PRESSENTIMENTS RÉALISÉS
d'Épinaly reproduction d'un tableau représentant le « Trait d'humanité du capitaine de Peyrony ». On y voyait le capitaine à pied, l'air farouche, le sabre à la msdn, et tirant par la bride son cheval sur lequel il avait fait monter un pauvre fantassin blessé, malade, prêt à rendre l'âme.
Cet habile emploi de la réclame, dont devaient user plus tard quelques officiers, et non des moins qualifiés, eut un plein succès. Il valut à son auteur l'épaulette de chef d'escadrons, au détriment de beaucoup de ses collègues qui en avaient fait autant que lui, sans se croire obligés, pour un acte si simple, de recourir aux presses des imageries d'Épinal. Au 2* de chasseurs d'Afrique, le commandant de Peyrony ne fit pas grande figure. Il était tenu à l'écart par ses camarades et il termina sa carrière par un acte d'insubordination.
Enfin, que de fois encore, dans mes souvenirs, ont passé ces deux nobles figures de Delachèvre et de Rovigo, arrivant pour ainsi dire ensemble au trépas, en cherchant à se devancer pour obtenir cette fameuse étoile des braves, jadis prix du sang versé et devenue trop souvent, en ces derniers temps, l'appoint des plus honteux trafics !
Après la journée du 15 juillet, tous les doutes et toutes les hésitations devaient disparaître : la France était en guerre avec le Maroc. Notre point de concen^ tration étant Magmia, il nous fallait une base de ravitaillement plus rapprochée que Tlemcen, qui n'était elle-même qu'un intermédiaire entre Oran et nous.
Justement la mer, route rapide, économique et sûre, n'était qu'à une petite journée de marche. On chercha sur la côte un point de débarquement favorable et^ après des hésitations et de nombreuses contestationsy on choisit, sur la proposition du général de Lamoricière, Djemâa-Ghazaouat (la réunion des pirates) . C'est par là que nous arrivèrent bientôt les vivres, les munitions,
le matériel et les derniers renforts. Notre établissement, qui devait y être temporaire, devint définitif après la guerre et s'appela Nemours.
La fin de juillet et le commencement d'août furent remplis par des mouvements stratégiques destinés à mettre notre frontière à l'abri d'une invasion de l'armée marocaine, qui s'augmentait chaque jour, et par des opérations secondaires, dont la principale fut l'occupation momentanée de la ville d'Oudjda, coquette ville arabe de la frontière marocaine, ensevelie sous la végétation luxuriante de ses magnifiques jardins, au milieu de plaines encore couvertes de moissons dorées, dont nous livrâmes aux flammes tout ce que nous ne pûmes consommer.
Donc, dans les premiers jours d'août, la petite armée, à la tète de laquelle le maréchal Bugeaud allait marcher contre les forces du Maroc, était campée près de la frontière marocaine, à un kilomètre de la redoute de Magmia, sur les bords de la rivière.
L'ennemi que nous allions aborder était, nous disaiton, excessivement nombreux. Les moins exagérés évaluaient à 50,000 hommes les forces commandées par le fils de l'empereur du Maroc, que nous appelions entre nous, familièrement, le « Petit Muley ».
Le maréchal disposait de dix-huit bataillons d'infanterie, de vingt escadrons de cavalerie, de huit cents cavaliers indigènes. Comme artillerie, nous avions dix obusiers de montagne, un canon de 8 et un obusier de 24. Nous étions, au total, de huit à neuf mille combattants.
C'était tout ce que le maréchal, avec sa science, avec son génie, avait pu réunir sur un seul point, et pourtant l'armée d'occupation d'Algérie comptait cent dix mille hommes. Mais cette courte et glorieuse campagne allait démontrer une fois de plus qu'à la guerre, la puissance d'une armée ne se mesure pas au