PACIFICATION
Enfin, ce printemps de 1847 fut marqué par quelques mutations dans le haut personnel du régiment. Le lieutenant-colonel d'Allonville alla, à Bône, commander comme colonel le 5* de hussards. J'avais dit adieu avec ivresse au major Billioud partant pour Lyon. Je dis adieu sans tristesse au colonel d'Allon ville partant pour Bône, d'autant mieux que son successeur, le colonel Bâville, le grand Bâville, comme on disait, me le fit vite oublier par une bienveillance marquée. Le major de Goussencourt remplaçait le major Billioud, et le commandant Mignot de la Martinière remplaçait le commandant Desmaisons. Ces deux officiers, sortis des hussards, apportèrent aux spahis les saines traditions d'instruction, de régularité, de bonne administration des régiments réguliers.
Rentré à Alger à la fin de mai, après sa glorieuse campagne de Kabylie, le maréchal Bugeaud, dans les premiers jours de juin, quittait l'Algérie sans esprit de retour. Le maréchal n'était pas un dissimulé. Il aimait penser tout haut, et toute l'armée connaissait les motifs qui le portaient à abandonner, après sept années de travaux, de périls et de gloire, le gouvernement qui rendit son nom inséparable de celui de l'Algérie, conquise par lui. Il était irrité de voir ses plans contrecarrés sans cesse, à la Chambre, par une opposition ardente; car bien des députés ne voyaient, avec le bruyant M. Desjobert, dans notre conquête, que les dépenses qu'elle nous imposait, sans apercevoir ses avantages moraux qui nous l'ont rendue si chère, et même ses avantages économiques qui, à mon sens du moins, se manifestaient déjà par le développement de la prospérité publique dans nos provinces du Midi. Il était irrité encore de constater, à chaque instant, que le gouvernement, sacrifiant tout à l'absurde mécanique parlementaire, le défendait mollement et l'abandonnait presque. Il était irrité enfin de trouver, jusque parmi ses collabo-
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rateurs, des résistances à ses théories sur la colonisation.
Militaire dans Tâme, Bugeaud aurait voulu tout iaire par Tannée. Il rêvait des colonies militaires comme celles des anciens Romains ou, pour prendre un exemple plus moderne, comme celles des confins de r Autriche.
Sa colonie de Beni-Méred, où le colon était soldat et où le village était caserne, lui semblait le dernier mot du système. Au fond, il considérait l'Algérie comme un champ de manœuvres admirable pour former des soldats, comme une position stratégique destinée à transformer, selon le vœu de l'Empereur, la Méditerranée en un lac français. Mais il ne croyait pas à la colonisation par rélément civil, par l'initiative privée. Il ne l'encourageait pas. Il avait, pour ainsi dire, peur d'avoir trop de colons, parce qu'il sentait qu'avec eux s'introduirait fatalement le pouvoir civil, incompatible avec son humeur autoritaire.
Sans être absolument et directement opposées à celles du maréchal, les théories colonisatrices du général de Lamoricière en différaient cependant profondément. Le général admettait, lui, que le but principal de notre conquête devait être la constitution d'un territoire civil, sur lequel la colonisation se développerait librement. Avec sa vaste intelligence, il avait étudié ces questions si complexes par elles-mêmes, et compliquées encore par le problème de la population indigène, qu'on ne peut pourtant pas exterminer et qu'on peut si difficilement fondre avec les éléments venus de la mère patrie. Cette divergence de vues avait malheureusement refroidi le maréchal et le général l'un pour l'autre. Lamoricière venait de solliciter et d'obtenir un mandat législatif qui lui permit de défendre ses vues à la tribune. Il avait été élu député de Saint-Calais. Il entrait dans la politique, qui devait lui réussir moins que la guerre. Les événements, en le portant bientôt