III. o
gardé rancune de ma sévérité tempérée, d'ailleurs, par mon souci de la justice. Le régiment avait quitté enfin l'affreux quartier du Bardo, il était au bon air, sur les hauteurs de Sidi-Mabrouck. Un établissement m'intéressa beaucoup : ce fut le collège franco-arabe, fondé et dirigé par le capitaine Oblin, où les petits Bédouins rivalisaient de savoir et de zèle avec les jeunes Français. Après une reconnaissance et une pointe sur Batna, où commandait le général Barry, je partis pour Sétif. Le chemin de fer n'était pas encore construit, et je fis retenir par mon aide de camp toute l'impériale de la diligence, pour voyager de nuit, à l'air et à la fraîcheur.
Nous arrivons à Sétif à cinq heures du matin, et nous trouvons tous les officiers de spahis venus pour me recevoir, à la descente de la diligence. Je me hâte pour me dépêtrer du fond de ma boîte. J'accroche mon pantalon à la manivelle du frein, et je suis forcé de descendre à reculons, laissant dans la voiture tout mon fond de culotte, et me présentant ainsi à mes subordonnés sous un aspect imprévu. Je dus répondre à leurs compliments, dans une tenue encore plus négligée que celle du roi Dagobert.
La smalah de Sétif était tout à fait gentille. Mon ami, le capitaine des Mesloizes, qui l'avait commandée fort longtemps, l'avait entourée de plantations qui avaient très bien réussi. De Sétif à Aumale, je fis la route à cheval, comme quand j'étais sous-lieutenant. Là, m'attendait, à la tête de ses officiers du i*r de spahis, le colonel Abdelal, m 'apportant en quelque sorte des bouffées de ma jeunesse. Pauvre colonel! Je l'avais laissé en route, puisque j'avais été lieutenant dans l'escadron qu'il commandait comme capitaine. Je ne désirais rien tant que de réparer à son profit les injustices du sort. A Aumale, commandait le futur héros de Loigny, le colonel de Sonis. Les hôtels de la