‹ Mes souvenirs (volume 4)Chapitre 119 sur 200 · SIDI-BRAHIM · texte numérisé non relu

SIDI-BRAHIM

dîre une fortune pour le traîbe. « Prends! lui disait-il, de cet argent tout ce que tu pourras emporter. » L'Arabe se précipitait sur ces pièces, comme le vautour sur sa proie. Quand il en avait plein les mains : « Si je réussis, grâce à toi, disait le général , tu auras tout ce qui reste. » Une autre fois, s'adressant au même Arabe ou à un autre, il lui disait : « Si tu nous guides bien, tu auras ma chéchia pleine de douros.» Et, quand le coup avait réussi, il faisait porter à P Arabe sa chéchia pleine de douros, c'est-à-dire d'écus.

A Nemours, non seulement le colonel de Montagnac ne disposait pas de tels moyens d'action, mais encore il était environné d'émissaires d'Abd-el-Kader, lui apportant des renseignements faux, contradictoires, au milieu desquels il ne cherchait pas suffisamment à démêler la vérité. Le 19 septembre, on vint lui dire que l'Émir, avec quelques cavaliers, s'eftorçait'de fairefranchir la frontière du Maroc à la tribu voisine des Souhalias. Capturer l'Emir était la marotte de tous les commandants de détachement, et le colonel de Montagnac, persuadé que cet honneur lui était réservé, sortit sans hésiter de Nemours avec sa petite garnison, composée du 8* bataillon de chasseurs à pied, commandant Froment-Coste, et d'un escadron du 2* de hussards, commandé par le capitaine Gentil de Saint- Alphonse, sous les ordres supérieurs du chef d'escadrons Courby Je Cognord. Arrivée à huit lieues environ de Nemours, lans une plaine ondulée où commençaient les collines sur lesquelles étaient campés les Souhalias, la colonne française fut attaquée subitement par les cavaliers arabes qui engagèrent le combat à coups de fusil. Le colonel de Montagnac donna l'ordre au commandant G>urby de Cognord de les charger avec son escadron de hussards, le prévenant qu'il arrivait à la rescousse, au pas gymnastique, avec trois des compagnies du bataillon de chasseurs. Suivant leur tactique habituellei

les Arabes plièrent devant la charge des quatre-vingts hussards, les entraînant à leur suite loin de Tinfanterie et les noyant bientôt dans une masse de cavalerie, subitement accrue dans des proportions énormes.

En un clin d'œil, le chef d'escadrons, blessé grièvement, restait sur le terrain, sous son cheval tué. Le capitaine Gentil de Saint- Alphonse était tué et l'escadron, désemparé, sans officiers, devenait la proie des Arabes, moins une dizaine de hussards qui réussissaient à s'échapper et à se rabattre sur les compagnies de soutien, dont ils allaient partager le sort. Ces trois compagnies avaient laissé bien loin derrière elles celle du capitaine de Géreaux. Le colonel de Montagnac voulut en imposer à force d'énergie à cet ouragan inattendu de cavalerie, qui fondait sur lui avec des cris sauvages, avec les tètes des hussards portées au bout des longs fusils, et qui le sépara instantanément de sa quatrième compagnie. Il fut tué presque aussitôt d'une balle en plein cœur. Le commandant Froment-Coste prit la direction du combat ; mais il ne put que vendre chèrement sa vie et celle de ses soldats; car bientôt les cartouches manquèrent, et les malheureux chasseurs devinrent une cible inerte exposée aux balles des cavaliers. Quand ils furent réduits, à une poignée, Abd-el-Kader intervint et commanda de les faire prisonniers. Parmi eux, était encore vivant le capitaine adjudant-major Dutertre, un héros que nous allons voir à l'œuvre.

Cependant le capitaine de Géreaux, resté en arrière et enveloppé, à son tour, parles cavaliers arabes, avait avisé, à quelque distance, un marabout qui pouvait lui servir de réduit et lui permettre de prolonger sa défense. Formant ses hommes en colonne d'attaque, il s'ouvrit un passage à travers les Arabes et atteignit le marabout, dont il fit aussitôt créneler le mur d'enceinte. Puis, tout en ménageant ses cartouches, il ouvrit contre

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