L'ESCADRON A PASSÉ
sance et son dévouement ne se démentirent jamais.
Plus tard, bien plus tard, dans un bal, aux Tuileries, un sénateur de TEmpire, que le hasard rendit témoin de ses derniers moments, me raconta qu^en mourant, le bon nègre m'appelait encore, comme s'il eût voulu se mettre, une dernière fois, sous ma protection.
Et maintenant, c'est fini. L'escadron a passé. Que sont devenus aujourd'hui ces officiers, ces sous-officiers et ces soldats ? Les officiers et les sous-officiers ont disparu, après des carrières diverses, mais honorables. Quant aux soldats, la terre d'Afrique qu'ils foulaient si fièrement recouvre leurs os, et j'ai bien peur que de tout l'escadron il ne reste plus que le capitaine commandant. Il devait à ses compagnons d'armes un dernier souvenir, car, s'il a connu l'ivresse de mener, dans la poussière des champs de manœuvre et dans la fumée des champs de bataille, des divisions de cuirassiers qui semblaient, hélas! brillantes comme l'éclair et irrésistibles comme la foudre, il n'a jamais été plus heureux et plus fier que lorsqu'il s'en allait, dans la force et la magie de sa jeunesse, entraînant derrière lui cette troupe dévouée, aimante et aimée, qui dansait, pour ainsi dire, au soleil sur ses ardents petits chevaux barbes.