunissait des conseils de guerre, où il ne nous laissait jamais placer un mot, où il exposait les situations, et critiquait les manœuvres avec une verve intarissable. Il avait admis l'éventualité de la prise de Versailles par les

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