ÉPILOGUE
Maintenant c'est fini! En brisant une carrière qui avait été le rêve de mon enfance, le culte de ma jeunesse, l'orgueil de mon âge mûr, et qui aurait dû être la consolation de ma vieillesse, on a ouvert devant moi une tombe anticipée. J'y suis descendu tout entier, depuis dix-sept ans déjà. J'en suis sorti non pas, hélas ! pour chercher dans de nouveaux combats le souvenir des gloires disparues, mais pour raconter à mes vieux compagnons d'armes quelques-unes des actions que nous avions accomplies ensemble, et aux jeunes gens qui ont dans les mains l'avenir de la patrie, comment nous avons fait ce que nous pouvions pour servir le pays.
Je serai heureux, je me sentirai récompensé au delà de mes mérites, si avant de retourner auprès de Dieu pour y retrouver tant d'amis égrenés sur la route, j'ai pu faire passer dans quelques âmes, dans beaucoup d'âmes, la flamme patriotique et militaire à laquelle obéissait, en 1839, l'engagé volontaire aux spahis, et qui brûlera, toujours inextinguible et pure, jusqu'au dernier soupir, dans le cœur du vieux soldat.