LES IMPOTS
nistre de la guerre, tout en lui en signalant certains points controversables. Le ministre lui-même trouva le temps de le lire. Je dirai plus tard quelle fut la fortune de ces pages, et comment j*eus Thonneur d^essayer l'application du système des smalas, que je venais de proposer.
Pour le moment, content d'avoir terminé ma besogne, je n'y pensai plus et je continuai à travailler comme un nègre, faisant manœuvrer mes hommes, puis, pour me délasser, répartissant et percevant les impôts que nous devaient les Arabes.
On sait qu'il y en a trois : la lezma (l'impôt sur les palmiers) ; avec celui-là pas de contestations, car il est bien difficile de dissimuler un palmier, et malheureusement, je n'avais pas de palmiers à taxer; l'achour (impôt sur les céréales) , qui se perçoit généralement après la moisson, en automne; et le zekkat (impôt sur le bétail), qui se percevait au printemps, après les naissances. Ces deux derniers sont moins faciles à recueillir; car comment évaluer, en céréales et en animaux de toutes sortes, la fortune individuelle des Arabes d'une tribu, dont le caïd lui-même est intéressé à nous trompcfr? On s'en tire comme on peut, en consultant les rôles des années précédentes, en provoquant, en rapprochant et en contrôlant les uns par les autres les renseignements qu'on peut se procurer. Mais ce n'est pas commode, et, pour ces fonctions, le sabre que porte le percepteur ne vaut réellement pas une bonne paire de lunettes.
LE COUP d'état.
Le général d'Hautpoul. — Le général Mac Mahon. — Suisse africaine. — Mon petit brigadier. — Un déluge. — Répression impitoyable. — Pourparlers. — Confidence. — Bosquet. — Les récalcitrants. — L'armée et le coup d'État. — Une conversation historique. — Aveu impérial. — Pélissier et Mac Mahon. — Rendez-vous au Sahara.
Au printemps de 185 1, le général d'Hautpoul avait été appelé au gouvernement général de f Algérie, en remplacement du général Charron. Ce dernier, vieil Africain, avait longtemps commandé le génie en Algérie. C'était un chef aimable et bienveillant, mais qui était mieux à sa place à la direction de l'arme spéciale dans laquelle il avait toujours servi, qu'au gouvernement d'une colonie et au commandement d'une armée. Il avait auprès de lui, comme officier d'ordonnance, un jeune lieutenant de zouaves intelligent, laborieux, dont je fis la connaissance et que tout le monde aimait, sans prévoir cependant la prodigieuse fortune politique et militaire que lui réservaient plus tard les malheurs de la patrie. Ce lieutenant de zouaves s'appelait Chanzy.
Le général d'Hautpoul portait un grand nom militaire auquel il devait surtout, je crois, la haute situation qu'il obtint. Il était le neveu du fameux général